N° 997 01/10/2026 Ce lundi 28 septembre, Delphine Horvilleur, personnalité sulfureuse de la sphère sioniste, exerçant des fonctions de rabbine, a donné une interview à Libération, dont le journal macroniste a fait toute une publicité en érigeant à sa Une, une photo et une citation de la dame en question. Nous avons déjà parlé de Delphine Horvilleur. Elle fait partie de cette petite-bourgeoisie sioniste, étiquetée à « gauche », parfois été pire dans ses réactions à l’attaque anticoloniale du 7 octobre 2023 que les plus réactionnaires des sionistes.
Après avoir vomi sur les défenseurs de la Palestine, tenté en permanence de faire tourner la discussion autour de leur qualification mensongère de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », le vent tournant, les sionistes de « gauche » français, Horvilleur ou Yohann Sfar ou encore Anne Sinclair ont mis de l’eau dans leur vin, mais sans jamais faire aucun mea culpa, notamment, pour ce qui est des deux premiers, à propos de leur insupportable harcèlement vis-à-vis de l’humoriste Blanche Gardin, vouée aux gémonies pour un sketch où elle se moquait de l’instrumentalisation de l’antisémitisme concernant condamner les partisans de la Palestine et se retrouve depuis quasiment sans engagement.
Cette interview, certains disent est un énième épisode de ces revirements forcés afin de rester audibles. Pour nous, la question est plus complexe. Il existe, de manière évidente, une campagne menée par une partie des media, donc une frange de la Bourgeoisie, pour mettre en avant le sionisme de gauche comme acceptable, en restreignant la responsabilité du génocide, que le mot soit dit ou pas, au seul « Netanyahu d’extrême droite ». Et, bien sûr, pour cela il faut essayer de les blanchir, ils doivent donc parler des Palestiniens qui sont le cadet de leurs soucis, faire semblant de les prendre en compte, d’arrêter de les déshumaniser. Pour autant, nous ne nous prononcerons pas sur le fait que Horvilleur ait franchement décidé d’être hypocrite pour se refaire une virginité, et ce pour deux raisons. La première, c’est que, si l’opération existe, comme nous l’avons dit, elle n’est pas destinée à sauver Horvilleur ou quelque autre individu, mais à sauver l’image de l’État paria, l’entité coloniale sioniste. La seconde est que le naturel revient au galop même si on essaie de le chasser et que les paroles d’Horvilleur traduisent exactement le mode de pensée global de la gauche sioniste génocidaire, aujourd’hui, depuis le 7 octobre 2023, et bien avant.
A ce titre nous analyserons l’interview de la rabbine, comme un parfait exemple de la pensée génocidaire des sionistes de gauche, que les questions du journaliste macroniste n’arrivent pas à cacher. Et, une nouvelle fois, il se confirmera par cette analyse, sioniste de gauche de droite, du centre de l’extrême-droite, ce sont tous des sionistes. Le point commun de la gauche et de la droite en France et dans tous les pays impérialistes occidentaux est d’accepter le capitalisme et d’être simplement des fers au feu différents du Capital. Il en est de même pour les sionistes, mais, en plus, tous ont intégré l’idéologie coloniale de substitution et la défendent tous. Il est d’ailleurs très significatif que, dans la longue interview de Delphine Horvilleur (5 pages), pas une fois, ni dans les questions, ni dans les réponses, on ne peut distinguer le mot « colonisation » ou tout autre mot de la même famille.
Une sioniste parmi d’autres, incapable de concevoir la question coloniale
Dans cette interview se révèle une personnalité dont les préoccupations sont uniquement axées autour d’elle et de son monde idéologique qu’elle appelle juif mais celui-ci est profondément sioniste. Dans sa tête, semblerait-il, n’existe pas de juif qui pense différemment, encore moins à l’opposé d’elle. Elle pense parler pour « les juifs », c’est assez paradoxal au moment où elle dénonce une soi-disant instrumentalisation par les opposants à l’entité coloniale sioniste : « Absolument, on place sur bien des Juifs de la diaspora une sorte d'accusation collective permanente, qu'à ma connaissance, on n'impose à personne d'autre. ». Mais, à aucun moment dans l’entretien elle ne dénonce l’instrumentalisation réelle, celle du CRIF et des autres officines sionistes voulant absolument que toute attaque contre l’État colonial génocidaire soit une attaque contre les juifs.
Lorsqu’elle évoque les Palestiniens, les circonstances l’obligent à le faire, elle ne parle jamais d’eux seuls, mais toujours en parallèle avec la « douleur » issue du 7 octobre 2023. Et jamais elle n’évoque leur sort précédent l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », les raisons de l’attaque armée de la Résistance palestinienne. Selon elle, tout a commencé ce jour-là et elle n’a pas en elle les ressources éthiques ni intellectuelles d’en sortir : « Immédiatement après le 7 octobre, j'avais écrit un livre, comme sidérée par la douleur qu'avait déclenchée le massacre chez mes proches. ». Son formatage est parfaitement réussi, elle ne sort pas du tunnel dans lequel elle est enfermée. Et, bien entendu, elle daigne accepter qu’il y a des victimes palestiniennes, mais seulement à côté de colons sionistes victimes : « Rappeler que rien, absolument rien, ne justifiait le 7 octobre, tout comme rien ne justifiait l'étendue de la dévastation à Gaza et du désastre en cours. ». Cela l’emmène à des parallèles entre la situation des colonisés et celle des colons où elle invente une position neutre, est impossible dans une guerre coloniale, tout simplement parce qu’elle ne voit pas, ne peut pas voir la question coloniale. Et cela donne ce genre de sottises : « Les mots utilisés ne servaient plus qu'à enfermer dans un camp ou un autre. […] Par exemple, si vous dites Judée-Samarie ou Cisjordanie, cela vous ancre quelque part. Idem pour génocide, si vous refusez de l'utiliser en affirmant, comme je le fais, que seuls les juges pourront à l'avenir se prononcer sur la validité d'un terme qu'ils n'ont à ce jour pas retenu, immédiatement vous voilà jeté en pâture… ». Ce passage éclaire grandement son incapacité à penser la situation coloniale et en même temps sa place assumée aux côtés des colons et même parmi les colons (le faux dilemme autour du terme colonial de Judée-Samarie). Elle se révèle parfaitement sioniste, dans le même camp colonial que Meyer Habib, Yonathan Arfi ou Netanyahu qu’elle critique pourtant.
Même quand elle parle des Palestiniens, par obligation, elle ne peut s’empêcher de revenir à elle et à sa préoccupation, en vérité, elle n’a rien à faire du sort des Gazaouis : « Je vois aujourd'hui que des gens le lisent (son premier livre NDLR) et sont parfois surpris. Ils me demandent pourquoi je n'y évoque pas les Palestiniens et leur drame. Je réalise combien, à l'époque, le traumatisme hantait toutes mes paroles. En janvier, les derniers otages venaient d'être libérés, et je me suis dit qu'il était temps de relire les sermons que j'avais prononcés devant ma communauté durant ces années de guerre. A la relecture de chaque texte, me prenait l'envie de rectifier quelques mots. Je me demandais constamment : qu'ai-je su dire et que n'ai-je pas su exprimer ? Ai-je su voir ou ai-je été aveuglée ? J'avais besoin de comprendre ce qui était arrivé. Pourquoi avais-je ce sentiment qu'on était tous devenus fous et l'impression que le « campisme », le fait d'avoir à choisir un camp– nous avait tous ravagés ? ». L’étendue du mea culpa s’arrête à « rectifier quelques mots » après deux ans et demi de focalisation sur la défense absolue de l’entité coloniale sioniste et d’invisibilisation des Palestiniens. Nous savons bien d’où vient le traumatisme des sionistes, de l’entité coloniale ou d’ailleurs : jamais ils n’ont cru que leur État et leur armée invincibles pouvaient être ainsi surpris par la Résistance, ils avaient oublié (si tant est qu’ils n’y aient jamais pensé) les Palestiniens et la question, pensaient ils, était réglée ; ils ne croyaient pas les colonisés capables de se révolter de nouveau, et ça leur a éclaté à la figure. C’est une réaction comparable à celle de l’opinion publique US après l’offensive du Têt, les gens des USA à ceci près en ont déduit qu’il fallait cesser la guerre coloniale et se retirer du Vietnam alors que Horvilleur et les siens en ont déduit tout au contraire un soutien renforcé au processus colonial de substitution.
Comment sauver le soldat entité coloniale sioniste ?
