N° 997 01/10/2026 Ce lundi 28 septembre, Delphine Horvilleur, personnalité sulfureuse de la sphère sioniste, exerçant des fonctions de rabbine, a donné une interview à Libération, dont le journal macroniste a fait toute une publicité en érigeant à sa Une, une photo et une citation de la dame en question. Nous avons déjà parlé de Delphine Horvilleur. Elle fait partie de cette petite-bourgeoisie sioniste, étiquetée à « gauche », parfois été pire dans ses réactions à l’attaque anticoloniale du 7 octobre 2023 que les plus réactionnaires des sionistes.
Après avoir vomi sur les défenseurs de la Palestine, tenté en permanence de faire tourner la discussion autour de leur qualification mensongère de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », le vent tournant, les sionistes de « gauche » français, Horvilleur ou Yohann Sfar ou encore Anne Sinclair ont mis de l’eau dans leur vin, mais sans jamais faire aucun mea culpa, notamment, pour ce qui est des deux premiers, à propos de leur insupportable harcèlement vis-à-vis de l’humoriste Blanche Gardin, vouée aux gémonies pour un sketch où elle se moquait de l’instrumentalisation de l’antisémitisme concernant condamner les partisans de la Palestine et se retrouve depuis quasiment sans engagement.
Cette interview, certains disent est un énième épisode de ces revirements forcés afin de rester audibles. Pour nous, la question est plus complexe. Il existe, de manière évidente, une campagne menée par une partie des media, donc une frange de la Bourgeoisie, pour mettre en avant le sionisme de gauche comme acceptable, en restreignant la responsabilité du génocide, que le mot soit dit ou pas, au seul « Netanyahu d’extrême droite ». Et, bien sûr, pour cela il faut essayer de les blanchir, ils doivent donc parler des Palestiniens qui sont le cadet de leurs soucis, faire semblant de les prendre en compte, d’arrêter de les déshumaniser. Pour autant, nous ne nous prononcerons pas sur le fait que Horvilleur ait franchement décidé d’être hypocrite pour se refaire une virginité, et ce pour deux raisons. La première, c’est que, si l’opération existe, comme nous l’avons dit, elle n’est pas destinée à sauver Horvilleur ou quelque autre individu, mais à sauver l’image de l’État paria, l’entité coloniale sioniste. La seconde est que le naturel revient au galop même si on essaie de le chasser et que les paroles d’Horvilleur traduisent exactement le mode de pensée global de la gauche sioniste génocidaire, aujourd’hui, depuis le 7 octobre 2023, et bien avant.
A ce titre nous analyserons l’interview de la rabbine, comme un parfait exemple de la pensée génocidaire des sionistes de gauche, que les questions du journaliste macroniste n’arrivent pas à cacher. Et, une nouvelle fois, il se confirmera par cette analyse, sioniste de gauche de droite, du centre de l’extrême-droite, ce sont tous des sionistes. Le point commun de la gauche et de la droite en France et dans tous les pays impérialistes occidentaux est d’accepter le capitalisme et d’être simplement des fers au feu différents du Capital. Il en est de même pour les sionistes, mais, en plus, tous ont intégré l’idéologie coloniale de substitution et la défendent tous. Il est d’ailleurs très significatif que, dans la longue interview de Delphine Horvilleur (5 pages), pas une fois, ni dans les questions, ni dans les réponses, on ne peut distinguer le mot « colonisation » ou tout autre mot de la même famille.
Une sioniste parmi d’autres, incapable de concevoir la question coloniale
Dans cette interview se révèle une personnalité dont les préoccupations sont uniquement axées autour d’elle et de son monde idéologique qu’elle appelle juif mais celui-ci est profondément sioniste. Dans sa tête, semblerait-il, n’existe pas de juif qui pense différemment, encore moins à l’opposé d’elle. Elle pense parler pour « les juifs », c’est assez paradoxal au moment où elle dénonce une soi-disant instrumentalisation par les opposants à l’entité coloniale sioniste : « Absolument, on place sur bien des Juifs de la diaspora une sorte d'accusation collective permanente, qu'à ma connaissance, on n'impose à personne d'autre. ». Mais, à aucun moment dans l’entretien elle ne dénonce l’instrumentalisation réelle, celle du CRIF et des autres officines sionistes voulant absolument que toute attaque contre l’État colonial génocidaire soit une attaque contre les juifs.
