N° 984 01/07/2026 Les élections provinciales se traduisent d’abord par une baisse continue de la participation : seulement 65,95 % lors de ce scrutin, alors qu’en 2019, lors des précédentes élections, elle était de 67,23 %. Le phénomène d’abstention est récurrent depuis 2004 (74,79 % en 1999 ; 76,44 % en 2004, puis 72,47 % en 2009, et 69,95 % en 2014) et couplé à une hausse du nombre de voix, du fait de l’augmentation en nombre du corps électoral (il y a eu 108 444 votants en 2019 et 127 421 en 2026). Le scrutin repose sur un corps électoral gelé depuis 2007 : seuls votent les résidents installés avant 1998 et leurs descendants. C’est précisément une tentative d’élargir cet électorat à des résidents plus récents qui avait déclenché la révolte des Kanaks en mai 2024, où les colons et les gendarmes ont fait 14 morts, l’emprisonnement arbitraire de militants indépendantistes dont Christian Tein, depuis libérés par la justice. Au printemps, une loi organique a finalement intégré 10 575 natifs jusque-là exclus. Le corps électoral est ainsi passé de 169 000 inscrits en 2019 à quelque 192 500.
Le second constat pouvant être fait: les grands équilibres sont globalement conservés. Il existe des modifications à l’intérieur des blocs politiques, colonialistes et indépendantistes, mais l’équilibre global est maintenu avec un léger recul concernant les colonialistes, dans leur globalité, perdant un siège au Congrès, au profit des faux neutres, « L’Éveil océanien », se revendiquant lui-même comme l’expression des gens issus des îles de Wallis et Futuna, déplacés massivement en Kanaky depuis leurs îles, à partir des mesures du premier ministre gaulliste Messmer en 1973.
Le scrutin est direct, à la proportionnelle, donc juste (éliminant tout de même celles et ceux qui ont obtenu moins de 5 %). Le vote se fait distinctement dans trois régions : le Sud, le plus peuplé, le seul ou presque industrialisé, regorgeant de colons ; le nord revendiquant depuis longtemps l’indépendance ; et les îles Loyautés. Dans chacune des trois régions, on élit des conseillers provinciaux dont une partie sont également élus au Congrès, assemblée dirigeant la colonie. La région Sud bénéficie de 40 sièges dont 32 au Congrès, la région Nord de 22 sièges dont 15 au Congrès et la région des Îles de 14 sièges dont 7 au Congrès. Les 54 sièges au Congrès sont donc répartis entre 24 pour les colonialistes, 4 pour les Wallisiens et Futuniens qui feront et déferont les directions et 26 pour les indépendantistes, répartis entre trois organisations.
Les résultats des colonialistes
Cet équilibre, il n'est pas forcément évident de le comprendre, est maintenu, quand on se réfère à certains media. Ainsi France Info titre: « Les loyalistes gagnent du terrain » ; plus professionnel, Le Figaro dit quant à lui: « la droite loyaliste sort renforcée des élections provinciales ». Qu’en est-il, en réalité ?
La province Sud, complètement acquise aux colons, a voté massivement en faveur de la liste colonialiste unifiée. Elle mélange les héritiers du RPCR de Lafleur, devenus LR, dont la chef de file, Sonia Backlès, a quand même été ministre de Macron, dans un gouvernement Borne, entre 2022 et 2023, donc avant l’obligation absolue de négociation avec la droite et les Macronistes, dirigés par Nicolas Metzdorf, député, un des fervents défenseurs de la fin du blocage du corps électoral et des thuriféraires de l’accord de Bougival. Or, en 2019, lors des précédentes élections provinciales, Metzdorf était sur la liste centriste du parti « Calédonie Ensemble », ayant contribué à la siphonner dès l’élection qui a vu sa défaite, en ralliant très vite les représentants issus de LR ayant emporté le scrutin. Clairement, la liste LR et compagnie qui, en 2019, s’appelait « L’avenir en confiance » s’est élargie pour devenir une liste d’union, baptisée « Les Loyalistes-Le Rassemblement » est passée de 28 802 voix (40,59 %) et 20 sièges en 2019 à 41 294 voix (50,14 %) et 28 sièges. Mais, dans le même temps la liste centriste « Calédonie Ensemble », qui rassemblait, en 2019 13 122 voix (18,49 %) et 9 sièges celle-ci s’est complètement effondrée, n’obtenant seulement, en 2026 : 3 887 voix (4,72 %) et aucun siège. Les colonialistes sont donc, dans leur globalité, passé de 41 924 voix (59,08 %) et 29 sièges à 45 181 voix (54,86 %) et 28 sièges. On a du mal à percevoir où France Info voit du terrain gagné. Il s’agit d’un phénomène de vases communicants où les plus réactionnaires ont damé le pion aux « modérés ».