La véritable préoccupation de la rabbine, et elle ne s’en cache absolument pas, c’est le devenir de l’État colonial sioniste, raison pour laquelle elle tape sur Netanyahu. Ce passage, vers la fin de l’entretien, éclaire parfaitement sur ce qui la hante : « Prenez l'histoire si célèbre de Samson dans la Bible : dans cet épisode, un Juif très fort qui se croit invincible est un jour fait otage par les Philistins et emmené à Gaza. Pour se venger du drame qu'il a vécu, il est alors prêt à tuer femmes et enfants. Depuis le 7 octobre, ce récit me fait frissonner, comme s'il envoyait un message à l'Israël d'aujourd'hui et lui disait : prends garde à ce que ta force et ton envie de vengeance ne te mènent pas au suicide. ». Notons au passage l’espèce de tic intellectuel poussant à utiliser en toutes circonstances le mot « otage », ne s’appliquant certainement pas à Samson, prisonnier destiné à être exécuté. Il est néanmoins clair, elle tremble pour sa chère entité coloniale sioniste.
Pour la défendre, elle utilise bien sûr la vieille argutie de l’antisémitisme, de l’assimilation des juifs à l’entité sioniste, couplée au fait que l’argumentation de la propagande sioniste fait du génocide un mot réservé au traitement des juifs européens entre 1941 et 1945 dans l’Allemagne nazie : « Je m'étonne d'ailleurs de la rapidité avec laquelle l'accusation génocidaire a été utilisée par certains, dès novembre 2023, pour parler de l'opération militaire à Gaza. Comme s'il fallait établir un rapport sémantique avec un autre temps de l'histoire, construire une référence consciente ou inconsciente au IIIe Reich. La langue a beau posséder un vocabulaire large (« crime de guerre » par exemple), c'est comme s'il fallait tenter ainsi de nazifier les juifs. ». Ce faux lien entre l’État colonial sioniste et la shoah, premier violon du concert de la propagande sioniste, est utilisé jusqu’à la trame, pour excuser les génocidaires : « On ne peut pas comprendre la politique israélienne si on ne comprend pas la psyché d'ultra-vulnérabilité qui hante sa création. Ce pays est né d'une conscience que le monde n'avait pas pu, ni même voulu sauver les Juifs… Voilà aussi pourquoi il mise si souvent sur la force et refuse de faire face à ses vulnérabilités. ». Ce pays, rappelons le est né des mains et des armes de colons européens qui vivaient en Palestine depuis vingt à quarante ans et n’avaient rien à voir avec les victimes de l’holocauste perpétré par les nazis.
Elle tente ensuite une analyse, celle-ci distinguerait les sionistes en général de Netanyahu : « Au début de cette année-là (2025), j'ai passé beaucoup de temps en Israël, notamment avec les familles des otages et avec des amis réservistes de l'armée. Nombreux sont ceux qui avaient alors le sentiment que la guerre venait de changer de nature, qu'ils n'en comprenaient plus le sens. ». Le mythe est le suivant : après la libération des captifs sionistes, la guerre n’aurait plus eu de sens pour beaucoup de sionistes de l’entité coloniale. C’est, bien entendu faux. Avant, l’armée coloniale d’occupation sioniste massacrait les Gazaouis, après, elle a continué à massacrer les Gazaouis ; il n’y a là aucun changement de nature. Et là encore, ce sont les préoccupations des « siens », les malheureux colons qui en avaient un peu marre de massacrer, sont l’unique préoccupation de la dame. Et elle pourra ensuite se lancer dans ses premiers pas de valse pour se distinguer de Netanyahu et des siens : « Le 8 mai 2025, j'ai décidé de publier sur le site du média Tenoua [dont elle est directrice de la rédaction, ndlr] un texte qui évoquait ce virage et qui, par amour d'Israël, dénonçait la tragédie endurée par les Gazaouis et le risque de faillite morale que fait peser sur ce pays la politique de son gouvernement ».
L’autre distinguo est celui de la « solution à deux États", ressortie du formol pour l’occasion, et du mythe de la paix d’Itzhak Rabin, celui ayant obtenu la plus grande victoire des sionistes : l’abandon de la lutte armée par les fedayins de l’OLP. Elle nous raconte son histoire de citoyenne de l’entité coloniale sioniste : « Cela fait trente ans que j'ai quitté le pays. A l'époque, j'étais très jeune et étudiante en médecine à l'université hébraïque de Jérusalem. J'avais l'impression que tout était possible et surtout que la paix était à portée de main. Et puis il y a eu l'assassinat de Yitzhak Rabin par un extrémiste juif. Il s'est passé pour moi cette nuit-là un effondrement de mes rêves. Je ne pouvais accepter que l'assassin se dise sioniste, tout comme je me définissais moi-même. J'ai alors décidé de partir. ». Remarquons encore autour de quoi tourne ses préoccupations, elle ne part pas parce que l’espoir de paix, soi-disant le sien est tombé à l’eau, mais parce qu’un sioniste a assassiné Rabin. Tout tourne encore autour de son monde judéo-sioniste. Et d’ajouter, plus tard : « Je suis une enfant d'Oslo, j'ai toujours été une grande défenseuse de la solution à deux Etats. J'ai beaucoup de mal à renoncer à cette idée et en même temps je vois bien que c'est de plus en plus compliqué à concevoir. ». On le sent bien, elle cherche à conjurer les nuages noirs s’amoncellant au-dessus de son État colonial sioniste tant aimé.
Elle a des ressources inattendues, utilisant même le film « Naza » à ses fins, après avoir critiqué le titre qui ressemble au mot nazi ; jusqu’où la paranoïa sioniste peut-elle aller ? Voici donc ce qu’elle dit du film : « Quant au film lui-même, ce n'est pas un documentaire journalistique, c'est évidemment une œuvre militante. Elle dit bien l'effet du trauma du 7 Octobre sur les soldats et plus largement ce que produit une guerre, toute guerre sans doute, sur une société : la déshumanisation de l'ennemi et un aveuglement coupable d'une société qui ne veut pas savoir. Je trouverais important que les Israéliens voient ce film, car au fond c'est à eux qu'il s'adresse… Et non à ceux qui ne le verront que pour conforter leur diabolisation d'Israël. ». Cet extrait est particulièrement volubile et riche en arguments fallacieux. On y trouve bien sûr le point de vue du colon occupant (le traumatisme des massacreurs), en ce sens c’est très en phase avec le film. L’extrait renferme aussi cette banalisation faisant qu’une guerre coloniale pourrait être une guerre « comme toutes les guerres », cet exercice visant à noyer le caractère spécifique de la guerre de libération nationale que mène le peuple au milieu d’un « La guerre c’est mal et meurtrier », si général qu’il est vide de sens. Et la diabolisation, ce mot n’ayant qu’un objet : blanchir le sionisme de tous les crimes dont il est responsable depuis plus de 80 ans. Pour autant, même si ce n’est pas pour de bonnes raisons, la dame est tombée juste en disant que ce film est destiné aux gens de l’entité coloniale sioniste ; mais pas seulement à eux, aussi aux occidentaux soutiennant franchement le génocide, ou le condamnant du bout des lèvres, ou condamnent aussi « le Hamas ». Il est ensuite intéressant de noter ce qu’elle en tire comme espoir indicible pour sa véritable patrie : « Un pays qui est capable, en temps de guerre, de donner naissance à de telles voix internes, critiques et dissidentes est un pays qui doit aussi pouvoir se regarder dans le miroir, et mener un vrai travail d'enquête pour tenter de comprendre ce qui, dans ce document, est exact et ce qui, au contraire, y est mensonger. ». L’exercice est périlleux, mais habile. Horvilleur vante la « seule démocratie du Moyen Orient » et instille l’idée que Abraham et Szor pourraient avoir sciemment menti, peut-être, finalement, que ces tueurs ne sont pas aussi horribles.
La « douleur » comme révélateur de l’entre-soi et du point de vue colonial
L’entretien est truffé d’interrogations vaguement existentielles (sincères ou calculées ?) elles permettent de cerner totalement, non pas tant la personnalité de Delphine Horvilleur, ceci nous importe peu, que l’état d’esprit de tous ses semblables, sionistes de « gauche », bien souvent occupés à danser autour de leur propre nombril. Ainsi, à la question : « À qui s’adresse votre livre » elle répond avec un sens assez rodé de l’exagération du doute : « Je voudrais dire aux "miens" mais je mets maintenant toujours des guillemets à ce mot. Qui sont donc les "nôtres" en temps de guerre ? Nos familles ethniques ? Nos partenaires de combats ? Ceux qui partagent nos peurs ou ceux qui partagent nos espoirs ? ». Notons l’expression « en temps de guerre », faisant une nouvelle fois de cette guerre coloniale une guerre comme les autres.
