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Soulèvement populaire en Algérie (et dans l’émigration) : Apparence, Essence, Perspectives

Des victoires concrètes :
Les manifestations, qui ont débuté le 16 février dernier (à Kherrata, « ville – mémoire » des massacres coloniaux du 8 mai 1945) ont, très rapidement, pris le tour d’un soulèvement populaire national, y compris dans l’émigration. Elles se poursuivent encore depuis maintenant presque 2 mois. Désormais, les qualifications de « Mouvement du 22 février » ou « Hirak » sont souvent utilisées.
Le soulèvement est puissamment offensif et uni sur le mot d’ordre « Non au 5ième mandat » du Président sortant ; mais aussi, au vu des nombreuses pancartes portées quasi-simultanément dans toutes les régions du pays, sur la condamnation de la dilapidation des richesses naturelles et humaines, la corruption et les connivences criminelles entre dirigeants et milieux d’affaires, le rejet de la répression des libertés politiques, la réclamation de la démocratie.

Tout cela avec un sens remarquable et élevé de l’humour, mobilisant le patrimoine linguistique populaire : l’arabe populaire ou darja, l’arabe classique, le tamazight, le français et même l’anglais.
Un échantillon des mots d’ordre scandés (y compris dans l’émigration) :
« 4 + 1 = 0 » ; « Klitou Lbled Ya Essarrakin » = « Vous avez mangé le pays, Oh voleurs »; « Ulach Smah » = « Pas de pardon »; « La Saïd, La Hadda » = « Ni Saïd (le frère du Président, Ni Haddad (l’oligarque) » ; « Djazaïr Horra Dimocratiya » = « Algérie Libre et démocratique » ; « Yes We Can, TOZ You cannot »
Les mobilisations et manifestations se sont étendues aux corporations professionnelles (avocats, journalistes, enseignants, étudiants, femmes, …) et aux syndicats de travailleurs. De nombreuses grèves ont été déclenchées. Des syndicalistes de l’UGTA ont manifesté pour demander la démission du SG.
Il importe de noter la prise de position très offensive du syndicat de CVI Rouiba (considéré comme un des principaux bastions ouvriers) qui, dans sa déclaration, affirmait (entre autres) : la nécessité de remettre l’Etat au centre du développement, la relance investissements productifs, l’arrêt des privatisations, le contrôle du commerce extérieur, le respect des libertés individuelles et collectives, de conscience, d’organisation de manifestation, de grève, de justice sociale, …
Un programme concret pour un vrai changement qui ne se limite pas au changement du personnel politique !
Cette déclaration n’a pas bénéficié d’une grande publicité dans la presse nationale : non sans raison si l’on considère les propriétaires (directs et indirects) des medias dominants.
Le soulèvement a pris un caractère historique. Pas seulement dans l’histoire des manifestations du pays : il a été comparé aux manifestations du 11 décembre 1960 pour l’indépendance de l’Algérie, et à celles de l’indépendance en juillet 1962.
Mais surtout parce qu’il a permis de rompre avec un cycle de reculs et de défaites politiques et sociales du monde du travail et des couches populaires, un cycle quasi-ininterrompu depuis près de 30 ans, environ l’« âge » de la réorientation capitaliste de la politique économique et sociale du pays.
Car des victoires substantielles ont été arrachées et demandent à être consolidées et sauvegardées.
Parce que les questions de l’origine et de l’organisation du mouvement, de son instrumentalisation (au départ et/ou au futur), de la probabilité non négligeable de sa récupération, de son étouffement, y compris par la répression et la violence, ne sont pas secondaires et restent entièrement posées.
En effet, le caractère massif, national, pacifique et civique du soulèvement :
• a imposé de facto le droit de manifester (hommes et femmes) en tout point du territoire
• a empêché pratiquement et politiquement les dirigeants en place d’envisager une répression de masse (comme c’était devenu la règle)
• et, surtout, a contribué à modifier l’agenda politique des dirigeants en influençant ET les initiatives politiques des différentes forces au sein et en dehors du Pouvoir réel existant, ET le temps politique d’action et de réaction des forces en présence !
Dans un esprit remarquable et remarqué de créativité de mots d’ordre politiques, les propositions manœuvrières et inconstitutionnelles de la présidence sortante - prolongement déguisé du 4ième mandat, caporalisation du changement réclamé par la « rue » - ont été à chaque fois rejetées, presque en temps et en heure, contribuant ainsi à aggraver les divisions entre « ceux d’en haut ».
Exemples de mots d’ordre scandés dans la rue en réponse quasi – immédiates aux annonces du Pouvoir, comme si elles étaient déjà anticipées :
« Goulnalhoum Echorba Malha, Badlounna El Mgharef » = « On leur a dit que la soupe est sale (n’est pas bonne, ils nous ont (seulement) les cuillères »
« Tlabnelhoum formatage, Darounna mise à jour » = « On leur a demandé un formatage, ils nous ont fait une mise à jour »
Sur un autre plan, fort important pour les luttes à venir, lesquelles nécessiteront des efforts intenses d’éducation populaire, ce mouvement, par lui-même :
• a permis une initiation et un apprentissage intensifs de la lutte politique pacifique pour des milliers de jeunes algériens et algériennes, notamment celles et ceux qui ont l’âge du règne du Président sortant (20 ans), règne qui a été ponctué par une politique continue d’anesthésie de toute expression libre, en particulier celle du monde du travail
• a porté à un niveau appréciable la confiance en la possibilité et l’efficacité de l’action collective
Les tous derniers développements (à la date du 5 avril) relèvent du commandement de l’Armée. Commandement qu’il ne faut pas confondre avec l’Armée, même si celle-ci forme un corps basée sur la hiérarchie verticale et la stricte discipline.
Partie intégrante et source réelle et unique du Pouvoir depuis l’indépendance (et même avant, cf. les débats des années 50-60 sur la primauté du politique sur le militaire), le chef d’Etat-Major exige la démission immédiate du Président sortant, avant l’échéance de son mandat, et l’activation du processus constitutionnel (application de l’article 102 de la Constitution). Ce processus prévoit effectivement une élection présidentielle (donc sans le Président sortant), mais préparée par les institutions et les hommes du pouvoir déjà en place, à l’opposé de ce qui est massivement revendiqué.
Réponse quasi-immédiate de la « rue » (au moins d’une partie qui semble majoritaire) :
« Ils veulent l’application de l’article 102, nous voulons l’application de l’article sans eux » ; « Djeich Chaâb, Khawa Khawa » = « Armée et Peuple frères »
Remarque : Autrefois (dans les années 70), était scandé un mot d’ordre analogue, mais plus offensif politiquement : « Djeich Chaâb, Dhad Errajiya » = « Armée et Peuple contre la réaction »
Nombreux étaient ceux qui considéraient cet acte avec suspicion et se demandaient pourquoi cet acte n’était pas venu plus tôt, puisque déjà réclamé depuis la forte dégradation de la santé du Président sortant.
Il est noté aussi que le chef d’Etat – Major a agi et défendu politiquement les mandats Président sortant, y compris le « 5ième mandat » !
Politiquement donc, et non de par sa fonction, il est considéré comme un homme du « système ».
Comme étaient nombreux aussi ceux qui considéraient que cet acte (la Constitution actuelle donc) est la seule sortie de crise possible : ils évoquent la nécessité de la légalité, la stabilité du pays, la crainte d’un nouvel octobre 1988, le retour des intégristes islamistes, …
Cette nouvelle situation, retour apparent à une démarche légale accède effectivement à la demande populaire de départ du Président. Mais, elle n’est pas sans danger, pour au moins 4 raisons :
1. Ce seront les institutions et les mêmes hommes du Pouvoir actuel qui piloteront la période intérimaire, y compris les élections.
2. La consultation du « peuple », ou « transition démocratique », réclamée dans la « rue » est éludée, en tous cas drastiquement raccourcie.
Comme si le but était de reprendre l’initiative à la « rue » et de prendre le mouvement de vitesse dans le but d’handicaper le « camp populaire » dans sa préparation politique et organisationnelle.
3. Surtout, elle remet l’Armée dans la situation qu’elle a connue dans le passé, notamment en octobre 1988 : directement face au peuple, sans aucun « paravent », rendant possible la répression et violence si le désaccord avec la « rue » se prolonge et se coagule
4. Eu égard au contexte régional, marqué par une déstabilisation des pays frontaliers et la présence d’importantes forces militaires impérialistes qui placent le pays dans leur champ opérationnel, l’implication politique de l’Armée et un éventuel divorce avec la « rue », peut l’éloigner, ou à tout le moins rendre difficile l’accomplissement de sa mission constitutionnelle et principale de défense du territoire
La dimension internationale :
Le contexte international est pour le moins défavorable pour tous les peuples qui luttent et envisagent des voies de résistance et d’opposition, ou simplement de non docilité aux monopoles impérialistes. Les économies des pays capitalistes dominants sont en crise structurelle, et leurs dirigeants n’envisagent d’autres solutions que de faire porter le fardeau aux peuples et à leurs classes ouvrières par les guerres et l’exploitation de l’homme par l’homme.
L’économie de l’Algérie est largement intégrée dans la division internationale du travail solidement structurée selon les intérêts des monopoles.
Des capitaux importants sont implantés dans le pays et sont en relations d’affaires juteuses avec les dirigeants et les oligarques algériens : français (dans plusieurs secteurs), états-unien (dans le pétrole et le gaz), russe (armement militaire), chinois (dans le BTP), …
Les Etats, en défense de leurs capitaux et des profits actuels et futurs, en concurrence acharnée, ne sont donc pas indifférents à ce qui se passe en Algérie : leurs dirigeants ne manqueront pas de peser dans l’évolution de la situation, et doivent déjà exercer des pressions … non publiques. On peut noter que les pays « occidentaux », et notamment la France, ont soutenu les 4 mandats du Président sortant ainsi que la feuille de route proposée lors de ce soulèvement. Le Président et le ministre des affaires étrangères français ont même félicité le Président, avant sa démission, pour « avoir écrit une nouvelle page de la démocratie » !
Sur le plan géopolitique et militaire, le contexte régional est très instable. Des forces armées impérialistes sont déjà opérationnelles dans les pays frontaliers de l’Algérie.
Ce ne sont pas les prétextes d’une intervention ou d’une ingérence multiforme (comme on peut l’observer avec le Venezuela) qui manqueront si la situation devait évoluer défavorablement aux intérêts des monopoles.
De l’apparence à l’essence :
Une analyse matérialiste s’impose pour éviter l’impasse méthodologique de l’inversion des causes et des conséquences de cette éruption contestataire, être en capacité à la fois de dévoiler les enjeux de classe portés par les forces politiques en présence et d’anticiper un tant soit peu la marche historique du mouvement social.
Fréquemment, la situation est qualifiée de crise, évoquant la soudaineté, la spontanéité du mouvement. Elle est alors vue comme une photo instantanée, et pensée en déconnexion ET du film des révoltes qui l’ont précédé, ET de son contexte économique et social.
Cette vision handicape l’analyse : elle essentialise le mouvement et les manifestants, assimilé au « peuple », et empêche de saisir les contradictions en son sein, actuelles et à venir.
S’il ya bien eu un évènement déclencheur (« le 5ième mandat »), ces manifestations protestataires prolongent et dépassent les révoltes innombrables et quasi-quotidiennes qui ont rythmé la vie politique et sociale du pays depuis maintenant plus de 30 ans : avril 1980, novembre 1985 (Sétif et Constantine), octobre 1988, avril 2001, janvier 2011, … pour ne citer que certaines qui ont pris une ampleur nationale et donné lieu à des répressions féroces.
Comme le dit l’adage populaire :
« Quand tu manges une figue, n’oublie pas que c’est grâce à celui qui a planté le figuier »
Des participants et témoins des précédentes révoltes sont nombreux dans les manifestations actuelles et participent activement à la transmission de la mémoire des luttes.
Des luttes, certes, souvent sectorielles, corporatistes, locales, ne débouchant pas toujours sur des victoires. Mais, il y a accumulation quantitative de luttes.
Cela a contribué à faire progresser la conscience du lien, d’une part, entre la régression sociale vécue et, corrélativement, la régression démocratique et politique des institutions, et, d’autre part, les choix opérés par le Pouvoir en matière d’orientation économique, d’utilisation des ressources naturelles et humaines et de redistribution des richesses créées.
C’est ce progrès dans la conscience, encore bien fragile, qui a autorisé une qualité nouvelle, politique, à ces protestations : les revendications expriment, plus que moins consciemment qu’auparavant, le refus des hommes en charge des choix politiques du Pouvoir.
Car, les gens se mobilisent effectivement via les réseaux sociaux, y compris pour faire la fête ; mais ils sortent manifester aussi pour dire la situation dans laquelle ils vivent quotidiennement et espérer l’améliorer en revendiquant le changement du personnel politique.
Une des tâches prioritaires des progressistes, des communistes, des patriotes, est de continuer à faire progresser cette conscience pour passer à un stade encore plus qualitatif, celui de la conscience de la nécessité de l’organisation du camp du travail en combat contre le camp du capital.
La société algérienne est aujourd’hui caractérisée par une paupérisation à un pôle, et, à un autre pôle, la richesse d’une minorité accumulée de façon non transparente, voire criminelle pour certains hommes d’affaires.
Cette configuration résulte de choix précis en matière de développement.
Voir en annexe quelques données chiffrées illustratives
Dès 1980, les dirigeants, nouvellement installés, procèdent progressivement à une véritable involution des choix politiques et économiques en entreprenant un démantèlement graduel mai systématique du secteur économique d’Etat (commerce, agriculture, industrie) :
* Les sociétés nationales sont découpées en petites unités : les moyens de production sont lors éparpillés, la concentration des bastions ouvriers est cassée et leur expérience (professionnelle et de lutte) dilapidée, affectant ainsi gravement leur capacité de d’expression et de résistance
* Les biens de l’Etat (y compris les terres agricoles et le foncier) sont dénationalisées et bradés : ce qui favorise la constitution de fortunes privées colossales lesquelles, mues par le profit rapide et sans risque, se lancent dans « l’import – import » et la revente en l’état de produits importés, les usines de montage, « ubérisant » l’économie et la transformant en bazar des produits des multinationales
* une campagne de privatisation des entreprises publiques est menée tambour battant accompagnée de licenciements massifs de travailleurs
• Une véritable politique d’Infitah (de libéralisation) est pilotée :
* La politique dite des « industries industrialisantes », qui avait donné des résultats tangibles en matière de développement national et de demande sociale (d’emploi notamment), est remplacée par la politique dite du « commerce international industrialisant », c’est-à-dire l’ouverture totale du marché national aux monopoles internationaux, désarmant l’économie nationale dans une bataille qui ne pouvait qu’être perdue, ;, comme l’ont par la suite les bilans de l’accord avec l’UE et l’adhésion à l’OMC. Un économiste cubain avait qualifié avec pertinence ce type de rapports économiques de « bataille de sardines contre les requins »
* Les investissements productifs de l’Etat diminuent drastiquement (la part de l’industrie passe de 15 % du PIB en 1980 à 5 % en 2015), et les investissements étrangers (IDE) tant souhaitées et sollicités à coup de rabotage du Code du Travail, des lois anti – grèves, « détricotage » de la fiscalité sur les profits, …, ne viennent pas (moins de 1% contre 3 fois plus au Maroc), attendant certainement la privatisation du secteur le plus juteux … le pétrole !
Cette orientation capitaliste de l’économie a été une impasse pour au moins 3 raisons :
1. Une telle voie a été, et sera, incapable de répondre aux besoins de base des larges masses de la population (emploi, éducation, santé, logement, transport, …), incompatibles avec la privatisation des richesses produites, et, en conséquence, les exigences de profits privés et rapides
2. Cette voie a mené à une « bazarisation » de l’économie (économie de comptoir), la confinant dans la consommation des biens et services des monopoles, et l’industrie extractive en vue de l’exécution de la commande des économies des pays capitalistes dominants en hydrocarbures. Ce qui n’est pas sans affecter la souveraineté nationale en matière de décisions économique et politique, comme l’ont montré les récentes guerres impérialistes lesquelles ont été motivées essentiellement par l’accaparement des matières premières et la sécurisation de leur accès
3. Dans un contexte d’hégémonie et de mondialisation du capitalisme (accéléré par la défaite de l’URSS et du camp socialiste), en raison même des lois du mode de production capitaliste, notamment des lois du développement inégal et de la concurrence, la voie pour un capitalisme « périphérique » - autre que dominé et sous-traitant des monopoles impérialistes dont les intérêts et objectifs sont bien éloignés des besoins et aspirations populaires - est devenue étroite, pour ne pas dire fermée
Cela amène les considérations suivantes :
• le pouvoir politique est d’abord un pouvoir économique et financier.
En conséquence de quoi, l’organisation politique et institutionnelle, l’Etat au final, est d’abord au service du projet social et économique des classes et couches sociales dominantes, détenant le pouvoir
• on ne peut donc prétendre changer réellement de « système » indépendamment du système social et économique sous-jacent
C’est bien de cela qu’il s’agit dans la situation actuelle du pays :
• Les oligarques « sortent du bois » et réclament un pouvoir politique plus en adéquation avec leur pouvoir économique et financier, un Etat et des institutions plus encore à leur service. Des contradictions naissent en raison leur concurrence et de l’accès inégal aux moyens politiques de poursuivre leur d’enrichissement. Les affrontements sont réels et d’autant plus intenses que le « gâteau pétrolier » s’est rétrécit avec la conjoncture baissière des cours, en lien avec crise du capitalisme. Mais, quelque soit le résultat de ces affrontements, accord « pacifique » ou élimination du plus faible d’entre eux (sorte de concentration et de centralisation forcée du capital), ils ne peuvent déboucher que, ce sur quoi les oligarques, le Pouvoir actuel, sont d’accord : la poursuite de l’utilisation privée des richesses du pays.
• Les couches populaires réclament, avec moins que plus de moyens politiques et d’organisation, de meilleures conditions de vie et de travail, la justice sociale. Elles réalisent que cela n’est pas possible avec la perduration des hommes en charge des choix politiques actuels.
Contradictions au sein du mouvement populaire :
L’unité réelle du mouvement de protestation ne doit pas cacher les contradictions en son sein.
En effet, ce mouvement, apparemment trans-partisan, non identitaire (à la différence d’octobre 1988 et de l’avènement du mouvement islamiste, ou du « Printemps berbère »), est socialement très hétérogène et interclasse.
Diverses couches et classes sociales sont parties prenantes de ce soulèvement. Avec plus ou moins d’organisation collective, elles tentent d’influencer et d’orienter les luttes dans le sens de ses intérêts et aspirations.
Comme dans une fin de prière (ettazkia) : chacun, dans le secret, demande à Dieu ce qu’il veut !
Dans la situation actuelle, même si elle n’est pas irréversible, et au-delà de ses divisions apparentes, le « camp libéral » est largement en avance et est déjà dans le déploiement de son projet. Servi avant et durant les 4 mandats présidentiels, il a réussi :
• à se doter d’une force de frappe économique et financière substantielle
• à faire adopter des législations économiques et sociales en sa faveur : code du travail, droit de propriété, code des investissements, libéralisation du commerce intérieur et extérieur
• à créer des cadres politiques et organiques (partis, organisations patronales, medias) pour assoir son hégémonie idéologique
Quant au « camp populaire » (défini par sa composition sociale et son statut dans l’économie), la force de son nombre est encore inefficace du fait d’une expression politique balbutiante à travers des organisations émiettées et sans grande visibilité nationale : syndicats (souvent corporatistes), associations, collectifs informels, …
Les courants progressistes, patriotiques, communistes ne sont pas absents, mais sont très peu influents.
Perspectives (espérées)
Au fur et à mesure de son déploiement, le mouvement s’est inscrit dans une réelle résistance au Pouvoir.
Il en ressort que le combat en cours n’est pas exclusivement juridique et pose d’abord la question de la légitimité de la « sortie de crise » (c’est-à-dire de sa cohérence avec les revendications populaires et majoritaires), avant celle de sa légalité.
C’est surtout un combat politique : il impose donc de mener les luttes et les mobilisations pour gagner le rapport des forces.
Ce qui n’est pas encore acquis malgré les victoires déjà enregistrées et le potentiel de mobilisation, de résistance et de radicalité qu’a révélés le soulèvement.
Le « camp libéral » dispose de leviers importants et puissants, de soutiens impérialistes, pour défendre ses ambitions. Compte tenu de l’importance de ses fortunes et des profits escomptés, on ne peut écarter l’éventualité de la violence de ses alliés dans le Pouvoir actuels, sa propre violence « milicienne ».
Pour les progressistes, les communistes, les patriotes, l’exigence est de ne pas rester l’arme au pied et de rester en simple solidarité déclarative. Il est important d’en être de ce mouvement et de travailler, dans la durée, à le prolonger pour donner naissance à un mouvement populaire progressiste et ouvrir des perspectives à une renaissance des idées socialistes.
Se pose donc pour la question du lien entre stratégie et tactique : c’est-à-dire du comment faire le lien entre un mouvement de masse large et le travail permanent de la construction d’une identité révolutionnaire organisée
Ce qui apparaît comme prioritaire à entreprendre et à inscrire dans un horizon temporel en adéquation avec le contenu politique des tâches :
• Poursuivre les manifestations pour :
* empêcher la militarisation de la protestation, la violence et la répression, les sabotages et les pénuries
* imposer des mesures immédiates pour améliorer les conditions de vie et de travail des masses laborieuses
* déployer un travail politique et d’explication pour délégitimer la politique libérale anti – populaire
• Travailler à la relance d’un mouvement syndical sur une base de masse et de classe, tant il est vrai qu’on ne peut entrevoir de changement réel sans mouvement syndical et social fort
• Accumuler des énergies militantes et contribuer à leur action collective et organisée pour ouvrir des perspectives de reconstruction des instruments politiques nécessaires à un vrai mouvement révolutionnaire : un front patriotique et anti –capitaliste et un parti communiste révolutionnaire
Dans l’émigration :
• Travailler à l’émergence d’une expression collective et démocratique des aspirations des couches populaires
• Mobiliser pour dénoncer et empêcher les ingérences de l’impérialisme français
• Impulser la solidarité internationaliste avec les luttes en Algérie

Annexe : Quelques Données Statistiques
Sources diverses, notamment Presse
Données sociales :
• Sur une population de 40 millions (dont 60 % est âgée de moins de 30 ans) : 35%, soit 14 millions sont statistiquement recensées comme « pauvres » (à fin 2016) ; dont près de 5 millions comme « très pauvres » (moins de 2 $ par jour)
• Le taux officiel du chômage dépasse 10 % et est supérieur à 25 % pour les jeunes, dont de nombreux diplômés
• Le secteur informel, qui échappe grandement au fisc, représente une part très importante di PIB (près de 40 % selon certaines estimations), emploie près de 4 millions de travailleurs (hors agriculture), soit plus de 45 % de la population active, sans protection sociale et avec des bas salaires.
• Plus de 7000 Harragas en 2018, dont 15 % de femmes (soit plus de 1000 femmes) selon ONU
Données économiques :
• Le PIB a atteint 180 milliards $ en 2018 ; mais la croissance du PIB (environ 2%) reste inférieure à celle de la démographie
• Les Réserves de change ont chuté de près de 100 milliards $ en 4 ans (de 194 en 2014 à moins de 80 milliards $ en 2018). Cette chute des réserves s’explique bien évidemment par celle du cours du pétrole (100 $ en 2014 à 46 $ en 2016, soit -65 %) étant donné la centralité des hydrocarbures dans les ressources du pays (95 % des exportations, 75 % recettes du budget de l’Etat et 35 % du PIB).
Mais pas uniquement : entrent aussi en ligne de compte les dépenses de prestige (comme la Grande Mosquée voulue par le Président), la corruption généralisée dans le financement et l’exécution des grands projets (autoroutiers notamment), la faiblesse de contrôle des importations, …
• Le déficit public explose et est passé de 1,5 % en 2012 à plus de 15 % en 2016. Le gouvernement mobilise alors la « planche à billets », tandis que le taux officiel de l’inflation avoisine les 10 %

Bimestriel N°131

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