Gantry 5

 

N° 986 16/07/2026  A l’occasion d’un article, publié en ligne le 6 juillet dernier, intitulé « Derrière Rima Hassan, une nouvelle génération militante et des polémiques douloureuses », une journaliste de Mediapart s’essaie à caractériser ce qu’elle considère comme une nouvelle génération de militants de la solidarité avec la Palestine et ses divergences avec ce qu’elle appelle les « soutiens traditionnels de la Palestine ». La question, même abordée par le biais d’un article fortement critiquable et rempli de lacunes, est importante. Nous avons, à plusieurs reprises, fait la clarté sur les différents courants de la solidarité proclamée avec la Palestine, et notamment mis en exergue que les militants visés par la répression d’État sont tous des militants de la solidarité avec la libération nationale de la Palestine, ils prônent le démantèlement de l’État colonial sioniste. Nous essaierons de décrypter l’article et de caractériser les militants de la défense de la Palestine libre, tous ne sont pas tous issus d’une « nouvelle génération », même s’il est indéniable que la jeunesse y prend une part importante.
 
Quelques éléments à propos du cadre général de l’article
 
Censé présenter Rima Hassan comme la porte-parole de cette nouvelle génération, l’article reprend beaucoup de termes de l’idéologie dominante, par exemple « les attaques sanglantes du 7 octobre 2023 perpétrées par le Hamas » figure deux fois dans l’article, alors même que l’analyse et la discussion sur la nature de l’attaque de la Résistance lors de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » sont absentes du texte. La négation de la pluralité de la Résistance armée et la diabolisation de l’acte de Résistance du 7 octobre 2023, font partie de la panoplie du bon « journaliste de gauche », voulant afficher une neutralité bidon et ici, une démarche d’enquête. De même, l’article, pour bien « équilibrer » les choses, fait appel à l’inévitable sioniste de « gauche », ici, Albert Herszkowicz, du Collectif de lutte antifasciste contre le racisme et l’antisémitisme (Clara), opposé par la journaliste à Alain Gresh et dont elle publie cette déclaration, justifiant sa « désertion des manifestations », également rituelle dans l’expression de « gauche » de la question, avec l’obligatoire référence à un prétendu antisémitisme : « la non-préoccupation de bien se différencier de tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’antisémitisme, la non-prise en compte de la question des otages et la non-prise en considération de la solution à deux États qui est pourtant, en principe, la plateforme commune de toute la gauche française ».
L’article, rédigé la veille du dernier procès de Rima Hassan, s’escrime, tant au sujet de la députée européenne que de cette nouvelle génération militante, de mélanger le pour et le contre. Ainsi, concernant Rima Hassan, elle parle « d’un véritable harcèlement judiciaire subi par l’eurodéputée insoumise », ce qu’il est difficile de nier ; mais ne manque pas d’ajouter plus loin : « Elle est accusée par certaines organisations de lutte contre l’antisémitisme d’avoir repris des tropes antisémites. ».  Quant à la génération des nouveaux militants de la Palestine, elle « suscite autant d’admiration que de critiques virulentes. ».
La fameuse nouvelle génération, se contente de nous dire la journaliste, est « moins encartée dans les partis traditionnels, mais aussi plus radicale et plus bruyante », mais se garde bien de réaliser une enquête sur les organisations auxquelles appartiennent ces gens, qu’elles soient politiques ou associatives et surtout sur leur lien avec l’anticolonialisme, question jamais abordée, mot jamais cité : nous avons droit, une fois, au fameux « décolonial », mais il sert juste à qualifier TSEDEK. De cette étude parcellaire et lacunaire, il ressort le rôle que LFI proclame en son propre nom, de porte-parole, sans, en aucune manière analyser les positions de LFI, les mêmes que celles du reste de la gauche, en évitant soigneusement de voir en quoi Rima Hassan doit être distinguée, par ses positions, de la France Insoumise officielle, même si elle leur sert de poisson pilote. Ainsi, nous pouvons lire ceci : « La France insoumise (LFI), principal parti monté au créneau et visé depuis par une salve de mises en cause pour apologie du terrorisme. ». Que LFI soit le premier des partis officiels de gauche à avoir dénoncé le génocide est une réalité indéniable, nous l’avons écrit. Mais tout aussi indéniable depuis que le PCF et EELV ont également adopté cette prise de position, plus rien ne distingue, du point de vue des positions sur le devenir de la Palestine, les trois organisations. La différence réside dans la présence bien plus active et plus nombreuse des militants de LFI dans les initiatives.
 