Dans cette expression de la soi-disant douleur, il existe aussi, les deux obsessions de madame Horvilleur, la défense absolue de l’État colonial sioniste et le lien permanent qu’elle tisse entre cette même entité sioniste et une autre entité mythique : « les juifs ». Il faut marteler le traumatisme, la douleur et dire ceci l’attaque de la Résistance palestinienne du 7 octobre 2023 fut une attaque contre les juifs, c’est-à-dire mentir en mettant de côté l’essentiel, la situation coloniale : « La guerre crée souvent cela : on est hypnotisé par ce qui nous est arrivé, et l'on ne peut plus rien voir d'autre. Et surtout pas croire en un autre avenir… Tel est le propre du traumatisme : il empêche le passé de passer. Le 7 octobre a réactivé quelque chose dans la mémoire juive, qui pousse bien des gens à n'avoir confiance qu'en eux-mêmes et à renforcer une forme de tribalisme ou d'entre-soi. ». On retrouve, avec cette réactivation dans la mémoire juive, le discours du sinistre Barrot (le 7 octobre plus important pogrom antisémite depuis l’holocauste) ou ceux des autres sionistes de gauche comme le collectif Golem, pour qui les colons morts du 7 octobre ont été tués « en tant que juifs ». L’impossibilité de comprendre et de décrire la situation coloniale range décidément ces gens, Horvilleur comme Golem, dans le camp de l’État colonial sioniste, dans celui de Netanyahu, même si des considérations d’image de l’entité coloniale les opposent.
Et justement, même dans la critique de Netanyahu, nous retrouvons les mêmes ingrédients : « Il tient toujours un discours qui repose sur la peur, la plus puissante des émotions pour mobiliser des électeurs. Il convoque constamment les douleurs de l'histoire pour faire de sa personne le seul garant d'une sécurité à venir. Dans cette région, plus que n'importe où ailleurs, des gens sont obsédés par les ruines de l'histoire. ». Quand elle dit « dans cette région » on pourrait croire qu’elle parle à la fois des Palestiniens colonisés et des colons occidentaux. Mais il n’en est rien, car ce poids de l’histoire dont elle parle concerne seulement les émigrants européens venus coloniser la Palestine, et aussi, bien sûr les gouvernements européens des années 30/40 favorables aux nazis et ceux qui les suivaient. Mais les Palestiniens n’ont rien à voir avec cette histoire.
Pour autant, elle doit essayer le parallèle, comme s’il s’agissait d’un conflit classique avec deux peuples s’opposant, mais sans explication coloniale « Relire toutes mes prises de parole fut parfois douloureux. […] J'essaie d'y parler de notre douleur et d'y montrer qu'il n'y a pas que la nôtre, de dire tout simplement que l'avenir d'Israël et celui des Palestiniens sont inséparables, de rappeler que l'on ne peut se soucier vraiment des uns sans se soucier des autres, que quand les gens remettent en question le droit d'Israël à exister, ils ne sont pas les amis des Palestiniens. Et vice versa. ». Il s’agit d’un tour de force, se servir de ce faux parallèle pour défendre l’existence de l’État colonial sioniste, alors que cette existence même est la cause de la colonisation de substitution et de tous les malheurs causés par elle. Elle n’hésite d’ailleurs pas à en ajouter pour faire part de son désarroi, mais c’est encore révélateur : « Quand je retourne en Israël, j'ai le sentiment de voir des fantômes partout, les fantômes d'Oslo et ceux des rêves de mes 20 ans, les fantômes de la jeunesse palestinienne dévastée et les fantômes d'Israéliens assassinées le 7 octobre. Et je me dis que toutes ces hantises ne nous quitteront pas et qu'il va falloir apprendre à vivre avec elles… Et surtout pas sans elles. », révélateur du nombrilisme de ces gens-là nous exposant leurs craintes comme si tout le monde devait les partager, sans aucune analyse, par exemple de ce qu’a pu donner le processus d’Oslo pour les Palestiniens, mais il est vrai que, là encore, le souci est celui de son microcosme et certainement pas celui des Palestiniens. Le parallèle colon/colonisé cent fois répété comme pour conjurer le réel colonial n’est plus guère convaincant. Mais elle continue de l’utiliser ad nauseam, faute de pouvoir sortir de sa matrice, elle ne peut pas trouver d’argument pertinent, seulement répéter son credo.
La démarche de Libération : une tentative de sauver les meubles
Delphine Horvilleur est donc très inquiète, pour l’avenir de l’entité coloniale sioniste, et, parallèlement, à cause de la place plus importante que prennent dans le monde, toutes celles et tous ceux remettant en cause l’existence de cet État tampon créé par les impérialistes occidentaux (chose d’ailleurs jamais évoquée par la rabbine). La voilà donc nous montrant son inquiétude, mais voulant aussi se rassurer sur l’avenir du sionisme, au sujet des futures élections dans l’entité coloniale : « J'ai l'impression qu'il en va aujourd'hui de l'avenir de cet Etat. Non pas de son existence car Israël existe et ceux qui nient sa légitimité à exister sont les vrais ennemis de la paix. Mais cette élection est la plus critique qui soit. Elle va déterminer non seulement l'avenir du pays mais aussi son lien à la diaspora. ».
On peut lire certains commentaires indiquant que Delphine Horvilleur aurait « tourné sa veste » dans le but de se sauver de l’opprobre, ne pas être comptée parmi ceux ayant couvert le génocide le jour où tout sera révélé, y compris par les mediamainstream. Nous ne partageons pas ce point de vue. Le décryptage fait par nous fait de son entretien prouve qu’elle n’a absolument pas changé de discours. Cet extrait, à propos de la situation en France, le confirme largement : « Le 7 octobre et tout ce qui s'est passé depuis ont tant bouleversé nos existences. La montée exponentielle de l'antisémitisme et la façon dont le conflit du Proche-Orient s'est immiscé dans nos vies poussent bien des gens (et notamment des rabbins) à penser autrement leur contribution aux débats du moment. ». Au-delà de sa préoccupation rabbinique, le discours sur le 7 octobre ou la soi-disant montée de l’antisémitisme (toujours sans chiffre concernant les condamnations) ou encore l’immixtion du « conflit » dans le débat politique français, est celui de tous les sionistes depuis trois ans. Rien n’a bougé.
Mais surtout, à aucun moment, dans l’interview, Delphine Horvilleur, parlant à tort et à travers des siens, ne montre d’inquiétude pour elle-même ou pour eux. L’État impérialiste français n’est pas à la veille de lâcher l’entité coloniale sioniste, elle le sait bien, ni de cesser de soutenir le vaste arc-en-ciel des défenseurs du génocide, de Horvilleur à Yadan, ni d’arrêter de réprimer les partisans de la libération nationale de la Palestine. Elle ne risque pas grand-chose de ce côté-là. Quant aux critiques des travailleurs et des peuples, sa mentalité d’entre-soi d’une prétendue élite occidentale sioniste fait qu’elle n’en a pas plus cure que du sort des Palestiniens. Nous l’avons montré, Horvilleur est certes inquiète, non pour elle-même, mais pour l’avenir de l’État colonial sioniste qu’elle sent en difficulté, voire au bord du suicide, selon ses propres mots.
La démarche du journal Libération est différente. Si la direction et la rédaction partagent fort probablement l’avis de Horvilleur quant à la défense de l’entité coloniale sioniste, leur but est à usage interne à la France. Il s’agit, un peu comme le bloc central dans la campagne électorale en cours, de renvoyer dos à dos ce qu’ils appellent les extrêmes, de parler de paix et surtout pas de décolonisation et de dire qu’il existerait donc, entre les soutiens à la libération nationale de la Palestine, impliquant le démantèlement de l’État colonial sioniste, et les soutiens de « Netanyahu d’extrême-droite » un espace pour des gens raisonnable, ceux-ci auraient de positions non extrêmes, dans le cadre de la poursuite d’Oslo. Si le journal tente de construire cet espace des soi-disant modérés, ce n’est pas pour sauver le sionisme, mais à usage interne, dans le cadre de la présidentielle, afin de trouver un continuateur de Macron. Cela implique évidemment de ne pas la bousculer sur la situation en Palestine occupée, donc pas de question sur la colonisation ni d’évocation de la scandaleuse éviction des élections sionistes des listes antisionistes, comme celle du Parti Communiste israélien, accusée de « mettre en doute l’existence d’Israël comme État juif », ceci est une ligne rouge pour notre Delphine.