Dans la province Nord, le même rassemblement progresse également, passant de 3 072 voix (12,18 %) et 3 sièges à 4261 voix (16,33 %) et toujours 3 sièges, bénéficiant de l’absence d’une liste « Calédonie Ensemble », ayant recueilli 1 975 voix (7,83 %) et aucun siège en 2019. En tout, les colonialistes passent donc de 5 047 voix (20,01 %) et 3 sièges à 4 261 voix (16,33 %) et 3 sièges, ceci est manifestement un recul.
Dans la province des îles Loyauté, c’est encore pire. Le rassemblement autour de LR obtenait 402 voix (3,30 %) en 2019 et se contente désormais de 270 voix (2,25 %) avec aucun siège dans les deux cas ; dans un contexte où la liste « Calédonie Ensemble » qui obtenait 851 voix (6,09 %) et aucun siège en 2019 a disparu. Les colonialistes sont donc passés de 1 253 voix (9, 39 %) à 270 voix (2,25 %), sans siège dans les deux cas.
Sur l’ensemble de la Kanaky, les listes colonialistes passent de 47 594 voix (43,89 %) et 32 sièges dans les assemblées provinciales dont 25 au congrès à 49 712 voix (39,01 %) et 31 sièges dans les assemblées provinciales dont 24 au Congrès.
Les résultats des Indépendantistes
Concernant les indépendantistes, les équilibres internes sont bousculés, mais le total électoral ne varie guère.
Dans la région Sud, le FLNKS recueille 12 842 voix (15,59 %) contre 11269 voix (15,88 %) et, dans les deux cas, 7 sièges. Mais, nous avions en 2026 la présence d’une liste UNI (Union Nationale Indépendantiste), coalition organisée au tour du PALIKA, un parti plus disposé à la discussion avec les colonialistes contrairement au FLNKS, obtienant 3 401 voix (4,13 %) et pas de siège alors qu’il n’y avait pas de telle liste en 2019. Au total, les Indépendantistes passent donc de 11 269 voix (15,88 %) à 16 243 voix (19, 72 %), pour un même nombre de sièges : sept.
Dans la région Nord, l’Union Calédonienne FLNKS arrive en tête pour la première fois avec 10 418 voix (39,93 %) et 10 sièges, contre 9069 (35,96 %) et 9 sièges en 2019. Elle devance la liste UNI-PALIKA recueillant 9 319 voix (35,72 %) et 9 sièges, contre 9 709 voix (38,50 %) et 10 sièges en 2019. Cette assemblée provinciale est présidée depuis 1999 par Paul Néaoutyne, le leader historique du PALIKA. Enfin, le parti travailliste, une organisation plus radicale que le FLNKS, liée à l’organisation syndicale, l’USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et Exploités) était présente en 2019 ayant obtenu 842 voix (3,34 %) et sans siège et absente en 2026. Les organisations indépendantistes passent donc de 19 620 voix (77,80 %) en 2019 à 19 737 (75,65 %) pour un même nombre de sièges : dix-neuf.
