N° 994 03/09/2026 Nous publions ci-dessous la déclaration du Bureau politique du Parti Communiste du Venezuela sur la situation au Venezuela. Cette déclaration confirme notre analyse et le récent article sur notre site : « La situation au Venezuela doit se lire à la lumière des affrontements inter-impérialistes dans le monde ». Nous réassurons de notre solidarité avec les travailleurs en lutte pour leur émancipation et leur parti révolutionnaire : le Parti Communiste du Venezuela.
Le triumvirat illégitime cède un cinquième des réserves pétrolières vénézuéliennes aux États-Unis.
Déclaration
Le Bureau politique du Comité central du Parti communiste du Venezuela (PCV) rejette catégoriquement la nouvelle et grave cession de biens nationaux effectuée par le triumvirat illégitime et illégal qui exerce de facto le pouvoir au Venezuela. Les informations révélées ces derniers jours confirment le transfert d'un cinquième des réserves pétrolières vénézuéliennes à des entreprises américaines par le biais d'accords négociés dans le dos du peuple vénézuélien, sans transparence et en dehors des contrôles constitutionnels qui devraient encadrer toute opération compromettant les intérêts stratégiques de la République. Delcy Rodríguez a confirmé la cession de 17 gisements pétroliers stratégiques, représentant un potentiel prouvé d'environ 65 milliards de barils. Selon la liste qui a circulé, il ne s'agit pas de gisements entièrement inexploités. L'accord prévoit de nouveaux développements dans des gisements où la production pétrolière est déjà avérée et où des décennies d'expertise opérationnelle ont été accumulées. Il ne s'agit pas d'un accord mineur, ni d'une simple transaction commerciale. Nous assistons au transfert d'une part importante des principales richesses nationales dans des conditions inconnues du pays et sans le débat public ni le contrôle parlementaire nécessaires, pourtant prévus aux articles 150 et 187 de la Constitution. Une fois de plus, des décisions fondamentales concernant la vie politique et économique du Venezuela sont prises depuis la Maison Blanche, et le palais de Miraflores se contente d'acquiescer. Selon les informations qui circulent depuis l'annonce de Donald Trump, le département de la Défense américain détiendra un intérêt direct par le biais de sociétés liées au développement de ces projets pétroliers. Ce fait révèle avec une clarté absolue la nature de la nouvelle relation imposée au Venezuela. Il ne s'agit pas d'intérêts partagés entre deux pays négociant sur un pied d'égalité et dans le respect mutuel. Nous assistons à une politique américaine visant à garantir ses propres intérêts énergétiques, économiques et stratégiques en renforçant son contrôle sur les ressources vénézuéliennes. Trump lui-même, qui a qualifié l'accord de « cadeau », a clairement indiqué son intention d'utiliser le pétrole brut vénézuélien pour satisfaire les besoins énergétiques des États-Unis, notamment pour la reconstitution de ses réserves stratégiques. Ainsi, le pétrole vénézuélien, patrimoine de notre peuple, finira par alimenter la machine économique et militaire américaine. Le pétrole vénézuélien deviendrait une ressource stratégique au service des ambitions suprématistes de l'impérialisme américain à l'échelle mondiale, renforçant ses projets bellicistes et l'expansionnisme terroriste du sionisme israélien. Delcy Rodríguez affirme que la souveraineté nationale a été préservée. Pourtant, sa réforme illégitime de la loi sur les hydrocarbures organiques démontre exactement le contraire. La réforme promue par le triumvirat ouvre la voie aux sociétés transnationales, leur permettant non seulement de contrôler opérationnellement les projets pétroliers stratégiques, mais aussi de participer directement aux décisions fondamentales concernant l'exploitation des ressources nationales. À cela s'ajoute un démantèlement sans précédent du système fiscal. La nouvelle législation supprime et assouplit une série d'obligations fiscales et réduit les engagements financiers des entreprises privées du secteur pétrolier. Alors que le peuple vénézuélien subit des salaires de misère, la dégradation des services publics et des difficultés croissantes à satisfaire ses besoins essentiels, le capital transnational bénéficie de conditions extraordinairement favorables pour s'accaparer une part toujours plus importante des richesses