Ces questions politiciennes n’intéressent évidemment pas le Parti Révolutionnaire Communistes. Mais il nous paraît important de décrypter les préoccupations des véhicules de l’idéologie dominante. Cette interview à son corps défendant, révèle ceci : la question palestinienne a pris aujourd’hui, dans le débat politique français, une place trop importante pour qu’on se contente de continuer à la taire et à la censurer. Dans ce cadre, il s’agit d’utiliser une propagandiste sioniste obnubilée par la défense de l’entité coloniale qu’elle voit justement aujourd’hui menacée dans son existence même, aux arguments forcément limités par son formatage, afin de mettre en avant l’idée d’une troisième voie à ce sujet.
Mais cette tentative est vouée à l’échec. En effet, elle peut s’appuyer uniquement sur des gens et des propos n’évoquant pas la colonisation et mettant en avant un récit fallacieux de la guerre de libération nationale et du génocide. Or, les sionistes et philo-sionistes en France, n’ont rien contre le génocide, y compris Horvilleur, et se moquent comme d’une guigne du sort des Palestiniens. Certes, le poids de la question coloniale à gauche, nous évoquons régulièrement, peut aider à la démarche de Libération et d’autres véhicules de l’idéologie dominante. Mais les concessions sont trop maigres. Et, parallèlement, une partie de la jeunesse prend de plus en plus conscience de la situation en Palestine et s’engage, non pour la paix à tout prix, mais pour la libération de la Palestine. La gauche colonialiste des bons sentiments ne peut pas ne pas en tenir compte, et pourtant ce mouvement s’inscrit dans la durée et plus personne ne croit à la « solution à deux États ». Il n’existe décidément pas de place pour cette troisième voie-là dans le paysage politique français à propos de la Palestine.
En conclusion
Le Parti Révolutionnaire Communistes range Horvilleur parmi le large éventail de ses adversaires politiques, des partisans de Netanyahu à ceux de la résolution de l’ONU de septembre 2025, en passant par Libération et toutes celles et tous ceux parlant de « paix entre Palestiniens et Israéliens », fût-elle juste et durable, et refusent le combat pour la libération nationale de la Palestine.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, affrontant directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique en faveur notre propre émancipation.
N° 996 23/06/2026 Le très macroniste Le Monde a publié un article intitulé « Un an après la reconnaissance de l’Etat de Palestine, l’initiative de la France a perdu de son panache » le 21 septembre faisant, en quelque sorte, le bilan de l’opération franco-saoudienne de septembre 2025 à l’ONU les journalistes, baptisé comme beaucoup de politiciens « reconnaissance de la Palestine ». L’article est un parfait exemple de la ligne journalistique passant, surtout auprès du microcosme de ses confrères, pour défendre une position équilibrée sur la guerre coloniale en Palestine, ce qu’ils appellent le « conflit israélo-palestinien ». On y constate un éloignement abyssal à la fois du réel, de l’histoire de la Palestine, des questions coloniales, mais aussi une méconnaissance totale de ce que sont les défenseurs de la Palestine ; et en même temps, ici et là des aveux sur le contenu réel de la politique de l’État impérialiste français sur la question de la Palestine.
Une présentation partielle et partiale
Non sans un certain engouement pour le locataire de l’Élysée, faisant référence à la résolution franco-saoudienne adoptée en septembre 2025 par l’Assemblée générale de l’ONU, les deux rédacteurs de l’article nous disent : « Le chef de l’Etat avait alors convaincu une dizaine de pays de le suivre. "Le temps est venu", avait-il expliqué. Emmanuel Macron, que son entourage décrit comme hanté par la trace qu’il laissera dans l’histoire, pensait peut-être, ce jour-là, que ses mots résonneraient aussi fort que ceux de l’ancien ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin, qui, en 2003, s’était opposé à la guerre en Irak voulue par les Etats-Unis pour des motifs mensongers. ». On se délectera entre autres du Macron « hanté par la trace qu’il laissera dans l’histoire », comme si les journalistes du Monde ignoraient complètement le discrédit dont il est l’objet auprès des travailleurs de France, mais aussi des « motifs mensongers » de la destruction de l’Irak, sans plus de détails. La guerre coloniale, apprend-on contre toute réalité (ce n’est bien sûr pas le terme utilisé par les journalistes) « s’était, aux yeux d’Emmanuel Macron, muée en "barbarie". Il fallait agir, instaurer un semblant de rapport de force avec le gouvernement de Benyamin Nétanyahou pour sauver la solution à deux Etats, lui soufflaient les diplomates depuis le Quai d’Orsay et l’Elysée. ».,
Revenons sur Terre et surtout à ce qu’étaient vraiment les intentions de Macron lors du coup politique de la résolution franco-saoudienne de septembre 2025, car, évidemment, les journalistes n’en disent pas un mot. Souvenons-nous de la tonne de conditions mises à cette reconnaissance, souvenons-nous que Macron, et c’est dans la résolution, et avait exigé et imposé un État de Palestine démilitarisé, et quasiment dicté son mode de fonctionnement, calqué sur les « modèle universel » des démocraties bourgeoises occidentales, il était allé jusqu’à exiger un regard sur les manuels scolaires et l’arrêt du financement des familles des captifs kidnappés par l’armée d’occupation sioniste. Bref, Macron a reconnu un bantoustan.
On est au cœur du mensonge avec cette phrase : « Comme s’il admettait que la reconnaissance de l’Etat de Palestine, ce coup d’éclat dont il espérait tant, n’avait pas eu l’effet attendu. ». En jouant sur le côté narcissique bien connu de Macron, Le Monde essaie de nous faire croire qu’il avait lancé une initiative dont il attendait des résultats dans le sens de la paix. Macron n’est certes pas le plus brillant des présidents de la République de la Vème, ne le prenons pour un imbécile. Il n’a jamais rien attendu de positif pour la paix de son initiative. C’était au contraire une démarche visant à permettre à l’entité coloniale sioniste d’en finir avec Gaza. Personne, un tant soit peu au courant de la réalité de la Palestine occupée et du génocide en cours, n’a pu croire que quoi que ce soit sortirait de cette initiative, à part l’enterrement de la résolution de l’année précédente (septembre 2024) exigeant le retrait des troupes sionistes d’occupation de la Bande de Gaza.
Une présentation fallacieuse des rapports entre l’impérialisme français et l’État colonial sioniste
Les rédacteurs de l’article tentent de nous faire croire que c’est depuis cette reconnaissance que l’Élysée et la diplomatie française font des gestes en direction des sionistes génocidaires : « La reconnaissance de la Palestine par la France a manqué de dégénérer en une crise diplomatique sévère entre Paris et l’Etat hébreu, ulcéré par ce geste compris comme une manœuvre présidentielle purement égotique. Pour éviter d’envenimer la situation et qu’Israël ne mette à exécution sa menace de fermer le consulat de Jérusalem, la France a multiplié les gestes d’apaisement, contribuant à brouiller son message. ». Il ne vient d’ailleurs pas à l’idée des journalistes que la France aurait pu réagir en décrétant des sanctions, comme l’Espagne ou l’Irlande. Mais surtout, à aucun moment l’article ne parle de la colonisation, ni du rôle joué par les multinationales des États impérialistes occidentaux, dont l’entité coloniale sioniste est la création et la créature. Oubliées la « coalition contre le Hamas », la circulaire de Dupond-Moretti contre les défenseurs de la libération de la Palestine en octobre 2023, et la gigantesque répression d’État ayant suivi, l’expulsion de Mariam Abu Daqqa ? Oubliés le pseudo « droit imprescriptible d’Israël à se défendre, l’acharnement à garder Georges Abdallah en prison ?
L’État impérialiste français, la frange de la classe dominante installant Macron au pouvoir, a depuis le début, été dans le camp des colonialistes, des génocidaires, des fascistes sionistes. Même si l’idéologie coloniale de notre impérialisme y est pour beaucoup, il faut, comme toujours chercher les causes économiques : nos « entreprises » sont actrices de la colonisation de la Palestine, directement ou indirectement, de la BNP à Carrefour, en passant par Loréal, Danone, Chanel, Evian, Yoplait et Zara. Le sinistre Barrot vient de publier, le même 21 septembre, un communiqué pour déplorer la mort d’un colon agresseur à Cisjordanie. Le communiqué, parlant de « la France », ce concept qui devient de plus en plus colonial, signifiant de plus en plus l’impérialisme français, « Elle réitère sa condamnation du terrorisme sous toutes ses formes » et parle d’une « attaque terroriste qui a coûté la vie à un israélien en Cisjordanie », sans, évidemment utiliser le terme « colon » ni parler de leur rôle. Jamais, nous n’avons eu de tel communiqué pour déplorer les assassinats quotidiens de Palestiniens, à Gaza ou en Cisjordanie, au moins sept ont eu lieu le même jour, silence radio. Et c’est ainsi depuis octobre 2023. S’il fallait une nouvelle preuve que l’État impérialiste français est et a toujours été du côté des sionistes et n’a jamais varié d’un iota de cette ligne, la voici.
