N° 994 02/09/2026 Nous avons suivi et commenté le récent congrès de la CGT, nous alertions sur la conversion assumée à la collaboration de classe. La récente interview (28 août) au Monde, de Sophie Binet, sa secrétaire-générale, confirme, on ne peut après l’appel plus creux du CCN de la CGT fin août qu’il n’est plus question de lutter contre le Capital, mais il est urgent d’attendre.
Dans son chapeau avant interview, le ou la journaliste du Monde écrit ceci : « La secrétaire générale de la CGT s’inquiète de la "torpeur" du pays dans le contexte inédit d’une extrême droite proche du pouvoir par les urnes et veut saturer le débat sur les questions sociales afin d’empêcher une victoire du Rassemblement national (RN). ». Il serait aisé de lui répondre que beaucoup de travailleurs s’inquiètent de la torpeur de la CGT depuis pas mal de mois face aux attaques sans précédent menées par le relais principal de la classe dominante, l’exécutif macroniste allant de Hollande à Retailleau et parfois de Tondelier à Le Pen, au moment où se construit la destruction finale de tous les conquis sociaux de 45, à commencer par la Sécurité sociale. Cela d’ailleurs se vérifie dans cette intention de « saturer le débat » et pas d’organiser la riposte de classe contre la Bourgeoisie capitaliste et ses fondés de pouvoir. La mise sous l’éteignoir de la lutte des classes nourrit toutes les idéologies participant au jeu (bien fourni en apparence) de la classe dominante, à savoir tous les partis politiques représentés au Parlement, et pas mal au-delà. Ayant, dans le discours, depuis le dernier congrès et, dans les faits depuis un an, après la destruction de la riposte initiée le 10 septembre 2025, substitué la lutte contre « l’extrême-droite » à la lutte de classes contre le Capital, la CGT est désormais franchement sur la route de la collaboration de classe et cette interview ne démentira en quoi que ce soit cet état de fait objectif.
Au fil de l’interview, même habitué au discours convenu, sans épine un tant soit peu révolutionnaire de Sophie Binet, on peut parfois être encore ébahi. Ainsi cette phrase : « Mais, aujourd’hui, le seul critère d’appréciation du patronat, c’est son intérêt financier. ». Une phrase précédente : « Cela confirme que, pour le Medef, il n’y a que l’argent qui compte. » nous indique qu’il existe de fortes probabilités que la secrétaire-générale de la CGT soit en passe de découvrir la lune : les capitalistes seraient intéressés par le seul profit (ce mot n’est pas écrit, donc fort probablement pas prononcé) ! Il était temps de s’en apercevoir. Mais, il n’y a pas cela uniquement. Dans la citation initiale, le mot essentiel est « aujourd’hui ». Cela signifie, qu’auparavant, le patronat avait d’autres critères d’appréciation que son intérêt financier. On se demande bien lesquels. Il s’agit objectivement de dire qu’avant, lorsque le FN/RN n’avait pas cette importance, fabriquée par les divers gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis quarante ans en appliquant le même politique ; avant, donc, le patronat était respectable car il ne pensait pas qu’au profit. On aurait tendance à vouloir conseiller à la secrétaire-générale de lire « Salaire, prix et profit » de Karl Marx, de s’enquérir un peu de la baisse tendancielle du taux de profit, mais tout cela est peine perdue, on le sent bien. Elle n’est pas là pour ça, tout ce que la CGT écrit depuis qu’elle en est sa principale dirigeante est une mise sous silence de la conflictualité des classes sociales, un plaidoyer pour la « gauche », une tolérance du pouvoir actuel, le pire de la VèmeRépublique et une idée fixe sur « l’extrême-droite », sans analyse de la politique actuelle ayant mis en place, d’ores et déjà des mesures à caractère fascisant, et surtout sans aucune analyse de classe. C’est un choix délibéré et la mission de Sophie Binet depuis on élection à la direction à la CGT est de la sortir des rails de la lutte des classes.