Lorsqu’elle évoque les Palestiniens, les circonstances l’obligent à le faire, elle ne parle jamais d’eux seuls, mais toujours en parallèle avec la « douleur » issue du 7 octobre 2023. Et jamais elle n’évoque leur sort précédent l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », les raisons de l’attaque armée de la Résistance palestinienne. Selon elle, tout a commencé ce jour-là et elle n’a pas en elle les ressources éthiques ni intellectuelles d’en sortir : « Immédiatement après le 7 octobre, j'avais écrit un livre, comme sidérée par la douleur qu'avait déclenchée le massacre chez mes proches. ». Son formatage est parfaitement réussi, elle ne sort pas du tunnel dans lequel elle est enfermée. Et, bien entendu, elle daigne accepter qu’il y a des victimes palestiniennes, mais seulement à côté de colons sionistes victimes : « Rappeler que rien, absolument rien, ne justifiait le 7 octobre, tout comme rien ne justifiait l'étendue de la dévastation à Gaza et du désastre en cours. ». Cela l’emmène à des parallèles entre la situation des colonisés et celle des colons où elle invente une position neutre, est impossible dans une guerre coloniale, tout simplement parce qu’elle ne voit pas, ne peut pas voir la question coloniale. Et cela donne ce genre de sottises : « Les mots utilisés ne servaient plus qu'à enfermer dans un camp ou un autre. […] Par exemple, si vous dites Judée-Samarie ou Cisjordanie, cela vous ancre quelque part. Idem pour génocide, si vous refusez de l'utiliser en affirmant, comme je le fais, que seuls les juges pourront à l'avenir se prononcer sur la validité d'un terme qu'ils n'ont à ce jour pas retenu, immédiatement vous voilà jeté en pâture… ». Ce passage éclaire grandement son incapacité à penser la situation coloniale et en même temps sa place assumée aux côtés des colons et même parmi les colons (le faux dilemme autour du terme colonial de Judée-Samarie). Elle se révèle parfaitement sioniste, dans le même camp colonial que Meyer Habib, Yonathan Arfi ou Netanyahu qu’elle critique pourtant.
Même quand elle parle des Palestiniens, par obligation, elle ne peut s’empêcher de revenir à elle et à sa préoccupation, en vérité, elle n’a rien à faire du sort des Gazaouis : « Je vois aujourd'hui que des gens le lisent (son premier livre NDLR) et sont parfois surpris. Ils me demandent pourquoi je n'y évoque pas les Palestiniens et leur drame. Je réalise combien, à l'époque, le traumatisme hantait toutes mes paroles. En janvier, les derniers otages venaient d'être libérés, et je me suis dit qu'il était temps de relire les sermons que j'avais prononcés devant ma communauté durant ces années de guerre. A la relecture de chaque texte, me prenait l'envie de rectifier quelques mots. Je me demandais constamment : qu'ai-je su dire et que n'ai-je pas su exprimer ? Ai-je su voir ou ai-je été aveuglée ? J'avais besoin de comprendre ce qui était arrivé. Pourquoi avais-je ce sentiment qu'on était tous devenus fous et l'impression que le « campisme », le fait d'avoir à choisir un camp– nous avait tous ravagés ? ». L’étendue du mea culpa s’arrête à « rectifier quelques mots » après deux ans et demi de focalisation sur la défense absolue de l’entité coloniale sioniste et d’invisibilisation des Palestiniens. Nous savons bien d’où vient le traumatisme des sionistes, de l’entité coloniale ou d’ailleurs : jamais ils n’ont cru que leur État et leur armée invincibles pouvaient être ainsi surpris par la Résistance, ils avaient oublié (si tant est qu’ils n’y aient jamais pensé) les Palestiniens et la question, pensaient ils, était réglée ; ils ne croyaient pas les colonisés capables de se révolter de nouveau, et ça leur a éclaté à la figure. C’est une réaction comparable à celle de l’opinion publique US après l’offensive du Têt, les gens des USA à ceci près en ont déduit qu’il fallait cesser la guerre coloniale et se retirer du Vietnam alors que Horvilleur et les siens en ont déduit tout au contraire un soutien renforcé au processus colonial de substitution.