pétrolières du pays. Cette situation est particulièrement honteuse pour ceux qui, pendant des années, ont bâti leur discours politique sur la défense de la souveraineté nationale et la dénonciation de l'impérialisme américain. Le triumvirat a fini par subordonner la politique économique nationale aux impératifs de sa propre survie politique. Aujourd'hui, il fait office de garde du corps à la Maison Blanche. Il ne peut plus accuser ceux d'entre nous qui dénoncent cette réalité de faire le jeu de l'impérialisme. Aujourd'hui, la Maison Blanche est devenue un centre névralgique pour les décisions fondamentales concernant la vie politique et économique du Venezuela, tandis que le triumvirat illégitime met en œuvre et garantit ses desseins. Le Parti communiste du Venezuela (PCV) rappelle au triumvirat que l'article 138 de la Constitution de la République stipule clairement que « toute autorité usurpée est inefficace et ses actes sont nuls et non avenus ». Ceux qui exercent le pouvoir sans légitimité constitutionnelle ne peuvent impunément compromettre le patrimoine national ni hypothéquer l'avenir du peuple vénézuélien. Le Parti communiste du Venezuela (PCV) condamne ce pillage odieux, présenté aujourd'hui sous un vernis technocratique visant à donner une fausse apparence de rationalité et de légalité au saccage flagrant du patrimoine national. Pendant des années, la direction autoritaire du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) a utilisé les sanctions pénales et le blocus comme mécanismes pour agir dans le secret, contourner les contrôles et permettre l'enrichissement illégal de secteurs privilégiés au détriment de millions de Vénézuéliens. À présent, elle entend instrumentaliser le discours du « pragmatisme » pour justifier une nouvelle capitulation. Le peuple vénézuélien ne peut accepter que la crise nationale serve de prétexte pour livrer les ressources stratégiques du pays à des entreprises étrangères. Le redressement du Venezuela exige transparence, souveraineté, contrôle démocratique et participation populaire. Il exige le rétablissement de l'ordre institutionnel, la pleine application de la Constitution et la restitution au peuple vénézuélien de son droit de décider du sort de ses ressources. Face au pillage, à la capitulation et à la subordination, le Parti communiste du Venezuela (PCV) réaffirme son engagement à défendre sans relâche la souveraineté nationale, les droits démocratiques et les intérêts de la classe ouvrière et du peuple. Ce moment historique exige que nous avancions vers la plus large unité populaire, patriotique, démocratique et anti-impérialiste. Non à la capitulation du pétrole vénézuélien ! Pour le rétablissement de l'ordre constitutionnel et de la pleine souveraineté du peuple vénézuélien ! Bureau politique du Comité central Parti communiste du Venezuela (PCV)
N° 993 28/08/2026 Le 3 janvier 2026, les États-Unis d’Amérique perpétraient une agression impérialiste contre le Venezuela, bombardant la ville de Caracas et d’autres zones du centre du pays, et kidnappaient le président Nicolas Maduro ainsi que son épouse Cilia Flores. Notre parti avait, le même jour, publié un communiqué condamnant sans réserve l’agression et se gardant bien, contrairement à certaines organisations de gauche peu empreintes de l’anticolonialisme, de mettre sur le même plan les dirigeants US et ceux du pays agressé.
Nous avons ensuite écrit à plusieurs reprises afin d’expliciter les raisons de l’impérialisme dominant et décrit l’évolution de la situation au Venezuela, conséquence de la mainmise grandissante et de la recolonisation par les USA du Venezuela. Dès le début, nous nous étions posé la question de la possibilité d’un tel acte sans complicités au plus haut niveau. La publication d’une interview de l’ambassadeur de Cuba en France au quotidien La Marseillaise éclairait sur le déroulement de l’enlèvement de Maduro. L’ambassadeur y révélait que les 32 soldats Cubains chargés de la protection du président vénézuélien avaient tenu plus d’une heure face à 200 soldats US. Cela suscitait alors et suscite encore plusieurs questions. Qu’a fait l’armée vénézuélienne pendant ce laps de temps supérieur à une heure ? Qu’ont fait les milices liées au PSUV, le parti au pouvoir ? Les agresseurs US ont certainement eu des blessés, voire des morts, comment a-t-il été possible qu’ils les évacuent sans difficulté ?