Dans la région des Îles, l’Union Calédonienne FLNKS arrive également en tête mais est en recul avec 3 986 voix (32,94 %) contre 5 188 (37,09 %) en 2019, mais conserve ses 6 sièges à l’assemblée provinciale. L’UNI-PALIKA recule également, passant de 2 970 voix (21,24 %) et 4 sièges à 2 481 voix (20,71 %) et seulement 2 sièges. Le parti travailliste subit le même sort, passant de 2 005 voix (14,34 %) à 1 165 voix (9,73 %) et perd les deux sièges obtenus en 2019. L’ancien LKS (Libération Kanak Socialiste) rebaptisé depuis 2009 DA (Dynamique Autochtone), tire les marrons du feu en rassemblant 3 855 voix (32,18 %) et 6 sièges contre 1 536 (10,98 %) et 2 sièges en 2019, passant ainsi de la 4ème à la 2ème place. Le LKS, fut une scission de droite du PALIKA. Il a cultivé des liens importants avec le PS et s’est parfois prêté à des coalitions étranges avec les « modérés » du camp colonialiste. Très impliqué dans les accords de Nouméa, il a assumé une image raisonnable. Pour autant, il reste partisan de l’indépendance et s’oppose fermement au dégel du corps électoral. Au total, dans cette assemblée des Îles, les indépendantistes recueillent 11 487 voix (95,56 %) contre 11 699 (83,75 %) et conservent les 14 sièges mis en jeu. C’est la province remarquons-le, où la baisse de la participation a été la plus spectaculaire, de 66,49 % à 54,92 % soit une baisse de 11,57 % contre 2,94 % en province Nord et 1,28 % en province Sud.
Dans l’ensemble de la Kanaky, les organisations indépendantistes obtiennent 47 467 voix (37,25 %), contre 42 588 (39,27 %) en 2019, avec toujours 40 sièges dans les assemblées provinciales dont 26 au Congrès. Dans celui-ci, les équilibres internes sont modifié, le FLNKS obtient 16 sièges (+ 1), l’UNI-PALIKA 7 sièges (- 2) et DA ex LKS 3 sièges (+ 2), le parti travailliste perdant l’unique siège obtenu en 2019.
Les résultats du « Marais »
Au milieu se trouve « L’Éveil Océanien », organisation politique portant les voix des habitants de Kanaky originaires des îles Wallis et Futuna. Une immigration de travail a été organisée par les gouvernements successifs, à partir de 1973 et de celui de Messmer, dans le but affiché de rendre les Kanaks minoritaires sur leur terre. Présent simplement dans la région Sud, là où les patrons colonialistes avaient besoin de main-d’œuvre dans les années 70/80 en écartant les travailleurs kanaks, l’Éveil Océanien a recueilli 8 399 voix (10,20 %) et 5 sièges contre 6 077 voix (8,56 %) et 4 sièges en 2019. Il gagne donc un siège à l’assemblée provinciale, aux dépends des colonialistes et le même phénomène se produit au Congrès où l’Éveil dispose désormais de 4 sièges contre 3 en 2019. Nous avons donc un Congrès passant de 25 sièges pour les colonialistes, 3 pour l’Éveil et 26 pour les Indépendantistes à 28, 4 et 26 respectivement. L’Éveil se place, comme auparavant, en position d’arbitre, la majorité absolue du Congrès étant de 28. Néanmoins, cette organisation affiche une fausse neutralité, car elle ne soutient pas l’indépendance et a toujours servi de roue de secours aux colonialistes. Et c’est logique car elle est un symbole de complicité avec l’impérialisme français. L’Éveil océanien est une caution plus qu’utile de la colonisation, une sorte de « Marais » au service des « Girondins ». pour utiliser une métaphore liée à la grande Convention.
Le lien aux Accords de Bougival
On ne peut que tenter de faire le lien entre ces résultats électoraux et le dernier avatar des tergiversations des colons et de l’État impérialiste français afin d'empêcher l’indépendance de la Kanaky, les Accords de Bougival, signés le 12 juillet 2025. Pour mémoire, l’accord prévoit la création d'une organisation institutionnelle pérenne, désignée comme « État de la Nouvelle-Calédonie », inscrit dans la Constitution française et susceptible d'une reconnaissance internationale. Il prévoit aussi la création d'une nationalité calédonienne, indissociable de la nationalité française, enfin il définit également un régime transitoire et évolutif du corps électoral , alors que la révolte de 2024 a fait ranger au placard la loi organique devant décider de cet élargissement. Et surtout, l’accord ne prévoit plus le troisième référendum pour l’indépendance et ne fait aucune référence à la Kanaky. Il s’agit d’une accession à une autonomie présentée comme accrue, sur le modèle de la « décolonisation » de l’Afrique coloniale française organisée par De Gaulle. Or, si, au départ, toutes les organisations indépendantistes avaient signé, dès le 31 juillet 2025, l’Union Calédonienne, principale composante du FLNKS, rejette l’accord. Le 13 août suivant, c’est le tour du FNLKS. Entre temps, Dynamique Autochtone (l’ex LKS) rejette également l’accord. Ils rejoignent ainsi la ligne radicale déjà défendue par la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) de Christian Tein et de l’USTKE et du parti travailliste, veulant avoir un « accord de Kanaky » d'accès immédiat à la pleine souveraineté et ont toujours critiqués les accords politiques et institutionnels passés.