Comment sauver le soldat entité coloniale sioniste ?
La véritable préoccupation de la rabbine, et elle ne s’en cache absolument pas, c’est le devenir de l’État colonial sioniste, raison pour laquelle elle tape sur Netanyahu. Ce passage, vers la fin de l’entretien, éclaire parfaitement sur ce qui la hante : « Prenez l'histoire si célèbre de Samson dans la Bible : dans cet épisode, un Juif très fort qui se croit invincible est un jour fait otage par les Philistins et emmené à Gaza. Pour se venger du drame qu'il a vécu, il est alors prêt à tuer femmes et enfants. Depuis le 7 octobre, ce récit me fait frissonner, comme s'il envoyait un message à l'Israël d'aujourd'hui et lui disait : prends garde à ce que ta force et ton envie de vengeance ne te mènent pas au suicide. ». Notons au passage l’espèce de tic intellectuel poussant à utiliser en toutes circonstances le mot « otage », ne s’appliquant certainement pas à Samson, prisonnier destiné à être exécuté. Il est néanmoins clair, elle tremble pour sa chère entité coloniale sioniste.
Pour la défendre, elle utilise bien sûr la vieille argutie de l’antisémitisme, de l’assimilation des juifs à l’entité sioniste, couplée au fait que l’argumentation de la propagande sioniste fait du génocide un mot réservé au traitement des juifs européens entre 1941 et 1945 dans l’Allemagne nazie : « Je m'étonne d'ailleurs de la rapidité avec laquelle l'accusation génocidaire a été utilisée par certains, dès novembre 2023, pour parler de l'opération militaire à Gaza. Comme s'il fallait établir un rapport sémantique avec un autre temps de l'histoire, construire une référence consciente ou inconsciente au IIIe Reich. La langue a beau posséder un vocabulaire large (« crime de guerre » par exemple), c'est comme s'il fallait tenter ainsi de nazifier les juifs. ». Ce faux lien entre l’État colonial sioniste et la shoah, premier violon du concert de la propagande sioniste, est utilisé jusqu’à la trame, pour excuser les génocidaires : « On ne peut pas comprendre la politique israélienne si on ne comprend pas la psyché d'ultra-vulnérabilité qui hante sa création. Ce pays est né d'une conscience que le monde n'avait pas pu, ni même voulu sauver les Juifs… Voilà aussi pourquoi il mise si souvent sur la force et refuse de faire face à ses vulnérabilités. ». Ce pays, rappelons le est né des mains et des armes de colons européens qui vivaient en Palestine depuis vingt à quarante ans et n’avaient rien à voir avec les victimes de l’holocauste perpétré par les nazis.
Elle tente ensuite une analyse, celle-ci distinguerait les sionistes en général de Netanyahu : « Au début de cette année-là (2025), j'ai passé beaucoup de temps en Israël, notamment avec les familles des otages et avec des amis réservistes de l'armée. Nombreux sont ceux qui avaient alors le sentiment que la guerre venait de changer de nature, qu'ils n'en comprenaient plus le sens. ». Le mythe est le suivant : après la libération des captifs sionistes, la guerre n’aurait plus eu de sens pour beaucoup de sionistes de l’entité coloniale. C’est, bien entendu faux. Avant, l’armée coloniale d’occupation sioniste massacrait les Gazaouis, après, elle a continué à massacrer les Gazaouis ; il n’y a là aucun changement de nature. Et là encore, ce sont les préoccupations des « siens », les malheureux colons qui en avaient un peu marre de massacrer, sont l’unique préoccupation de la dame. Et elle pourra ensuite se lancer dans ses premiers pas de valse pour se distinguer de Netanyahu et des siens : « Le 8 mai 2025, j'ai décidé de publier sur le site du média Tenoua [dont elle est directrice de la rédaction, ndlr] un texte qui évoquait ce virage et qui, par amour d'Israël, dénonçait la tragédie endurée par les Gazaouis et le risque de faillite morale que fait peser sur ce pays la politique de son gouvernement ».
L’autre distinguo est celui de la « solution à deux États", ressortie du formol pour l’occasion, et du mythe de la paix d’Itzhak Rabin, celui ayant obtenu la plus grande victoire des sionistes : l’abandon de la lutte armée par les fedayins de l’OLP. Elle nous raconte son histoire de citoyenne de l’entité coloniale sioniste : « Cela fait trente ans que j'ai quitté le pays. A l'époque, j'étais très jeune et étudiante en médecine à l'université hébraïque de Jérusalem. J'avais l'impression que tout était possible et surtout que la paix était à portée de main. Et puis il y a eu l'assassinat de Yitzhak Rabin par un extrémiste juif. Il s'est passé pour moi cette nuit-là un effondrement de mes rêves. Je ne pouvais accepter que l'assassin se dise sioniste, tout comme je me définissais moi-même. J'ai alors décidé de partir. ». Remarquons encore autour de quoi tourne ses préoccupations, elle ne part pas parce que l’espoir de paix, soi-disant le sien est tombé à l’eau, mais parce qu’un sioniste a assassiné Rabin. Tout tourne encore autour de son monde judéo-sioniste. Et d’ajouter, plus tard : « Je suis une enfant d'Oslo, j'ai toujours été une grande défenseuse de la solution à deux Etats. J'ai beaucoup de mal à renoncer à cette idée et en même temps je vois bien que c'est de plus en plus compliqué à concevoir. ». On le sent bien, elle cherche à conjurer les nuages noirs s’amoncellant au-dessus de son État colonial sioniste tant aimé.
Elle a des ressources inattendues, utilisant même le film « Naza » à ses fins, après avoir critiqué le titre qui ressemble au mot nazi ; jusqu’où la paranoïa sioniste peut-elle aller ? Voici donc ce qu’elle dit du film : « Quant au film lui-même, ce n'est pas un documentaire journalistique, c'est évidemment une œuvre militante. Elle dit bien l'effet du trauma du 7 Octobre sur les soldats et plus largement ce que produit une guerre, toute guerre sans doute, sur une société : la déshumanisation de l'ennemi et un aveuglement coupable d'une société qui ne veut pas savoir. Je trouverais important que les Israéliens voient ce film, car au fond c'est à eux qu'il s'adresse… Et non à ceux qui ne le verront que pour conforter leur diabolisation d'Israël. ». Cet extrait est particulièrement volubile et riche en arguments fallacieux. On y trouve bien sûr le point de vue du colon occupant (le traumatisme des massacreurs), en ce sens c’est très en phase avec le film. L’extrait renferme aussi cette banalisation faisant qu’une guerre coloniale pourrait être une guerre « comme toutes les guerres », cet exercice visant à noyer le caractère spécifique de la guerre de libération nationale que mène le peuple au milieu d’un « La guerre c’est mal et meurtrier », si général qu’il est vide de sens. Et la diabolisation, ce mot n’ayant qu’un objet : blanchir le sionisme de tous les crimes dont il est responsable depuis plus de 80 ans. Pour autant, même si ce n’est pas pour de bonnes raisons, la dame est tombée juste en disant que ce film est destiné aux gens de l’entité coloniale sioniste ; mais pas seulement à eux, aussi aux occidentaux soutiennant franchement le génocide, ou le condamnant du bout des lèvres, ou condamnent aussi « le Hamas ». Il est ensuite intéressant de noter ce qu’elle en tire comme espoir indicible pour sa véritable patrie : « Un pays qui est capable, en temps de guerre, de donner naissance à de telles voix internes, critiques et dissidentes est un pays qui doit aussi pouvoir se regarder dans le miroir, et mener un vrai travail d'enquête pour tenter de comprendre ce qui, dans ce document, est exact et ce qui, au contraire, y est mensonger. ». L’exercice est périlleux, mais habile. Horvilleur vante la « seule démocratie du Moyen Orient » et instille l’idée que Abraham et Szor pourraient avoir sciemment menti, peut-être, finalement, que ces tueurs ne sont pas aussi horribles.
La « douleur » comme révélateur de l’entre-soi et du point de vue colonial
L’entretien est truffé d’interrogations vaguement existentielles (sincères ou calculées ?) elles permettent de cerner totalement, non pas tant la personnalité de Delphine Horvilleur, ceci nous importe peu, que l’état d’esprit de tous ses semblables, sionistes de « gauche », bien souvent occupés à danser autour de leur propre nombril. Ainsi, à la question : « À qui s’adresse votre livre » elle répond avec un sens assez rodé de l’exagération du doute : « Je voudrais dire aux "miens" mais je mets maintenant toujours des guillemets à ce mot. Qui sont donc les "nôtres" en temps de guerre ? Nos familles ethniques ? Nos partenaires de combats ? Ceux qui partagent nos peurs ou ceux qui partagent nos espoirs ? ». Notons l’expression « en temps de guerre », faisant une nouvelle fois de cette guerre coloniale une guerre comme les autres.
Dans cette expression de la soi-disant douleur, il existe aussi, les deux obsessions de madame Horvilleur, la défense absolue de l’État colonial sioniste et le lien permanent qu’elle tisse entre cette même entité sioniste et une autre entité mythique : « les juifs ». Il faut marteler le traumatisme, la douleur et dire ceci l’attaque de la Résistance palestinienne du 7 octobre 2023 fut une attaque contre les juifs, c’est-à-dire mentir en mettant de côté l’essentiel, la situation coloniale : « La guerre crée souvent cela : on est hypnotisé par ce qui nous est arrivé, et l'on ne peut plus rien voir d'autre. Et surtout pas croire en un autre avenir… Tel est le propre du traumatisme : il empêche le passé de passer. Le 7 octobre a réactivé quelque chose dans la mémoire juive, qui pousse bien des gens à n'avoir confiance qu'en eux-mêmes et à renforcer une forme de tribalisme ou d'entre-soi. ». On retrouve, avec cette réactivation dans la mémoire juive, le discours du sinistre Barrot (le 7 octobre plus important pogrom antisémite depuis l’holocauste) ou ceux des autres sionistes de gauche comme le collectif Golem, pour qui les colons morts du 7 octobre ont été tués « en tant que juifs ». L’impossibilité de comprendre et de décrire la situation coloniale range décidément ces gens, Horvilleur comme Golem, dans le camp de l’État colonial sioniste, dans celui de Netanyahu, même si des considérations d’image de l’entité coloniale les opposent.
Et justement, même dans la critique de Netanyahu, nous retrouvons les mêmes ingrédients : « Il tient toujours un discours qui repose sur la peur, la plus puissante des émotions pour mobiliser des électeurs. Il convoque constamment les douleurs de l'histoire pour faire de sa personne le seul garant d'une sécurité à venir. Dans cette région, plus que n'importe où ailleurs, des gens sont obsédés par les ruines de l'histoire. ». Quand elle dit « dans cette région » on pourrait croire qu’elle parle à la fois des Palestiniens colonisés et des colons occidentaux. Mais il n’en est rien, car ce poids de l’histoire dont elle parle concerne seulement les émigrants européens venus coloniser la Palestine, et aussi, bien sûr les gouvernements européens des années 30/40 favorables aux nazis et ceux qui les suivaient. Mais les Palestiniens n’ont rien à voir avec cette histoire.
Pour autant, elle doit essayer le parallèle, comme s’il s’agissait d’un conflit classique avec deux peuples s’opposant, mais sans explication coloniale « Relire toutes mes prises de parole fut parfois douloureux. […] J'essaie d'y parler de notre douleur et d'y montrer qu'il n'y a pas que la nôtre, de dire tout simplement que l'avenir d'Israël et celui des Palestiniens sont inséparables, de rappeler que l'on ne peut se soucier vraiment des uns sans se soucier des autres, que quand les gens remettent en question le droit d'Israël à exister, ils ne sont pas les amis des Palestiniens. Et vice versa. ». Il s’agit d’un tour de force, se servir de ce faux parallèle pour défendre l’existence de l’État colonial sioniste, alors que cette existence même est la cause de la colonisation de substitution et de tous les malheurs causés par elle. Elle n’hésite d’ailleurs pas à en ajouter pour faire part de son désarroi, mais c’est encore révélateur : « Quand je retourne en Israël, j'ai le sentiment de voir des fantômes partout, les fantômes d'Oslo et ceux des rêves de mes 20 ans, les fantômes de la jeunesse palestinienne dévastée et les fantômes d'Israéliens assassinées le 7 octobre. Et je me dis que toutes ces hantises ne nous quitteront pas et qu'il va falloir apprendre à vivre avec elles… Et surtout pas sans elles. », révélateur du nombrilisme de ces gens-là nous exposant leurs craintes comme si tout le monde devait les partager, sans aucune analyse, par exemple de ce qu’a pu donner le processus d’Oslo pour les Palestiniens, mais il est vrai que, là encore, le souci est celui de son microcosme et certainement pas celui des Palestiniens. Le parallèle colon/colonisé cent fois répété comme pour conjurer le réel colonial n’est plus guère convaincant. Mais elle continue de l’utiliser ad nauseam, faute de pouvoir sortir de sa matrice, elle ne peut pas trouver d’argument pertinent, seulement répéter son credo.
La démarche de Libération : une tentative de sauver les meubles
Delphine Horvilleur est donc très inquiète, pour l’avenir de l’entité coloniale sioniste, et, parallèlement, à cause de la place plus importante que prennent dans le monde, toutes celles et tous ceux remettant en cause l’existence de cet État tampon créé par les impérialistes occidentaux (chose d’ailleurs jamais évoquée par la rabbine). La voilà donc nous montrant son inquiétude, mais voulant aussi se rassurer sur l’avenir du sionisme, au sujet des futures élections dans l’entité coloniale : « J'ai l'impression qu'il en va aujourd'hui de l'avenir de cet Etat. Non pas de son existence car Israël existe et ceux qui nient sa légitimité à exister sont les vrais ennemis de la paix. Mais cette élection est la plus critique qui soit. Elle va déterminer non seulement l'avenir du pays mais aussi son lien à la diaspora. ».
On peut lire certains commentaires indiquant que Delphine Horvilleur aurait « tourné sa veste » dans le but de se sauver de l’opprobre, ne pas être comptée parmi ceux ayant couvert le génocide le jour où tout sera révélé, y compris par les mediamainstream. Nous ne partageons pas ce point de vue. Le décryptage fait par nous fait de son entretien prouve qu’elle n’a absolument pas changé de discours. Cet extrait, à propos de la situation en France, le confirme largement : « Le 7 octobre et tout ce qui s'est passé depuis ont tant bouleversé nos existences. La montée exponentielle de l'antisémitisme et la façon dont le conflit du Proche-Orient s'est immiscé dans nos vies poussent bien des gens (et notamment des rabbins) à penser autrement leur contribution aux débats du moment. ». Au-delà de sa préoccupation rabbinique, le discours sur le 7 octobre ou la soi-disant montée de l’antisémitisme (toujours sans chiffre concernant les condamnations) ou encore l’immixtion du « conflit » dans le débat politique français, est celui de tous les sionistes depuis trois ans. Rien n’a bougé.
Mais surtout, à aucun moment, dans l’interview, Delphine Horvilleur, parlant à tort et à travers des siens, ne montre d’inquiétude pour elle-même ou pour eux. L’État impérialiste français n’est pas à la veille de lâcher l’entité coloniale sioniste, elle le sait bien, ni de cesser de soutenir le vaste arc-en-ciel des défenseurs du génocide, de Horvilleur à Yadan, ni d’arrêter de réprimer les partisans de la libération nationale de la Palestine. Elle ne risque pas grand-chose de ce côté-là. Quant aux critiques des travailleurs et des peuples, sa mentalité d’entre-soi d’une prétendue élite occidentale sioniste fait qu’elle n’en a pas plus cure que du sort des Palestiniens. Nous l’avons montré, Horvilleur est certes inquiète, non pour elle-même, mais pour l’avenir de l’État colonial sioniste qu’elle sent en difficulté, voire au bord du suicide, selon ses propres mots.
La démarche du journal Libération est différente. Si la direction et la rédaction partagent fort probablement l’avis de Horvilleur quant à la défense de l’entité coloniale sioniste, leur but est à usage interne à la France. Il s’agit, un peu comme le bloc central dans la campagne électorale en cours, de renvoyer dos à dos ce qu’ils appellent les extrêmes, de parler de paix et surtout pas de décolonisation et de dire qu’il existerait donc, entre les soutiens à la libération nationale de la Palestine, impliquant le démantèlement de l’État colonial sioniste, et les soutiens de « Netanyahu d’extrême-droite » un espace pour des gens raisonnable, ceux-ci auraient de positions non extrêmes, dans le cadre de la poursuite d’Oslo. Si le journal tente de construire cet espace des soi-disant modérés, ce n’est pas pour sauver le sionisme, mais à usage interne, dans le cadre de la présidentielle, afin de trouver un continuateur de Macron. Cela implique évidemment de ne pas la bousculer sur la situation en Palestine occupée, donc pas de question sur la colonisation ni d’évocation de la scandaleuse éviction des élections sionistes des listes antisionistes, comme celle du Parti Communiste israélien, accusée de « mettre en doute l’existence d’Israël comme État juif », ceci est une ligne rouge pour notre Delphine.
Ces questions politiciennes n’intéressent évidemment pas le Parti Révolutionnaire Communistes. Mais il nous paraît important de décrypter les préoccupations des véhicules de l’idéologie dominante. Cette interview à son corps défendant, révèle ceci : la question palestinienne a pris aujourd’hui, dans le débat politique français, une place trop importante pour qu’on se contente de continuer à la taire et à la censurer. Dans ce cadre, il s’agit d’utiliser une propagandiste sioniste obnubilée par la défense de l’entité coloniale qu’elle voit justement aujourd’hui menacée dans son existence même, aux arguments forcément limités par son formatage, afin de mettre en avant l’idée d’une troisième voie à ce sujet.
Mais cette tentative est vouée à l’échec. En effet, elle peut s’appuyer uniquement sur des gens et des propos n’évoquant pas la colonisation et mettant en avant un récit fallacieux de la guerre de libération nationale et du génocide. Or, les sionistes et philo-sionistes en France, n’ont rien contre le génocide, y compris Horvilleur, et se moquent comme d’une guigne du sort des Palestiniens. Certes, le poids de la question coloniale à gauche, nous évoquons régulièrement, peut aider à la démarche de Libération et d’autres véhicules de l’idéologie dominante. Mais les concessions sont trop maigres. Et, parallèlement, une partie de la jeunesse prend de plus en plus conscience de la situation en Palestine et s’engage, non pour la paix à tout prix, mais pour la libération de la Palestine. La gauche colonialiste des bons sentiments ne peut pas ne pas en tenir compte, et pourtant ce mouvement s’inscrit dans la durée et plus personne ne croit à la « solution à deux États ». Il n’existe décidément pas de place pour cette troisième voie-là dans le paysage politique français à propos de la Palestine.
En conclusion
Le Parti Révolutionnaire Communistes range Horvilleur parmi le large éventail de ses adversaires politiques, des partisans de Netanyahu à ceux de la résolution de l’ONU de septembre 2025, en passant par Libération et toutes celles et tous ceux parlant de « paix entre Palestiniens et Israéliens », fût-elle juste et durable, et refusent le combat pour la libération nationale de la Palestine.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, affrontant directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique en faveur notre propre émancipation.