Gantry 5

 

N° 987 23/07/2026  L’affaire Barbara Butch
Lors d’une prestation musicale, la DJ Barbara Butch, signataire d’une pétition promouvant la loi coloniale Yadan, a dû faire face à des défenseurs de la Palestine, venus exprimer leur ras-le-bol du manque de sanction contre les complices du génocide de Gaza ; ce génocide n’a pas empêché la même Barbara Butch d’aller « mixer » à l’ambassade de France dans l’État colonial sioniste. Les manifestants, lesquels constituaient par ailleurs l’essentiel du public, ont brandi des drapeaux palestiniens et crié « Free Palestine ! ». Au bout d’un moment, la mairie organisant le festival où elle se produisait et la police ont décidé d’arrêter le « concert ».
Cela a déchaîné les critiques et les soutiens à cette artiste inconnue de beaucoup d’autres artistes, n’ayant pas eu un mot pour dénoncer les massacres à Gaza, ni la colonisation de la Palestine, et de tout un panel de politiciens allant de Fabien Roussel à Jean-Philippe Tanguy, en passant par Clémentine Autain, François Hollande, le ministre Nuñez et Xavier Bertrand, sans oublier tout ce que le sionisme compte d’adeptes un peu connus en France.
Evidemment, nous avons droit à tous les poncifs habituels, sur l’antisémitisme, le fait que la DJ serait visée en tant que juive, pour ce qu’elle est et non pour ses actes qu’elle a du mal à assumer. Toutes ces bonnes âmes n’ont malheureusement jamais dénoncé la mise au placard de Blanche Gardin ni les interdictions de concert de Médine, encore moins la répression d’État contre les militants de la libération de la Palestine.
 
Les réactions de la « gauche coloniale »
Nous avons également droit aux récriminations des petits bourgeois « intersectionnels » mettant en avant comme quoi Barbara Butch est une femme, lesbienne. Cela motive le soutien apporté par Sandrine Rousseau, sans un mot sur ses positions colonialistes. Ce n’est pas très étonnant, ni Rousseau, ni son organisation EELV n’étant des soutiens de la cause palestinienne, de la libération nationale de la Palestine, mais ayant, comme on a pu le voir au moment de la loi sur les forages en Guyane, une position coloniale « de bons sentiments », expliquant aux colonisés ce qu’ils doivent faire au nom des Lumières de Voltaire.
Voyons un bref résumé de quelques autres soutiens affirmés à « gauche ». Fabien Roussel a un ton plus mesuré par rapport à la plupart des autres, mais il écrit néanmoins sur X : « Nous combattons la loi Yadan. Mais empêcher Barbara Butch de se produire à Grenoble parce qu'elle a signé une tribune est une erreur. La gauche doit défendre la liberté de création, d'expression et mener la bataille des idées. ». Ce que Roussel appelle la « liberté d’expression », c’est la liberté de soutenir l’État colonial sioniste. C’est finalement assez révélateur de la position pro-colonialiste du PCF sur la Palestine.
Dans un long texte en forme de plaidoyer pro domo dans l’ambiance politicienne actuelle précédant les élections présidentielles, Clémentine Autain dit ceci : « Le groupe LFI de Grenoble avait au préalable demandé la déprogrammation de Barbara Butch parce qu'elle a signé la pétition pour la loi Yadan, que je combats et combattrai de toutes mes forces, notamment parce qu’elle vise à faire taire la critique de la politique israélienne génocidaire de Benjamin Netanyahou. Qu'elle soit par ailleurs une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d’attaques violentes, sexistes et antisémites, n'a rien changé à l'exigence insoumise. La municipalité de Grenoble n’a pas cédé à l’injonction des insoumis. Et elle a bien eu raison. ». Comme pour Rousseau, Autain utilise l’argument corde sensible au sujet d'un certain électorat de gauche petit-bourgeois, la mise en avant de ce que l’idéologie dominante nomme les « minorités ». Mais surtout, elle avance ceci: la loi Yadan vise à « faire taire la critique de la politique génocidaire de Netanyahu ». C’est d’abord une position commune à l’ensemble de la « gauche», épargnant les sionistes de gauche et rejetant la seule responsabilité sur Netanyahu et son gouvernement, néanmoins plus de 80 % des sionistes de Palestine approuvent le génocide. C’est exempter le sionisme, ignorer jusqu’au bout son caractère colonialiste depuis ses débuts, bref ignorer la question coloniale. Mais c’est aussi un mensonge, car le projet de loi retiré de Yadan ne proscrivait pas la critique de Netanyahu, mais voulait réprimer les partisans de la libération nationale de la Palestine, ceux là mêmes  trouvant l’entité sioniste illégitime et remettant en cause son existence. Là encore, nous sommes face à une position pro-coloniale. C’est d’ailleurs totalement confirmé par la fin du message de Clémentine Autain : « Enfin, n’a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s’en prendre à Barbara Butch ? Quel message envoie-t-on de fermeture "soit tu es totalement d’accord avec moi, soit tu es un adversaire à abattre", au moment où le néofascisme frappe à nos portes et où le besoin d'attirer à soi, de rassembler est immense face à ce danger extrême ? ». Outre l’habituelle référence à la soi-disant « menace fasciste », Il ne s’agit pas pour les défenseurs de la Palestine et Autin ne le voit pas, de n’accepter que des artistes « complètement d’accord », mais de dénoncer les génocidaires et leurs complices et de ne jamais leur laisser de répit. Son message peut se résumer à : « Quand le RN menace, oublions la question coloniale ! ».
Mais le texte le plus représentatif d’une certaine gauche est celui d’Esther Benbassa, ancienne sénatrice écologiste, se pensant peut-être défenseuse de la Palestine, mais, se ressent surtout juive (ceci est parfaitement son droit) et tient à nous le faire savoir en mêlant (sans accusation directe d’antisémitisme) sa judéité et l’entité sioniste, passant à côté de la vraie question : la colonisation. Voici un extrait central de ce texte qu’elle cosigne : « Nous, Juifs, soutiens de la cause palestinienne, sommes simplement des Juifs qui, compte tenu de leur histoire, et de l'idée qu'ils se font de leur devoir (de Juifs, mais pas seulement), exigent la justice pour les Palestiniens et la paix dans la coexistence pour les deux peuples. Nous ne sommes ni des saints, ni des justes, ni des purs. Il y a bien sûr des personnes et des institutions avec lesquels nous refuserons de coopérer tant qu'elles afficheront leur soutien à la politique d'Israël et s'obstineront de fonder ce soutien sur une négation de la Nakba, de la réalité des massacres commis à Gaza, de la nature des exactions perpétrées en Cisjordanie. Mais nous n'avons qu'un but : convaincre un maximum de gens, y compris... Barbara Butch. Sans renoncer à rien de ce qui nous fait juifs, qui n'est certes pas une israélophilie béate, mais pas davantage un diasporisme abstrait. ». Encore une fois, nous sommes face à quelqu’un  choisant de ne pas comprendre la question coloniale ni de s’interroger sur les moyens d’y mettre fin. Après deux ans de génocide accéléré, parler encore de coexistence pour les deux peuples est à la fois la négation du réel et une illusion qui devrait être dépassée depuis longtemps. Car la référence à la Nakba cache mal, avec cette formule la mise sur le même plan des colonisés et des colonisateurs et la volonté presque dite, puisque l’israélophilie n’est pas béate mais existe, puisque le diasporisme est rejeté, du maintien de l’État colonial sioniste. Là encore, la même position pro-coloniale. Il ne s’agit pas de « convaincre » Barbara Butch, mais de la mettre à l’index, comme tous les soutiens de l’entité coloniale sioniste et de son œuvre génocidaire.
 
La position de notre parti
Au Parti Révolutionnaire Communistes, nous ne sommes pas naïfs. Cette polémique se place, nous le savons bien, dans un contexte électoral où la Bourgeoisie a choisi LFI afin de remplir le rôle d’épouvantail, autrefois dévolu au RN. Les militants LFI, nous ne l'ignorons pas feront tout pour apparaître comme des grands défenseurs de la cause palestinienne après ces critiques malveillantes et même grâce à elles.
Mais nous pensons, comme manifestement les militants présents à Grenoble, qu’il est temps de rendre coup pour coup, de ne plus rien laisser passer, de ne pas laisser tranquilles les partisans du génocide et de l’entité coloniale sioniste. C’est pourquoi, pensons-nous, la pression mise par les manifestants de Grenoble était une action juste. Partout où des actions auront lieu pour dénoncer ceux  soutenant le génocide, d’une manière ou d’une autre, les défenseurs de l’État colonial sioniste, partout où ils seront empêchés de continuer tranquillement leurs activités, nous serons solidaires des dénonciations et des empêchements.
 
En conclusion
Dans ce temps où nous devons plus que jamais parler de la Palestine, les réactions prouvent une nouvelle fois, s’il le fallait que la grande majorité de la « gauche » en France ne défend pas la libération nationale de la Palestine, n’est pas au clair sur la question coloniale, car trop marquée par le colonialisme « des bons sentiments ». Au lieu de parler de la Palestine, cette gauche défend une artiste soutenant l’entité sioniste.
Au contraire, pour les partisans de la libération nationale de la Palestine, rien n’est plus urgent que de parler sans cesse de la situation à Gaza et dans toute la Palestine, et d’en rappeler tous les enjeux. Il faut, bien sûr, dénoncer les bombardements toujours et encore incessants, la destruction systématique des habitations à Gaza, un modèle qui ressert au Sud du Liban, dénoncer la torture dans les prisons, dénoncer le commerce avec les colonies sionistes en Cisjordanie occupée, les Bédouins chassés de chez eux dans le Néguev occupé et l’occupation et la colonisation de la Palestine, en général.
Soyons les porte-voix de celles et ceux que l’on veut effacer. Et, donc, dénonçons, certes, mais ne nous contentons pas de dénoncer. Cela signifie ne pas s’en tenir à la vision des Palestiniens comme des victimes, mais malgré tout, tel un peuple construisant sa propre libération nationale. Et ne pas non plus en rester aux explications de notre « gauche» bien-pensante sur la soi-disant « paix juste et durable » celle-ci n’est rien d’autre que la paix coloniale et ne remettant  jamais en doute l’existence de l’État colonial sioniste autant dire la poursuite de la colonisation. Dans leur grande majorité, les gens de « gauche » refusent d’analyser correctement la situation coloniale en Palestine. Et la raison en est simple, ils sont indélébilement marqués par l’héritage idéologique de la colonisation, de l’impérialisme français, des « Lumières » de Voltaire. Leur position consiste à dénigrer le Hamas ou la Résistance armée, expliquant aux Palestiniens qui doit organiser la résistance et comment. Les mêmes, toujours, parlent de paix et non de libération nationale de la Palestine. Ceux sont les mêmes parlant de « solution à deux États » permettant de facto le maintien de la colonisation. Les mêmes parlant de « complicité » des impérialistes occidentaux et non de leur implication directe dans la colonisation. Les mêmes qui tentent objectivement d’épargner l’impérialisme français en le disant sous pression des lobbies comme le CRIF. Dans ce cadre, la dénonciation de toutes les personnes publiques favorables au génocide est une nécessité, afin que chacune d’elles et chacun d’eux ne puisse continuer à afficher des positions favorables à l’État colonial sioniste.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi nous opprimant : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Concernant le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
L’État colonial sioniste tombera, c’est le sens de l’histoire ; et la Palestine sera libre de la mer au Jourdain !