Un vrai constat sur le rôle de la gauche, mais une explication générationnelle ne tenant pas la route.
 
L’article évoque, à travers les positions du PCF, une véritable évolution du mouvement de solidarité avec la Palestine. Le constat juste est exprimé ainsi : « Ce nouveau mouvement social a poussé entre manifestations régulièrement interdites, blocages d’universités violemment dispersés par la police et autres meetings de soutien à la Palestine dans le viseur d’un maccarthysme à la française. Et elle a radicalement transformé en France un mouvement alors principalement porté par des militants d’âge mûr, souvent venus à la cause palestinienne par le Parti communiste ou l’anti-impérialisme des années 1970. » ; ou encore : « la direction du Parti communiste français (PCF) qui a brusquement mis en sourdine son discours sur la Palestine, au grand dam de ses adhérents depuis le 7-Octobre. ». Enfin, la journaliste sollicite Taoufik Tahani, ancien président de l’AFPS (Association France Palestine Solidarité), qualifié par la journaliste de « canal historique de la mobilisation pour la Palestine en France ». Et les propos de Taoufik Tahani sont limpides : « Au début, on a manifesté sans le soutien de la gauche, à l’exception de LFI. Les militants manifestaient mais leurs appareils partisans, eux, répétaient “est-ce que vous condamnez le Hamas ?” ».
En revanche, l’explication mise dans la bouche de Rima Hassan de ce clivage, ne nous satisfait pas : « Bien sûr qu’il y a une rupture générationnelle, parce qu’il y a une gauche boomer qui a trente ans de retard et s’accroche à “la paix”, “la solution à deux États”. Ils n’ont plus aucune révolte. Je fais leur procès avec insolence, certes, mais à juste titre. ».
L’idée de la « rupture générationnelle » est donc à la fois celle de l’article et celle de Rima Hassan. Nous la réfutons. La différence de ligne entre la gauche et le mouvement de solidarité, sur la question palestinienne n’est d’abord pas si récente. Le PCF, d’abord, a infléchi sa ligne dès les accords d’Oslo, mais nous avons également dit combien ses positions sur la question coloniale en général, notamment depuis 1945 étaient erronées et marquées d’une forte incompréhension de la question coloniale subsistant aujourd’hui également dans certaines autres organisations issues de la nébuleuse du PCF qui leur fait approuver la solution à deux États, ou l’application des résolutions de l’ONU, cela revient au même et, objectivement refuser la libération de la Palestine et la perception de son rôle central. Ce n’est pas une question de « boomers », mais de ligne idéologique et d’empreinte du colonialisme.
Le 7 octobre a eu un effet révélateur, mais pas déclencheur. Ces divergences existaient déjà mais la remise au premier plan de la question palestinienne provoquée par l’attaque de la Résistance palestinienne les a sorties de la grotte où elles hibernaient. Si l’article a raison de parler d’Omar Alsoumi et de la création de l’association « Urgence Palestine », consécutive au 7 octobre, son étude superficielle ne lui permet d’appréhender ce qu’est réellement le mouvement de solidarité avec la Résistance palestinienne en France. Elle passe notamment à côté de ce qui a véritablement mis sur le devant de la scène les pseudo défenseurs de la Palestine, ne voyant les Palestiniens uniquement comme des victimes, des véritables défenseurs de la libération nationale, voyant les Palestiniens comme un peuple construisant sa propre libération nationale. Et LFI, fait partie des premiers, comme toute la « gauche ». Ce révélateur fut la fin victorieuse de la bataille en faveur de la libération de Georges Abdallah, dans laquelle LFI, y compris Rima Hassan, eut une part marginale. Au contraire, cette victoire doit beaucoup aux militants marxistes-léninistes divers, rassemblés dans la Campagne Unitaire Pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah (CUPLGIA), dont ceux du Parti Révolutionnaire Communistes. C’est à l’aune de cette victoire, la seule en France depuis le 7 octobre 2023 sur le sujet de la Palestine, que l’on doit analyser la composition du mouvement de solidarité avec la libération nationale de la Palestine.
Au contraire, l’article se perd en fausses interprétations. Dans son passage sur Albert Herszkowicz, évoqué plus haut, elle rapporte ses propos sur le mouvement de défense de la Palestine entraîné « dans une posture radicale symbolisée par le slogan “de la mer au fleuve, la Palestine sera libre” qui inclut, selon lui, la suppression de l’État d’Israël » ; c’est la vérité, mais ajoute : « ce que contestent les propalestiniens qui le scandent à travers le monde. ». Or c’est faux et c’est vouloir se cacher les yeux sur la situation coloniale et le rôle du sionisme depuis le début. Les véritables défenseurs de la Palestine réclament le démantèlement de l’État colonial sioniste, condition indispensable à la libération nationale de la Palestine, à la fin définitive de la colonisation. C’est la raison pour laquelle ils sont poursuivis par la répression d’État. Il y avait pourtant matière à fouiller le sujet, car la journaliste rapporte les propos d’Anne Tuaillon, présidente de l’AFPS, pourtant rangée dans la « vieille génération », à propos de la « gauche » de la « paix juste et durable » : « il y a une difficulté à reconnaître que, dès l’origine, Israël avait des visées colonialistes, qu’Israël a pratiqué un colonialisme de peuplement-remplacement et s’est construit sur une injustice. La question est là, pour ceux-là, il ne faut rien dire qui puisse laisser entendre qu’Israël ne serait pas légitime ».
 
Un essai de caractérisation plus conforme à la vérité du mouvement de solidarité avec la Palestine libre
 
L’article se noie dans les erreurs, la superficialité et la pseudo-neutralité ; ainsi, se voulant critique envers Rima Hassan, la journaliste affirme ; « Certaines positions de Rima Hassan sur d’autres questions que la Palestine ont aussi soulevé des critiques, comme son refus de voter la résolution sur les prisonniers en Algérie (dont l’écrivain Boualem Sansal) ou son relatif silence sur le régime syrien et notamment les Palestiniens victimes du régime Assad et des Russes... ». Les critiques vont donc toutes dans le même sens, il s’agit de passer en revue ce qui, dans le discours de Rima Hassan, ne colle pas à l’idéologie dominante. Pourtant, s’agissant de la question palestinienne et d’un point de vue voulant démontrer la « radicalité » de la députée européenne et son image de « leader moral » du mouvement de solidarité avec la Palestine, d’autres critiques eussent été bien plus pertinentes, mais elles auraient sabordé la « démonstration » de la journaliste. Il aurait été plus juste de pointer sa faible compréhension du stade impérialiste et du rôle des États impérialistes occidentaux pas seulement comme complices, mais acteurs de la colonisation en Palestine. De même sa position plus qu’ambiguë sur le Sahara Occidental, situation en tout point identique à celle de la Palestine, où les impérialistes occidentaux colonisent via un intermédiaire à leur service, ici le Maroc, là l’entité coloniale sioniste, aurait mérité d’être évoquée ; ceci aurait suffit à prouver que Rima Hassan n’est peut-être pas aussi anticolonialiste que d’aucuns le croient.
Par ailleurs, la seule organisation politique hormis LFI citée est Révolution Permanente (RP), au prétexte que son dirigeant, Anasse Kazib est, lui aussi jugé pour pseudo « apologie du terrorisme ». Or, Révolution Permanente, comme d’autres organisations du mouvement trotskiste qui lui sont proche (NPA, LO) ne perçoit pas la question coloniale à cause de son lien avec la question nationale. Internationalistes « anti-nations », ces mouvements ne font pas de différence entre un nationaliste français et un nationaliste palestinien, entre la Bourgeoisie impérialiste et la bourgeoisie des pays opprimés, souvent divisée entre bourgeoisie compradore et bourgeoisie nationale. Cela se traduit pour RP par la mise sur le même plan, au moment de l’agression US, de l’impérialisme dominant US agresseur et du gouvernement, certes bourgeois, du Venezuela agressé. Pour le NPA-Révolutionnaire (NPA-R), il n’y avait rien de plus urgent que de chasser des manifestations contre l’agression impérialiste de l'Iran, des Iraniens favorables au régime en place. Enfin, LO enjoint les Résistants Palestiniens à « sortir du nationalisme », quand elle n’évoque pas la fraternisation entre prolétariat palestinien et soi-disant « prolétariat israélien ».
Si la journaliste note fort justement, une entrée de la jeunesse, notamment étudiante dans la bataille, pointant la répression des directions d’université contre les partisans de la solidarité avec la Palestine, elle choisit de ne pas interroger les engagements politiques de ces jeunes qui, s’ils ne sont pas dans les partis traditionnels, sont parfois à RP ou au Parti Ouvrier Indépendant (POI trotskiste lambertiste, propalestinien de tradition et jouant un rôle dans LFI) mais aussi dans des organisations marxistes-léninistes, en premier la Jeunesse Communiste récemment reconstituée dont les futurs militants ont été fer de lance de la campagne de libération de Georges Abdallah et dans une organisation syndicale étudiante la Fédération Syndicale Étudiante (FSE). Il aurait également été utile d’enquêter sur les nombreux réprimés d’État, comme Alex, de la JC, réprimé pour son soutien à la Résistance armée ou l’universitaire honoraire François Burgat. Cela aurait permis de sortir du cliché parcourant l’article : Ils sont tous jeunes ; ils sont tous derrière Rima Hassan ; et le clivage est générationnel. Et peut-être de voir pourquoi les militants de la solidarité avec la Palestine libre pensent que le combat des Palestinien est essentiel pour leur propre émancipation.
 
En Conclusion
 
Pour les partisans de la libération nationale de la Palestine, rien n’est plus urgent que de parler sans cesse de la situation à Gaza et dans toute la Palestine, et d’en rappeler tous les enjeux. Il faut, bien sûr, dénoncer les bombardements n’ayant jamais cessé, la destruction systématique des habitations à Gaza, un modèle qui ressert au Sud du Liban, dénoncer la torture dans les prisons, dénoncer le commerce avec les colonies sionistes en Cisjordanie occupée, les Bédouins chassés de chez eux dans le Néguev occupé et l’occupation et la colonisation de la Palestine, en général.
Soyons les porte-voix de celles et ceux que l’on veut effacer. Et, donc, dénonçons, certes, mais ne nous contentons pas de dénoncer. Cela signifie ne pas s’en tenir à la vision des Palestiniens comme des victimes, mais malgré tout, comme un peuple construisant sa propre libération nationale. Et ne pas non plus en rester aux explications de notre « gauche » bien-pensante sur la soi-disant « paix juste et durable » celle-ci n’est rien d’autre que la paix coloniale et ne remettant jamais en doute l’existence de l’État colonial sioniste autant dire la poursuite de la colonisation. Dans leur grande majorité, les gens de « gauche » refusent d’analyser correctement la situation coloniale en Palestine. Et la raison en est simple, ils sont indélébilement marqués par l’héritage idéologique de la colonisation, de l’impérialisme français, des « Lumières » de Voltaire. Leur position consiste à dénigrer le Hamas ou la Résistance armée, expliquant aux Palestiniens qui doit organiser la résistance et comment. Ce sont toujours les mêmes qui parlent de paix et non de libération nationale de la Palestine. Les mêmes parlent de « solution à deux États » permettant de facto le maintien de la colonisation. Ceux sont là encore les mêmes parlant de « complicité » des impérialistes occidentaux et non de leur implication directe dans la colonisation. Ce sont enfin les mêmes qui tentent objectivement d’épargner l’impérialisme français en le disant sous pression des lobbies comme le CRIF.
Nous le redisons; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
L’État colonial sioniste tombera, c’est le sens de l’histoire ; et la Palestine sera libre de la mer au Jourdain !

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