Comme à son habitude, la secrétaire-générale s’attarde sur les questions électorales dans un moment où l’ampleur des coups portés aux salariés nécessiterait de se focaliser sur la lutte plutôt que sur les élections. A la lire, une fois de plus, on se trouve face à une opération semblable à celle de 2010, au moment de la bagarre des retraites : la gauche arrivera au pouvoir et annulera la réforme. Il s’agit de vendre la solution électorale pour mieux cacher que la CGT n’est absolument pas à la hauteur en matière d’organisation de la riposte et de combat contre le Capital. Et de tartiner, comme à chaque fois, la ritournelle de « l’extrême-droite ». Ainsi, les seules critiques formulées contre le patronat dans cette interview tournent autour du fait qu’une partie du patronat est en train de faire la courte échelle à l’extrême-droite ; en-dehors de cela, le patronat ne constitue pas un ennemi de classe, le concept même de classe sociale est d’ailleurs absent du discours de Sophie Binet, et ce n’est pas un hasard. La classe capitaliste, rappelons-le à la secrétaire générale ne fait la courte échelle à personne, elle réfléchit à qui dirigera bientôt le pays en tant que son fondé de pouvoir. Et le discrédit des macronistes, de Hollande à Retailleau, l’oblige à regarder ailleurs et à éventuellement envisager des hommes de paille pris dans d’autres courants idéologiques, le RN est donc une option sur la table pour l’ensemble de la Bourgeoisie capitaliste. Enfin, on ne peut ô combien tiquer encore sur la méconnaissance de l’histoire dont fait preuve Sophie Binet. Dans l’habituelle rhétorique anachronique comparant le RN au fascisme des années 20/30, elle reproche au patronat de ne pas s’inquiéter du risque d’arrivée au pouvoir du RN. Elle a cette phrase : « Cette amnésie du patronat est honteuse. ». Le mot amnésie est d’une stupidité sans nom. Le patronat a totalement collaboré avec les nazis entre 1940 et 1945. Il s’agit, là encore, sans le dire tout à fait, mais en le pensant très fort, de théoriser un mythique axe républicain, dans lequel il faut absolument inclure le patronat Foin du Capital, haro sur un des courants idéologiques à son service, en épargnant non seulement tous les autres, mais aussi la classe capitaliste en tant que classe aux intérêts communs, visant une politique répondant à la baisse tendancielle du taux de profit, avec ou sans le RN.
A l’occasion de son discours sur la canicule passée et le manque de moyens que la secrétaire-générale a un constat juste, mais, immédiatement après, une explication erronée prouvant encore son besoin d’épargner les gens en place, afin de désigner un unique ennemi, « l’extrême-droite » : « Cet été catastrophique est le fruit de dix années de politique d’austérité macroniste, qui ont laissé nos services publics dans un état de paupérisation complet. ». Oui, c’est le résultat de la politique menée par Macron et les siens au nom du Capital ; mais non, ces gens n’ont pas laissé les services publics dans un état de paupérisation, ils ont patiemment organisé leur disparition. Quant à la riposte, elle n’est encore une fois envisagée que contre le RN et en-dehors des affrontements de classes. Interrogée pour savoir si la CGT organisera des manifestations en cas d’arrivée de Le Pen au pouvoir, Sophie Binet a cette réponse, à la fois dilatoire et tellement éclairante sur le fait que la lutte sociale n’est pas sa préoccupation : « L’enjeu pour nous aujourd’hui, c’est de tout faire pour empêcher cette victoire du RN. Il n’y a rien d’inéluctable. On a réussi à empêcher leur victoire en 2024, on peut le refaire. ». L’enjeu est donc non en termes de rapport des forces dans les entreprises et dans la rue, mais en termes de magouilles électoralistes, comme en 2024. Cette « stratégie » n’a d’ailleurs pas fonctionné. Le regroupement de tous les partis, y compris ceux en place, a permis seulement un recul afin de mieux sauter et la politique prônée par le RN a partiellement déjà été mise en place depuis 2024 et le même RN a participé à la large majorité au Parlement qui soutient le gouvernement.
Ensuite, les éléments de langage utilisés sont ceux de la social-démocratie. Ainsi, la secrétaire-générale se demande naïvement : « Pourquoi le gouvernement ne veut-il pas prendre l’argent là où il est ? », alors qu’on se fatigue à tenter d’expliquer, car c’est très simple, il n’est pas là pour ça, il applique la feuille de route du Grand Capital, consistant à taper dans le travail vivant à cause de la baisse tendancielle du taux de profit. Et, pour ne rien gâcher, nous avons droit au sempiternel : « Dans notre pays, les richesses sont mal réparties : le problème est là. ». Eh non, le problème n’est pas là. Le concept de « répartition des richesses » ne sert uniquement à cacher la vraie question : qui créée les richesses et qui en tire profit ? Les prolétaires créent les richesses et les possesseurs des moyens de production et d’échanges, c’est-à-dire les capitalistes, ils en tirent profit. La question n’est pas de mieux répartir les richesses, mais d’exproprier les capitalistes et de socialiser les moyens de production et d’échanges.