La hausse de l’abstention est certainement liée au fait suivant: ces organisations doutent depuis toujours ou de plus en plus du processus institutionnel et s’appuient en partie sur des gens n’y croyant tellement pas qu’ils ne participent pas aux élections. Ces élections avaient été finalement déconnectées du processus de Bougival, alors même qu’un processus doit être remis en scène après, à l’initiative de Lecornu.
Mais le score en baisse de l’UNI-PALIKA et celui en hausse de DA/LKS, ou encore la première place du FLNKS dans le région Nord, devant l’UNI, ne peuvent pas ne pas avoir un rapport avec Bougival puisque l’UNI a maintenu sa signature. Elle le paie manifestement électoralement.
En conclusion
Ces élections n’apportent rien de neuf, puisqu’elles ne changent fondamentalement ni la composition des assemblées provinciales et du Congrès, ni les données du problème. Le vrai enjeu est ailleurs, dans l’affrontement entre les partisans de l’indépendance et ceux du « tout sauf l’indépendance », menés par les fondés de pouvoir de la Bourgeoisie capitaliste de France. Le Parti Révolutionnaire Communistes rappelle sa position ; contrairement à ce que propose LFI, nous ne trouvons aucune légitimité dans le fait que les électeurs de la France métropolitaine décident ou non de l’indépendance de la Kanaky. Notre position est clairement anticolonialiste et anti-impérialiste. Nous soutenons les travailleurs Kanaks dans leur volonté d’indépendance, sans condition.
Non à l’impérialisme et au colonialisme français ! Oui à l’indépendance de la Kanaky !
N° 951 11/11/2025 Le 6 novembre, à la Bourse du Travail de Paris s'est tenu un meeting1 à l'initiative du Collectif Kanaly Solidarité2 avec six ex-détenus, libérés sous contrôle judiciaire et toujours mis en examen dans le cadre de l’instruction en cours sur actions menées en mai 2024 en Kanaky3.
Nous l'attendions mais maintenant c'est acté, le congrès du FLNKS a clairement rejeté l'accord de Bougival. Il l'a annoncé lors d'une conférence de presse : " [Le FLNKS] rejette formellement le projet d’accord de Bougival, en raison de son incompatibilité avec les fondements et acquis de [sa] lutte ". Analysant cet accord, nous avions apprécié1 que : " Le chemin vers l'indépendance ne passe pas par Bougival mais par l'action du peuple Kanak ! "
N° 938 13/08/2025 Nous l'attendions mais maintenant c'est acté, le congrès du FLNKS a clairement rejeté l'accord de Bougival. Il l'a annoncé lors d'une conférence de presse : " [Le FLNKS] rejette formellement le projet d’accord de Bougival, en raison de son incompatibilité avec les fondements et acquis de [sa] lutte ". Analysant cet accord, nous avions apprécié1 que : " Le chemin vers l'indépendance ne passe pas par Bougival mais par l'action du peuple Kanak ! "
- Kanaky : Le chemin vers l'indépendance ne passe pas par Bougival mais par l'action du peuple Kanak!
- Face à la violence de la puissance coloniale, soutien sans faille aux peuples colonisés dans leur lutte de libération nationale
- 43ème congrès du FLNKS : le combat pour l’indépendance nationale est juste et le chemin bordé d’embûches
Suivre l'artualité sur:




