N° 996 23/09/2026 Les électeurs allemands des Länder de Mecklembourg-Poméranie et de Berlin ont été appelés à voter, dimanche 20 septembre, pour élire leur Landtag (parlement régional). Nous donnons quelques brefs éléments d’explications sur les résultats.
Le Land de Mecklembourg-Poméranie
Dans le Land de Mecklembourg-Poméranie, situé au nord-est du pays, jouxtant le Mer Baltique et ayant partie de la République Démocratique Allemande (RDA), les résultats présentent de nombreuses similitudes avec ceux de Saxe-Anhalt où les élections ont eu lieu quinze jours auparavant. Par rapport à 2021, la participation augmente sensiblement : 1 024 251 votants (78,11 %) en 2026 contre 929 118 votants (70,83 %) en 2021 (plus 7,28 %).
La coalition de la ministre présidente sortante Manuela Schwesig (SPD) comprenant son parti et Die Linke (la gauche), une formation également sociale-démocrate (nous y reviendrons) recule. Le SPD obtient 360 393 voix (35,50 %) contre 361 761 (39,59 %) en 2021, une perte de 4,09 %, et passe de 34 à 29 sièges (moins cinq). Son allié Die Linke obtient 66 388 voix (6,54 %) contre 90 865 voix (9,94 %) en 2021, une perte de 3,50 %, et passe de 9 à 5 sièges (moins quatre). C’est le pire score électoral de Die Linke dans ce Land depuis l’existence de cette formation. La majorité absolue des sièges étant de 36, la coalition sortante n’a plus la possibilité de gouverner seule le Land (34 sièges au total).
Pour les autres partis du bloc central, Les Verts obtiennent 57 587 voix (5,67 %) contre 57 548 (6,30 %) en 2021, une perte minime de 0,63 % et leur parti conserve les 5 sièges acquis en 2021, permettant d’envisager une coalition élargie, à trois, pour diriger le Land. Le parti charnière du FDP (libéral) ressort essoré de ces élections. Il obtient 10 415 voix (1,03 %) contre 52 945 voix (5,79 %), en 2021 ; il ne passe pas la barre des 5 %, et disparaît donc de Landtag, comme dans beaucoup d’autres régions, il perd les 5 sièges acquis en 2021. La CDU, le parti chrétien-démocrate du chancelier Merz subit un sort similaire. Il obtient 49 629 voix (4,89 %) contre 121 583 voix (13,30 %), une perte de 8,41 % ; elle ne franchit pas non plus la barre des 5 % et perd l’ensemble des 12 sièges qu’elle avait acquis en 2021. C’est l’aboutissement d’une suite de reculs depuis trois scrutins et une situation inédite, puisque pour la première fois la CDU ne sera pas présente dans un Landtag.
La principale bénéficiaire de ce scrutin est l’AfD, cette organisation réactionnaire surfe sur l’absolu mécontentement existant dans le pays vis-à-vis du bloc central et spécifiquement de la CDU et du chancelier, notamment à cause de ses positions bellicistes et de la hausse des prix du carburant (liée au refus d’acheter du pétrole et du gaz russes). Elle obtient 388 026 voix (38,22 %), contre 152 747 voix (16,72 %), un gain de 21,50 %, et passe de 14 à 32 sièges (plus dix-huit).
Enfin, le BSW, nouvelle formation de gauche mène campagne pour la paix et contre l’immigration, n’existait pas en 2021, elle obtient 49 036 voix (4,83 %), ceci ne lui permet pas d’entrer au Landtag, contrairement à ce qui est arrivé en Saxe-Anhalt.
Voici quelques extraits de ce que nous écrivions à propos des élections en Saxe-Anhalt, s’appliquant parfaitement à l’élection en Mecklembourg-Poméranie.
« Il ne s’agit pas de minimiser le danger, l’AfD compte des admirateurs d’Hitler parmi ses militants et ses dirigeants, mais sa réalité même est plus complexe, et il est important de comprendre ce qui explique ce vote massif, en faisant, comme dans toute élection, une distinction entre les dirigeants du parti, ses militants et les électeurs qui ont choisi de lui apporter leur voix. […] Le fascisme n’apparaît pas parce que, soudain des millions de personnes deviennent autoritaires et racistes. Des conditions matérielles produisent un terrain fertile : crise économique, chômage, appauvrissement, décomposition des organisations ouvrières, frustration de la petite bourgeoisie traditionnelle, ambition de la nouvelle… Là réside le lien avec l'Allemagne contemporaine et le résultat obtenu par l'AfD : ce parti ultra-réactionnaire s'est emparé de problèmes matériels bien réels : précarisation, logement, perte de pouvoir d'achat, dégradation des services publics, pour les réarticuler sur le plan idéologique. C’est l’histoire de l’ennemi désigné comme responsable : l’émigré, le musulman, le communiste, afin que la contradiction fondamentale capital/travail reléguée au second plan par une manière de « bataille culturelle » conçue pour dresser les exploités les uns contre les autres. […] Mais, le parti milite contre la guerre, défend une politique d’entente avec la Russie, s’en prend très fermement à la supranationale UE dont il prône la sortie. Il défend les services publics, notamment les hôpitaux. Beaucoup de militants et la majorité des électeurs dénoncent le génocide de Gaza. Et il est plébiscité dans l’ancienne RDA. La disparition de la RDA a été une catastrophe. Ce fut une annexion et une colonisation. Toute l’industrie de la RDA (7ème puissance économique du monde, pour un pays de 17 millions d’habitants) a été démantelée en quelques années. Sans parler de l’arrogance des colonisateurs venus de RFA, les Wessies, ont humilié longuement leurs « compatriotes » de l’Est. Il existe une nostalgie de l’ancienne Allemagne démocratique, un pays dans lequel tout le monde avait un emploi. Elle se fait, pour les jeunes générations votant AfD, parfois au prix d’une méconnaissance totale du danger nazi. Si la RDA avait dénazifié, ce ne fut jamais le cas à l’Ouest, et pas plus depuis l’annexion de la RDA. L’Afd et son électorat sont un pot-pourri, une improbable cohabitation ; manifestement ce vote apparaît beaucoup plus comme un vote de rejet du système de gouvernance allemand, qu’un vote d’adhésion au programme de l’AfD. ».
Le land de Berlin
La situation est assez différente dans le Land de la ville capitale. Pour autant, la hausse de la participation y est spectaculaire, passant de 1 559 228 votants en 2023 (les élections de 2021 ayant été annulées) (62, 90 %) à 1 846 170 votants (74,62 %) en 2026, une augmentation de 11,72 %. A noter que le Landtag / Conseil municipal comporte 130 sièges et non 71 comme dans les deux Landtags de Saxe-Anhalt et de Mecklembourg-Poméranie.
Les partis du bloc central reculent comme en Mecklembourg-Poméranie. La coalition du bourgmestre-gouverneur sortant, Kai Wegner (CDU), comprenait la CDU et le SPD. La CDU obtient 342 516 voix (18,77 %) contre 428 228 voix (28,23 %) en 2023, une perte de 9,46 %, et passe de 52 à 34 sièges (moins dix-huit). Le SPD obtient 220 939 (12,11 %) contre 279 017 voix (18,39 %) en 2023, une perte de 6,28 %, le faisant passer de la deuxième à la cinquième place ; et passe de 34 à 22 sièges (moins douze). Les Verts, traditionnellement implantés à Berlin Ouest, obtiennent 260 700 voix (14,29 %) contre 278 964 voix (18,39 %) en 2023, une perte de 4,10 %, et passent de 34 à 26 sièges (moins huit). Enfin, le FDP obtient 46 341 voix (2,54 %) contre 70 416 voix (4,64 %), une perte de 2,10 %. Il n’était déjà pas parvenu à accéder au Landtag en 2023, mais recule encore.
L’AfD progresse, mais de manière moins spectaculaire que dans les deux autres Länder. Elle obtient 296 601 voix (16,86 %) contre 137 871 (9,09 %) en 2023, un gain de 7,79 %, et passe de 17 à 29 sièges (plus douze).
Le BSW, n’existait également pas en 2023, il obtient 86 041 voix (4,72 %) et ne franchit donc pas la barre des 5 %. Le vainqueur incontestable de cette élection est Die Linke, obtient 480 060 voix (25,65 %) contre 185 119 voix (12,20 %), un gain de 13,40 % et passe de 22 à 47 sièges (plus vingt-cinq). Dans cette analyse, nous ne rangeons pas Die Linke dans le bloc central en raison de la spécificité de cette organisation à Berlin, qu’illustrent les thèmes de la campagne électorale qu’elle a menée.
Die Linke, qu’es aquò ?
Die Linke est parfois considérée comme la lointaine descendante du SED, le parti socialiste unifié fut aux commandes de l’Allemagne démocratique de 1949 à 1990. C’est une filiation tout de même assez incertaine. En 1990, un certain nombre d’opposants à la direction du SED, en avaient pris la direction à l’occasion de l’annexion et de la contre-révolution, le dissolurent et créèrent le PDS (parti du socialisme démocratique) ; titre sous-entendant que le socialisme de RDA ne l’était pas, démocratique. Le PDS prit la pente glissante de la plupart des anciens partis communistes d’Europe au lendemain de la fin de l’URSS et des pays socialistes d’Europe. Ils devinrent un parti d’opposition de « gauche », ne remettant plus en cause le capitalisme. Puis, ils fusionnèrent avec l’aile gauche du SPD, menée par l’ancien ministre-président de Sarre, Oskar Lafontaine, pour créer le conglomérat baptisé Die Linke. Sarak Wagenknecht, militante du PDS, issue de la RDA, a ensuite quitté Die Linke fondant son parti BSW, avec deux divergences essentielles envers le parti qu’elle quittait, une position favorable à une « immigration contrôlée », très dans l’air du temps, mais aussi une opposition ferme à l’UE et à la poursuite du soutien à l’Ukraine. BSW, notons le, est le seul parti d’Allemagne à se prononcer pour la solidarité avec la Palestine.
Toute la presse, en France comme en Allemagne, affuble Die Linke du qualificatif « gauche radicale ». Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le sens du concept de « gauche radicale » est assez flou. Il est attribué, en France, à LFI, dont le programme est dix fois plus droitier que celui de Mitterrand en 1981, sans parler de celui de Georges Marchais. En réalité, Die Linke est un parti social-démocrate, utilisant des thèmes dits sociétaux pour ne pas parler de lutte des classes et dont les militants et électeurs se recrutent parmi les couches moyennes.
Mais, Die Linke à Berlin fait exception. Ce n’est pas tant sa tête de liste qui illustre ce changement. Avocate, fille d’émigrés politiques turcs fuyant le régime fasciste de Kenan Evren, mais faisant partie des couches moyennes, Elif Eralp est entrée dans le militantisme par la lutte contre le nucléaire. Rien de bien différent des autres. Elle met l’accent sur la place des immigrés, l’antiracisme, mais celles et ceux, avec elle, animant ces questions dans Die Linke, sont également issus des couches moyennes. Enfin, elle a vécu en RFA et habite Kreuzberg, emblématique quartier de Berlin-Ouest, et n’a aucun rapport, ni de près, ni de loin, avec la RDA. Pour autant, le parti recrute partiellement dans les milieux ouvriers, à Berlin et, surtout, la hausse de la participation et le choix majoritaire de Die Linke viennent essentiellement des quartiers ouvriers de l’Est. Engagée dans des luttes contre la gentrification de la ville, elle a présenté un programme, porté pendant la campagne électorale, autour de l’accès au logement, proposant la municipalisation de 220 000 logements du parc privé, lui ayant valu la ferme opposition du SPD pendant la campagne. La mise en avant d’une proposition concerne bien plus les travailleurs que les petits bourgeois et a inévitablement joué un rôle dans ce que l’on peut considérer comme une évolution de l’électorat de Die Linke. Comme nous l’avions écrit pour l’AfD à propos de la Saxe-Anhalt, il est important de dissocier les motivations des électeurs du programme politique national de Die Linke, surtout qu’à Berlin, ce programme était quelque peu différent. Les militants berlinois de Die Linke sont plus mobilisés sur la solidarité avec la Palestine que le parti dans le reste du pays.
En conclusion
Les suites de l’élection de Berlin seront à regarder attentivement. Elif Eralp et Die Linke vont-ils pouvoir diriger la ville ? Que fera le SPD, qui a pris une volée de bois vert, mais ne veut pas des 200 000 logements municipalisés ? En cas de gouvernement de « gauche », le programme de Die Linke sera-t-il appliqué ? Que feront les travailleurs ayant voté pour eux dans le cas contraire, ou même si l’application est seulement partielle ? Ce sont toutes les questions qu’il est utile de se poser. En tout état de cause, on constate un regain du vote ouvrier quand le sentiment est présent cela peut servir à quelque chose, probablement sans illusion sur les politiciens, y compris Elif Eralp.
Au sujet de l’élection dans le Land de Mecklembourg-Poméranie, nous pouvons reprendre ce que nous disions il y a quinze jours à propos de la Saxe-Anhalt, n’a pas pris une ride. Cette élection révèle l’état des lieux. Un risque de résurgence du nazisme est certain, mais ce n’est pas forcément en Allemagne qu’il est le plus avancé, les pays baltes, l’Estonie et l’Ukraine n’ont rien à lui envier. Le combat idéologique incessant des tenants du Grand Capital contre le marxisme-léninisme a permis ce retour en grâce. La glorification de Melnyk et Bandera, nous le dit. Il faut absolument voir le lien de cette élection avec le sort de la RDA et, tout autant, avec la remilitarisation de l’Allemagne organisée par Merz.
Le fascisme n’est pas un phénomène spontané, encore moins en-dehors de la lutte des classes. Il naît de la démocratie bourgeoise si le Capital en a besoin. On ne le combattra pas par des grandes idées morales. Pas non plus en l’isolant des autres courants de la démocratie bourgeoise. Bien au contraire, on ne le combattra jamais mieux qu’en combattant le capitalisme et tous les courants idéologiques à son service, le fascisme et la démocratie bourgeoise en même temps.
N° 996 23/09/2026 Alors que les tensions autour du Groenland s'intensifient et que le Danemark et les États-Unis s'orientent vers un nouvel accord concernant ce territoire arctique d'importance stratégique, le Parti communiste du Danemark (DKP) a mis en garde contre la militarisation accrue de la région et la rivalité croissante entre les grandes puissances. Le Parti rejette l'idée selon laquelle une coopération militaire renforcée constituerait une garantie de sécurité, arguant qu'elle pourrait au contraire transformer le Groenland en une ligne de front pour de futurs conflits. Dans sa déclaration, le DKP affirme :
« Le prochain accord entre le Danemark et les États-Unis ne renforcera pas le sentiment de sécurité de la population groenlandaise. Au contraire, il accentuera le renforcement militaire dans l'Arctique et accroîtra le risque de voir le Groenland devenir une ligne de front dans un conflit entre grandes puissances. La population du Groenland ne partage pas les mêmes intérêts que les États-Unis, l'OTAN ou le gouvernement danois. Lorsque le Premier ministre danois, avec le soutien du Parlement danois, s'exprime et agit au nom de l'ensemble du "Royaume du Danemark" sans la participation égale de la population groenlandaise, une structure de pouvoir colonial est perpétuée. Les populations du Groenland et du Danemark ont les mêmes besoins : protection sociale, sécurité et environnement sain. Les milliards consacrés au renforcement militaire et à la guerre pourraient être investis dans la santé, l'éducation, la protection sociale et la préservation de la nature. Par ailleurs, l'intérêt des grandes puissances pour le Groenland vise également à contrôler la position stratégique et les ressources naturelles du pays. Qu'il s'agisse de capitaux américains ou chinois, la question fondamentale reste inchangée : la population groenlandaise doit elle-même avoir un pouvoir de décision sur les ressources et l'avenir de son pays. Le Groenland subit déjà le poids de décennies de présence militaire et de pollution américaines. L'expérience montre qu'une présence militaire n'est pas synonyme de sécurité et ne garantit pas non plus que les dommages causés seront réparés par la suite. Le Parti communiste du Danemark appelle à la solidarité avec le peuple groenlandais et à s'opposer à la militarisation accrue de l'Arctique. Seul le socialisme peut garantir la paix. »
N° 995 13/09/2026 Les élections à la Douma d'État auront lieu prochainement du 18 au 20 septembre. Tout est fait par le pouvoir au service de l'oligarchie capitaliste afin d'en faire un référendum appuyant la poursuite de la guerre impérialiste en Ukraine. Malgré les difficultés et la répression, des Communistes refusent de baisser les bras et agissent pour combattre la politique anti-ouvrière et nationaliste du pouvoir. Nous sommes solidaires de nos camarades communistes russes de l'OK (Organisation Communiste). Nous publions leur analyse de la situation et nous leur faisons part de notre soutien internationaliste : A bas la guerre impérialiste !
Déclaration de l'Organisation des communistes russes du 10 septembre à propos des élections à la Douma
Du 18 au 20 septembre 2026, la Russie tiendra des élections à la Douma d'État, la chambre basse du Parlement. Les médias d'État les présentent comme l'événement politique le plus important de l'année à venir. Divers groupes, partis et mouvements – se réclamant de gauche – et communistes réagissent différemment à ces élections. Certains préconisent de voter pour les communistes officiels, tandis que d'autres appellent à un vote de protestation. Cependant, la grande majorité des travailleurs se montrent apathiques ou sceptiques quant à ces élections. Analysant l'état de l'économie et de la société russes, l'Organisation des communistes constate ce qui suit : Tout au long de l'année 2026, l'économie russe se détériore à un rythme accéléré. La principale raison en est l'impact croissant de la guerre. Le déficit budgétaire fédéral pour 2026 était estimé à 3 786 milliards de roubles (1,6 % du PIB), mais dès juillet de cette année-là, il avait déjà atteint 6 455 milliards de roubles (2,8 % du PIB). La Banque centrale a abaissé ses prévisions de croissance du PIB pour 2026 à une fourchette de 0,0 % à 1,0 %.
Face à la raréfaction des ressources, la classe dirigeante concentre tous ses efforts sur le maintien et l'intensification des opérations militaires, ce qui nuit au secteur civil et aggrave la précarité déjà précaire de la grande majorité des travailleurs. L'inflation officielle a dépassé l'objectif fixé, les prix des services ont augmenté d'environ 10 % sur un an et la dette civile non garantie a atteint le niveau record de 1 650 milliards de roubles. La situation est exacerbée par les attaques massives menées par les troupes ukrainiennes contre les infrastructures, notamment les dépôts pétroliers et les raffineries. Ces attaques ont engendré une grave pénurie de carburant. Dans de nombreuses régions, les prix de l'essence ont explosé et son achat est désormais soumis à des restrictions et à de longues files d'attente. Les tentatives du gouvernement pour atténuer le problème par des importations de carburant n'ont eu qu'un effet à court terme. La guerre a également entraîné une pénurie de la ressource la plus précieuse : la main-d'œuvre. Cette pénurie contraint les entreprises à recruter plus activement des travailleurs migrants. Plus précisément, un quota de 279 000 travailleurs étrangers a été fixé pour 2026, soit près du double du quota établi deux ans auparavant. Cette augmentation du recrutement d’immigrants contredit la rhétorique nationaliste des propagandistes d’État et alimente le mécontentement au sein de l’extrême droite, sur laquelle la classe dirigeante compte tant pour la guerre que pour réprimer d’éventuelles manifestations populaires. Non seulement l’industrie, mais aussi les forces armées souffrent d’une pénurie d’effectifs. Nos camarades sur le front témoignent de la progression extrêmement lente de l’armée russe, obtenue au prix de pertes énormes. Consciente de cette situation, l’élite dirigeante tente désespérément de négocier des conditions acceptables avec le capital américain, tout en intensifiant les préparatifs organisationnels et techniques d’une nouvelle vague de mobilisation. Des rumeurs concernant cette mesure se répandent dans toute la société russe, alimentant encore davantage la nervosité et les craintes. Nombre de citoyens ne croient pas aux démentis officiels, se souvenant qu’à la veille de la première vague de mobilisation (en septembre 2022), les autorités avaient également menti sur l’inexistence de tels plans. Les capitalistes savent pertinemment que l'exacerbation des contradictions sociales provoquera inévitablement un mécontentement généralisé au sein du prolétariat et de la petite bourgeoisie. C'est pourquoi ils consacrent une énergie et des ressources considérables au renforcement de leur emprise sur l'opinion publique. Des listes de citoyens qualifiés d'« agents étrangers » sont publiées presque chaque semaine. De nouvelles méthodes de blocage d'internet sont mises en place chaque mois. L'accès aux ressources web devient de plus en plus difficile pour les citoyens. Début 2026, près de 5 millions de ressources internet et 439 services VPN étaient bloqués. Dans plusieurs régions, l'accès à internet mobile a été fortement restreint, voire totalement coupé, pendant de nombreux mois sous prétexte de « sécurité ». On ne peut exclure une transition vers un système où un accès plus ou moins libre à internet deviendrait un privilège réservé à la classe dirigeante et à ses proches, tandis que la grande majorité de la population en serait exclue par la loi (par des interdictions directes) ou par des moyens économiques (par des prix artificiellement gonflés). La propagande gouvernementale attise constamment l'hystérie guerrière et le chauvinisme. Une législation, mise à jour peu après le début de la guerre, permet désormais de qualifier de « délit » toute déclaration négative concernant le gouvernement et sa politique étrangère et intérieure. Les capitalistes et les responsables politiques exploitent cette situation pour intensifier leurs attaques contre les libertés et droits civiques restants, exploiter le prolétariat et réprimer les travailleurs qui tentent de défendre leurs droits. Par exemple, lorsque dans une usine de l'Oural, des ouvriers tentèrent de défendre leur droit à des conditions de travail normales. Les autorités arrêtèrent le dirigeant syndical en vertu de la loi contre les activités extrémistes, ce qui facilita la répression du syndicat par la direction de l'usine. La bourgeoisie s'efforce à tout prix de maintenir les ouvriers divisés et intimidés, et réagit violemment à toute tentative d'auto-organisation. De manière générale, l'état d'esprit du prolétariat russe est caractérisé par l'apathie, la désillusion et une lassitude généralisée, conséquences de la guerre, des blocus et de la dégradation continue du niveau de vie. C'est dans ce contexte que se préparaient les élections à la Douma d'État. La situation politique en Russie à la veille des élections peut être caractérisée comme suit :
1. La propagande communiste systématique, y compris l'agitation contre la guerre impérialiste, est de facto interdite. Le caractère sélectif de la répression ne doit pas être trompeur : les actions des organes répressifs peuvent être imprévisibles, et aujourd'hui, les ouvriers et les communistes sont dépourvus de moyens de défense.
2. La propagande du parti au pouvoir est diffusée par tous les canaux possibles, en utilisant les ressources de l'État ; notamment, des employés municipaux sont mobilisés pour distribuer des tracts de Russie unie.
3. Parmi les partis politiques officiellement enregistrés en Russie, aucun ne représente les intérêts du prolétariat.
4. Les autorités bloquent ouvertement les candidats jugés déloyaux. Par exemple, le blogueur de gauche et député du Parti communiste Nikolaï Bondarenko a été disqualifié des élections sous de fausses accusations d'« affichage de symboles interdits », tandis que le parti Iabloko, qui critique la guerre, est disqualifié des élections dans plusieurs régions.
5. Comme lors des élections présidentielles de 2024, aucune force publique n'est actuellement en mesure de contrôler les violations et les falsifications graves.
6. Pendant les élections, les autorités ont l'intention d'utiliser massivement le vote électronique, entièrement contrôlé par l'État et donc invérifiable.
7. Les autorités disposent de ressources administratives quasi illimitées, notamment en termes d'employés du secteur public, de fonctionnaires et de militaires, qui seront contraints de voter. Le vote d'août à Moscou concernant le monument Pouchkine a servi d'exercice de simulation pour les fonctionnaires de la capitale.
8. Des millions de travailleurs, insatisfaits de la direction actuelle du gouvernement, ne voient aucune alternative, ne se considèrent pas comme acteurs des processus sociaux et craignent de réclamer un changement dans le contexte de l'intervention militaire en cours. Ainsi, malgré les contradictions sociales croissantes, la classe dirigeante conserve des moyens illimités d'influencer les élections à venir, transformant l'événement en un spectacle à l'issue prédéterminée. Comme pour l'élection présidentielle de 2024, les autorités se préoccupent davantage de garantir la participation électorale, car il est plus difficile de falsifier les résultats, notamment dans les régions reculées et les petites villes. Par conséquent, Les appels lancés par divers secteurs de la gauche à participer aux élections (quel que soit le mode de scrutin) contribuent indirectement à la réalisation de cet objectif par la bourgeoisie. D'une part, les appels à voter pour le Parti communiste de la Fédération de Russie ou pour des candidats individuels de Iabloko reflètent les contradictions sociales croissantes et le mécontentement grandissant entre le prolétariat et la petite bourgeoisie. D'autre part, ces appels témoignent de l'immaturité politique de la classe ouvrière et de ses illusions quant au système électoral russe. Ils ne peuvent qu'engendrer la déception. Les propositions de « vote de protestation » – par exemple, voter « pour n'importe quel candidat sauf celui du parti au pouvoir » ou invalider le bulletin – représentent l'autre versant de la même médaille. Ces appels renforcent également la croyance erronée, chez les ouvriers, que voter provoquera des troubles au sein de la bourgeoisie. Le rêve d'un « vote de protestation » naît d'un sentiment d'impuissance et du besoin d'« agir ». Autrement dit, il résulte de l'absence de stratégie cohérente pour la lutte révolutionnaire. À l'instar du soutien au Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR), le « vote de protestation » remplit une fonction essentiellement symbolique, créant un sentiment de participation à la lutte politique chez des militants déconnectés du peuple. Tant les partisans du PCFR que ceux qui prônent toute autre option de participation aux élections contribuent à répandre l'idée fausse que le système électoral russe en place influence l'agenda politique et économique de la classe dirigeante. Par conséquent, les communistes ne peuvent soutenir aucune option de participation aux prochaines élections. Compte tenu de ce qui précède, l'Organisation des communistes recommande les tactiques suivantes à tous les partisans des idéaux communistes :
1. Si des membres de votre famille, des amis ou des collègues s'intéressent aux élections, il convient de leur expliquer la véritable nature du système politique sous le capitalisme en général, et en Russie en particulier.
2. Il ne faut pas décourager ceux qui souhaitent voter, mais leur expliquer l'absurdité et la futilité de cette démarche, et dissiper toute illusion quant à la tenue d'« élections équitables ».
3. Convaincre les autres que leurs droits doivent être protégés au quotidien, et pas seulement les jours d'élection. Partager les expériences des luttes ouvrières, tant au niveau national qu'international, ainsi que les formes d'organisation de ces luttes.
4. Lors des activités de campagne, il convient de souligner qu'aucune élection, sous le capitalisme, ne peut résoudre fondamentalement les problèmes de la société moderne. La résolution de ces problèmes exige une transformation du système socio-économique, qui ne peut s'opérer par les urnes, mais plutôt par une restructuration radicale de la société, comme celle de 1917.
N° 994 09/09/2026 Le très important score électoral de l’AfD (près de 44 %), obtenu ce dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt (deux millions d’habitants) suscite des réactions quasi unanimes des politiciens en France où semble-t-il le thème « le nazisme est à nos portes » soit destiné par les véhicules de l’idéologie dominante à remplacer, au moins pour quelques temps, celui tenant la corde « nous allons tous mourir, la planète etc. ».
Les résultats
L’ensemble des partis de la coalition « centrale » au pouvoir aussi bien dans l’État fédéral que dans le Land marquent un lourd recul, par rapport aux précédentes élections, en 2021, essentiellement la CDU (réactionnaires chrétiens-démocrates) de 37,12 % à 19,89% [- 19,89 %], également le FDP (Libéraux, parti charnière invariablement membre de coalitions quelles qu’elles soient) de 6,42 % à 2,58 % [- 3,84 %], quittant ainsi le Landtag (parlement du Land) ; quant au SPD (sociaux-démocrates ayant rompu avec le marxisme au congrès de Bad-Godesberg en 1959), il s’en tire à bon compte, passant de 8,41 % à 9,30 % [+ 0,89 %]. Les autres partis officiels s’en sortent de manière contradictoire. Die Linke (La gauche), ce lointain héritier du SED, a dirigé la RDA, converti à la social-démocratie depuis belle lurette, passe de 10,99 % à 8,56 % [- 2,43 %]. Les Grünen (Verts, atlantistes et bellicistes en diable, soutiens affirmés du colonialisme sioniste), passent de 5,94 % à 8,93 % [+ 2,99 %]. Les partisans de la guerre contre la Russie ont peut-être préféré les Verts à la CDU, mais on parle aussi d’un nombre assez extraordinaire de votes par correspondance en faveur des « écologistes », comme de la CDU d’ailleurs. L’AfD passe de 20,82 % à 43,79 % [+ 22,97 %] et le nouveau parti de gauche, celui de Sarah Wagenknecht, le BSW, le seul parti politique allemand à exprimer sa solidarité avec Gaza, même s’il est partisan d’une « immigration contrôlée », qui n’existait pas en 2021, il entre au Parlement du Land avec 5,27 % des voix. La participation, notons le s’est élevée à 77,82 % contre 60,32 % en 2021, soit un progrès de 17,50 %. Enfin, concernant les sièges, l’Afd en obtient 39 (23 en 2021, plus 16), la CDU 15 (40 en 2021, moins 25), le SPD 8 (9 en 2021, moins 1), les Verts 8 (6 en 2021, plus 2), Die Linke 8 (12 en 2021, moins 4) et BSW 5. Le FDP perd ses 7 députés, obtenus en 2021. La majorité absolue étant à 42, si, comme cela se dit, le BSW vote pour permettre à l’AfD de diriger le Land, il existe une majorité absolue (39 plus 5, soient 44 élus).
Le danger fasciste et la division des travailleurs par le racisme
Il ne s’agit pas de minimiser le danger, l’AfD compte des admirateurs d’Hitler parmi ses militants et ses dirigeants, mais sa réalité même est plus complexe, et il est important de comprendre ce qui explique ce vote massif, en faisant, comme dans toute élection, une distinction entre les dirigeants du parti, ses militants et les électeurs qui ont choisi de lui apporter leur voix.
Fondé par des « Libéraux allemands », nostalgiques du temps d’Adenauer ou de Kohl, le parti a adopté assez vite des thèses nationalistes et a été rejoint par des nazis. La direction du parti est prosioniste, raciste, anti LGBT et porte comme drapeau le thème de la « remigration ». Certains dirigeants ont pu dire qu’il pouvait y avoir du bon dans Hitler ou la SS.
Le fascisme n’apparaît pas parce que, soudain des millions de personnes deviennent autoritaires et racistes. Des conditions matérielles produisent un terrain fertile : crise économique, chômage, appauvrissement, décomposition des organisations ouvrières, frustration de la petite bourgeoisie traditionnelle, ambition de la nouvelle… Là réside le lien avec l'Allemagne contemporaine et le résultat obtenu par l'AfD : ce parti ultra-réactionnaire s'est emparé de problèmes matériels bien réels : précarisation, logement, perte de pouvoir d'achat, dégradation des services publics, pour les réarticuler sur le plan idéologique. C’est l’histoire de l’ennemi désigné comme responsable : l’émigré, le musulman, le communiste, afin que la contradiction fondamentale capital/travail soit reléguée au second plan par une manière de « bataille culturelle » conçue pour dresser les exploités les uns contre les autres. La crise économique joue ici un rôle central. Lorsque le capitalisme précarise le travail, renchérit le coût de la vie et anéantit les perspectives d'avenir, les idéologues du Capital proposent une explication simple : « le problème, ce sont eux ». C'est la vieille stratégie du « diviser pour mieux régner ».
L’idéologie raciste développée, bien au-delà de ce qu’il est convenu d’appeler « l’extrême-droite », en Allemagne comme en France, n’est pas une diversion, comme le disent certains quand le RN évoque des amendes pour les femmes voilées. C’est une ligne politique essentielle, il s’agit d’avancer dans la division des prolétaires avec un vernis idéologique. C’est le meilleur moyen qu’a trouvé la Bourgeoisie capitaliste en ce moment pour détourner les travailleurs de la lutte des classes.
Des contradictions et des explications
Mais, le parti milite contre la guerre, défend une politique d’entente avec la Russie, s’en prend très fermement à la supranationale UE dont il prône la sortie. Il défend les services publics, notamment les hôpitaux. Beaucoup de militants et la majorité des électeurs dénoncent le génocide de Gaza. Et il est plébiscité dans l’ancienne RDA.
La disparition de la RDA a été une catastrophe. Ce fut une annexion et une colonisation. Toute l’industrie de la RDA (7ème puissance économique du monde, pour un pays de 17 millions d’habitants) a été démantelée en quelques années. Sans parler de l’arrogance des colonisateurs venus de RFA, les Wessies, ont humilié longuement leurs « compatriotes » de l’Est. Il existe une nostalgie de l’ancienne Allemagne démocratique, un pays dans lequel tout le monde avait un emploi. Elle se fait, pour les jeunes générations votant AfD, parfois au prix d’une méconnaissance totale du danger nazi. Si la RDA avait dénazifié, ce ne fut jamais le cas à l’Ouest, et pas plus depuis l’annexion de la RDA. L’Afd et son électorat sont un pot-pourri, une improbable cohabitation ; manifestement ce vote apparaît beaucoup plus comme un vote de rejet du système de gouvernance allemand, qu’un vote d’adhésion au programme de l’AfD.
Comme en France, on parle de menace fasciste, mais jamais des mesures fascisantes déjà mises en place par le « bloc central », que ce soit avec Macron ou avec Merz. Même s’il ne semble pas être un fan du « chancelier Hitler », on peut trouver à Merz des points communs avec lui. Tout comme son prédécesseur, alors que son pays est normalement enserré dans une série de traités lui interdisant le réarmement militaire, il passe son temps à violer les obligations internationales qui lui sont faites. Et en dernier lieu, celles souscrites par son pays au moment de la réunification. Un jour il appelle à un réarmement massif de son pays pour la doter « de l’armée la plus puissante du continent », un autre jour, toujours en violation des traités, il réclame le partage de l’arme nucléaire avec la France. Il voudrait également une place de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, le droit de veto lui donnant alors carte blanche pour toutes ses aventures guerrières. Ses rodomontades bellicistes vis-à-vis de la Russie et son aventurisme guerrier ont suscité un rejet massif exprimé lors de cette élection. Pour autant, cela ne le fera pas changer d’avis. Disant avoir entendu les électeurs de Saxe-Anhalt, il s’apprête à faire adopter par le Bundestag (Parlement fédéral) une série de mesures racistes de répression de l’immigration, en revanche, il ne bouge pas d’un pouce sur la guerre : « La Russie reste notre ennemi. ».
Evoquons, enfin, la soi-disant contradiction portée par Alice Weidel, co-présidente de l’AfD, lesbienne, vivant avec une femme d’origine sri-lankaise, mère d’enfants adoptés et l’orientation conservatrice, basée sur la morale bourgeoise familiale de son organisation, anti-LGBT, d’une homophobie discrète, en revanche (Alice Weidel dénonce la soi-disant homophobie des musulmans) et opposée à l’adoption par des couples homosexuels. On peut y ajouter l’apparente contradiction entre le fait de diriger un parti nationaliste tout en vivant en Suisse. C’est ne pas comprendre les tenants et les idéologues du Capital. La morale, c’est pour les pauvres, les classes populaires, les travailleurs, les Bourgeois, eux, peuvent faire ce qu’ils veulent. Ancienne de Goldman Sachs et Allianz, puis consultante pour des start-up, Weidel fait partie de la moyenne bourgeoisie et, si sa compagne est originaire du Sri Lanka, elle est citoyenne helvète et productrice de cinéma. Son attitude n’est pas contradictoire avec ses positions et fonctions politiques, elle s'inscrit parfaitement dans la logique idéologique de Bourgeoisie capitaliste, sa position de bourgeoise lui donne la liberté d'expression ; elle peut mener la vie qu'elle souhaite, et pour la mener, elle se doit d’imposer la morale réactionnaire aux couches populaires. Tout cela n’est pas neuf et rappelle ce que disait Engels à propos des volte-face des Bourgeoisies occidentales (Allemagne et France) sur la religion dans Socialisme utopique et socialisme scientifique : « L'un après l'autre, les voltairiens railleurs s'emmitouflèrent dans une douillette piété, parlèrent avec respect de l'Église, de ses dogmes et de ses cérémonies, et s'y conformèrent quand ils y trouvaient quelque avantage. La Bourgeoisie française fit maigre le vendredi et les bourgeois allemands écoutèrent religieusement le dimanche les interminables sermons protestants. Ils s’étaient fourvoyés avec leur matérialisme. On doit conserver la religion pour le peuple, — elle seule peut sauver la société de la ruine finale. ». La morale familiale réactionnaire de Weidel joue le même rôle que la religion pour les Bourgeois brocardés par Engels, elle en est d’ailleurs fort proche.
Les réactions politiciennes en France
Le Monde du 7 septembre nous gratifie d’un article évoquant les réactions dans le monde politicien français à l’annonce de ces résultats. Sur la quasi-unanimité des réactions, on évoque Manuel Bompard, Gabriel Attal, le LR François-Xavier Bellamy, sur une position pouvant être résumée par cet extrait de la déclaration du premier secrétaire du PS, Olivier Faure : « Ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert ». Position, évidemment à replacer dans le cadre campagne électorale française et de l’éventuelle victoire de Marine Le Pen. Si Le Monde oppose les mêmes quant aux enseignements qu’ils en tireraient, force est de constater que, pour tous, la responsabilité incombe au bloc central qui gouverne l’Allemagne. S’il est assez logique de voir Mélenchon évoquer : « une catastrophique démonstration de l’aveuglement des politiques européennes centristes », ou Roussel parler des erreurs de l’UE et de la nécessité de la réformer, mais François Hollande, pourtant acteur de l’axe central en France, reproche au gouvernement allemand d’avoir provoqué « un sentiment de déclassement qui n’est pas qu’un sentiment » et Gabriel Attal, oubliant décidément qu’il a été ministre du bloc central pendant sept ans, lui reproche de ne pas avoir « changé de modèle ».
Dans tous les cas, il s’agit d’utiliser un événement complexe, mais néanmoins portant son lot d’inquiétude, dans le cadre de la campagne électorale de chacun. Tout ce monde dénonce le nazisme, en poussant des cris d’orfraie, mais où étaient-ils quand l’Estonie a décidé de priver les anciens de l’armée rouge de pension, pour la donner aux anciens de la Wehrmacht ? Où étaient-ils quand les dirigeants ukrainiens ont donné des noms de rue et élevé des statues à la gloire du nazi Bandera ? Où étaient-ils quand Zelinski a fait entrer le nazi Melnik dans l’équivalent du Panthéon à Kiev ? Jamais ils ne se sont inquiétés de la destruction des monuments à la gloire de la victoire de l’Armée rouge sur le nazisme, en Estonie, dans les pays baltes, en Ukraine, ou même en Pologne. Quant à s’émouvoir des massacres perpétrés par les sionistes, cet équivalent contemporain des nazis, nous attendons encore. L’antinazisme est donc à géométrie variable, et même quand il concerne l’Allemagne, il épargne la résurgence du pangermanisme, incarnée par Merz, ayant pourtant servi de matrice au parti et à l’État nazi.
A propos du concept « d’Internationale de l’extrême-droite »
Enfin, il existe un concept assez mis à mal quand on met le focus sur l’Afd. C’est celui de la soi-disant « Internationale d’extrême-droite ». Cela devrait notamment reposer sur un corpus idéologique commun. Or, il n’en est rien. L’AfD est fermement opposée à l’UE alors que le RN et Fratelli d’Italia (le parti de Meloni) sont franchement européistes. L’AfD prône la fin de l’aide financière à l’Ukraine, on n’a entendu ni Le Pen, ni Meloni évoquer une telle mesure. Même sur la question migratoire, il est bon de le rappeler, Meloni a régularisé près de 400.000 travailleurs sans papiers. D’ailleurs, ces organisations ne sont pas dans le même groupe au Parlement européen : le RN est dans le groupe « Patriotes pour l’Europe » avec les Belges nationalistes flamingants du Vlaams Belang, les Néerlandais de l’ultra-raciste et philo-sioniste VVF, les nostalgiques du franquisme de Vox, les Hongrois du FIDESZ d’Orban. L’AfD siège dans le groupe « L’Europe des nations souveraines », avec notamment Reconquête et « Fratelli d’Italia » dans un troisième groupe « Conservateurs et Réformistes d’Europe » avec le très nationaliste Droit et Justice, parti polonais des frères Kaczynski et l’Alliance pour l’Unité des Roumains, dirigé par le candidat des nationalistes à la dernière élection présidentielle en Roumanie, Georges Simion.
La panoplie des organisations politiques au service du Capital est extrêmement large. En son sein, celles faisant du racisme, issu du colonialisme, une ligne politique est bien plus large que les seules organisations qualifiées d’extrême-droite, elles épousent complètement le prisme des organisations prosionistes. On pourrait se demander dans ce cadre, pourquoi Aurore Bergé, Julien Dray, Jean-Noêl Barrot, Gabriel Attal, celui-ci en fait beaucoup en termes racistes ou le maire PS de Paris centre Ariel Weil ne sont pas d’extrême-droite.
Nous combattons les interprétations antimarxistes prétendant comme quoi les idéologies feraient changer de nature le capitalisme et non les affrontements de classe et la nécessité pour les capitalistes de s’y adapter. Tout ce primat de l’idéologie ne permet une seule chose, faire disparaître ou cacher le moteur de l’histoire, la lutte des classes. Il est vain de tenter de classer dans le même courant idéologique des organisations disparates, dans des pays différents, même si elles ont des points communs. La montée des idées réactionnaires et notamment racistes est un phénomène général, pour lequel la social-démocratie porte une responsabilité écrasante. Nous avons pu le constater en France depuis 1982, le courant réformiste n’a plus la marge de manœuvre pour humaniser un tant soit peu la société capitaliste. Il ne peut plus être qu’un gérant loyal des intérêts du Capital, menant la même politique que les autres et souvent, avec eux. Si l’on y ajoute la disparition des partis révolutionnaires et le fait que la baisse tendancielle du taux de profit et l’accumulation du capital obligent les fondés de pouvoir à des politiques de casse complète de tout ce que les travailleurs ont pu conquérir dans le passé, et à la complète désindustrialisation des puissances impérialistes occidentales secondaires, on a toute la matrice des résultats électoraux d’organisations ultra-réactionnaires comme le RN ou l’AfD, chacune dans son domaine, l’allégeance à l’UE pour les premiers, le nationalisme anti UE et anti guerre concernant les seconds.
En conclusion
L’élection de Saxe-Anhalt révèle une chose, l’état des lieux. Un risque de résurgence du nazisme est certain, mais ce n’est pas forcément en Allemagne qu’il est le plus avancé, les pays baltes, l’Estonie et l’Ukraine n’ont rien à lui envier. Le combat idéologique incessant des tenants du Grand Capital contre le marxisme-léninisme a permis ce retour en grâce. La glorification de Melnyk et Bandera, nous le disent, le lien de cette élection au sort de la RDA et, tout autant, la remilitarisation de l’Allemagne organisée par Merz.
Le fascisme n’est pas un phénomène spontané, encore moins en-dehors de la lutte des classes. Il naît de la démocratie bourgeoise si le Capital en a besoin. On ne le combattra pas par des grandes idées morales. Pas non plus en l’isolant des autres courants de la démocratie bourgeoise. Bien au contraire, on ne le combattra jamais mieux qu’en combattant, en même temps, le capitalisme et tous les courants idéologiques à son service, le fascisme et la démocratie bourgeoise en même temps.
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