La soi-disant controverse après la reconnaissance d’un bantoustan n’était qu’un artifice pour gogos. Comme l’est la soi-disant décision de sanctions contre les produits des colonies sionistes de Palestine, épargnant l’État colonial et dont on ne sait comment les appliquer car les sionistes manipulent l’étiquetage, ceci, bien évidemment, Le Monde ne dit pas.
Et le quotidien du soir adopte tous les codes du langage officiel de la propagande sioniste ; ce seul fragment de phrase le résume : « La guerre à Gaza, menée par l’Etat hébreu en représailles au massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas ». Tout y est, la « guerre à Gaza » et non le génocide ou la guerre coloniale ; « l’État hébreu » pour désigner l’entité coloniale sioniste ; les « représailles » pour justifier la énième attaque sioniste contre Gaza ; le « massacre » pour qualifier le soulèvement de la Résistance armée le 7 octobre 2023 ; enfin « le Hamas » au lieu de la Résistance. Étant lui-même, depuis le début, un soutien de l’entité coloniale génocidaire, mais, la vérité avançant, ayant de plus en plus de mal à l’assumer, Le Monde préfère voir un virage dans l’action politique de Macron, afin que le voile ne soit pas levé sur les deux longues années pour les Palestiniens ayant précédé la reconnaissance du bantoustan.
Enfin, comme tout medium respectueux des usages au sein de l’impérialisme français, Le Monde est touché par le tabou des mots. Nous le savons, le mot qu’il ne faut ni écrire, ni prononcer est celui de « génocide ». Les macronistes du « journal de référence » ne dérogent pas à l’usage. Mais ils poussent le bouchon assez loin. Voici comment les auteurs de l’article s’expriment à propos de l’époque de la « reconnaissance » : « A l’heure où l’Etat hébreu menait une guerre d’anéantissement à Gaza ». Entre guerre d’anéantissement et génocide, la différence semble pour le moins ténue. Remarquons au passage l’imparfait, celui-ci semble dire, implicitement, que la guerre d’anéantissement serait en pause, depuis le pseudo cessez-le-feu. Mais l’honneur est sauf, le mot n’a pas été écrit autrement qu’avec des guillemets, à la Sophia Aram, dans une seule phrase n’engageant absolument pas la rédaction du journal : « En février 2026, le Quai d’Orsay appelait à la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires occupés, Francesca Albanese, dénonçant les prises de position offensives de la juriste qui, en octobre 2025, avait accusé Israël de perpétrer un "génocide" à Gaza. ». Néanmoins, cette même phrase nous dit bien que le mot est tabou pour les dirigeants de l’État impérialiste français et leurs relais idéologiques dont fait partie Le Monde.
Les « défenseurs de la Palestine »
Afin de bien éclairer la posture des rédacteurs de l’article, voici une phrase clé : « En ayant à cœur d’apaiser les relations avec Israël, le président français, Emmanuel Macron, a brouillé son message et déçu les défenseurs de la cause palestinienne. ». Ainsi, les « défenseurs de la cause palestinienne » auraient cru à sa reconnaissance, sans savoir qu’elle était une manœuvre jouant contre les Palestiniens, et donc, forcément, seraient déçus. Nous l’avons souvent écrit, il y a défenseur et défenseur de la cause palestinienne. La phrase n’est pas erronée si l’on s’en tient aux défenseurs que met en avant l’idéologie dominante, les colonialistes des bons sentiments, la « gauche », oscillant entre « C’est un premier pas, mais ça ne suffit pas, il faut des actes ! » (le collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens), au pire, et « Cette reconnaissance n’aura été qu’un écran de fumée destinée à masquer sa complicité avec Israël et à détourner l’attention de ses responsabilités. » (Rima Hassan), au mieux.
Les partisans de la libération de la Palestine du fleuve à la mer, comme le Parti Révolutionnaire Communistes, n’ont jamais été dupes. Non seulement, ce n’est absolument pas un premier pas, mais ce n’est pas non plus seulement un écran de fumée. L’écran de fumée est surtout dans la présentation d’une démarche qui serait personnelle, alors qu’il existait un vrai rapport de force obligeant au mieux à faire semblant d’agir. Mais ce qu’a fait Macron n’est pas un faire semblant ni un écran de fumée. Il a réduit la notion d’État de Palestine à un bantoustan étriqué, un jouet dans les mains des impérialistes occidentaux et a obtenu en échange une résolution de la ligue arabe inique (nous y revenons plus bas) et la fin du financement par l’AP (Autorité palestinienne) d’un nombre non négligeable de familles d’otages palestiniens enfermés dans les sinistres geôles sionistes. Il a aussi, avec la complicité active des rois Saoud, obtenu qu’on efface objectivement la résolution de 2024, elle exigeait le retrait des forces sionistes d’occupation de la Bande de Gaza, et ouvert la voie, comme nous l’avons écrit à l’époque, au sordide « plan de paix » de Trump, permettant une résolution du Conseil de Sécurité votée par la France, envisageant la domination totale de l’entité coloniale sioniste sur Gaza.
Ainsi donc, les véritables défenseurs de la Palestine ont vu tout de suite où Macron voulait en venir, ils n’ont donc jamais été déçus. Mais, en cherchant bien, Le Monde a trouvé, probablement dans l’entourage des compradores de Ramallah, une Palestinienne appuyant son discours, allant même plus loin que le collectif juste et durable : « "Le geste de la France aura été hautement symbolique, mais il n’a pas changé la dynamique à Gaza", appuie Inès Abdel Razek, codirectrice du Palestine Institute for Public Diplomacy, estimant que les sanctions annoncées, début septembre 2026, par le Royaume-Uni et une dizaine d’autres pays, dont la France, sur les produits issus des colonies israéliennes seront plus efficaces pour commencer à exercer une pression sur Israël. ». Mais, c’est bien évidemment ce genre de collabo, tout à l’image d’Abbas et de sa bande de profiteurs que Le Monde cherche à nous faire passer pour d’authentiques « défenseurs de la cause palestinienne ». Nous rappelons ceci : toute position ne demandant pas le démantèlement de l’État colonial sioniste est une position coloniale, qui permet la survie de la créature des impérialistes occidentaux et perpétue la colonisation.
Les aveux au milieu de l’échafaudage
Au travers de l’article, non sans contradiction, le réel apparaît tout de même à la surface. D’abord avec ceci : « Un intense travail avait été mené les mois précédents pour tenter d’obtenir, en contrepartie de cette reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France, la reconnaissance en miroir d’Israël par des pays musulmans, dont l’Arabie saoudite. En vain. ». Nous voilà révélé un des véritables buts de la manœuvre de Macron, à l’automne dernier. Il était hors de question, dans le contexte de l’époque, où les dirigeants arabes, même les rois du pétrole, ont des peuples qu’ils ne peuvent pas tout à fait mécontenter, que cela fût possible. Mais qu’à cela ne tienne, Macron a tout de même bien mérité de l’impérialisme occidental : « Paris avait toutefois réussi à arracher, avec l’aide de son partenaire saoudien, la "déclaration de New York", signée en juillet par les pays de la ligue arabe, dont le Qatar et l’Egypte, condamnant l’attaque du 7-Octobre, appelant au désarmement du Hamas et excluant que le mouvement islamiste contribue à gouverner Gaza à l’avenir. Ajoutée à l’engagement de l’autorité palestinienne de mener des réformes et des élections, la feuille de route onusienne avait été jugée suffisante pour justifier la reconnaissance. ». Cette fois, nous avons presque tout le pot aux roses. Très clairement, il ne s’agit nullement de reconnaître la Palestine, mais d’éliminer la Résistance afin de livrer Gaza aux sionistes. Il manque deux choses, la réalité du soi-disant État de Palestine, un bantoustan croupion, et la suite logique de la résolution, le plan Trump. S’il est impossible que Le Monde dénonce la première, probablement parce qu’en tant que bons colonialistes des démocraties bourgeoises occidentales, héritiers de Voltaire, les rédacteurs trouvent ce bantoustan légitime, en revanche, on nous livre sur un plateau la filiation Macron Trump. C’est on ne peut plus clair : « "Nous avons sauvé la solution des deux Etats", se félicite néanmoins un proche du président. A l’Elysée, on veut croire que la France aura marqué l’histoire, en préservant cet horizon diplomatique plus nébuleux que jamais. Le plan de paix à Gaza brandi par le président américain, Donald Trump, le 29 septembre 2025, instaurant un cessez-le-feu qui n’aura jamais été respecté, en serait la preuve : le texte mentionne du bout des lèvres la possibilité d’un Etat palestinien, ce qui a permis au Conseil de sécurité de l’ONU de l’endosser par une résolution votée en novembre. ».