Dès les premiers jours suivant l’agression, un certain nombre de décisions prises par le triumvirat dirigeant désormais le Venezuela : Delcy Rodriguez, la vice-présidente, son frère Jorge, le président de l’Assemblée nationale et Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur et secrétaire-général du PSUV, donnaient à penser qu’ils appliquaient la feuille de route décidée par les dirigeants US, lesquels ont très vite abandonné la fable du trafic de drogue pour s’en tenir au réel : le pétrole. Le vice-président US, James David Vance, n’y est pas allé par quatre chemins : « l y a une vingtaine d'années, le Venezuela a exproprié des propriétés pétrolières américaines et, jusqu'à récemment, a utilisé ces biens volés pour s'enrichir ». Cette rhétorique, assimilant les nationalisations à des vols, est utilisée à l’envi par les dirigeants US et leur relais idéologique, mais était avant tout une constante chez les réactionnaires sud-américains. Ainsi, lors de sa première conférence de presse après le coup d’État fasciste, en septembre 1973, interrogé sur le devenir des mines de cuivre, Pinochet avait répondu : « Elles seront rendues à leurs légitimes propriétaires ».
Pourtant, de nombreux militants de « gauche », admirateurs du régime bolivarien, avaient balayé d’un revers de la main les arguments ou les questions de ceux pensant à des complicités internes, évoquant une « position de repli », une sorte de gros dos le temps de l’orage, certifiant ceci : la « révolution bolivarienne » poursuivait son cours. Pourtant, tous les éléments étaient là. Le 6 janvier, 3 jours après l’agression et l’enlèvement, nous écrivions : « Afin d'avancer dans la voie d'un contrôle plus serré de la politique du Venezuela, les États-Unis avaient un besoin urgent de modifier les rapports de force interne dans le pays en y recherchant des interlocuteurs plus enclins à l'écoute des exigences états-uniennes et/ou d'avantage capables de les imposer au peuple vénézuélien. L'élimination de Maduro par des méthodes de banditisme international a rempli cette fonction. Peu importe, concernant les dirigeants US, qui dirige le Venezuela, pourvu que leur exigence de mainmise sur le pétrole par leurs multinationales soient satisfaites. Une invasion terrestre serait bien plus hasardeuse que ce kidnapping et la pression mise sur les dirigeants actuels du Venezuela. ».[1] Ce que ne voyaient peut-être pas les défenseurs acharnés d’une « révolution » censée se poursuivre, c’est la démarche des dirigeants US.
Car si le pétrole est un motif important, il n’explique pas tout. C’est la même chose pour l’agression impérialiste de l’Iran, même si celle-ci a échoué. Derrière le pétrole, il existe la stratégie des dirigeants US concernant la suprématie dans le monde au stade impérialiste. Le même Vance ne dit pas autre chose : « Devons-nous rester les bras croisés et laisser un pays communiste piller nos ressources dans notre hémisphère ? ». Comme nous l’avons écrit dans le même article cité plus haut à propos du document sur la stratégie de Défense américaine, publié par la Maison blanche, : « En ce qui concerne le continent américain, le document est parfaitement explicite. Il s'agit, renouvelant la doctrine Monroe, de domination exclusive sur le continent, d'y affaiblir la présence chinoise se manifestant par des prises importantes d'intérêts en termes d'investissements, d'échanges et de contrôle de centres de distribution stratégiques pour le commerce. C'est ainsi que, récemment sous la pression des États-Unis, Panama a mis fin à sa participation au projet d'infrastructures des nouvelles routes de la soie, axe central de la stratégie chinoise afin d'accroître son influence à l'étranger et sécuriser ses approvisionnements. ». Dans un article précédent, nous avions dégagé la substantifique moelle de la vision des dirigeants états-uniens : « Ce que raconte ce document, c'est la réalité et la perception que l'équilibre des forces né de la seconde guerre mondiale est en train de changer. La suprématie États-unienne déjà affirmée à l'issue de la première guerre mondiale, en est sortie comme la première puissance capitaliste tandis que le camp socialiste s'élargissait. Tout cela est en train de se modifier entraînant des secousses sismiques d'une intensité inconnue jusqu'alors. ».[2]