Le constat, parfois juste : « Le macronisme est un cauchemar sans fin pour les travailleurs : chaque année, le gouvernement et le patronat nous font les poches alors qu’elles sont de plus en plus vides. » ou encore : « Pour des millions de salariés, c’est la rentrée de l’angoisse : les prix continuent à augmenter. Ils vont devoir choisir pour leurs enfants entre un nouveau cartable et l’inscription au football. », n’entraîne pourtant pas la direction de la CGT à appeler à une large riposte des travailleurs, sans concession et de manière déterminée, encore moins à l’organiser. Sophie Binet évoque des dates, en particulier le 29 septembre, mais s’en tient là. Et, évidemment, le journaliste ne pense pas à lui demander si elle pense que cela suffit, ni si c’est à la hauteur des enjeux. Enfin, on ne peut qu’être frappé par cette phrase suivant l’appel aux agents publics à se mobiliser le 29 septembre (appel à une journée noire par la grève, par la grève la plus forte possible) : « Montrons-leur ce qu’est qu’un pays sans hôpital, sans collège, sans université, sans éboueur, sans administration et sans sécurité. ». Cela part d’un bon sentiment, mais c’est complètement coupé du réel. Il n’’existe aujourd’hui, sans aucune grève, des journées sans hôpitaux, des bacheliers sans universités, des élèves sans cours au collège. Malgré certains mots, il semble que la direction de la CGT ne mesure pas l’état réel de la catastrophe sociale dans ce pays, en termes de destruction des services publics et de la Sécurité sociale. A vivre trop loin des prolétaires, même et surtout en voulant parler en leur nom, on passe totalement à côté de leur vie réelle, ceci est quand même embêtant quand on est dirigeante d’une organisation qui se réclame encore parfois de la lutte des classes.
N° 987 22/07/2026 Créée en 2000 par des militants de l’UNEF refusant sa fusion avec l’UNEF-ID, qui signifiait la fin du syndicalisme de lutte en France, la Fédération Syndicale Étudiante (FSE) ne se départit pas de son orientation syndicale de lutte de classes et de masse, seule la lutte et la grève générale sont à même d’éradiquer le système capitaliste. Et c’est suffisamment rare pour être signalé. La FSE pense : « l’intérêt du syndicalisme étudiant réside dans son opposition au corporatisme, c’est-à-dire son lien avec la lutte anticapitaliste du prolétariat. ».
La FSE a récemment publié un article évoquant le sort des étudiants tel le prévoient les fondés de pouvoir du Capital, à partir de la scandaleuse augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers. Nous publions cet article nous paraissant absolument pertinent et éclairant.

L’attaque en deux temps “Bienvenue en France” constitue la plus grande offensive faite aux étudiants depuis de nombreuses années. Certains ne comprennent pas l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, l’État nous l’expose comme une nécessité pour renflouer les caisses de l’université, mais quelles sont exactement les raisons derrière ce décret?
Peu importe les différentes pirouettes de Philippe Baptiste pour tenter de justifier ce décret, son objectif est on ne peut plus simple : exclure le prolétariat et les masses profondes de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) français. Pourtant, depuis les années 60 l’université s’est ouverte de plus en plus largement à la population pendant une cinquantaine d’années. La question est donc plutôt la suivante : comment expliquer ce changement de stratégie et de considération de l’ESR ? Pour y répondre nous devons nous plonger. dans le cœur de ce qu’est l’impérialisme français.
La période nationale actuelle est marquée par la militarisation et la marche à la guerre, nous observons la propagande d’état dans notre quotidien : des encarts publicitaires de l’armée française sur nos résidences CROUS jusque dans la page d’accueil de Parcoursup, en passant par les interventions de militaire dans nos lycées et universités.
L’augmentation du budget militaire sert de justification pour définancer les universités et les pousser à rechercher des financements privés. Et parmi ces partenariats se trouvent de grandes entreprises d’armement comme Thalès, Safran ou Dassault, toutes impliquées directement dans les génocides, massacres et crimes de l’impérialisme aux 4 coins de la planète.
Ces partenariats ne servent pas seulement à financer des laboratoires ou des centres de recherche : ils orientent les sujets étudiés, les technologies développées et, de plus en plus, des formations entières dédiées à la défense et les débouchés professionnels proposés aux étudiants.
Mais la France n’est pas la seule à vouloir nous envoyer à la guerre, c’est partout dans le monde que les puissances impérialistes se préparent à une guerre de repartage du monde. L’une des caractéristiques de l’impérialisme est que les puissances impérialistes sont en concurrence : on l’a vu par exemple récemment avec les agressions américaine en Iran qui visent à récupérer un contrôle sur l’ensemble de la région et en particulier sur les ressources pétrolières iraniennes, actuellement exploitées principalement par la Russie. Chaque pays opprimé sert de terrain de confrontation entre les peuples et l’impérialisme mais aussi entre les différentes puissances. Dernièrement, l’impérialisme français enchaîne les défaites et a perdu énormément de contrôle dans ses zones d’influence historique. On peut citer par exemple les révoltes récentes en Kanaky, au Sénégal ou à Madagascar. Affaibli par les soulèvements anti-impérialistes de plus en plus forts, l’impérialisme français cherche à regagner du terrain de toutes les manières possibles.
L’impérialisme français empêche le développement des pays opprimés, notamment ses colonies et anciennes colonies. Il atrophie tous ses aspects économiques, exploite les ressources, les terres et les peuples à l’étranger et continue leur exploitation sur le sol français via l’immigration. La question de l’ESR et l’immigration des étudiants étrangers n’est donc qu’un aspect de l’impérialisme français mais nous devons nous y intéresser pour bien comprendre ce qu’est “Bienvenue en France”.
Si l’augmentation des frais d’inscriptions est ce qu’il y a de plus flagrant, cette mesure s’accompagne aussi d’une volonté d’ « intensifier la projection des universités et écoles françaises » . La mainmise de la France sur ces pays passe aussi par des structures d’enseignement et de formation qui diffusent les intérêts et le modèle français, l’influence dans les programmes scolaires ou encore le développement de bourses pour aller étudier en France, au profit du développement de l’ESR sur place. Là où c’est le plus flagrant c’est dans les pays qui dépendent directement du gouvernement français : ses colonies départementalisées (Guadeloupe, Guyane, Kanaky…). Il n’y a pas d’investissements et d’infrastructures suffisantes dans les universités et les CROUS. Les étudiants sont alors contraints de partir à des milliers de kilomètres de chez eux pour étudier dans de bonnes conditions.
Il n’y a également pas d’augmentation des frais d’inscriptions pour les doctorants : ce n’est pas une erreur. La France organise la fuite des cerveaux : elle profite des chercheurs issus des pays qu’elle opprime sans que jamais le fruit de leur recherche ne serve leur pays d’origine. Celui-ci est capté par la bourgeoisie impérialiste et est privatisé, notamment via le système de brevets.
Les étudiants étrangers sont la frange la plus précaire des étudiants et subissent actuellement une multitude d’attaques comme la suppression des APL ou le racisme du CROUS qui leur limite l’accès aux bourses et aux logements. Mais nous devons avoir une vision claire sur ce qui est entrain de se passer : ce n’est qu’une question de temps avant que cette augmentation soit élargie à tous les étudiants ! Le gouvernement évoque déjà la possibilité de quadrupler les frais d’inscriptions pour tous les étudiants.
Ainsi, si l’université a pu s’ouvrir pendant une période c’est uniquement parce que la formation de main d’œuvre qualifiée répondait aux besoins de l’impérialisme français à un instant T. Aujourd’hui ses besoins sont différents, donc ses objectifs vis à vis de l’université aussi. Elle veut sélectionner, trier, exclure et réserver l’université à ceux qui servent directement ses intérêts économiques, militaires et impérialistes. Elle veut normaliser la marche à la guerre et faire de la jeunesse sa chair à canon. En conclusion, nous sommes tous concernés par la volonté de l’impérialisme français de fermer l’université pour nous envoyer à la guerre alors nous nous devons de lutter contre ce décret raciste jusqu’à son abrogation!
À bas l’impérialisme !
Pas de retrait, pas de rentrée !
N° 985 06/07/2026 Le 17 juillet prochain, le conseil des Prud’hommes de la roche sur Yon rendra sa décision concernant nos 7 camarades été sanctionnés pour avoir fait grève. Fleury Michon reprochait aux salariés d’avoir fait grève car ils ne veulent pas travailler le samedi. Pour cela elle évoque la grève de l’autosatisfaction. La grève d’autosatisfaction, c’est quand les salariés imposent directement une revendication : je suis contre le travail du samedi donc je fais grève le samedi pour ne pas venir travailler.
Afin de comprendre comment on en est arrivé là il faut remonter à l’origine de la lutte. Depuis 2005, Fleury Michon a supprimé environ 1000 emplois, soit un tiers de l’effectif. Cette casse sociale d’une grande ampleur a fortement désorganisé les ateliers de production.
Ensuite en 2017, la direction met en place un plan de restructuration dans le but d’améliorer ses marges. Pour cela, avec la complicité de la CFDT, elle met en place un accord réduisant de moitié la majoration du travail le samedi et supprime le paiement d’une partie des pauses. Malgré une forte mobilisation de près de 500 travailleurs, la CFDT, avec la CFE-CGC a signé l’accord.
En 2022, les salariés doivent faire face à de fortes hausses de volumes et la baisse des effectifs. Ces deux éléments cumulés dégradent les conditions de travail des salariés et ayant comme conséquences une augmentation de l’absentéisme. Au lieu de recruter pour faire face à la hausse des volumes et ainsi optimiser la production sur les 5 jours de la semaine, la direction de Fleury Michon fait le choix d’ouvrir la production sur 6 jours, en imposant le travail les jours fériés alors que celui-ci n’est pas prévu dans les accords de l’entreprise.
Le 29 septembre 2022, la CGT Fleury Michon, dans le cadre d’une journée d’action nationale de la CGT, appelle les salariés à se mettre en grève pour des augmentations de salaires. A la suite de cette action, plusieurs salariés ont été convoqués par leur manager pour justifier leur absence. A ce moment-là, aucune sanction ne leur a été signifiée.
En début d’année 2023, dans le cadre des NAO, la CGT a présenté plusieurs revendications pour que les conditions d’ouverture du travail le samedi soit plus favorables aux travailleurs :
- recrutements de CDI optimisant l’ouverture de la production en semaine
- pas de production le samedi si l’ouverture des lignes n’est pas optimisé en semaine
- jour de récupération en semaine en cas de planification le samedi évitant de travailler 6 jours.
-augmentation de la majoration du travail du samedi
-pas de planification du samedi en dehors du délai de prévenance de 72h prévu par nos accords
Le rejet de l’ensemble de nos revendications a engendré de la colère chez les travailleurs. C’est pourquoi le 21 avril 2023, la CGT a appelé les salariés à se mettre en grève ou à débrayer toutes les fins de semaine entre le vendredi 18H00 et le lundi 6H00. Depuis ce jour, la CGT ne cesse de relancer la direction qui refuse toujours à ce jour de répondre favorablement aux revendications des travailleurs.
La multiplication des samedis travaillés cumulé au refus de la direction de négocier à fait grandir la colère des salariés. Et c’est pourquoi, en avril 2024, la direction a sanctionné plusieurs salariés ayant fait grève. L’objectif était clair, faire servir d’exemple les 7 salariés afin de faire passer l’envie de faire grève aux autres.
Depuis plus de vingt ans maintenant, la CGT Fleury Michon subit la répression patronale et les salariés identifiés par la direction comme étant proches de notre organisation ne sont pas épargnés : 150 travailleurs, accompagnés par la CGT, ont dû saisir la justice pour faire valoir leurs droits .Ces procédures ont abouti à des condamnations de l’entreprise :
- Mauvaise application de la convention collective pour la rémunération des heures de nuit exceptionnelles
- Plusieurs dizaines de sanctions annulées devant le conseil des prud’hommes (de l’avertissement au licenciement)
- Requalification de licenciements pour faute en licenciements sans cause réelle et sérieuse
- Licenciements abusifs ; procédures vexatoires
- 8 condamnations pour faute inexcusable
- 7 condamnations pour discriminations syndicales
- 1 condamnation pour harcèlement moral à l’encontre d’un élu CGT dans l’exercice de son mandat
- Entrave au fonctionnement des élus CSE dans le cadre d’un droit d’alerte au CHSCT
- Requalification de CDD en CDI
Malgré ces défaites à répétition, notre taulier ne s’avoue pas vaincu et accentue sa répression envers les travailleurs qui luttent en faveur de leurs droits. Une douzaine de dossiers prud’homaux sont en cours.
Lors de la réunion du CSE du mois de mai dernier, la direction a présenté son nouveau projet du règlement intérieur. Il y est spécifié que tout salarié qui contesterait une décision managériale s’expose à une procédure disciplinaire. Même chose si la direction considérerait un droit de retrait d’un salarié injustifié.
Depuis fin mai, la CGT a été sollicitée par 7 salariés pour les accompagner dans une procédure disciplinaire. La CGT a pu éviter le licenciement de deux d’entre eux mais ils ont tout de même été condamnés à 5 jours de mise à pied. Une autre salariée s’est vue notifier une mise à pied conservatoire et l’ont obligée à vider son casier et demandant sa carte de pointage. Elle est licenciée avant d’avoir été entendue lors de l’entretien disciplinaire. Enfin un salarié CDD est menacé de licenciement. Les griefs lui étant reprochés: avoir mal nettoyé son matériel de travail, risque alimentaire pour le consommateur. Or, la procédure a été lancée juste après que ce salarié ait fait grève dans le cadre de notre appel concernant le travail du samedi.
Au vu de la situation, concernant la CGT, aucun doute, la décision qui sera rendue par le conseil des Prud’hommes de La Roche Sur Yon ne signifiera pas la fin de lutte. Fleury Michon continuera sa politique répressive à l’encontre des travailleurs. Mais, elle trouvera toujours la CGT en face d’elle pour les accompagner et les défendre.
Les travailleurs unis et solidaires ne seront jamais vaincus !
N° 983 24/06/2026 Nous avons beaucoup écrit sur le 54éme congrès de la CGT et sur ses conséquences, mettant désormais à l’ordre du jour la nécessité de reconstruire un courant syndical de lutte des classes. Nous avons consacré plusieurs articles à analyser dans les détails la dérive du syndicat, depuis 1995 et le stade auquel il en est arrivé, la collaboration de classe assumée.
D’autres analyses ont paru à l’issue du congrès. Nous nous sommes intéressés à la stimulante contribution de Jean-Pierre Page, ancien dirigeant confédéral de la CGT, publiée sur le site de l’ANC. Nous en proposons, en toute fraternité, une analyse, à la fois sur les questions essentielles traitées, mais aussi sur les manques.
Pour ces manques, nous dirons que tout tourne, finalement, autour d’une question centrale qui n’est pas évoquée, dans aucune contribution, mises à part les nôtres (et celle du PCRF), l’état réel de la CGT, l’état idéologique, s’entend ; ce qu’elle est devenue dans sa profondeur, au-delà de la seule direction confédérale.
Appréhender le niveau idéologique de la CGT en général
La première remarque sera au sujet de Sophie Binet qui « n’a jamais coupé les amarres avec le PS », ce qui est parfaitement vrai. Mais, Sophie Binet ne dirige pas seule la CGT. Un nombre significatifde ses collègues de la CE et du bureau confédéral sont membres ou proches du PCF, à commencer par Laurent Brun, le numéro 2 de la CGT, l’organisateur, lors du 53ème congrès, de la venue de Sophie Binet, mais aussi de la mise à l’écart des syndicalistes de lutte des classes, Olivier Matteu et Emmanuel Lépine, dont l’élection à la Commission exécutive n’aurait pas facilité les ralliements des partisans de l’ancienne direction renversée, à la fin du congrès, comme à sa suite ; et l’organisateur, ensuite, du grand remplacement de la direction de l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône par une équipe plus compatible avec la ligne de collaboration de classe de la direction.
Le problème est bien plus important et grave que les liens de la secrétaire-générale avec le PS ; c’est celui de la bouillie idéologique qui occupe les cerveaux des dirigeants de la CGT et d’une bonne partie de la CGT profonde. Jean-Pierre Page a raison de dire que la dérive ne date pas d’hier, mais justement, la ligne de collaboration de classe a peu à peu gagné et imprégné des tas de militants de la CGT et pas seulement, loin s’en faut, les 60 membres de la commission exécutive confédérale. Or ce vide idéologique, ce manque de repères de classe, cette dérive droitière n’ont jamais été aussi lisibles que dans les écrits du 54ème congrès et les rares discussions de fond qui l’ont illustré. Suffit-il, pour comprendre cette dérive, de se focaliser uniquement sur la question de l’adhésion forte de la direction à l’Union européenne et à son officine « syndicale », la CES ? Nous ne le pensons pas.
Ce qui doit être premier, dans le regard porté sur la direction et le 54ème congrès de la CGT, c’est l’analyse globale du stade impérialiste et pas seulement celle de l’UE qui n’est qu’un rouage, très efficace, au service du Grand Capital. Mais il n’est pas question, au nom de la légitime bataille contre l’impérialiste UE, de défendre l’État impérialiste français. Or, la direction de la CGT ne fait aucune analyse du stade impérialiste et défend même, contre les impérialistes US et russe (qu’elle ne qualifie pas ainsi), l’impérialisme français (et UE), qualifiés, eux, de démocratie. Cette absence de compréhension du fonctionnement du système, voulue ou non, est le cœur du problème, dont découle tout le reste, y compris les liens avec la CES. Cela implique l’absence de perception que c’est la classe capitaliste qui est dominante dans notre pays, que, comme son nom l’indique, elle domine et que l’État est un outil à son service, dont le rôle est de maîtriser les contestations voire les révoltes de la classe dominée. Cela implique aussi la perte du repère essentiel : les raisons des capitalistes, l’explication des politiques qu’ils font mener à leurs fondés de pouvoir, sont économiques, et pas idéologiques. Or, le document d’orientation du 54ème congrès de la CGT ne présente que des explications idéologiques, d’ailleurs tout à fait à côté de la plaque. Et tout cela ruisselle, emporte aussi la plupart des cadres intermédiaires et beaucoup de dirigeants de syndicats. La CGT forme depuis plus de vingt ans des militants de l’intégration au système, de la collaboration de classe. Voilà la réalité de la CGT sur laquelle on ne peut adopter la posture de Tartuffe : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! ».
A ce stade, nous attirons l’attention sur l’interview, dans le magazine de la CGT, Ensemble-La Vie Ouvrière, de Laurent Mauduit, cofondateur de Mediapart. On trouve, dans les questions comme dans les réponses, tous les éléments de langage du document d’orientation du 54ème congrès et de la direction de la CGT. On y trouve « les grands patrons radicalisés », le « capitalisme libertarien », la démocratie jugée « comme des freins au profits par certains magnats » ou encore « l’extrême-droite n’a jamais accédé au pouvoir sans l’aide des milieux d’affaires », comme si les autres courants idéologiques compatibles avec le capitalisme n’avaient pas fait pareil. Et, bien sûr, nous avons droit au parallèle avec l’époque du fascisme : « le danger de l’extrême-droite est encore plus grand que dans les années 1930 ». Nous l’avons écrit plusieurs fois, et Jean-Pierre Page le reprend : « Il ne s’agit plus de lutte de classecontre le capitalisme, sujet et objectif de la CGT depuis plus d’un siècle, qui a pratiquement disparu des discours et des écrits, mais de lutte contre l’extrême droite, et même de lutte contre l’internationale de l’extrême droite, même pas de lutte contre le fascisme. ». Là encore, ce discours passe comme une lettre à la poste au sein de la CGT, bien au-delà de sa direction confédérale. Peu de militants osent dire les choses comme les dit Jean-Pierre Page ou comme nous les avons caractérisées. Quiconque dit cela dans une réunion de la CGT (On a remplacé la lutte contre le Capital par la lutte contre l’extrême-droite) trouvera sans nul doute des camarades pour justifier cette volte-face parce que : « il est minuit moins une… ».
Ne pas se faire d’illusions sur ce qu’a montré le 54ème congrès
On peut aussi, comme le fait le camarade Jean-Pierre Page, trouver des réconforts dans certaines oppositions vues lors du congrès : « Malgré cela un nombre significatif de ceux qui étaient présents ont remis en cause les orientations que la direction voulait imposer. Sur plusieurs votes d’amendements celle-ci a été sanctionnée par 30 à 50 % des votants y compris à plus sur une modification des statuts. ». Il ne faut pas se bercer d’illusions ; il se dit aussi que beaucoup de délégués seraient repartis avec un regard négatif sur le congrès. Pour autant, cela ne s’est pas vu dans les votes. L’opposition à l’orientation de la direction portait sur des questions de fond, lors du 53ème congrès. Pour l’essentiel, au 54ème, ce qui a fait râler est la restriction des temps de parole et du nombre d’intervenants. Certes, beaucoup ont été écartés à cause de ce qu’ils allaient dire, qui était gênant pour les dirigeants, mais l’exemple de l’incident avec une partie des délégués de la fédération de la Santé est significatif : une invasion de la tribune pour obtenir la défense d’un amendement par une camarade, qui, certes était privée de parole, amendement qui ne remettait absolument pas en cause les « fondamentaux » de la ligne confédérale. On peut tranquillement attribuer cela bien plus à un réflexe corporatif (la Santé est la plus grosse FD, elle n’a pas assez de temps de parole) qu’à la volonté de remettre en cause l’orientation. Le seul point sur lequel la contestation est allée sur le fond, au-delà d’une seule intervention, c’est la question du 100 % Sécu. Les délégués de la FNIC (fédération de la chimie) et de la FNPOS (fédération des organismes sociaux) ont défendu un dispositif unique, une Sécurité sociale, chargée de droits collectifs, généralisée, contre la scission en trois proposée par le texte, la Sécurité sociale amoindrie, des services publics, notamment de l’enfance, négociés avec le patronat, et la « sécurité sociale professionnelle », ressortie du placard, porteuse de droits individuels. Nos camarades ont bataillé fermement pour obtenir une victoire symbolique sur un amendement, mais tous les autres ont été repoussés, donc le dispositif retenu est bien tripartite.
Pour reconstruire le syndicalisme de lutte des classes, savoir d’où nous partons
Nous sommes de l’avis de Jean-Pierre Page lorsqu’il exprime ce qu’il y a à faire : « Il va donc falloir construire. Nous sommes dans une situation identique à 1921 quand nos aînés ont pris des décisions par ce qu’il fallait assumer une situation avec la première guerre mondiale ou avait dominé dans la CGT l’union sacrée et le choix de la collaboration de classes. Il fallait prendre des responsabilités. Ils les ont prises en mesurant l’enjeu et le défi que cela impliquait. Si nous voulons maintenir un syndicalisme de lutte de classes influent et organisé il faudra prendre des décisions et ne pas se cacher derrière la seule rhétorique du "ça ne peut plus continuer comme ça, il faut que ça change". ». Pour rappel, en 1921, beaucoup de syndicalistes de lutte des classes furent exclus de la CGT et décidèrent de créer la CGTU. Nous n’en sommes pas là, mais il faut organiser la survie et le développement du syndicalisme de lutte des classes dans la CGT, alors que cela n’a pas été vraiment fait au moment du 54ème congrès, au contraire du précédent.
Mais pour cela, il faut être lucide sur l’état réel de la CGT profonde. Cela oblige à prendre en compte la perméabilité de la ligne de collaboration de classe parmi les dirigeants et les militants, à tous les niveaux de responsabilité. Mais cela implique aussi de réaliser qu’un nombre non négligeable de cadres de la CGT ne sont pas à leur poste par affinité avec la lutte des classes, mais par volonté de bénéficier d’une sinécure, de ne pas ou pas complètement revenir au travail et de bénéficier des finances de la CGT. L’affaire Le Paon montrait une professionnalisation du syndicalisme CGT à un niveau élevé de responsabilité, elle a désormais gagné les fédérations, les unions départementales et locales, jusqu’à certains syndicats. Éviter le retour au travail, soit en ayant des heures de décharge dans le public ou en étant salarié de la CGT dans le privé est désormais un but. On se construit une carrière, pas forcément avec l’ambition de « grimper », mais avec celle de « demeurer ». Il s’établit une manière de symbiose entre ces militants-là et la direction de la CGT qui fait qu’ils ne contesteront jamais l’orientation, de peur de perdre leur sinécure. Enfin, à tous les niveaux de la CGT, la formation est un vide organisé qui fait que, pour beaucoup, la lutte des classes n’est plus qu’un slogan creux qu’ils ne comprennent pas.
Forts de cette lucidité, militants du Parti Révolutionnaire Communistes, nous sommes résolument engagés dans une double bataille pour rebâtir et structurer le syndicalisme de lutte des classes et pour la construction du parti révolutionnaire dont notre pays a tant besoin. Sans illusion, sans sous-estimation de l’ampleur de la tâche, mais sans rester figés sur le constat, sans négliger les luttes et la capacité du prolétariat à se réveiller.
- Regard sur le 54ème congrès de la CGT Troisième partie : Que signifie la lutte contre « l’extrême-droite » ? Où en est la CGT ? Où va-t-elle ?
- Regard sur le 54ème congrès de la CGT Deuxième partie : les éléments d’une orientation de conversion à la collaboration de classe
- Regard sur le 54ème congrès de la CGT Première partie, les bases erronées de l’analyse politique de la direction et du congrès
Suivre l'artualité sur:




