N° 999 14/10/2026 Le film de Yuval Abraham et Rachel Szor, Naza a été projeté dans les salles de cinéma en France les 12 et 13 octobre. Il a recueilli un immense succès, les spectateurs ont été fort nombreux. A cette occasion, le journal L’Humanité a consacré pas moins de cinq articles au film, se plaçant, pour l’essentiel, du point de vue de l’intérieur de l’État colonial sioniste. Le Parti Révolutionnaire Communistes a pour seul souci la libération nationale de la Palestine, de la mer au Jourdain. C’est donc à cette aune que nous étudierons la démarche de L’Humanité et le phénomène de la sortie du film dans notre pays et du monde qui s’est déplacé pour le visionner.
L’article présentant le film, signé de Michaël Mélinard, est à la fois dithyrambique à propos de l’opus et parsemé de tous les poncifs connus désormais par cœur concernant la guerre coloniale et de libération nationale en Palestine. Pour les poncifs, cet extrait de phrase les résume parfaitement : « victimes de la guerre lancée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour éradiquer le Hamas, à la suite des massacres et prises d’otages du 7 octobre 2023. ». Ce passage aurait pu être écrit dans n’importe quel journal qui ne soit pas défenseur acharné de Netanyahu. Le temps où les militants du PCF scandaient « Fermez la télé ! Lisez L’Humanité ! » est bel et bien révolu. La guerre n’est pas qualifiée de coloniale, elle est le seul fait du gouvernement Netanyahu et non du sionisme, d’ailleurs les mots « sionisme » et « colonisation » ne figurent pas dans l’article. L’intention prêtée à Netanyahu est d’éradiquer le Hamas, et non les Palestiniens, ceci justifie le point de vue des auteurs du film, évoquant les morts palestiniens comme des dommages collatéraux et non comme la cible de l’entité coloniale sioniste et de son armée d’occupation. L’utilisation, trois ans après, du mot Hamas et non de la Résistance palestinienne signifie peut-être que le journaliste ne sait pas que cinq organisations armées palestiniennes ont participé à l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », ou plutôt, ne veut-il pas le savoir. Enfin, la présentation de l’opération est conforme à l’idéologie dominante : massacres et prises d’otage.
Quant aux louanges pour Naza, nous sommes servis : « Naza est une déflagration. […] C’est avant tout un acte de résistance artistique en même temps qu’un travail de recueil de témoignages inouïs. Inouïs parce qu’ils concernent l’armée autoproclamée la plus morale du monde. Inouïs parce qu’ils éclairent les coulisses d’un génocide. Inouïs parce qu’ils montrent comment, sous couvert de lutte contre un groupe terroriste, les autorités israéliennes ont orchestré l’exécution de civils et parmi eux, de nombreux enfants. ». L’utilisation du qualificatif « inouï » est significative du rôle que les auteurs et les thuriféraires du film veulent voir jouer à cette œuvre. Étymologiquement, « inouï signifie » : qui n’a pas été entendu auparavant. Mélinard nous vend du réchauffé pour un plat original. Nous le savons depuis belle lurette, l’entité coloniale sioniste, et non les seules autorités « israéliennes » ont orchestré non pas l’exécution mais l’assassinat collectif de civils. A ce sujet, rien n’est dit sur le point de vue restreint du film, parle uniquement des victimes d’opérations ciblées et non des bombardements à l’aveugle ni des « doubles frappes » où l’on revient pour frapper les sauveteurs. A mots à peine couverts, Naza est présenté comme un événement nous informant de choses que nous ne saurions pas. Pour nous qui avons lu les écrits des Palestiniens de Gaza, vu leurs images et leurs vidéos, cette vision colonialiste où la parole du colon est seule prise en compte, a quelque chose de repoussant et de profondément inhumain.
La seconde partie de l’article aborde les détails sur le contenu du film. On y évoque : « les explications, les aveux, les justifications ou les regrets exprimés par ces 24 militaires ou membres des services de renseignements », ceux-ci « confirment le peu de cas fait de l’humain. ». Nous avions donc besoin d’une confirmation ? Et, plus loin : « On est pris de sidération quand les témoins reconnaissent l’utilisation létale de l’IA. ». Comme si on ne le savait pas, comme si leur confirmation était essentielle pour croire cette réalité. Et, dans la façon de parler de « la mise sur écoute du téléphone d’enfants de membres présumés du Hamas », le meurtre des enfants est illégitime on le sent, mais que celui des membres présumés serait licite. L’Humanité ne défend pas les combattants de la libération nationale de la Palestine, mais se contente de mettre sur le même plan des belligérants aux torts partagés. Enfin la mise sur le même plan des colonisés et des colonisateurs se confirme : « L’intérêt du film réside aussi dans la mise en perspective de ces discours. Ni le 7-Octobre ni le génocide de Gaza ne sont occultés ». Mélinard nous rassure, Yuval Abraham, en 2024, a recraché les mensonges de la propagande sioniste à propos des soi-disant viols de masse, il n’a pas oublié le 7 octobre, et confirme implicitement que, pour L’Humanité, on ne saurait parler du génocide sans aussi aborder le 7 octobre du point de vue des colons, donc une catastrophe et non un acte de Résistance.
Nous avons ensuite trois articles analysant l’impact du film sur la société de l’entité coloniale sioniste, dont deux entretiens. Dans le premier, Pierre Barbancey, journaliste depuis longtemps spécialiste du Proche Orient pour L’Humanité, interroge Gadi Algazi, historien vivant à Tel Aviv. Il fait du personnage, en début d’article cette présentation: « Gadi Algazi est professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv et cofondateur de l’association judéo-arabe Taayoush (Vivre ensemble), qui allie actions pacifiques et réflexions afin de lutter contre les escalades de violence en Israël et en Palestine. Il a été emprisonné pendant dix mois pour avoir refusé de servir dans les territoires occupés en 1979. Il a été l’un des premiers de ceux qu’on appelle maintenant les refuzniks et, à l’époque, a été libéré de prison grâce à une campagne citoyenne en sa faveur. ». Il s’agit, bien entendu de présenter cette personne, vivant au sein de l’entité sioniste, comme un pacifiste et un antisioniste, ce qu’il est peut-être. Mais, le plus important dans cet extrait est que Pierre Barbancey écrit : « en Israël et en Palestine », ce qui signifie qu’il est favorable au maintien de l’État colonial sioniste et non à la libération nationale de toute la Palestine.
Interrogé sur l’impact du film dans l’entité coloniale sioniste, notamment sur les nombreuses critiques de gens n’ayant pas vu le film, Gilad Algazi répond : « La plupart des Israéliens – y compris ceux qui se pensent libéraux et les journalistes sérieux – ont simplement ignoré les enquêtes approfondies publiées dans Local Call, The Guardian, The New York Times et ailleurs. Ils ont ignoré les importantes révélations de Yuval Abraham lui-même, qui sont en partie documentées dans Naza. Ils ont demandé des preuves supplémentaires comme si ces enquêtes n’avaient jamais été publiées, alors même qu’elles n’ont jamais été falsifiées ni démenties par l’armée. Pour moi, cela signifie qu’il ne faut pas sous-estimer le pouvoir du cinéma, même aujourd’hui, pour affronter le déni collectif. ». L’entretien est comme un écho à Naza. Dans les deux, nous avons seulement le point de vue des gens de l’entité coloniale et ce qu’exprime Algazi le montre bien. Il ne parle pas de l’immense documentation des crimes de l’armée d’occupation par les Palestiniens de Gaza. Pour lui, cela n’existe pas. Il y a uniquement les media occidentaux ou le citoyen sioniste Yuval Abraham pouvant enquêter sur les massacres de l’armée d’occupation et la guerre coloniale.
Le point de vue de Gilad Algazi sur l’état de la société coloniale sioniste est celui-ci : « comme dans d’autres sociétés impliquées dans des crimes coloniaux et des guerres de destruction, le déni est omniprésent, et le film menaçait de le saper. ». Il en fait une analyse et une description très juste : « D’abord, le déni est lié à une combinaison de peur et de suprémacisme. La peur populaire existe bel et bien, elle n’est pas simplement fabriquée et exploitée par le gouvernement ; elle est authentique, mêlée aux souvenirs du 7-Octobre, et elle sert à rendre les gens insensibles aux destructions massives provoquées à Gaza et ailleurs par l’État israélien. C’est un cas typique de mémoire sélective dans des sociétés qui ne pleurent que leurs propres victimes. Mais c’est là qu’intervient l’autre aspect : la peur se combine au racisme et au suprémacisme, à l’attachement des Israéliens à l’image des gens « civilisés » et vertueux – encore une fois, un classique des sociétés coloniales. Dans cette logique, les barbares sont toujours à l’extérieur, ce sont les autres. ». La question qui se pose est : la machine décrite par Algazi est-elle bien le déni ? Bien sûr les colons sionistes sont formatés, un nombre important doit refuser d’envisager les crimes de l’armée d’occupation. Mais beaucoup, aussi, connaissent parfaitement la vérité de tout cela et n’en ont cure. Le reproche fait à Naza par les sionistes n’est pas de casser l’omerta, il suffit d’entendre Ben Gvir, Netanyahu lui-même ou certains animateurs des TV pour savoir que ces choses peuvent se dire. Mais dans un cadre unique, celui de l’entité coloniale sioniste. Le film, comme la procureure ayant révélé les viols perpétrés par les soldats sur les Palestiniens, met à mal l’image internationale de l’État colonial sioniste. Pour les sionistes, qu’ils assument les massacres ou pas, Naza n’est pas une opération de sape du déni, mais une trahison. Cette question, sous cette forme-là, n’est pas abordée dans l’entretien.
Le second entretien est mené avec le sociologue Avishai Ehrlich, ainsi présenté : « Avishai Ehrlich est professeur honoraire de sociologie politique au Collège académique de Tel Aviv-Jaffa. Il est spécialisé dans les conflits comparés prolongés et a également enseigné à l’Université Middlesex-de-Londres, à l’Université York de Toronto, à l’Université de Tel Aviv et à l’Université de Nicosie. Il est particulièrement actif au sein de la gauche antisioniste en Israël. ». La discussion tourne essentiellement autour de l’attitude des chefs de l’armée. Ehrlich nous dit sans ambages le réel : « Depuis le début de la guerre, l’armée a adopté une position claire : elle ne souhaite pas que des journalistes photographient ses opérations ou soient présents à ses côtés sur le terrain. Ce n’est donc pas nouveau. L’armée n’aime pas que l’on voie ce qu’elle fait. Elle a refusé ce droit aux journalistes palestiniens de Gaza, dont beaucoup ont été tués tout comme elle a interdit aux journalistes israéliens de se déplacer avec les troupes. Elle a aussi empêché la presse étrangère de se rendre dans les zones de combat. L’armée dispose de son propre porte-parole ; c’est par son intermédiaire qu’elle communique les informations ou relate les événements. C’est ainsi qu’ils contrôlent l’information et empêchent le public de voir ce qu’ils font. ». Même s’il ne s’agit pas là d’une révélation, mais plutôt d’une évidence, il est important que ce constat soit posé sur la table. Ne serait-ce que pour aider les lecteurs de L’Humanité à mieux appréhender le rôle d’Olivier Rafowicz, porte-parole de l’armée d’occupation sioniste sur nos antennes.
Ensuite, Avishai Ehrlich donne son analyse en répondant à la question sur les raisons de la peur du film qu’aurait l’armée coloniale : « Le film interroge : la guerre menée par Israël n’est-elle pas devenue un crime au regard du droit international. La question est cruciale pour l’armée israélienne car celle-ci s’appuie sur ses relations avec des armées et des États extérieurs. C’est une armée moderne et très technologique. Elle s’entraîne avec les Américains, elle travaille avec les Britanniques, avec les Français, avec tout le monde. […] La position d’Israël en Europe et aux États-Unis dépend dans une large mesure du fait qu’Israël ne soit pas traduit devant le tribunal international de La Haye, pas contesté comme étant illégal. ». Ce point de vue montre une grande illusion quant aux instances internationales et au mythique « droit international », mais surtout, il occulte ou ne comprend pas les véritables raisons du lien entre l’entité coloniale sioniste et les puissances impérialistes occidentales, ce lien faiant qu’au cas fort improbable où Netanyahu serait condamné, les impérialistes occidentaux feraient comme si de rien n’était. Le rôle des impérialistes occidentaux dans la création de l’entité sioniste, leur État tampon, leur citadelle et leur tour de contrôle au Proche Orient, le soutien sans réserve qui a suivi, la participation active de leurs multinationales à la colonisation de la Palestine, tout cela va à l’encontre des affirmations d’Ehrlich.
Pour en terminer avec Avishai Ehrlich, voici deux autres extraits de ses réponses : « Cela soulève une question très importante, non seulement pour les Israéliens, mais aussi pour les autres armées. Est-ce que les lois internationales, telles qu’elles existent actuellement, sont vraiment respectées notamment avec les bombardements américains en Iran ? Sont-ils conformes au droit international de la guerre ? Non. », et, plus loin : « Cela remet en question l’idée selon laquelle les dirigeants israéliens font la guerre pour se défendre, car la seule solution qu’ils voient est d’expulser toute la population palestinienne. Par ailleurs, ils ne peuvent plus se réfugier derrière l’idée selon laquelle cette armée respecte le droit international. » ; tout cela est accompagné de l’habituelle critique de Trump s’en prenant pêle-mêle à l’ONU, la CPI et au fameux « droit international ». Rappelons-le, le droit international c’est le droit de l’impérialisme occidental, et particulièrement de l’impérialisme US. Les règles en ont été fixées en 1991, 1992 et après par Bush père et Clinton au nom de leurs multinationales. Ces règles, pour l’essentiel, ne sont pas les mêmes pour tous, il en existe auxquelles les occidentaux seuls peuvent se soustraire, mais que les autres pays doivent appliquer à la lettre. Les multinationales US via leur fondé de pouvoir Trump ont décidé que le vernis de la « démocratie » et du « droit international » était usé et qu’il pouvait sauter. Quant à la CPI, elle n’a pas été créée pour juger des dirigeants du prolongement organique de l’impérialisme occidental. Trump lui rappelle quelle mission était la sienne quand elle fut portée sur les fonts baptismaux. En réalité, les dirigeants sionistes ou US, et même occidentaux en général se moquent éperdument du droit. Et si la rhétorique « Israël se défend » est usée, il reste celle, beaucoup plus utilisée depuis quelques temps par les dirigeants sionistes de la pointe avancée de la lutte de la civilisation contre la barbarie, le vieux credo colonialiste au nom des soi-disant valeurs de l’Occident capitaliste, les « Droits de l’Homme » de Voltaire.
L’Humanité fait donc le choix de tenter de mesurer l’impact de Naza sur ce qu’il est de bon ton d’appeler la « société israélienne », le cloaque dans lequel se meuvent les sionistes. C’est évidemment un choix politique de focaliser sur l’entité sioniste alors qu’il est évident, à la lecture même des entretiens et d’un article de Pierre Barbancey dont nous n’avons pas parlé, que le film n’aura aucun impact sur les colons sionistes. Le film n’est pas destiné à ce public, mais à la « gauche » des États impérialistes occidentaux, européens surtout. Il est destiné à ceux dont l’imprégnation par l’idéologie coloniale fait qu’ils n’ont pas voulu ou pas pu croire les dires des Palestiniens de Gaza, ce dont ils témoignaient et fournissaient les preuves, mais voulant bien croire à partir du moment où ce sont les assassins de l’État « démocratique » sioniste qui le dise, plus encore dans un film réalisé par des « sionistes de gauche ». La mise en scène anonyme des acteurs permet de les faire passer pour courageux, de les humaniser, finalement. Et, à aucun moment on n’y entend le point de vue des Palestiniens. C’est donc tout à fait adapté à ceux parlant de paix sans évoquer la question coloniale ou encore à ceux qui expliquent aux Palestiniens comment résister ou encore à ceux ne voulant pas entendre parler de la lutte armée, parce que le Hamas…
Le flot important des spectateurs de Naza se retrouvera-t-il dans les rassemblements ou manifestations de solidarité avec la Palestine libre ? Il est permis d’en douter. Dans le dernier article de L’Humanité évoquant la distribution du film et le rôle trouble de MK qui le diffuse, une directrice de cinéma d’art et d’essai a cette répartie : « C’est quand même problématique que ce film soit quasiment, je n’ose dire vendu comme un produit, mais utilisé pour faire un coup. C’est un peu inquiétant par rapport à ce que représente ce film politiquement. ». S’il y a une opération commerciale, le « coup » est surtout politique. Il s’agit de drainer les gens vers un film ne remettant pas en cause l’entité coloniale sioniste, donnant à penser qu’une partie des sionistes serait fréquentable, et rendant nécessaire le biais énorme de la parole des sionistes pour croire ce que l’on sait depuis trois ans et même depuis bien plus longtemps sur la nature du régime sioniste. La vision du film Naza permet justement d’occulter. Et c’est sans prix pour les idéologues de l’impérialisme français. Le nombre important de spectateurs qu’aura eu Naza en deux jours n’aura aucun impact sur l’importance du mouvement de solidarité avec la libération de la Palestine. Il permet, au contraire, de mesurer l’importance du nombre de ceux qui ne le rejoindront pas, prisonniers qu’ils sont de l’idéologie coloniale. Si l’on compare simplement avec le nombre de spectateurs de La voix de Hind Rajab ou Palestine 36 ou encore L’affaire Abdallah ou de toute autre réalisation de cinéaste ou vidéaste palestinien, on comprend vite le hiatus et pourquoi ces films n’ont pas bénéficié de la même promotion et la même large diffusion que celui de Yuval Abraham et Rachel Szor.
Cette foule nombreuse qui est allé voir Naza a, qu’elle le veuille ou non, participé à une opération d’envergure pour occulter la colonisation et écarter le point de vue des Palestiniens, sans remettre en cause l’entité coloniale sioniste, sans donner la parole aux Palestiniens, sans partir de leurs témoignages, on ne combat ni le génocide ni l’oppression coloniale de la Palestine.
N° 998 08/10/2026 Le « sept octobre », c’est un peu comme le « onze septembre », chacun a le sien. Les uns déplorent la destruction des tours jumelles en 2001, les autres le coup d’État fasciste de Pinochet, en 1973. Pour le sept octobre 2023, il s’agit de deux interprétations du même événement. Nous avons tous les sionistes, qui déplorent la mort de pas mal d’entre eux, quand, à leur grande surprise, les Résistants palestiniens sont sortis du camp de concentration et ont infligé une défaite majeure à l’entité coloniale sioniste. Mais on compte aussi, très nombreux, les philo-sionistes, autant dire la « gauche » politique, dénonçant l’action de Résistance comme ce qu’ils appellent la réponse des sionistes et le génocide actif qui va avec. On peut aussi évoquer ceux nous disant que Netanyahu soit a refusé d’entendre les alertes, soit a sciemment laissé faire afin d’avoir un prétexte pour le génocide.
Tous ces gens, des sionistes les plus réactionnaires, à ceux qui croient aider les Palestiniens en disant : Netanyahu a tout organisé afin d’avoir un prétexte ont un fond idéologique commun : celui du refus d’envisager la question coloniale. Et pour cause, ils sont eux-mêmes imprégnés par l’idéologie coloniale, celle-ci a, en France, une force et un impact non connu, du moins avec cette ampleur, des autres pays du bloc impérialiste occidental, fussent-ils eux-mêmes des puissances néocoloniales au lourd passé colonial, comme la Grande Bretagne. Cela nous amène au fait suivant : seulement deux manières de concevoir l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », soit une action « terroriste » ou, en tout cas, meurtrière, soit une action de Résistance essentielle dans le cadre de la lutte de libération nationale de la Palestine. Le Parti Révolutionnaire Communistes adopte, évidemment, le second point de vue, le seul anticolonialiste. Nous développerons cette position après un examen des positions de la gauche dite radicale, à la lumière de leurs écrits le 7 octobre 2026, des prises de position à la date anniversaire.
Même la « gauche » est colonialiste dans ses positions sur la Palestine
Dans un article précédent, où nous évoquions la « preuve par la Palestine », nous montrions en quoi la question palestinienne permet d’éclairer sur ce qu’est réellement la « gauche » politique, un courant idéologique au service du Capital, miné par l’idéologie coloniale. Ce sept octobre 2026 n’a apporté aucune contradiction à cette analyse, bien au contraire. La « gauche » considérée comme la plus radicale, est adepte du colonialisme des bons sentiments, elle n’est décidément pas au rendez-vous de l’histoire. Ses expressions continuent de mettre dos à dos un peuple colonisé et un État colonisateur, en condamnant toutes les « violences », y compris la résistance anticoloniale, en parlant de paix et jamais de libération de la Palestine. Les différents messages des dirigeants de « gauche radicale » ne comportent aucune allusion à la directive Hannibal, ni au statut de colon de la plupart des morts de l’opération « déluge d’Al-Aqsa » dans le camp sioniste. On se demande même, en les lisant, s’il s’est passé quelque chose en Palestine avant cette date fatidique.
Chez LFI, le silence semble être la ligne. Probablement pour des raisons électorales, les dirigeants insoumis n’ont pas posté de message concernant le 7 octobre 2023 sur les réseaux sociaux. Nous pouvons seulement nous mettre sous la dent une réponse d’Aymeric Caron contenant cet extrait : « Netanyahou, celui qui a permis le financement du Hamas, celui qui savait pour le 7 Octobre et qui a laissé son peuple se faire massacrer. », nous ressort la vieille fable sioniste de l’incompétence des colonisés palestiniens, incapable de surprendre et d’entamer la crédibilité de l’entité coloniale sioniste seule, ayant donc forcément été aidées. Heureusement pour nous, Manon Aubry, n’est pas forcément le couteau le plus affûté du tiroir, n’a pas tenu compte de ce qui semble être une consigne et a publié un texte vallant son pesant d’or : « Il y a 3 ans, plus de 1200 femmes, hommes et enfants étaient assassinés par le Hamas et 251 personnes étaient prises en otage. Des vies innocentes balayées dans l'horreur absolue. Mes pensées vont aux victimes et à leurs proches. Nous n'oublions ni leur douleur ni le traumatisme collectif qu'est le 7 octobre pour les Israéliens. La vengeance aveugle sur tout le peuple palestinien perpétrée dès le lendemain et depuis 3 ans par l'État d'Israël et Benjamin Netanyahou est source d'une souffrance incommensurable. Le génocide à Gaza, la colonisation et l'apartheid en Cisjordanie sont insupportables et contiennent en germe la perpétuation des souffrances et de la violence. La justice, le droit international et la paix sont les seules issues pour briser ce cycle infini et qu'enfin Israéliens et Palestiniens puissent cohabiter. ». Ce texte est un modèle du genre, on y trouve tous les poncifs de la propagande sioniste. Citons, pêle-mêle, le Hamas au lieu de la Résistance palestinienne ; le « traumatisme qu’est le 7 octobre pour les Israéliens », on croirait lire du Horvilleur ; la « vengeance aveugle sur tout le peuple palestinien », reprenant la fable du génocide comme riposte, et, sous-entend qu’une vengeance contre les seuls Résistants eût été légitime : la question palestinienne limitée à Gaza et la Cisjordanie ; bien entendu l’évocation du mythique « droit international » n’est rien d’autre que le droit impérialiste occidental ; et le concept de paix entre colonisés et colonisateurs. Même si le mot colonisation y figure, ce texte n’appréhende en aucune manière la question coloniale. Tous les militants de la solidarité avec la Palestine voyant en LFI des parangons de vertu de la lutte pour la libération de la Palestine devraient lire ce message, afin de revenir sur Terre. LFI est bien dans la mouvance colonialiste des bons sentiments.
Et le PCF compte également parmi ses membres. Fabien Roussel s’est fendu de deux expressions. La première condamne la Résistance des colonisés : « Il y a 3 ans, 1 200 Israéliens, hommes, femmes et enfants, étaient massacrés par le Hamas dans une opération terroriste parmi les plus meurtrières de ce siècle. Nos pensées les plus sincères aux familles et aux survivants. Que la justice et la paix l’emportent enfin. ». Passons sur les Palestiniens, mais aussi les Thailandais, Philippins, Sri-Lankais, Népalais également morts ce jour-là, non cités par Roussel. Son écrit est le prototype de la doxa sioniste. Le second nous entraîne dans la mise sur le même plan des colonisés et des colons : « Le 7 octobre nous rappelle que le terrorisme doit être condamné sans aucun état d'âme. Depuis l’attaque du Hamas un autre terrorisme sévit, celui de Benjamin Netanyahou et son gouvernement qui pratiquent un véritable terrorisme d’État. ». Tout en dénonçant l’action de l’entité coloniale sioniste (qu’il n’appelle jamais ainsi), Roussel valide le concept de « terrorisme », directement issu de la propagande impérialiste occidentale. Est-ce que ce « terrorisme », non défini par Roussel, signifierait la lutte armée anticoloniale ? Après ce texte, on peut légitimement se poser la question. Enfin, pour Roussel comme pour Aubry, nous ne voyons nulle appréhension de la question coloniale.
Lutte Ouvrière, on le sait, est dans une autre logique, mais ne perçoit pas plus que les deux autres la question coloniale. C’est la raison de cette non-perception qui est différente. Nathalie Arthaud nous écrit ce résumé de la pensée de LO sur la question coloniale en général, justement : « Le 7 octobre a rappelé de la pire des façons que la guerre permanente de l'État d'Israël contre les Palestiniens ne laissera jamais les Israéliens en paix. Un peuple qui en opprime un autre ne peut être libre. La population israélienne est, elle aussi, victime de la politique d'extermination de ses dirigeants contre les Palestiniens. Face aux impasses sanglantes du sionisme et des nationalismes, la seule perspective est la solidarité de tous les exploités du Moyen-Orient contre leurs propres dirigeants et contre l'impérialisme ! ». Si LO n’est pas anticolonialiste, c’est à cause de son idéologie internationaliste anti-nation. Elle met sur le même plan le sionisme, idéologie coloniale, raciste et fascisante et le nationalisme, non pas des peuples du centre impérialistes, mais des peuples colonisés aspirant à la libération. Cela rejoint le discours de LO sur les migrations forcées d’Africains (ou autres) qui fuient la misère, la guerre, le dénuement, en espérant un avenir moins sombre dans les pays du bloc impérialiste occidental. LO parle de « libre circulation des hommes », refusant de réfléchir aux causes des migrations. Mais surtout, ce slogan de libre circulation justifie parfaitement l’arrivée en Palestine des colons européens, donc l’entreprise des impérialistes britanniques d’installer un État tampon en Palestine, devenu le prolongement organique de l’impérialisme occidental. Là encore, il s’agit de colonialisme des bons sentiments. Nous y trouvons des plaintes concernant la population « israélienne » elle serait maltraitée par son gouvernement, alors qu’il s’agit de colons, parfaitement en phase avec Netanyahu quant au génocide.
Enfin, nous n’avons trouvé aucun écrit de la CGT ni de ses responsables. La centrale syndicale s’est tenue largement à l’écart du mouvement de solidarité, très vite construit en France, même s’il reste peu nombreux. Si certains de ses militants ou certaines de ses structures ont participé activement à la solidarité en faveur du peuple palestinien, la direction confédérale s’est contenté d’appeler tous trois à six mois, à une manifestation pour « une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens », c’est-à-dire une position, non seulement colonialiste, mais, en outre, totalement en-dehors de la réalité. Le silence de la direction de la CGT le 7 octobre 2026, gageons le, a pour seule explication, contrairement à celui de LFI, que la franche indifférence ressentie par la direction confédérale de la CGT, pour la situation en Palestine et la question coloniale en général. Sophie Binet, reproche souvent à X ou à Y de ne pas avoir retenu les leçons de l’histoire, elle ferait bien de se pencher sur celle de la CGT et prendre connaissance de son passé anticolonial.
Le sens du « sept octobre » pour les militants révolutionnaires
S’il n’a pas ébranlé le monde, comme le sept novembre 1917, le sept octobre 2023 a eu un impact décisif sur l’avancée de la cause palestinienne, en Palestine même et pour la conscience des travailleurs et des peuples du monde.
Il ne s’agit, en aucun cas, rappelons le, du début de quoi que ce soit. C’est un événement dans la longue série des actes de la Résistance palestinienne contre la colonisation et l’occupation de la Palestine par les colons occidentaux sionistes, un événement parmi les nombreux dont est émaillée la guerre coloniale menée par les impérialistes occidentaux et leurs supplétifs, les colons sionistes face à la guerre de libération nationale menée par la Résistance palestinienne.
Cette attaque de la Résistance est totalement légitime. Nous ne disons pas cela au nom du « droit international », une chimère dont nous ne reconnaissons pas la légitimité, mais au nom de la logique de lutte des classes. La colonisation moderne s’est déroulée au début du stade impérialiste du capitalisme, avec la conquête de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie par les grandes puissances impérialistes occidentales, essentiellement les trois premières, la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne. Cela représente une strate supplémentaire de la lutte des classes, celle des capitalistes des pays impérialistes, non contre leur propre prolétariat, mais contre le prolétariat des peuples opprimés par le colonialisme, et même contre une partie de la Bourgeoisie des pays colonisés. Au besoin, ces mêmes capitalistes ont utilisé une petite partie de leur propre prolétariat afin d’installer des colons. Dans ce cadre, toute action, quelle qu’elle soit, y compris armée, de la part des colonisés contre l’État colonial est parfaitement légitime.
Par ailleurs, le grand mérite de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », c’est d’avoir fait sortir la question palestinienne de dessous le tapis où elle était destinée à rester pour que l’entité coloniale sioniste puisse bénéficier des accords d’Abraham avec l’ensemble des pays de la région. Le peuple palestinien a payé et paie un prix exorbitant, mais il continue de résister et sa Résistance armée n’est toujours pas vaincue. Et surtout, les travailleurs, les peuples du monde entier ont, peu à peu, vu le visage des génocidaires et compris la philosophie de l’État colonial sioniste. De plus en plus de travailleurs, dans le monde, perçoivent l’horreur du génocide et le caractère insupportable de la colonisation de substitution. Le problème, comprennent-ils, n’est pas seulement le gouvernement de Netanyahu, mais bien le sionisme dans son ensemble, de son projet à sa réalisation. L’entité coloniale sioniste est aujourd’hui un État paria, condamné par les peuples du monde et beaucoup le veulent voir disparaître. Cette évolution positive dans la perception du sionisme a une seule cause, l’attaque du 7 octobre 2023, organisée par cinq mouvements armés de Palestine. La Résistance a donc préservé la cause palestinienne, destinée à mourir de sa belle mort par les occidentaux et les dirigeants arabes, et certainement pas les compradores de Ramallah.
Analyser l’action de la Résistance, implique de faire de même pour les collaborateurs installés à Ramallah, à l’issue du processus d’Oslo, de la paix coloniale. Dans tout processus de colonisation au temps du stade impérialiste, la Bourgeoisie locale se range dans deux camps, la Bourgeoisie compradore accepte la domination coloniale et en tire tous les avantages matériels possibles. Il se dessine au contraire une Bourgeoisie nationale diverse sociologiquement, mais unie sur la volonté de chasser le colonisateur, soit qu’elle soit au moins en partie brimée, soit qu’elle ambitionne de devenir la classe dominante du pays libéré. Si le Fatah de Yasser Arafat a représenté la parole de la Bourgeoisie nationale, essentiellement une petite bourgeoisie, et a joué un rôle essentiel dans la Résistance, la clique de Mahmoud Abbas représente, quant à elle, la Bourgeoisie compradore. Les « forces de sécurité » palestiniennes, environ 60 000 hommes aux ordres d’Abbas, sont seulement des flics supplétifs des sionistes, et Abbas lui-même ne tient son maigre pouvoir que de la volonté des dirigeants sionistes et, surtout, des occidentaux de l’Union européenne agitant le masque de la reconnaissance d’un « État palestinien », contraints par le rapport de force mondial, mais à usage essentiellement interne. Pour tenter de continuer à faire croire qu’ils ne sont pas complètement philo-sionistes, ils ont besoin de la figure d’Abbas, qui les remercie régulièrement pour leur action, consistant pourtant à tenter de nouveau d’enterrer la cause palestinienne.
La Bourgeoisie nationale, n’est certes pas la classe la plus à même de mener le combat pour une véritable libération nationale, c’est bien entendu le prolétariat. Partout où la libération nationale s’est faite sous la direction de cette frange de la Bourgeoisie, passés les premiers dirigeants, elle s’est parfaitement contentée de devenir la classe dominante d’un pays devenu indépendant. Le montrent l’évolution de l’Égypte après Nasser, de l’Algérie après Boumediene, et, à un degré moindre, car l’école et la santé continuèrent d’être gratuites, de la Syrie et de l’Irak après l’éviction des premiers dirigeants du mouvement Baasiste, par Hafez El-Assad ou Saddam Hussein. Lorsque le mouvement ouvrier dirige le processus de libération nationale, cela donne le Vietnam, ceci est totalement différent. Néanmoins, quand le prolétariat est trop faible, il faut être aux côtés de la Bourgeoisie nationale, qu’elle soit représentée par le Fatah ou le Hamas, afin de mener le combat pour la libération nationale. Les organisations palestiniennes marxistes-léninistes, le FPLP et le FDLP, sont donc, logiquement, aux côtés du Hamas afin de mener la lutte de libération nationale.
En conclusion
Le sept octobre 2023 est donc bien un moment de la libération nationale de la Palestine. Il doit être considéré comme tel, sans larmes de crocodiles sur les colons tués, en tant que colons ; sans voir seulement les victimes palestiniennes qui ont suivi ; sans exprimer de doutes sur l’idéologie du Hamas, ce n’est pas notre rôle de militants au sein du centre impérialiste ; sans sous-estimer l’état actuel de l’entité coloniale sioniste, plus près de sa fin que beaucoup ne le pensent.
L’opération « Déluge d’Al-Aqsa » ouvre la voie vers la libération de la Palestine, du fleuve à la mer, c’est un acte majeur du combat de classe contre les colons sionistes et contre les Bourgeois capitalistes occidentaux, elle est une première marche vers le démantèlement de l’État colonial sioniste.
Le parti Révolutionnaire Communistes soutient la Résistance palestinienne sous toutes ses formes et combat ses ennemis philo-sionistes, des partisans de Netanyahu à ceux de la résolution de l’ONU de septembre 2025, en passant par toutes celles et tous ceux qui parlent de « paix entre Palestiniens et Israéliens », fût-elle juste et durable, et refusent le combat pour la libération nationale de la Palestine.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
N° 997 01/10/2026 Ce lundi 28 septembre, Delphine Horvilleur, personnalité sulfureuse de la sphère sioniste, exerçant des fonctions de rabbine, a donné une interview à Libération, dont le journal macroniste a fait toute une publicité en érigeant à sa Une, une photo et une citation de la dame en question. Nous avons déjà parlé de Delphine Horvilleur. Elle fait partie de cette petite-bourgeoisie sioniste, étiquetée à « gauche », parfois été pire dans ses réactions à l’attaque anticoloniale du 7 octobre 2023 que les plus réactionnaires des sionistes.
Après avoir vomi sur les défenseurs de la Palestine, tenté en permanence de faire tourner la discussion autour de leur qualification mensongère de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », le vent tournant, les sionistes de « gauche » français, Horvilleur ou Yohann Sfar ou encore Anne Sinclair ont mis de l’eau dans leur vin, mais sans jamais faire aucun mea culpa, notamment, pour ce qui est des deux premiers, à propos de leur insupportable harcèlement vis-à-vis de l’humoriste Blanche Gardin, vouée aux gémonies pour un sketch où elle se moquait de l’instrumentalisation de l’antisémitisme concernant condamner les partisans de la Palestine et se retrouve depuis quasiment sans engagement.
Cette interview, certains disent est un énième épisode de ces revirements forcés afin de rester audibles. Pour nous, la question est plus complexe. Il existe, de manière évidente, une campagne menée par une partie des media, donc une frange de la Bourgeoisie, pour mettre en avant le sionisme de gauche comme acceptable, en restreignant la responsabilité du génocide, que le mot soit dit ou pas, au seul « Netanyahu d’extrême droite ». Et, bien sûr, pour cela il faut essayer de les blanchir, ils doivent donc parler des Palestiniens qui sont le cadet de leurs soucis, faire semblant de les prendre en compte, d’arrêter de les déshumaniser. Pour autant, nous ne nous prononcerons pas sur le fait que Horvilleur ait franchement décidé d’être hypocrite pour se refaire une virginité, et ce pour deux raisons. La première, c’est que, si l’opération existe, comme nous l’avons dit, elle n’est pas destinée à sauver Horvilleur ou quelque autre individu, mais à sauver l’image de l’État paria, l’entité coloniale sioniste. La seconde est que le naturel revient au galop même si on essaie de le chasser et que les paroles d’Horvilleur traduisent exactement le mode de pensée global de la gauche sioniste génocidaire, aujourd’hui, depuis le 7 octobre 2023, et bien avant.
A ce titre nous analyserons l’interview de la rabbine, comme un parfait exemple de la pensée génocidaire des sionistes de gauche, que les questions du journaliste macroniste n’arrivent pas à cacher. Et, une nouvelle fois, il se confirmera par cette analyse, sioniste de gauche de droite, du centre de l’extrême-droite, ce sont tous des sionistes. Le point commun de la gauche et de la droite en France et dans tous les pays impérialistes occidentaux est d’accepter le capitalisme et d’être simplement des fers au feu différents du Capital. Il en est de même pour les sionistes, mais, en plus, tous ont intégré l’idéologie coloniale de substitution et la défendent tous. Il est d’ailleurs très significatif que, dans la longue interview de Delphine Horvilleur (5 pages), pas une fois, ni dans les questions, ni dans les réponses, on ne peut distinguer le mot « colonisation » ou tout autre mot de la même famille.
Une sioniste parmi d’autres, incapable de concevoir la question coloniale
Dans cette interview se révèle une personnalité dont les préoccupations sont uniquement axées autour d’elle et de son monde idéologique qu’elle appelle juif mais celui-ci est profondément sioniste. Dans sa tête, semblerait-il, n’existe pas de juif qui pense différemment, encore moins à l’opposé d’elle. Elle pense parler pour « les juifs », c’est assez paradoxal au moment où elle dénonce une soi-disant instrumentalisation par les opposants à l’entité coloniale sioniste : « Absolument, on place sur bien des Juifs de la diaspora une sorte d'accusation collective permanente, qu'à ma connaissance, on n'impose à personne d'autre. ». Mais, à aucun moment dans l’entretien elle ne dénonce l’instrumentalisation réelle, celle du CRIF et des autres officines sionistes voulant absolument que toute attaque contre l’État colonial génocidaire soit une attaque contre les juifs.
Lorsqu’elle évoque les Palestiniens, les circonstances l’obligent à le faire, elle ne parle jamais d’eux seuls, mais toujours en parallèle avec la « douleur » issue du 7 octobre 2023. Et jamais elle n’évoque leur sort précédent l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », les raisons de l’attaque armée de la Résistance palestinienne. Selon elle, tout a commencé ce jour-là et elle n’a pas en elle les ressources éthiques ni intellectuelles d’en sortir : « Immédiatement après le 7 octobre, j'avais écrit un livre, comme sidérée par la douleur qu'avait déclenchée le massacre chez mes proches. ». Son formatage est parfaitement réussi, elle ne sort pas du tunnel dans lequel elle est enfermée. Et, bien entendu, elle daigne accepter qu’il y a des victimes palestiniennes, mais seulement à côté de colons sionistes victimes : « Rappeler que rien, absolument rien, ne justifiait le 7 octobre, tout comme rien ne justifiait l'étendue de la dévastation à Gaza et du désastre en cours. ». Cela l’emmène à des parallèles entre la situation des colonisés et celle des colons où elle invente une position neutre, est impossible dans une guerre coloniale, tout simplement parce qu’elle ne voit pas, ne peut pas voir la question coloniale. Et cela donne ce genre de sottises : « Les mots utilisés ne servaient plus qu'à enfermer dans un camp ou un autre. […] Par exemple, si vous dites Judée-Samarie ou Cisjordanie, cela vous ancre quelque part. Idem pour génocide, si vous refusez de l'utiliser en affirmant, comme je le fais, que seuls les juges pourront à l'avenir se prononcer sur la validité d'un terme qu'ils n'ont à ce jour pas retenu, immédiatement vous voilà jeté en pâture… ». Ce passage éclaire grandement son incapacité à penser la situation coloniale et en même temps sa place assumée aux côtés des colons et même parmi les colons (le faux dilemme autour du terme colonial de Judée-Samarie). Elle se révèle parfaitement sioniste, dans le même camp colonial que Meyer Habib, Yonathan Arfi ou Netanyahu qu’elle critique pourtant.
Même quand elle parle des Palestiniens, par obligation, elle ne peut s’empêcher de revenir à elle et à sa préoccupation, en vérité, elle n’a rien à faire du sort des Gazaouis : « Je vois aujourd'hui que des gens le lisent (son premier livre NDLR) et sont parfois surpris. Ils me demandent pourquoi je n'y évoque pas les Palestiniens et leur drame. Je réalise combien, à l'époque, le traumatisme hantait toutes mes paroles. En janvier, les derniers otages venaient d'être libérés, et je me suis dit qu'il était temps de relire les sermons que j'avais prononcés devant ma communauté durant ces années de guerre. A la relecture de chaque texte, me prenait l'envie de rectifier quelques mots. Je me demandais constamment : qu'ai-je su dire et que n'ai-je pas su exprimer ? Ai-je su voir ou ai-je été aveuglée ? J'avais besoin de comprendre ce qui était arrivé. Pourquoi avais-je ce sentiment qu'on était tous devenus fous et l'impression que le « campisme », le fait d'avoir à choisir un camp– nous avait tous ravagés ? ». L’étendue du mea culpa s’arrête à « rectifier quelques mots » après deux ans et demi de focalisation sur la défense absolue de l’entité coloniale sioniste et d’invisibilisation des Palestiniens. Nous savons bien d’où vient le traumatisme des sionistes, de l’entité coloniale ou d’ailleurs : jamais ils n’ont cru que leur État et leur armée invincibles pouvaient être ainsi surpris par la Résistance, ils avaient oublié (si tant est qu’ils n’y aient jamais pensé) les Palestiniens et la question, pensaient ils, était réglée ; ils ne croyaient pas les colonisés capables de se révolter de nouveau, et ça leur a éclaté à la figure. C’est une réaction comparable à celle de l’opinion publique US après l’offensive du Têt, les gens des USA à ceci près en ont déduit qu’il fallait cesser la guerre coloniale et se retirer du Vietnam alors que Horvilleur et les siens en ont déduit tout au contraire un soutien renforcé au processus colonial de substitution.
Comment sauver le soldat entité coloniale sioniste ?
La véritable préoccupation de la rabbine, et elle ne s’en cache absolument pas, c’est le devenir de l’État colonial sioniste, raison pour laquelle elle tape sur Netanyahu. Ce passage, vers la fin de l’entretien, éclaire parfaitement sur ce qui la hante : « Prenez l'histoire si célèbre de Samson dans la Bible : dans cet épisode, un Juif très fort qui se croit invincible est un jour fait otage par les Philistins et emmené à Gaza. Pour se venger du drame qu'il a vécu, il est alors prêt à tuer femmes et enfants. Depuis le 7 octobre, ce récit me fait frissonner, comme s'il envoyait un message à l'Israël d'aujourd'hui et lui disait : prends garde à ce que ta force et ton envie de vengeance ne te mènent pas au suicide. ». Notons au passage l’espèce de tic intellectuel poussant à utiliser en toutes circonstances le mot « otage », ne s’appliquant certainement pas à Samson, prisonnier destiné à être exécuté. Il est néanmoins clair, elle tremble pour sa chère entité coloniale sioniste.
Pour la défendre, elle utilise bien sûr la vieille argutie de l’antisémitisme, de l’assimilation des juifs à l’entité sioniste, couplée au fait que l’argumentation de la propagande sioniste fait du génocide un mot réservé au traitement des juifs européens entre 1941 et 1945 dans l’Allemagne nazie : « Je m'étonne d'ailleurs de la rapidité avec laquelle l'accusation génocidaire a été utilisée par certains, dès novembre 2023, pour parler de l'opération militaire à Gaza. Comme s'il fallait établir un rapport sémantique avec un autre temps de l'histoire, construire une référence consciente ou inconsciente au IIIe Reich. La langue a beau posséder un vocabulaire large (« crime de guerre » par exemple), c'est comme s'il fallait tenter ainsi de nazifier les juifs. ». Ce faux lien entre l’État colonial sioniste et la shoah, premier violon du concert de la propagande sioniste, est utilisé jusqu’à la trame, pour excuser les génocidaires : « On ne peut pas comprendre la politique israélienne si on ne comprend pas la psyché d'ultra-vulnérabilité qui hante sa création. Ce pays est né d'une conscience que le monde n'avait pas pu, ni même voulu sauver les Juifs… Voilà aussi pourquoi il mise si souvent sur la force et refuse de faire face à ses vulnérabilités. ». Ce pays, rappelons le est né des mains et des armes de colons européens qui vivaient en Palestine depuis vingt à quarante ans et n’avaient rien à voir avec les victimes de l’holocauste perpétré par les nazis.
Elle tente ensuite une analyse, celle-ci distinguerait les sionistes en général de Netanyahu : « Au début de cette année-là (2025), j'ai passé beaucoup de temps en Israël, notamment avec les familles des otages et avec des amis réservistes de l'armée. Nombreux sont ceux qui avaient alors le sentiment que la guerre venait de changer de nature, qu'ils n'en comprenaient plus le sens. ». Le mythe est le suivant : après la libération des captifs sionistes, la guerre n’aurait plus eu de sens pour beaucoup de sionistes de l’entité coloniale. C’est, bien entendu faux. Avant, l’armée coloniale d’occupation sioniste massacrait les Gazaouis, après, elle a continué à massacrer les Gazaouis ; il n’y a là aucun changement de nature. Et là encore, ce sont les préoccupations des « siens », les malheureux colons qui en avaient un peu marre de massacrer, sont l’unique préoccupation de la dame. Et elle pourra ensuite se lancer dans ses premiers pas de valse pour se distinguer de Netanyahu et des siens : « Le 8 mai 2025, j'ai décidé de publier sur le site du média Tenoua [dont elle est directrice de la rédaction, ndlr] un texte qui évoquait ce virage et qui, par amour d'Israël, dénonçait la tragédie endurée par les Gazaouis et le risque de faillite morale que fait peser sur ce pays la politique de son gouvernement ».
L’autre distinguo est celui de la « solution à deux États", ressortie du formol pour l’occasion, et du mythe de la paix d’Itzhak Rabin, celui ayant obtenu la plus grande victoire des sionistes : l’abandon de la lutte armée par les fedayins de l’OLP. Elle nous raconte son histoire de citoyenne de l’entité coloniale sioniste : « Cela fait trente ans que j'ai quitté le pays. A l'époque, j'étais très jeune et étudiante en médecine à l'université hébraïque de Jérusalem. J'avais l'impression que tout était possible et surtout que la paix était à portée de main. Et puis il y a eu l'assassinat de Yitzhak Rabin par un extrémiste juif. Il s'est passé pour moi cette nuit-là un effondrement de mes rêves. Je ne pouvais accepter que l'assassin se dise sioniste, tout comme je me définissais moi-même. J'ai alors décidé de partir. ». Remarquons encore autour de quoi tourne ses préoccupations, elle ne part pas parce que l’espoir de paix, soi-disant le sien est tombé à l’eau, mais parce qu’un sioniste a assassiné Rabin. Tout tourne encore autour de son monde judéo-sioniste. Et d’ajouter, plus tard : « Je suis une enfant d'Oslo, j'ai toujours été une grande défenseuse de la solution à deux Etats. J'ai beaucoup de mal à renoncer à cette idée et en même temps je vois bien que c'est de plus en plus compliqué à concevoir. ». On le sent bien, elle cherche à conjurer les nuages noirs s’amoncellant au-dessus de son État colonial sioniste tant aimé.
Elle a des ressources inattendues, utilisant même le film « Naza » à ses fins, après avoir critiqué le titre qui ressemble au mot nazi ; jusqu’où la paranoïa sioniste peut-elle aller ? Voici donc ce qu’elle dit du film : « Quant au film lui-même, ce n'est pas un documentaire journalistique, c'est évidemment une œuvre militante. Elle dit bien l'effet du trauma du 7 Octobre sur les soldats et plus largement ce que produit une guerre, toute guerre sans doute, sur une société : la déshumanisation de l'ennemi et un aveuglement coupable d'une société qui ne veut pas savoir. Je trouverais important que les Israéliens voient ce film, car au fond c'est à eux qu'il s'adresse… Et non à ceux qui ne le verront que pour conforter leur diabolisation d'Israël. ». Cet extrait est particulièrement volubile et riche en arguments fallacieux. On y trouve bien sûr le point de vue du colon occupant (le traumatisme des massacreurs), en ce sens c’est très en phase avec le film. L’extrait renferme aussi cette banalisation faisant qu’une guerre coloniale pourrait être une guerre « comme toutes les guerres », cet exercice visant à noyer le caractère spécifique de la guerre de libération nationale que mène le peuple au milieu d’un « La guerre c’est mal et meurtrier », si général qu’il est vide de sens. Et la diabolisation, ce mot n’ayant qu’un objet : blanchir le sionisme de tous les crimes dont il est responsable depuis plus de 80 ans. Pour autant, même si ce n’est pas pour de bonnes raisons, la dame est tombée juste en disant que ce film est destiné aux gens de l’entité coloniale sioniste ; mais pas seulement à eux, aussi aux occidentaux soutiennant franchement le génocide, ou le condamnant du bout des lèvres, ou condamnent aussi « le Hamas ». Il est ensuite intéressant de noter ce qu’elle en tire comme espoir indicible pour sa véritable patrie : « Un pays qui est capable, en temps de guerre, de donner naissance à de telles voix internes, critiques et dissidentes est un pays qui doit aussi pouvoir se regarder dans le miroir, et mener un vrai travail d'enquête pour tenter de comprendre ce qui, dans ce document, est exact et ce qui, au contraire, y est mensonger. ». L’exercice est périlleux, mais habile. Horvilleur vante la « seule démocratie du Moyen Orient » et instille l’idée que Abraham et Szor pourraient avoir sciemment menti, peut-être, finalement, que ces tueurs ne sont pas aussi horribles.
La « douleur » comme révélateur de l’entre-soi et du point de vue colonial
L’entretien est truffé d’interrogations vaguement existentielles (sincères ou calculées ?) elles permettent de cerner totalement, non pas tant la personnalité de Delphine Horvilleur, ceci nous importe peu, que l’état d’esprit de tous ses semblables, sionistes de « gauche », bien souvent occupés à danser autour de leur propre nombril. Ainsi, à la question : « À qui s’adresse votre livre » elle répond avec un sens assez rodé de l’exagération du doute : « Je voudrais dire aux "miens" mais je mets maintenant toujours des guillemets à ce mot. Qui sont donc les "nôtres" en temps de guerre ? Nos familles ethniques ? Nos partenaires de combats ? Ceux qui partagent nos peurs ou ceux qui partagent nos espoirs ? ». Notons l’expression « en temps de guerre », faisant une nouvelle fois de cette guerre coloniale une guerre comme les autres.
Dans cette expression de la soi-disant douleur, il existe aussi, les deux obsessions de madame Horvilleur, la défense absolue de l’État colonial sioniste et le lien permanent qu’elle tisse entre cette même entité sioniste et une autre entité mythique : « les juifs ». Il faut marteler le traumatisme, la douleur et dire ceci l’attaque de la Résistance palestinienne du 7 octobre 2023 fut une attaque contre les juifs, c’est-à-dire mentir en mettant de côté l’essentiel, la situation coloniale : « La guerre crée souvent cela : on est hypnotisé par ce qui nous est arrivé, et l'on ne peut plus rien voir d'autre. Et surtout pas croire en un autre avenir… Tel est le propre du traumatisme : il empêche le passé de passer. Le 7 octobre a réactivé quelque chose dans la mémoire juive, qui pousse bien des gens à n'avoir confiance qu'en eux-mêmes et à renforcer une forme de tribalisme ou d'entre-soi. ». On retrouve, avec cette réactivation dans la mémoire juive, le discours du sinistre Barrot (le 7 octobre plus important pogrom antisémite depuis l’holocauste) ou ceux des autres sionistes de gauche comme le collectif Golem, pour qui les colons morts du 7 octobre ont été tués « en tant que juifs ». L’impossibilité de comprendre et de décrire la situation coloniale range décidément ces gens, Horvilleur comme Golem, dans le camp de l’État colonial sioniste, dans celui de Netanyahu, même si des considérations d’image de l’entité coloniale les opposent.
Et justement, même dans la critique de Netanyahu, nous retrouvons les mêmes ingrédients : « Il tient toujours un discours qui repose sur la peur, la plus puissante des émotions pour mobiliser des électeurs. Il convoque constamment les douleurs de l'histoire pour faire de sa personne le seul garant d'une sécurité à venir. Dans cette région, plus que n'importe où ailleurs, des gens sont obsédés par les ruines de l'histoire. ». Quand elle dit « dans cette région » on pourrait croire qu’elle parle à la fois des Palestiniens colonisés et des colons occidentaux. Mais il n’en est rien, car ce poids de l’histoire dont elle parle concerne seulement les émigrants européens venus coloniser la Palestine, et aussi, bien sûr les gouvernements européens des années 30/40 favorables aux nazis et ceux qui les suivaient. Mais les Palestiniens n’ont rien à voir avec cette histoire.
Pour autant, elle doit essayer le parallèle, comme s’il s’agissait d’un conflit classique avec deux peuples s’opposant, mais sans explication coloniale « Relire toutes mes prises de parole fut parfois douloureux. […] J'essaie d'y parler de notre douleur et d'y montrer qu'il n'y a pas que la nôtre, de dire tout simplement que l'avenir d'Israël et celui des Palestiniens sont inséparables, de rappeler que l'on ne peut se soucier vraiment des uns sans se soucier des autres, que quand les gens remettent en question le droit d'Israël à exister, ils ne sont pas les amis des Palestiniens. Et vice versa. ». Il s’agit d’un tour de force, se servir de ce faux parallèle pour défendre l’existence de l’État colonial sioniste, alors que cette existence même est la cause de la colonisation de substitution et de tous les malheurs causés par elle. Elle n’hésite d’ailleurs pas à en ajouter pour faire part de son désarroi, mais c’est encore révélateur : « Quand je retourne en Israël, j'ai le sentiment de voir des fantômes partout, les fantômes d'Oslo et ceux des rêves de mes 20 ans, les fantômes de la jeunesse palestinienne dévastée et les fantômes d'Israéliens assassinées le 7 octobre. Et je me dis que toutes ces hantises ne nous quitteront pas et qu'il va falloir apprendre à vivre avec elles… Et surtout pas sans elles. », révélateur du nombrilisme de ces gens-là nous exposant leurs craintes comme si tout le monde devait les partager, sans aucune analyse, par exemple de ce qu’a pu donner le processus d’Oslo pour les Palestiniens, mais il est vrai que, là encore, le souci est celui de son microcosme et certainement pas celui des Palestiniens. Le parallèle colon/colonisé cent fois répété comme pour conjurer le réel colonial n’est plus guère convaincant. Mais elle continue de l’utiliser ad nauseam, faute de pouvoir sortir de sa matrice, elle ne peut pas trouver d’argument pertinent, seulement répéter son credo.
La démarche de Libération : une tentative de sauver les meubles
Delphine Horvilleur est donc très inquiète, pour l’avenir de l’entité coloniale sioniste, et, parallèlement, à cause de la place plus importante que prennent dans le monde, toutes celles et tous ceux remettant en cause l’existence de cet État tampon créé par les impérialistes occidentaux (chose d’ailleurs jamais évoquée par la rabbine). La voilà donc nous montrant son inquiétude, mais voulant aussi se rassurer sur l’avenir du sionisme, au sujet des futures élections dans l’entité coloniale : « J'ai l'impression qu'il en va aujourd'hui de l'avenir de cet Etat. Non pas de son existence car Israël existe et ceux qui nient sa légitimité à exister sont les vrais ennemis de la paix. Mais cette élection est la plus critique qui soit. Elle va déterminer non seulement l'avenir du pays mais aussi son lien à la diaspora. ».
On peut lire certains commentaires indiquant que Delphine Horvilleur aurait « tourné sa veste » dans le but de se sauver de l’opprobre, ne pas être comptée parmi ceux ayant couvert le génocide le jour où tout sera révélé, y compris par les mediamainstream. Nous ne partageons pas ce point de vue. Le décryptage fait par nous fait de son entretien prouve qu’elle n’a absolument pas changé de discours. Cet extrait, à propos de la situation en France, le confirme largement : « Le 7 octobre et tout ce qui s'est passé depuis ont tant bouleversé nos existences. La montée exponentielle de l'antisémitisme et la façon dont le conflit du Proche-Orient s'est immiscé dans nos vies poussent bien des gens (et notamment des rabbins) à penser autrement leur contribution aux débats du moment. ». Au-delà de sa préoccupation rabbinique, le discours sur le 7 octobre ou la soi-disant montée de l’antisémitisme (toujours sans chiffre concernant les condamnations) ou encore l’immixtion du « conflit » dans le débat politique français, est celui de tous les sionistes depuis trois ans. Rien n’a bougé.
Mais surtout, à aucun moment, dans l’interview, Delphine Horvilleur, parlant à tort et à travers des siens, ne montre d’inquiétude pour elle-même ou pour eux. L’État impérialiste français n’est pas à la veille de lâcher l’entité coloniale sioniste, elle le sait bien, ni de cesser de soutenir le vaste arc-en-ciel des défenseurs du génocide, de Horvilleur à Yadan, ni d’arrêter de réprimer les partisans de la libération nationale de la Palestine. Elle ne risque pas grand-chose de ce côté-là. Quant aux critiques des travailleurs et des peuples, sa mentalité d’entre-soi d’une prétendue élite occidentale sioniste fait qu’elle n’en a pas plus cure que du sort des Palestiniens. Nous l’avons montré, Horvilleur est certes inquiète, non pour elle-même, mais pour l’avenir de l’État colonial sioniste qu’elle sent en difficulté, voire au bord du suicide, selon ses propres mots.
La démarche du journal Libération est différente. Si la direction et la rédaction partagent fort probablement l’avis de Horvilleur quant à la défense de l’entité coloniale sioniste, leur but est à usage interne à la France. Il s’agit, un peu comme le bloc central dans la campagne électorale en cours, de renvoyer dos à dos ce qu’ils appellent les extrêmes, de parler de paix et surtout pas de décolonisation et de dire qu’il existerait donc, entre les soutiens à la libération nationale de la Palestine, impliquant le démantèlement de l’État colonial sioniste, et les soutiens de « Netanyahu d’extrême-droite » un espace pour des gens raisonnable, ceux-ci auraient de positions non extrêmes, dans le cadre de la poursuite d’Oslo. Si le journal tente de construire cet espace des soi-disant modérés, ce n’est pas pour sauver le sionisme, mais à usage interne, dans le cadre de la présidentielle, afin de trouver un continuateur de Macron. Cela implique évidemment de ne pas la bousculer sur la situation en Palestine occupée, donc pas de question sur la colonisation ni d’évocation de la scandaleuse éviction des élections sionistes des listes antisionistes, comme celle du Parti Communiste israélien, accusée de « mettre en doute l’existence d’Israël comme État juif », ceci est une ligne rouge pour notre Delphine.
Ces questions politiciennes n’intéressent évidemment pas le Parti Révolutionnaire Communistes. Mais il nous paraît important de décrypter les préoccupations des véhicules de l’idéologie dominante. Cette interview à son corps défendant, révèle ceci : la question palestinienne a pris aujourd’hui, dans le débat politique français, une place trop importante pour qu’on se contente de continuer à la taire et à la censurer. Dans ce cadre, il s’agit d’utiliser une propagandiste sioniste obnubilée par la défense de l’entité coloniale qu’elle voit justement aujourd’hui menacée dans son existence même, aux arguments forcément limités par son formatage, afin de mettre en avant l’idée d’une troisième voie à ce sujet.
Mais cette tentative est vouée à l’échec. En effet, elle peut s’appuyer uniquement sur des gens et des propos n’évoquant pas la colonisation et mettant en avant un récit fallacieux de la guerre de libération nationale et du génocide. Or, les sionistes et philo-sionistes en France, n’ont rien contre le génocide, y compris Horvilleur, et se moquent comme d’une guigne du sort des Palestiniens. Certes, le poids de la question coloniale à gauche, nous évoquons régulièrement, peut aider à la démarche de Libération et d’autres véhicules de l’idéologie dominante. Mais les concessions sont trop maigres. Et, parallèlement, une partie de la jeunesse prend de plus en plus conscience de la situation en Palestine et s’engage, non pour la paix à tout prix, mais pour la libération de la Palestine. La gauche colonialiste des bons sentiments ne peut pas ne pas en tenir compte, et pourtant ce mouvement s’inscrit dans la durée et plus personne ne croit à la « solution à deux États ». Il n’existe décidément pas de place pour cette troisième voie-là dans le paysage politique français à propos de la Palestine.
En conclusion
Le Parti Révolutionnaire Communistes range Horvilleur parmi le large éventail de ses adversaires politiques, des partisans de Netanyahu à ceux de la résolution de l’ONU de septembre 2025, en passant par Libération et toutes celles et tous ceux parlant de « paix entre Palestiniens et Israéliens », fût-elle juste et durable, et refusent le combat pour la libération nationale de la Palestine.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, affrontant directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique en faveur notre propre émancipation.
N° 996 23/06/2026 Le très macroniste Le Monde a publié un article intitulé « Un an après la reconnaissance de l’Etat de Palestine, l’initiative de la France a perdu de son panache » le 21 septembre faisant, en quelque sorte, le bilan de l’opération franco-saoudienne de septembre 2025 à l’ONU les journalistes, baptisé comme beaucoup de politiciens « reconnaissance de la Palestine ». L’article est un parfait exemple de la ligne journalistique passant, surtout auprès du microcosme de ses confrères, pour défendre une position équilibrée sur la guerre coloniale en Palestine, ce qu’ils appellent le « conflit israélo-palestinien ». On y constate un éloignement abyssal à la fois du réel, de l’histoire de la Palestine, des questions coloniales, mais aussi une méconnaissance totale de ce que sont les défenseurs de la Palestine ; et en même temps, ici et là des aveux sur le contenu réel de la politique de l’État impérialiste français sur la question de la Palestine.
Une présentation partielle et partiale
Non sans un certain engouement pour le locataire de l’Élysée, faisant référence à la résolution franco-saoudienne adoptée en septembre 2025 par l’Assemblée générale de l’ONU, les deux rédacteurs de l’article nous disent : « Le chef de l’Etat avait alors convaincu une dizaine de pays de le suivre. "Le temps est venu", avait-il expliqué. Emmanuel Macron, que son entourage décrit comme hanté par la trace qu’il laissera dans l’histoire, pensait peut-être, ce jour-là, que ses mots résonneraient aussi fort que ceux de l’ancien ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin, qui, en 2003, s’était opposé à la guerre en Irak voulue par les Etats-Unis pour des motifs mensongers. ». On se délectera entre autres du Macron « hanté par la trace qu’il laissera dans l’histoire », comme si les journalistes du Monde ignoraient complètement le discrédit dont il est l’objet auprès des travailleurs de France, mais aussi des « motifs mensongers » de la destruction de l’Irak, sans plus de détails. La guerre coloniale, apprend-on contre toute réalité (ce n’est bien sûr pas le terme utilisé par les journalistes) « s’était, aux yeux d’Emmanuel Macron, muée en "barbarie". Il fallait agir, instaurer un semblant de rapport de force avec le gouvernement de Benyamin Nétanyahou pour sauver la solution à deux Etats, lui soufflaient les diplomates depuis le Quai d’Orsay et l’Elysée. ».,
Revenons sur Terre et surtout à ce qu’étaient vraiment les intentions de Macron lors du coup politique de la résolution franco-saoudienne de septembre 2025, car, évidemment, les journalistes n’en disent pas un mot. Souvenons-nous de la tonne de conditions mises à cette reconnaissance, souvenons-nous que Macron, et c’est dans la résolution, et avait exigé et imposé un État de Palestine démilitarisé, et quasiment dicté son mode de fonctionnement, calqué sur les « modèle universel » des démocraties bourgeoises occidentales, il était allé jusqu’à exiger un regard sur les manuels scolaires et l’arrêt du financement des familles des captifs kidnappés par l’armée d’occupation sioniste. Bref, Macron a reconnu un bantoustan.
On est au cœur du mensonge avec cette phrase : « Comme s’il admettait que la reconnaissance de l’Etat de Palestine, ce coup d’éclat dont il espérait tant, n’avait pas eu l’effet attendu. ». En jouant sur le côté narcissique bien connu de Macron, Le Monde essaie de nous faire croire qu’il avait lancé une initiative dont il attendait des résultats dans le sens de la paix. Macron n’est certes pas le plus brillant des présidents de la République de la Vème, ne le prenons pour un imbécile. Il n’a jamais rien attendu de positif pour la paix de son initiative. C’était au contraire une démarche visant à permettre à l’entité coloniale sioniste d’en finir avec Gaza. Personne, un tant soit peu au courant de la réalité de la Palestine occupée et du génocide en cours, n’a pu croire que quoi que ce soit sortirait de cette initiative, à part l’enterrement de la résolution de l’année précédente (septembre 2024) exigeant le retrait des troupes sionistes d’occupation de la Bande de Gaza.
Une présentation fallacieuse des rapports entre l’impérialisme français et l’État colonial sioniste
Les rédacteurs de l’article tentent de nous faire croire que c’est depuis cette reconnaissance que l’Élysée et la diplomatie française font des gestes en direction des sionistes génocidaires : « La reconnaissance de la Palestine par la France a manqué de dégénérer en une crise diplomatique sévère entre Paris et l’Etat hébreu, ulcéré par ce geste compris comme une manœuvre présidentielle purement égotique. Pour éviter d’envenimer la situation et qu’Israël ne mette à exécution sa menace de fermer le consulat de Jérusalem, la France a multiplié les gestes d’apaisement, contribuant à brouiller son message. ». Il ne vient d’ailleurs pas à l’idée des journalistes que la France aurait pu réagir en décrétant des sanctions, comme l’Espagne ou l’Irlande. Mais surtout, à aucun moment l’article ne parle de la colonisation, ni du rôle joué par les multinationales des États impérialistes occidentaux, dont l’entité coloniale sioniste est la création et la créature. Oubliées la « coalition contre le Hamas », la circulaire de Dupond-Moretti contre les défenseurs de la libération de la Palestine en octobre 2023, et la gigantesque répression d’État ayant suivi, l’expulsion de Mariam Abu Daqqa ? Oubliés le pseudo « droit imprescriptible d’Israël à se défendre, l’acharnement à garder Georges Abdallah en prison ?
L’État impérialiste français, la frange de la classe dominante installant Macron au pouvoir, a depuis le début, été dans le camp des colonialistes, des génocidaires, des fascistes sionistes. Même si l’idéologie coloniale de notre impérialisme y est pour beaucoup, il faut, comme toujours chercher les causes économiques : nos « entreprises » sont actrices de la colonisation de la Palestine, directement ou indirectement, de la BNP à Carrefour, en passant par Loréal, Danone, Chanel, Evian, Yoplait et Zara. Le sinistre Barrot vient de publier, le même 21 septembre, un communiqué pour déplorer la mort d’un colon agresseur à Cisjordanie. Le communiqué, parlant de « la France », ce concept qui devient de plus en plus colonial, signifiant de plus en plus l’impérialisme français, « Elle réitère sa condamnation du terrorisme sous toutes ses formes » et parle d’une « attaque terroriste qui a coûté la vie à un israélien en Cisjordanie », sans, évidemment utiliser le terme « colon » ni parler de leur rôle. Jamais, nous n’avons eu de tel communiqué pour déplorer les assassinats quotidiens de Palestiniens, à Gaza ou en Cisjordanie, au moins sept ont eu lieu le même jour, silence radio. Et c’est ainsi depuis octobre 2023. S’il fallait une nouvelle preuve que l’État impérialiste français est et a toujours été du côté des sionistes et n’a jamais varié d’un iota de cette ligne, la voici.
La soi-disant controverse après la reconnaissance d’un bantoustan n’était qu’un artifice pour gogos. Comme l’est la soi-disant décision de sanctions contre les produits des colonies sionistes de Palestine, épargnant l’État colonial et dont on ne sait comment les appliquer car les sionistes manipulent l’étiquetage, ceci, bien évidemment, Le Monde ne dit pas.
Et le quotidien du soir adopte tous les codes du langage officiel de la propagande sioniste ; ce seul fragment de phrase le résume : « La guerre à Gaza, menée par l’Etat hébreu en représailles au massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas ». Tout y est, la « guerre à Gaza » et non le génocide ou la guerre coloniale ; « l’État hébreu » pour désigner l’entité coloniale sioniste ; les « représailles » pour justifier la énième attaque sioniste contre Gaza ; le « massacre » pour qualifier le soulèvement de la Résistance armée le 7 octobre 2023 ; enfin « le Hamas » au lieu de la Résistance. Étant lui-même, depuis le début, un soutien de l’entité coloniale génocidaire, mais, la vérité avançant, ayant de plus en plus de mal à l’assumer, Le Monde préfère voir un virage dans l’action politique de Macron, afin que le voile ne soit pas levé sur les deux longues années pour les Palestiniens ayant précédé la reconnaissance du bantoustan.
Enfin, comme tout medium respectueux des usages au sein de l’impérialisme français, Le Monde est touché par le tabou des mots. Nous le savons, le mot qu’il ne faut ni écrire, ni prononcer est celui de « génocide ». Les macronistes du « journal de référence » ne dérogent pas à l’usage. Mais ils poussent le bouchon assez loin. Voici comment les auteurs de l’article s’expriment à propos de l’époque de la « reconnaissance » : « A l’heure où l’Etat hébreu menait une guerre d’anéantissement à Gaza ». Entre guerre d’anéantissement et génocide, la différence semble pour le moins ténue. Remarquons au passage l’imparfait, celui-ci semble dire, implicitement, que la guerre d’anéantissement serait en pause, depuis le pseudo cessez-le-feu. Mais l’honneur est sauf, le mot n’a pas été écrit autrement qu’avec des guillemets, à la Sophia Aram, dans une seule phrase n’engageant absolument pas la rédaction du journal : « En février 2026, le Quai d’Orsay appelait à la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires occupés, Francesca Albanese, dénonçant les prises de position offensives de la juriste qui, en octobre 2025, avait accusé Israël de perpétrer un "génocide" à Gaza. ». Néanmoins, cette même phrase nous dit bien que le mot est tabou pour les dirigeants de l’État impérialiste français et leurs relais idéologiques dont fait partie Le Monde.
Les « défenseurs de la Palestine »
Afin de bien éclairer la posture des rédacteurs de l’article, voici une phrase clé : « En ayant à cœur d’apaiser les relations avec Israël, le président français, Emmanuel Macron, a brouillé son message et déçu les défenseurs de la cause palestinienne. ». Ainsi, les « défenseurs de la cause palestinienne » auraient cru à sa reconnaissance, sans savoir qu’elle était une manœuvre jouant contre les Palestiniens, et donc, forcément, seraient déçus. Nous l’avons souvent écrit, il y a défenseur et défenseur de la cause palestinienne. La phrase n’est pas erronée si l’on s’en tient aux défenseurs que met en avant l’idéologie dominante, les colonialistes des bons sentiments, la « gauche », oscillant entre « C’est un premier pas, mais ça ne suffit pas, il faut des actes ! » (le collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens), au pire, et « Cette reconnaissance n’aura été qu’un écran de fumée destinée à masquer sa complicité avec Israël et à détourner l’attention de ses responsabilités. » (Rima Hassan), au mieux.
Les partisans de la libération de la Palestine du fleuve à la mer, comme le Parti Révolutionnaire Communistes, n’ont jamais été dupes. Non seulement, ce n’est absolument pas un premier pas, mais ce n’est pas non plus seulement un écran de fumée. L’écran de fumée est surtout dans la présentation d’une démarche qui serait personnelle, alors qu’il existait un vrai rapport de force obligeant au mieux à faire semblant d’agir. Mais ce qu’a fait Macron n’est pas un faire semblant ni un écran de fumée. Il a réduit la notion d’État de Palestine à un bantoustan étriqué, un jouet dans les mains des impérialistes occidentaux et a obtenu en échange une résolution de la ligue arabe inique (nous y revenons plus bas) et la fin du financement par l’AP (Autorité palestinienne) d’un nombre non négligeable de familles d’otages palestiniens enfermés dans les sinistres geôles sionistes. Il a aussi, avec la complicité active des rois Saoud, obtenu qu’on efface objectivement la résolution de 2024, elle exigeait le retrait des forces sionistes d’occupation de la Bande de Gaza, et ouvert la voie, comme nous l’avons écrit à l’époque, au sordide « plan de paix » de Trump, permettant une résolution du Conseil de Sécurité votée par la France, envisageant la domination totale de l’entité coloniale sioniste sur Gaza.
Ainsi donc, les véritables défenseurs de la Palestine ont vu tout de suite où Macron voulait en venir, ils n’ont donc jamais été déçus. Mais, en cherchant bien, Le Monde a trouvé, probablement dans l’entourage des compradores de Ramallah, une Palestinienne appuyant son discours, allant même plus loin que le collectif juste et durable : « "Le geste de la France aura été hautement symbolique, mais il n’a pas changé la dynamique à Gaza", appuie Inès Abdel Razek, codirectrice du Palestine Institute for Public Diplomacy, estimant que les sanctions annoncées, début septembre 2026, par le Royaume-Uni et une dizaine d’autres pays, dont la France, sur les produits issus des colonies israéliennes seront plus efficaces pour commencer à exercer une pression sur Israël. ». Mais, c’est bien évidemment ce genre de collabo, tout à l’image d’Abbas et de sa bande de profiteurs que Le Monde cherche à nous faire passer pour d’authentiques « défenseurs de la cause palestinienne ». Nous rappelons ceci : toute position ne demandant pas le démantèlement de l’État colonial sioniste est une position coloniale, qui permet la survie de la créature des impérialistes occidentaux et perpétue la colonisation.
Les aveux au milieu de l’échafaudage
Au travers de l’article, non sans contradiction, le réel apparaît tout de même à la surface. D’abord avec ceci : « Un intense travail avait été mené les mois précédents pour tenter d’obtenir, en contrepartie de cette reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France, la reconnaissance en miroir d’Israël par des pays musulmans, dont l’Arabie saoudite. En vain. ». Nous voilà révélé un des véritables buts de la manœuvre de Macron, à l’automne dernier. Il était hors de question, dans le contexte de l’époque, où les dirigeants arabes, même les rois du pétrole, ont des peuples qu’ils ne peuvent pas tout à fait mécontenter, que cela fût possible. Mais qu’à cela ne tienne, Macron a tout de même bien mérité de l’impérialisme occidental : « Paris avait toutefois réussi à arracher, avec l’aide de son partenaire saoudien, la "déclaration de New York", signée en juillet par les pays de la ligue arabe, dont le Qatar et l’Egypte, condamnant l’attaque du 7-Octobre, appelant au désarmement du Hamas et excluant que le mouvement islamiste contribue à gouverner Gaza à l’avenir. Ajoutée à l’engagement de l’autorité palestinienne de mener des réformes et des élections, la feuille de route onusienne avait été jugée suffisante pour justifier la reconnaissance. ». Cette fois, nous avons presque tout le pot aux roses. Très clairement, il ne s’agit nullement de reconnaître la Palestine, mais d’éliminer la Résistance afin de livrer Gaza aux sionistes. Il manque deux choses, la réalité du soi-disant État de Palestine, un bantoustan croupion, et la suite logique de la résolution, le plan Trump. S’il est impossible que Le Monde dénonce la première, probablement parce qu’en tant que bons colonialistes des démocraties bourgeoises occidentales, héritiers de Voltaire, les rédacteurs trouvent ce bantoustan légitime, en revanche, on nous livre sur un plateau la filiation Macron Trump. C’est on ne peut plus clair : « "Nous avons sauvé la solution des deux Etats", se félicite néanmoins un proche du président. A l’Elysée, on veut croire que la France aura marqué l’histoire, en préservant cet horizon diplomatique plus nébuleux que jamais. Le plan de paix à Gaza brandi par le président américain, Donald Trump, le 29 septembre 2025, instaurant un cessez-le-feu qui n’aura jamais été respecté, en serait la preuve : le texte mentionne du bout des lèvres la possibilité d’un Etat palestinien, ce qui a permis au Conseil de sécurité de l’ONU de l’endosser par une résolution votée en novembre. ».
Ensuite, dans un chapitre intitulé « Conserver une posture d’équilibre », les rédacteurs déroulent le tapis rouge pour la diplomatie française et son ministre, lesquels font des efforts pour introduire la démocratie dans l’Autorité Palestinienne, comme s’il s’agissait du nœud du problème. « Plus discrètement, depuis un an, les diplomates français se sont employés à ménager l’avenir du côté palestinien, en aidant à préparer la succession du président Mahmoud Abbas, âgé de 90 ans. Paris a offert son assistance pour la rédaction d’une constitution palestinienne et soutenu des réformes en vue des premiers scrutins dans les territoires depuis 2006 : des législatives sont prévues en novembre 2026 et une présidentielle doit suivre. Contre le clan Abbas, qui s’emploie déjà à les repousser, le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a rappelé, début septembre, l’importance "vitale" de ces scrutins en pleine guerre et prévenu qu’ils ne pourraient être annulés "sous aucun prétexte". ». Nous voilà en présence d’un nouvel aveu de taille, comme de bons colonialistes, les dirigeants français sont persuadés que les Palestiniens ne peuvent pas eux-mêmes rédiger une constitution, et qu’il leur faut l’aide des sachants occidentaux. « Le fardeau de l’homme blanc », disait Kipling. Le ton du ministre, notons le, révèle crûment que les Palestiniens peuvent continuer à se faire agresser par les colons, tués par l’armée d’occupation, et l’entité sioniste peut s’emparer des trois quarts de la Cisjordanie, tout cela ne peut justifier un report des élections. Comment dicter aux Palestiniens notre façon de penser en se moquant éperdument de leurs conditions d’existence et des menaces de mort quotidiennes subies et qui se réalisent souvent. Enfin, cela éclaire sur la conception qu’a Le Monde, d’une posture d’équilibre : tout pour les sionistes, rien pour les Palestiniens.
Nous ne résistons pas, pour la fine bouche, à présenter ce dernier extrait : « Au fond, l’Elysée n’avait jamais imaginé que sa manœuvre conduirait l’Etat hébreu à changer de politique. ». On ne saurait plus se contredire après avoir tartiné sur les espoirs de Macron et, probablement de ses supporters journalistes. Mais, de la contradiction jaillit la lumière, dit-on ; c’est assez approprié à ce passage.
En conclusion
Pour autant, ces importants morceaux de la vérité ainsi dévoilés ne sont pas exempts d’une présentation toujours aussi fallacieuse du réel. Ainsi, cette affirmation : « L’Israël d’aujourd’hui n’est plus celui des accords de paix d’Oslo, reconnaît un diplomate, lorsque l’Etat hébreu se souciait de sa place parmi les démocraties triomphantes de l’après-guerre froide. ». Il s’agit juste d’une des rituelles tentatives, notamment des sionistes de « gauche », de nous faire croire que l’entité coloniale sioniste a changé, qu’elle était sympathique avant, mais a été détournée ou s’est perdue à cause du vilain méchant « Netanyahu d’extrême-droite ».
On pourrait aussi glisser que l’affirmation placée dans la bouche d’un proche du président, sur le sauvetage de la solution des deux États aurait mérité d’être au moins interrogée, au moment où le diplomate US d’origine française, Robert Malley, ancien conseiller pour le Proche Orient de Clinton, Obama et Biden, a affirmé sur France Inter : « Ça fait des années que tous les dirigeants, surtout les dirigeants occidentaux, parlent de la solution à deux États. Or sur le terrain, on recule sans cesse, la colonisation continue, les esprits palestiniens et israéliens continuent à se séparer, donc on en parle, mais on en parle presque comme un prétexte pour ne rien faire. […] Au début, je pense que c'est une illusion, mais l'illusion lorsqu'elle continue pendant 20-30 ans, ça devient une supercherie. ». Le Monde, notons-le a également commis un article pour évoquer le livre qu’il vient de sortir sur la question, écrit en commun avec Hussein Agha, un ancien négociateur des Palestiniens dans le processus suivant la trahison d’Oslo. Il était décidément possible de ne pas laisser passer cette affirmation de sauvetage sans la commenter.
En réalité, ni Macron, ni Le Monde n’ont jamais cru que la pseudo reconnaissance pourrait être utile en quoi que ce soit aux Palestiniens. D’ailleurs, ils se moquent de leur sort. Mais la sortie de la poussière du tapis, avec l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », la révélation de ce qu’est l’entité coloniale sioniste, l’entreprise sioniste depuis le début les oblige à faire semblant de s’intéresser et à afficher une position d’équilibre ne trompant personne. La conclusion que l’on peut tirer à la lecture de cet article est celle-ci : décidément, il n’y a rien à attendre de Macron, concernant la libération de la Palestine, comme sur les autres sujets, mais ses relais idéologiques essaient vainement de nous faire croire le contraire.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort pour notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.