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Algérie : Les enjeux de la lutte des classes.

L’Algérie, si elle au cœur d’affrontements internes d’une grande intensité politique et sociale à l’issue encore incertaine, n’est pas isolée de la réalité des confrontations qui secouent le système impérialiste en pleine recomposition et où les luttes pour le contrôle des ressources naturelles, des voies de communication et des territoires s’exacerbent au rythme de la remise en cause de l’hégémonie des puissances impérialistes anciennes par celles montantes.

Au contraire, cette réalité pèse lourdement sur l’Algérie qui occupe une place importante dans le domaine décisif de l’énergie mais aussi du fait de sa position géographique. Ces éléments sont décisifs dans les choix de classe que font les forces dominantes en Algérie. Ainsi, la nature de la résolution de la crise qui prévaut aujourd’hui en Algérie aura des conséquences importantes pour le rapport des forces entre capital et travail à l’échelle internationale.
Depuis février 2019, l’Algérie vit au rythme des manifestations populaires dont l’ampleur ne se dément pas, bien au contraire. Si elles ont eu comme déclencheur l’annonce d’un possible cinquième mandant pour le Président sortant Bouteflika, manifestement hors d’état de diriger les pays, elles ont une racine bien plus profonde qu’il faut rechercher dans la mise en application par les dirigeants algériens qui sont à la tête du pays depuis 1980 et tout particulièrement sous la Présidence de Chadli, de la liquidation des acquis de la lutte de libération nationale et des réformes économiques engagées en 1970. Le démembrement des entreprises publiques, la remise en cause de la réforme agraire ont ouvert la porte à un capitalisme marqué par le détournement des fonds publics, la corruption, le népotisme, le clanisme et le clientélisme. Si l’état a pu acheter une paix sociale sur la base d’une faible redistribution des revenus pétroliers et gaziers, cela est de moins en moins possible compte-tenu de la baisse de la « rente » pétrolière.
Les résistances populaires à cette politique ont amené le pouvoir et la bourgeoisie algérienne a mener une véritable guerre contre la population en mettant en scène le Front Islamique du Salut (FIS) et ses violentes actions terroristes dont le terrible bilan se compte par dizaines de milliers de morts, la destruction d’infrastructures industrielles et publiques comme les écoles et les hôpitaux et l’immigration de milliers d’algériens dont beaucoup de cadres et d’intellectuels. Les présidences de Bouteflika, ont été marquées par une accélération des processus de privatisation et de répression contre les mouvements sociaux le tout sur un fond aggravé de clientélisme et de corruption. Patronat et pouvoir, la main dans la main et souvent avec la complicité de dirigeants syndicaux, se sont employés à faire taire toutes les formes de contestation.
Ce sont donc bien dans les orientations fondamentales du pouvoir algérien et de la bourgeoisie que se trouvent les racines de cette révolte populaire qui vient de loin(1) . Le mouvement qui se poursuit en Algérie et qui a déjà contraint le pouvoir à des reculs, concerne dans leur masse, des couches et classes sociales diverses dont les attentes et les revendications sont de natures différentes. Dans la guerre que se mènent au sommet, les oligarques qui ont mis en coupe réglée l’Algérie, ces différences sont et seront utilisées pour diviser le mouvement dans sa recherche d’une issue démocratique, voire pour provoquer une intervention de l’armée contre le peuple. C’est dire la responsabilité des communistes en Algérie dans une situation d’une grande complexité et où leurs forces ont été affaiblies. Leurs choix tactiques et stratégiques seront importants, nous les assurons de notre soutien internationaliste.

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Bimestriel N°131

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