Ensuite, dans un chapitre intitulé « Conserver une posture d’équilibre », les rédacteurs déroulent le tapis rouge pour la diplomatie française et son ministre, lesquels font des efforts pour introduire la démocratie dans l’Autorité Palestinienne, comme s’il s’agissait du nœud du problème. « Plus discrètement, depuis un an, les diplomates français se sont employés à ménager l’avenir du côté palestinien, en aidant à préparer la succession du président Mahmoud Abbas, âgé de 90 ans. Paris a offert son assistance pour la rédaction d’une constitution palestinienne et soutenu des réformes en vue des premiers scrutins dans les territoires depuis 2006 : des législatives sont prévues en novembre 2026 et une présidentielle doit suivre. Contre le clan Abbas, qui s’emploie déjà à les repousser, le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a rappelé, début septembre, l’importance "vitale" de ces scrutins en pleine guerre et prévenu qu’ils ne pourraient être annulés "sous aucun prétexte". ». Nous voilà en présence d’un nouvel aveu de taille, comme de bons colonialistes, les dirigeants français sont persuadés que les Palestiniens ne peuvent pas eux-mêmes rédiger une constitution, et qu’il leur faut l’aide des sachants occidentaux. « Le fardeau de l’homme blanc », disait Kipling. Le ton du ministre, notons le, révèle crûment que les Palestiniens peuvent continuer à se faire agresser par les colons, tués par l’armée d’occupation, et l’entité sioniste peut s’emparer des trois quarts de la Cisjordanie, tout cela ne peut justifier un report des élections. Comment dicter aux Palestiniens notre façon de penser en se moquant éperdument de leurs conditions d’existence et des menaces de mort quotidiennes subies et qui se réalisent souvent. Enfin, cela éclaire sur la conception qu’a Le Monde, d’une posture d’équilibre : tout pour les sionistes, rien pour les Palestiniens.
Nous ne résistons pas, pour la fine bouche, à présenter ce dernier extrait : « Au fond, l’Elysée n’avait jamais imaginé que sa manœuvre conduirait l’Etat hébreu à changer de politique. ». On ne saurait plus se contredire après avoir tartiné sur les espoirs de Macron et, probablement de ses supporters journalistes. Mais, de la contradiction jaillit la lumière, dit-on ; c’est assez approprié à ce passage.
En conclusion
Pour autant, ces importants morceaux de la vérité ainsi dévoilés ne sont pas exempts d’une présentation toujours aussi fallacieuse du réel. Ainsi, cette affirmation : « L’Israël d’aujourd’hui n’est plus celui des accords de paix d’Oslo, reconnaît un diplomate, lorsque l’Etat hébreu se souciait de sa place parmi les démocraties triomphantes de l’après-guerre froide. ». Il s’agit juste d’une des rituelles tentatives, notamment des sionistes de « gauche », de nous faire croire que l’entité coloniale sioniste a changé, qu’elle était sympathique avant, mais a été détournée ou s’est perdue à cause du vilain méchant « Netanyahu d’extrême-droite ».
On pourrait aussi glisser que l’affirmation placée dans la bouche d’un proche du président, sur le sauvetage de la solution des deux États aurait mérité d’être au moins interrogée, au moment où le diplomate US d’origine française, Robert Malley, ancien conseiller pour le Proche Orient de Clinton, Obama et Biden, a affirmé sur France Inter : « Ça fait des années que tous les dirigeants, surtout les dirigeants occidentaux, parlent de la solution à deux États. Or sur le terrain, on recule sans cesse, la colonisation continue, les esprits palestiniens et israéliens continuent à se séparer, donc on en parle, mais on en parle presque comme un prétexte pour ne rien faire. […] Au début, je pense que c'est une illusion, mais l'illusion lorsqu'elle continue pendant 20-30 ans, ça devient une supercherie. ». Le Monde, notons-le a également commis un article pour évoquer le livre qu’il vient de sortir sur la question, écrit en commun avec Hussein Agha, un ancien négociateur des Palestiniens dans le processus suivant la trahison d’Oslo. Il était décidément possible de ne pas laisser passer cette affirmation de sauvetage sans la commenter.
En réalité, ni Macron, ni Le Monde n’ont jamais cru que la pseudo reconnaissance pourrait être utile en quoi que ce soit aux Palestiniens. D’ailleurs, ils se moquent de leur sort. Mais la sortie de la poussière du tapis, avec l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », la révélation de ce qu’est l’entité coloniale sioniste, l’entreprise sioniste depuis le début les oblige à faire semblant de s’intéresser et à afficher une position d’équilibre ne trompant personne. La conclusion que l’on peut tirer à la lecture de cet article est celle-ci : décidément, il n’y a rien à attendre de Macron, concernant la libération de la Palestine, comme sur les autres sujets, mais ses relais idéologiques essaient vainement de nous faire croire le contraire.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort pour notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
N° 996 24/06/2026 La déclaration de Macron, ce 22 septembre, vient comme un écho à notre étude de l’article publié par Le Monde. Selon les media, ses principaux thuriféraires, ce serait un tournant, Macron ayant appelé les États de l’ONU à ne plus rester inactifs face à Gaza. On peut tout de suite noter qu’il n’a pas prononcé le mot de génocide, même pas de nettoyage ethnique, comme l’a fait le gouvernement britannique il y a plusieurs semaines. Et, le même jour, il a laissé Netanyahu survoler la France pour venir à New York.
Voici l’essentiel de ce qu’il a dit, sans l’ombre d’un mea culpa : « Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ? Certains se flattent d’une paix prétendue ! Mais cette paix n’a pas rouvert une seule seconde les voies humanitaires. Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ? Jamais ! Regardez ce qui se passe en Cisjordanie ! Au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie ! ». Derrière une certaine fougue, il faut gratter et s’intéresser au dernier argument. Car il est repris de la rhétorique de presque l’ensemble de la gauche non sioniste en France, utilisée à toutes les sauces depuis trois ans : « Mais que dites-vous pour la Cisjordanie où il n’y a pas le Hamas ? », qui justifie l’absence de soutien, voire l’opposition à la Résistance palestinienne armée. On pourrait suggérer aux gens ayant utilisé cet argument de détourner la fameuse phrase de Babel : « Quand la bourgeoisie me félicite, je me demande quelle bêtise j’ai pu commettre. », en : « Quand Macron reprend mes arguments, je me demande si ce n’était pas erroné de les utiliser ».
Enfin, pour décrypter complètement le discours de Macron, il ne faut pas passer à côté de cette phrase essentielle : « Tous ceux qui prétendent que la sécurité d’Israël passe par la violation de la souveraineté de tous ses voisins font une erreur funeste ! ». Comme la plupart des politiciens occidentaux, de gauche, de droite ou du milieu, mais pas seulement, Macron se place du point de vue du colonisateur. Il nous démontre que son problème, ce n’est pas le génocide à Gaza, mais la sécurité de l’entité coloniale sioniste. Et voilà pourquoi votre fille est muette ! Probablement perçoit-il le danger pour les impérialistes occidentaux, le discrédit croissant de l’État colonial génocidaire met en danger son existence, et leurs multinationales ont un besoin vital de ce prolongement organique.
Et le pire, la gauche colonialiste des bons sentiments suit. Mélenchon écrit sur X : « A l'ONU, Emmanuel Macron a tenu un discours de remords sur le Moyen-Orient. Ses propos sur les attaques et les invasions de Netanyahu contre ses voisins sont les mêmes qu'on a tenus depuis le début. La défaite morale du gouvernement de M. Netanyahu est totale. ». On pense toujours avoir touché le fond, mais il est encore possible de creuser. Comment mieux avouer que Mélenchon est d’accord avec Macron pour défendre la survie de l’État colonial sioniste génocidaire ? Comment croire qu’il peut être assez cruche pour croire que Macron aurait concocté « un discours de remords » ?
Le discours n’est pas et ne sera pas suivi d’actes. Le porte-parole du Quai d’Orsay a répondu à une journaliste que, pour le moment, on n’a pas réussi à distinguer les productions venant des colonies sionistes de Palestine occupée censées être interdites à l’exportation. Il faut s’en tenir là : Macron n’intervient pas pour le plaisir de nous envoyer de la poudre aux yeux, mais dans l’intérêt de l’entité coloniale sioniste. Il est une sorte de lanceur d’alerte pour le bloc impérialiste occidental, à la suite de ses collègues britanniques. Et tout le reste est littérature. Nous le savons bien, les discours de Macron lorsqu’il semble se préoccuper de la Palestine sont seulement des mots, à l’opposé des actions de l’État impérialiste français.
Dans cette littérature, il existe une pièce de théâtre dont tout le monde commence à comprendre les tenants et les aboutissants. Macron, Trump et Netanyahu ont depuis un moment mis en place un théâtre rythmé, ils prétendent ne pas être d’accord, sur la Palestine, sur l’Iran, ils jouent la rupture. Gageons le, la prochaine scène de ce spectacle pourrait bien être une nouvelle accusation d’antisémitisme de Netanyahu envers Macron. Ils sont tellement prévisibles et nous lisons tellement clair en eux !
N° 995 16/09/2026 Nous avons déjà eu l’occasion de parler du collectif « pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens » (Ça ne s’invente pas), regroupant presque toute la gauche officielle, du NPA version Besancenot et Poutou à EELV, d’autres organisations de la même mouvance (CGT, FSU, Solidaires, l’UNEF et l’Union Étudiante) et d’authentiques organisations de solidarité avec la Palestine (AFPS, UJFP, etc.). Malgré tout le respect que nous portons aux militants de la solidarité avec la Palestine dont les organisations en sont membres, nous avons, à plusieurs reprises, dénoncé ce collectif dont le nom même met sur le même plan colons et colonisés, et défend les deux standards de l’idéologie dominante, la pseudo solution à deux États et le sacro-saint droit international.
Le collectif en question vient d’écrire une lettre solennelle à Macron, une pratique assez répandue à gauche et dans les directions syndicales. Elle est l’occasion de révéler encore plus la vanité de ce collectif et son refus de prendre en compte le réel.
Pourquoi écrire à Macron ? Qu’est-ce que cet acte révèle ?
C’est effectivement la première question à se poser. Macron, on se doute, se moque comme de sa première chemise de ce que lui écrit le collectif, mais il doit garder précieusement le courrier, car c’est une preuve évidente d’intégration au système et de compromission. Les positions de Macron sont connues. Il est le fondé de pouvoir de multinationales, actrices de la colonisation de la Palestine, comme Carrefour ou BNP-Paribas. Il a accentué le virage de la diplomatie française initié par Sarkozy, rompant complètement avec les positions de De Gaulle, Pompidou et Chirac concernant le Moyen Orient en général et la question palestinienne en particulier. C’est un acteur politique important de l’impérialisme occidental dont l’État colonial sioniste est le prolongement organique, et, au même titre que ses autres dirigeants, il élève au rang de priorité la défense de l’entité coloniale, dont l’existence est vitale pour tous ces impérialistes. Il est opposé à la libération nationale de la Palestine. C’est un ennemi de classe, du prolétariat en France et ailleurs, du peuple palestinien en particulier.
Le principe même de la révélation de cette lettre, sans même en étudier le contenu, c’est le refus de considérer Macron comme un ennemi. On sait que la CGT, au nom de la lutte contre « l’extrême-droite », ayant remplacé le Capital comme ennemi, épargne et caresse sans cesse Macron, car il fait partie du monde de la « démocratie » et de la « République » entre autres billevesées. Manifestement, le collectif juste et durable est sur le même chemin. Cela révèle aussi, et c’est lié, un respect obséquieux des institutions, du « président de la République », une absence totale de remise en cause de la démocratie bourgeoise. Et ce respect nauséabond, nous indique la totale intégration au système des partis de gauche et des syndicats. Au lieu d’entamer le peu de crédibilité restant à la Vème République pourrissante et à celui qui l’incarne, le collectif contribue, au contraire, à essayer de les légitimer de nouveau.
Cette analyse devrait suffire à caractériser la démarche. Mais, le contenu de la lettre révèle des choses encore pires, alors, regardons-le.
La soi-disant « reconnaissance de l’État de Palestine »
Nos amis du collectif ont l’air tout surpris que la manœuvre politicienne de Macron et sa volonté d’effacer la perspective d’une Palestine libre n’aient pas eu de conséquences positives quant au sort des Palestiniens : « Si la reconnaissance de la Palestine par la France a été saluée comme un geste fort et a eu le mérite d’entraîner plusieurs États dans cette même démarche, force est de constater qu’elle apparaît aujourd’hui comme particulièrement vaine en l’absence de toute protection du peuple palestinien et de toute sanction pour contraindre Israël à se conformer au droit international. ». C’est ahurissant d’écrire cela à Macron. Car les résultats, ensuite dénoncés justement par le collectif, comme le cessez-le-feu inexistant à Gaza, sont exactement ceux souhaités par Macron. La manœuvre portée avec les Saoudiens en septembre 2025 avait pour but d’effacer la résolution de l’assemblée générale de l’ONU de septembre 2024, elle demandait des comptes à l’entité coloniale sioniste et exigeait son retrait de Gaza et de défendre la pire conception possible d’un « État » palestinien : un bantoustan désarmé où les impérialistes occidentaux pourraient décider de quelle organisation peut recevoir des subventions et de ce qui figure dans les manuels scolaires. De cela, le collectif ne dit pas un mot, préférant parler de geste fort. Un déni total du réel.
S’accrocher à ces chimères n’a aucune utilité pour les Palestiniens, la « reconnaissance » n’a rien changé à leur sort, au contraire. C’est à la fois une position obligée pour certains États impérialistes occidentaux, dont les peuples font preuve de solidarité avec la Palestine et, pour d’autres comme Macron, un moyen de fermer la porte à la libération nationale de la Palestine. Et voilà nos « justes et durables » le félicitant implicitement ! Pourtant, il est impossible qu’ils ne sachent pas que Macron est un ennemi du peuple palestinien.
La fable du droit international
Si la longue liste des méfaits des sionistes suivant cette phrase faussement naïve est parfaitement juste, elle se termine par cette autre phrase tellement révélatrice des positions du collectif hors du réel : « Nous ne sommes pas devant des violations ponctuelles du droit international, nous sommes devant une politique délibérée, menée par Israël depuis des décennies, qui vise à effacer le peuple palestinien, à lui rendre la vie impossible et à s’emparer de son territoire. ». Et, Macron ne le sait pas ? La suite est à l’avenant : « Cette politique n’a pu se développer que par l’impunité totale que la plupart des pays occidentaux, dont la France, accordent à l’État d’Israël. Cette politique du « deux poids deux mesures », de plus en plus flagrante, mine la crédibilité de la France et de l’Union européenne aux yeux du monde entier. ». Le collectif juste et durable vient de découvrir l’eau chaude. Mais, cette impunité, pourquoi ne pas se demander ce qui l’explique ? L’entité coloniale sioniste, pourquoi ne pas le dire, est une création des impérialistes occidentaux, servant leurs intérêts ?
Le paragraphe se termine par l’inévitable mention du « droit international » : « Elle met profondément en cause le droit international conçu au lendemain des horreurs de la seconde guerre mondiale. ». Disons-le encore une fois, le droit, international ou pas, est fonction du rapport de force. Le droit international est le droit des impérialistes dominants US, décidant ceux pouvant déroger aux règles et qui doit absolument les respecter. Ce n’est absolument pas une garantie ni une protection pour les peuples, c’est un ramassis de chiffons de papier. Cette volonté acharnée de parler, contre toute réalité, d’un droit mythique qui serait juste, est encore une preuve de l’alignement du collectif sur la démocratie bourgeoise, des efforts continus faits par ces organisations politiques et syndicales pour défendre le système capitaliste, sans le dire bien sûr, mais c’est tellement une vérité d’évidence.
Au nom de ce « droit international » le collectif qualifie l’agression impérialiste contre l’Iran seulement de « attaque unilatérale des USA et d’Israël ». Et, c’est pour dire que cette agression a mené à un « chaos mondial » en repérant uniquement la poursuite des attaques et des massacres sionistes sans relever ceci, désormais, les capacités militaires de l’impérialisme US au Moyen Orient sont considérablement atteintes avec les attaques iraniennes contre les bases impérialistes.
La « France » éternelle
Toujours dans la veine du soi-disant droit international, on retrouve les devoirs de la France : « La France, membre du Conseil de sécurité, a une responsabilité particulière. Elle doit s’exprimer haut et fort, notamment à l’occasion de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, et elle doit passer de la parole aux actes. ». La « France » est un concept vide de sens et, là encore, mythique. En réalité l’État français (concept ayant beaucoup plus les pieds sur Terre que la « France ») est un État impérialiste n’ayant qu’un objet : servir les multinationales, rendant impossible l’intervention de ses représentants dans le sens demandé par « juste et durable ». Car nos « amis » détaillent en trois points la signification de : « s’exprimer haut et fort ».
D’abord, il s’agit de : « rappeler l’engagement de la France pour le droit international et le respect des résolutions de l’ONU », c’est-à-dire donner un coup de vent dans un tuyau sonore, et rien d’autre. Macron et sa bande ne se livreront pas à un tel rappel, mais, s’ils le faisaient, ce ne serait que des parlottes. Rappelons, le texte juste et durable n’en parle pas, la dernière publication du ministre Barrot était une injonction pour que le Hamas (lire toute la Résistance) soit désarmé ; c’est-à-dire enlever aux Palestiniens de Gaza la seule chose empêchant l’armée d’occupation sioniste de s’emparer de la Bande.
Ensuite, nous avons : « condamner sans ambiguïté le génocide qui se poursuit à Gaza ». On peut toujours rêver. Tous les instruments, tant idéologiques que répressifs de l’État capitaliste macroniste font tout pour interdire le mot génocide et censurer ou poursuivre en justice celles et ceux qui le combattent, une telle demande n’a aucun rapport avec le monde réel.
Enfin, cela signifie : « exiger la fin de l’occupation par Israël du territoire palestinien, conformément à la résolution de septembre 2024 de l’Assemblée Générale de l’ONU qui a statué sur la mise en œuvre de l’avis consultatif de la Cour Internationale du Justice de juillet 2024. ». Or, la chose est impossible, car, comme nous l’expliquions plus haut, la résolution franco-saoudienne de septembre 2025, saluée par le collectif, dont il est question, avait justement pour but d’effacer celle ? évoquée dans l’extrait. En outre, quand on se préoccupe de désarmer la Résistance palestinienne, ce n’est certainement pas dans le but d’exiger la fin de l’occupation, mais au contraire, de permettre l’invasion complète de la Bande de Gaza par l’armée coloniale génocidaire.
Toute la série d’exigences justes qui suit se heurte à la ligne politique de Macron. En le câlinant l’on obtiendra pas la suspension (et non l’interdiction) des livraisons d’arme à l’État colonial sioniste, ni même en utilisant l’argument d’une tribune dans le très macronisteLe Monde signée par une centaine d’anciens ambassadeurs de France et du Royaume Uni, pour convaincre ayant rayé d’un trait de plume le corps diplomatique. C’est en le dénonçant et le combattant pied à pied, tant au sujet de la Palestine que de sa politique économique. Ce n’est assurément pas le choix fait par le collectif, étant donné la teneur de sa lettre.
La position vis-à-vis de l’entité coloniale sioniste
A un moment, les rédacteurs du texte semblent faire preuve de lucidité : « Il faut agir énergiquement pour faire comprendre aux forces politiques et à l’opinion israélienne qu’Israël devra rendre des comptes pour les crimes qu’il commet. Dans le contexte actuel d’impunité, une écrasante majorité de la classe politique israélienne se retrouve dans le déni des droits du peuple palestinien. ». Le déni des droits et même de l’existence du peuple palestinien ne se limite pas aux politiciens, mais est le lot de l’écrasante majorité des colons, d’origine européenne ou nord-africaine.
La conclusion logique serait d’appeler au démantèlement de l’État colonial sioniste ou, tout du moins, de s’interroger sur sa légitimité. Mais, bien entendu, comme il faut respecter la légalité bourgeoise nationale et internationale, ne pas dénoncer l’impérialisme français, nous n’avons rien de tout cela. Le texte ne demande même pas la rupture des relations diplomatiques avec l’entité coloniale sioniste. Pour nos « juste et durable », la Palestine, ce n’est pas le territoire colonisé par les Britanniques à partir de 1919, ce sont les trois petits bouts de Palestine, la Cisjordanie, Jérusalem Est et la Bande de Gaza ; ce qu’il est convenu d’appeler les territoires occupés de 1967. C’est le respect des résolutions de l’ONU, s’accrocher aux « deux États », comme si l’expérience d’Oslo n’avait pas montré que c’était la paix coloniale, alors que le réel a fait litière de cette chimère étant défendue seulement par la gauche occidentale n’ayant trouvé ce moyen de défendre l’existence de l’État colonial. C’est donc clair et logique : le collectif « juste et durable » n’est pas pour la fin de la colonisation, au passage, il ne parle jamais de la nature de cette colonisation ; car la seule manière de la voir cesser c’est que l’entité coloniale sioniste disparaisse en tant qu’État colonial et, donc, soit démantelée. Les « deux États », ce n’est pas la libération nationale de la Palestine, c’est le droit, pour les sionistes, de continuer à coloniser les trois quarts de la Palestine.
À propos de la répression d’État
Le texte, c’est peut-être à ce sujet, exprime le mieux la défense de l’État capitaliste français, car, à aucun moment, il ne dit que la répression contre les partisans de la libération nationale de la Palestine a été décidée au plus haut sommet de l’État et est totalement organisée par lui. C’est une marque essentielle de la politique de Macron. Et, pourtant, les signataires, a-t-on l’impression, veulent le mettre au courant de quelque chose qu’il ignore ou dont il n’a pas mesuré la portée : « Nous attirons tout particulièrement votre attention sur les abus de l’utilisation des outils de lutte contre le terrorisme, et notamment l’incrimination d’apologie du terrorisme, pour faire taire toute expression critique ou contextualisée sur les événements du 7 octobre 2023 et plus généralement pour condamner les voix qui soutiennent le peuple palestinien. ». Non seulement il le sait, mais lui , en octobre 2023, avait demandé au garde des sceaux de l’époque, Dupond-Moretti de pondre sa circulaire infâme sur l’apologie du terrorisme afin d’en faire l’instrument principal des forces de répression, police et, surtout, justice.
Comme il faut bien un responsable à cette vague de répression, de la même manière que LFI parlait de « ministre sous pression du CRIF », on incrimine les seules organisations sionistes de France : « La lutte contre toutes les formes de racisme, dont l’antisémitisme, est évidemment essentielle, mais il est intolérable qu’elle puisse être instrumentalisée par le réseau d’influence d’Israël pour tenter de faire taire les voix qui soutiennent les droits du peuple palestinien. », ou encore : « L’ensemble de ces pratiques, souvent promues de manière agressive par des organisations qui soutiennent inconditionnellement l’État d’Israël, sont une honte pour notre pays. ». Les organisations sionistes ou philo-sionistes jouent évidemment leur rôle, mais elles ne dirigent pas la police ni les tribunaux. Elles sont utilisées comme atout, comme subordonnée, dans la répression, mais c’est bien l’État qui l’a décidée et l’organise, ceci rend complètement idiote la répartie finale du texte sur ce sujet : « Nous vous demandons d’y mettre enfin un terme et de le faire savoir. ».
En conclusion
Tout le texte, de A à Z, est parcouru par ce déni de la nature impérialiste et du rôle de l’État capitaliste français et spécialement du président de la République. On aurait tendance à se demander quelle dose de naïveté il faut pour informer quelqu’un de choses qu’il sait déjà, puisque lui-même les a ordonnées ou pour lui demander de mettre fin à ce qui constitue un pilier de sa politique. Cela fait penser à une scène du film « Section spéciale » de Costa Gavras mettant en scène les débuts de la répression systématique contre les communistes en bafouant la règle essentielle du droit bourgeois français, l’absence de rétroactivité. Il n’est pas possible dit un avocat, le maréchal Pétain soit au courant et le magistrat du siège lui répond que ce serait difficile qu’il ignore un texte qu’il a lui-même signé.
Pourtant, la naïveté a bon dos. La volonté de rester dans le cadre de la démocratie bourgeoise est la véritable raison. Il s’agit, selon toute probabilité, d’une manœuvre politicienne destinée au « bon peuple » afin de lui dire : « Vous voyez, nous faisons quelque chose, nous écrivons à notre bien-aimé président et nous ne lui disons pas que des choses tendres. »., pour mieux cacher l’inaction quasi-totale des forces politiques de gauche et syndicales (nous ne parlons, bien sûr, ni de l’AFPS, ni de l’UJFP, ni des autres organisations) quant à la construction d’un mouvement de masse de résistance et de solidarité avec la Palestine libre en France. Nous le disons fréquemment, cette inaction s’explique par l’absence d’appréhension de la situation coloniale en Palestine et le poids historique de l’idéologie coloniale dans l’impérialisme français, et, corrélativement, par la négation du caractère impérialiste de notre État. Cette manœuvre est donc explicable, mais elle est vaine. Le « bon peuple » se fout de Macron et des gens lui écrivant. Cette lettre ne trompera personnes, surtout pas celles et ceux qui, comme nous, l’ont lue.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.