Le secrétariat d’État US à la guerre (et non plus à la Défense) a publié fin janvier dernier un document dont le titre « établir la paix par la force pour un nouvel âge d'or de l'Amérique » est en soi tout un programme, faisant suite à celui sur la Stratégie de Sécurité Nationale Américaine. Nous avons également analysé ce document dans un article de février 2026, nous pouvons en retenir ceci: « Le document sur la Stratégie de Sécurité Nationale Américaine pose du point de vue de la bourgeoisie monopoliste états-unienne, la question de fond. Il conforte nos analyses sur la nature des affrontements au sein d'un système impérialiste voyant l'émergence de nouvelles forces, la Chine et l'Asie, avec le déclin de l'Europe qui fut au XIXéme siècle le centre des luttes en faveur de la domination mondiale. Ce que raconte ce document, c'est la réalité et la perception que l'équilibre des forces né de la seconde guerre mondiale est en train de changer. La suprématie États-unienne déjà affirmée à l'issue de la première guerre mondiale, en est sortie comme la première puissance capitaliste tandis que le camp socialiste s'élargissait. Tout cela est en train de se modifier entraînant des secousses sismiques d'une intensité inconnue jusqu'alors. La Stratégie de Défense Nationale Américaine 2026 apparaît comme le versant militaire des objectifs fondamentaux que se fixent les États-Unis afin de conserver leur suprématie actuelle. Le document acte une rupture après trente années de post-guerre froide, où les États-Unis associaient leurs interventions, elles furent nombreuses, à la construction d'un ordre capitaliste accompagné d'un maquillage moral. Ici, le discours est on ne peut plus clair : l’Amérique ne se bat plus "partout, pour tout, pour tout le monde" ; elle hiérarchise les menaces selon leur impact direct sur la sécurité, la liberté et la prospérité des Américains ; elle renonce à " faire le bien" à l’échelle planétaire, mais se réserve le droit d’agir brutalement quand ses intérêts vitaux sont en jeu. ».[3]
L’évolution rapide de la situation au Venezuela conforte notre analyse. Dès le 27 janvier, le secrétaire-général du Parti Communiste du Venezuela interpellait les dirigeants en place après le kidnapping sur la visite au Venezuela du directeur de la CIA, John Ratcliffe, reçu par Delcy Rodriguez le 15 janvier : « La présence du plus haut représentant de la CIA au Venezuela témoigne des changements en cours pour garantir les intérêts du grand capital et de l'impérialisme américain. Apparemment, sa venue est étroitement liée à l'opération militaire du 3 janvier, à l'agression contre notre pays et à l'assassinat d'un nombre important de militaires vénézuéliens et cubains. Cette présence n'a pas été expliquée au peuple vénézuélien […]tout commeles accords conclus avec Donald Trump et Marco Rubio. Le peuple vénézuélien a besoin de connaître la vérité et le Parti communiste du Venezuela exige que ceux qui gouvernent actuellement l'État vénézuélien divulguent en toute transparence les accords qu'ils concluent avec l'impérialisme et le grand capital. ».
Depuis, bien qu’une poignée d’irréductibles continue à défendre le gouvernement des compradores actuel du Venezuela, les faits, manifestement têtus, ont ouvert les yeux de nombre de partisans du Chavisme en France, et c’est tant mieux. La note est corsée dirons-nous. Rodriguez et sa clique ont abandonné à Washington le contrôle et la production du pétrole, ne font plus aucune référence à la libération de Nicolas Maduro et de Cilia Flores, ont coupé l'approvisionnement à Cuba, ont ouvert leurs portes à l'armée d’occupation sioniste génocidaire vont rétablir les relations diplomatiques avec l’entité sioniste. Ils sont même allés jusqu’à condamner l'Iran, et faire arrêter et livrer aux états-uniens l'ancien ministre proche de Maduro Alex Saab. Il se dit même qu’ils ont donné l'ordre de rentrer chez eux à ceux voulant se battre la nuit du 3 janvier. Enfin, cerise sur le gâteau, le grand capitaliste Mathieu Pigasse, homme de « gauche » qui discute avec le PS, les écolos, LFI et même la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, a été désigné afin de restructurer la dette du Venezuela en lien avec Trump et Delcy Rodriguez. Le gouvernement vénézuélien a signé pour une commission colossale sur la restructuration de la dette par Pigasse celle-ci serait supérieure à celle qu’il a touchée pour le même sale boulot en Grèce.
Décidément, seule une analyse du stade actuel de l’impérialisme, comme nous nous efforçons d’y procéder systématiquement, permet de comprendre ce qui se passe et les enjeux. La stratégie des dirigeants US relève bien d’une seule motivation : la défense absolue des intérêts de leurs multinationales. C’est vrai au Venezuela, mais aussi en Iran. L’ennemi, c’est la Chine, les USA s’évertuent à la chasser des échanges commerciaux avec l’Amérique du Sud, et qui auraient aimé faire de même au Moyen Orient. Las, l’Iran n’est pas le Venezuela ; son gouvernement et son peuple ont montré leur volonté de résister quoi qu’il arrive. L’analyse permet de faire litière de deux idées reçues ; d’abord celle comme quoi les USA se seraient lancés dans l’agression contre l’Iran pour servir les sionistes. C’est la fable de l’inversion rituelle qui fait des sionistes les maîtres des USA et non ce qu’ils sont réellement, leur prolongement, une carte, certes importante, dans leur jeu. Tout cela s’explique par une analyse en termes de lobbies, et non de rapports de classe, et absolument pas du stade impérialiste actuel. Si cette idée permet de rassembler, aux USA, où la compréhension des enjeux politiques et économiques n’est pas franchement généralisée, des gens nombreux contre la guerre, elle n’en demeure pas moins fausse. Quant à l’autre idée reçue, nous en avons fait litière dans un article récent ; les actes des impérialistes US ne sont pas des lubies de Trump mais bien des nécessités pour les multinationales US « Il est de bon ton sur les plateaux télé, comme dans les media en général, sans oublier les salons, surtout de gauche, de juger la politique des États-Unis à l'aune des humeurs de leur Président D. Trump. Cette approche personnalisée a l'avantage pour les thuriféraires du système capitaliste de passer sous silence une donnée essentielle : la politique de la plus grande puissance capitaliste, disputant son hégémonie au sein du système impérialiste à celle montante qu'est la Chine et ses alliés dans le bloc euro-asiatique en formation, ne naît pas dans la tête de Trump mais bel et bien dans les exigences des monopoles capitalistes l'ayant porté au pouvoir. Ce bref rappel pour dire, ce qui détermine en dernier ressort la politique des puissances capitalistes dans leurs affrontements au sein du système impérialiste pour la maîtrise des matières premières et des technologies, des voies de communication et de la force de travail, ce sont la valorisation du capital au travers des taux de profits et conséquemment l'accumulation du capital. ».[4]
Enfin, tout ceci nous permet de dire un mot de la stratégie de la gauche latino-américaine depuis le début des années 2000, laquelle s’avère un fiasco total. Des militants fort respectables, comme l’immense Pepe Mujica en Uruguay, Gustavo Petro en Colombie, Daniel Ortega au Nicaragua ou Hugo Chavez lui-même, ont décidé d’abandonner la lutte armée et de se consacrer seulement à arriver au pouvoir par la voie électorale, oubliant peut-être ceci, lorsqu’on joue le jeu de la démocratie bourgeoise on peut perdre les élections. D’autres plutôt venus de la social-démocratie, ont suivi la démarche. Les plus indociles ont été écartés, Manuel Zelaya au Honduras en 2009, par un coup d’État militaire appuyé par les USA, l’ancien évêque Fernando Lugo au Paraguay en 2012, par un coup d’État constitutionnel, Evo Morales en Bolivie en 2019 par un coup d’État fasciste avec complicité de l’armée, Pedro Castillo au Pérou en 2022 par un coup d’État constitutionnel. Mais pour tous les autres, les élections bourgeoises ont amené le retour des partis traditionnels de droite (2019 en Uruguay, 2021 en Equateur, après la présidence de l’ancien vice-président de Rafael Correa, nettement plus droitier, Paz en Bolivie) ou l’arrivée de dirigeants fascisants (Milei en Argentine, Katz au Chili, la fille Fujimori au Pérou, Astura au Honduras, après le retour de la gauche avec Xomara Castro, et De la Espriella en Colombie). Il pourrait bien arriver la même chose à Lula au Brésil et à Claudia Sheinbaum au Mexique. Des fraudes électorales ont été fréquemment invoquées, l’ancien révolutionnaire sandiniste Daniel Ortega a compris la manœuvre et établi des règles strictes de contrôle des élections et des électeurs. Néanmoins, si l’on met de côté la Bolivie, où les masses populaires continuent de résister au gouvernement de Rodrigo Paz, soutenues par un Morales toujours actif, force est de constater que la légitimisation du processus électoral de la démocratie bourgeoise, la vision de ce moyen comme le seul pour parvenir au pouvoir et des politiques souvent moins progressistes que prévu ont emmené, fraude électorale ou pas, coup d’État ou pas, la « gauche » latino-américaine au désastre. Le renversement du pouvoir au Venezuela n’est qu’un épisode de plus de ce triste constat. Tous ces dirigeants, à part Evo Morales, se sont éloignés de la perspective révolutionnaire, ou en ont toujours été éloignés, ou ont participé à des coalitions empêchant de fait des mesures vraiment de nature à changer la donne. Cet abandon, ou cette non prise en compte, ou encore cette mise de côté de la lutte des classes leur ont été fatals.
Face au capitalisme à son stade impérialiste, il est très préjudiciable d’oublier les critères de classe et la compréhension du système capitaliste. C’est la dure leçon infligée à la « gauche » latino-américaine en général et au mouvement bolivarien en particulier. Nous réassurons de notre solidarité les travailleurs de tous ces pays, en lutte pour leur émancipation, en particulier ceux de Bolivie et leurs partis ouvriers révolutionnaires, en particulier le Parti Communiste du Venezuela.
[1]https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-nord/3750-venezuela-limperialisme-etats-uniens-a-loff
ensive
[2] https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-nord/3718-strategie-de-securite-nationale-americaine-ou-comment-preparer-les-etats-unis-aux-affrontements-pour-le-repartage-imperialiste-du-monde
[3] https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-nord/3793-strategie-de-defense-nationale-americaine-2026
[4] https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-nord
N° 988 27/07/2026 Les dirigeants cubains ont mis en œuvre des réformes économiques et sociales très importantes à la suite d’une réunion extraordinaire du Comité central du Parti Communiste de Cuba, l’Assemblée nationale a approuvé ces mesures concernant tous les secteurs de l’économie. Dans le journal «Rizospastis», organe du Comité central du KKE. a été récemment publié un article évoquant ces changements économiques. Nous partageons cette analyse et la publions:
Les dirigeants cubains ont mis en œuvre des réformes économiques et sociales très importantes (au total, 176 dispositions regroupées en 23 axes). À la suite d’une réunion extraordinaire du Comité central du Parti Communiste de Cuba, l’Assemblée nationale a approuvé ces mesures qui concernent tous les secteurs de l’économie et sont présentées comme une réponse à la situation très difficile causée par le blocus barbare imposé par les États-Unis depuis plus de soixante ans, et surtout le blocus énergétique mis en place depuis janvier de cette année, qui étouffe le peuple cubain.
Les mesures adoptées s’inscrivent dans la continuité des orientations et mesures précédentes adoptées après le 6e Congrès du Parti Communiste de Cuba (2011). L'élément central, c'est la promotion des investissements étrangers de capitaux privés dans tous les secteurs de l'économie ainsi que l'adoption de mécanismes de marché pour la répartition des ressources. Parmi les mesures les plus marquantes, on peut citer le fait que les entreprises d’État deviennent plus autonomes et peuvent, tout comme les entreprises privées, devenir des sociétés par actions, et que tous les acteurs, qu’il s’agisse de particuliers ou d’investisseurs étrangers, peuvent détenir des actions dans autant d’entreprises qu’ils le souhaitent.
Les employeurs privés peuvent employer plus de 100 personnes et avoir accès au commerce extérieur; en d'autres termes, le monopole de l'État sur le commerce extérieur est supprimé. De plus, le système actuel des barèmes salariaux dans les entreprises d’État est supprimé; un salaire minimum tenant compte du taux d’inflation est instauré, et à terme, les niveaux de salaire seront fixés par négociation entre les salariés, le syndicat et l'entreprise, en fonction de la capacité financière de cette dernière.
Les dispositions prévoient des changements dans les rapports de propriété et reconnaissent des distinctions entre propriété et gestion, tout en précisant que «la propriété sociale des principaux moyens de production demeure»
Dans ce contexte, une plus grande autonomie est accordée aux autorités des provinces et des communes pour développer ladite économie locale et les services d’intérêt général en stimulant, comme souligné, les investissements étrangers directs.
Un élément important est la modification de la gestion et de l'utilisation des terres pour tous les acteurs économiques. Le droit réel d'usufruit sur les terres sera cédé à des organismes publics, privés ou mixtes, ainsi qu'à des personnes physiques, pour une durée indéterminée et une superficie correspondant au projet présenté, pour toutes les exploitations agricoles, forestières ou de production de tabac, ainsi que pour les projets de développement de l'écotourisme et de l'agrotourisme. Les coopératives agricoles pourront exercer directement des activités de commerce extérieur pour exporter leurs produits et importer des intrants agricoles ainsi que des technologies.
La création d'établissements financiers privés, de banques et de bureaux de change est également autorisée; ceux-ci fonctionneront sous la supervision de l’Autorité des marchés financiers et seront soumis aux mêmes règles que les banques d'État.
Le secteur du tourisme s'ouvre aussi davantage aux particuliers avec une exploitation immobilière, tout comme le marché dit de l'assurance. Tout ça s’accompagne aussi de changements dans les mécanismes de contrôle, d’une réduction du nombre de ministères et de services publics, ainsi que d’ajustements du cadre institutionnel et juridique, où les modifications correspondantes seront apportées.
De plus, la participation de capitaux privés et étrangers à l’importation et à la commercialisation des carburants, y compris au niveau du réseau de vente au détail, sera autorisée.
Le Premier ministre du pays et membre du Bureau politique du Comité central du Parti Communiste de Cuba, Manuel Marrero, a affirmé que tous ces changements n’impliquaient pas que l’État renonce à sa responsabilité sociale, mais qu’ils «intègrent la reconnaissance des mécanismes du marché comme moyens d’une répartition efficace des ressources» et a ajouté que «ces mesures ne constituent pas une déviation par rapport au projet socialiste, mais s’inscrivent plutôt dans la logique de son développement».
Cependant, le renforcement accru des relations commerciales et du marché, ainsi que le recul de la propriété sociale des moyens de production, de la planification scientifique centralisée et du contrôle ouvrier, qui sont des lois fondamentales de la société socialiste, comme l’a tragiquement démontré l’expérience historique du renversement du socialisme en URSS et dans les autres pays socialistes, l’avancée de la domination des rapports capitalistes en Chine, ont des conséquences extrêmement négatives pour les peuples.
L'examen critique des changements mis en œuvre à Cuba et le débat en cours à ce sujet vont de pair avec l'obligation pour les communistes de se tenir aux côtés du peuple cubain, d'exprimer leur solidarité sans réserve avec lui, d’exiger la fin du blocus barbare et de longue date imposé par l’impérialisme états-unien, et de soutenir la Révolution cubaine.
N° 985 09/07/2026 Le 4 juillet la police a arrêté Vicente Salazar, le dirigeant de la Fédération Paysanne Tupac Katari, à la suite d’une plainte déposée par le gouvernement de Paz contre les organisateurs des barrages routiers. La plainte contre Vicente Salazar porte sur « des infractions présumées d’incitation publique à commettre un délit, d’association de malfaiteurs » et de « terrorisme ».
Pendant plus de 7 semaines en mai et juin des syndicats, essentiellement la COB (Centrale Ouvrière Bolivienne) ainsi que des syndicats autochtones comme la Fédération Paysanne Tupac Katari,la Confédération nationale des femmes paysannes autochtones originaires de Bolivie « Bartolina Sisa »,l’organisation auto convoquéeont multiplié des blocages routiers, des grèves pour exiger la démission du président Rodrigo Paz, la hausse des salaires, le refus des privatisations, la défense des services publics et le contrôle populaire des ressources naturelles[1].
Paz n’a pas hésité à militariser la répression et à intégrer des groupes paramilitaires tels que l’Union Juvenil cruceñistcia (inspiré des phalanges franquistes) et la Résistancia juvenil Cochala qui ont opéré au côté de la police et ont tiré à balles réelles.
Ces manifestations ont donné lieu à de violents affrontements entre des manifestantset la police antiémeute, entraînant plus de 700 arrestations, 37 blessés et au moins 17 manifestants tués.
La COB est partagée entre l’avis du secrétaire général, Mario Argollo, appelant à la démission de Paz et plusieurs antennes départementales de la COB favorable à engager des négociations avec le gouvernement.
Les négociations entamées le 18 juin se sont conclues par la signature d’un accord : le gouvernement s’engageait à ne pas privatiser les entreprises publiques, à consulter les organisations sociales pour l’élaboration des lois structurelles et contrôler l’indice des prix face à: récession économique, à l‘envolée des prix. La COB a présenté un plan en 8 points, l'accord, a précisé Mario Argollo laissait au gouvernement 90 jours afin d’avancer sur plusieurs revendications syndicales.
L’ensemble des organisations mobilisées n’ont pas accepté de négocier avec le gouvernement de Paz. Les fédérations autochtones ont rappelé leurs propres revendications: lutter contre la privatisation de l’électricité, de l’eau, des télécommunications, des ressources naturelles, de la santé et de l’éducation.
Le soulèvement va bien au-delà de la démission de Paz, c’est un soulèvement contre l’État colonial, pour la restitution au peuple des terres accaparées par l’agrobusiness.
C‘est également un refus de la soumission aux États-Unis. Paz est un vassal des USA, alors que la Bolivie était jusqu’ici hostile à l’impérialisme étasunien. Depuis son élection, Paz est allé se soumettre au gouvernement d’extrême droite à Washington et a organisé un rapprochement avec Israël. Paz s’inscrit dans la continuité des plans d’ingérences de Trump sur le continent sud-américain, visant à faire de l’Amérique du sud son arrière-cour. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a dénoncé les manifestations comme étant des «tentatives de renversement du gouvernement légitime» et a adressé un avertissement sans équivoque à ceux qui, selon lui, «tirent profit de la mort et de la destruction dans notre hémisphère».
Après avoir signé le protocole d’accord avec la COB, Paz a promulgué le Décret Suprême 1740 instaurant l’état d’exception permettant le déploiement de l’armée contre les manifestations et les blocages, et garantit une protection juridique en faveur des militaires, leur octroyant une «présomption de légalité» en cas de tirs. Toutes les organisations n’ayant pas signé l’accord seront « soumises aux rigueurs de la loi », l’état d’exception criminalise les militants luttant contre le gouvernement de Paz et sont menacés d’être soumis à la même plainte que celle qui frappe Vicente Salazar. Même Mario Argollo ayant demandé la libération immédiate de Vicente Salazar, est menacé.
La solidarité du Parti Révolutionnaire Communistes avec les travailleurs, les organisations syndicales, le peuple luttant contre la politique du capital est sans réserve. Nous exigeons la libération immédiate de Vicente Salazar et de tous les détenus arrêtés à cause de leur lutte contre le système capitaliste et qui remet au premier plan la lutte contre les impérialismes.
[1].Hebdo n° 979 26/05/2026. En Bolivie, les prolétaires s’organisent ! Et c’est classe contre classe !
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