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N° 959 08/01/2026  La proposition de loi de Yadan
La députée macroniste Caroline Yadan, élue des Français de l’étranger de la zone Est de la Méditerranée, semblant ne parler que pour ses électeurs résidant dans l’État colonial sioniste est investie par le mouvement sioniste de la défense absolue de l’État génocidaire. Comme les travailleurs et les peuples du monde ont compris la nature profonde du sionisme, ce courant politique de la colonisation de substitution, la seule voie de recours de tous les défenseurs des fascistes génocidaires est la répression. Une répression, nous l’avions déjà dit, dirigée essentiellement contre celles et ceux dénonçant l’État colonial sioniste.
Après la circulaire liberticide de Dupont-Moretti en octobre 2023, les gardes à vue et procès iniques en tous genres, voici venue l’heure d’un projet de loi, car, malgré cette répression particulièrement importante en France, les militants de la libération nationale de la Palestine ne se taisent pas. Aussi, Caroline Yadan a déposé un projet de loi dite " visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme" (PPL N°575) inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le 20 janvier 2026 en commission et le 26 en séance plénière.
 
Voici l’essentiel des dispositions de cette proposition de loi.
Étendre le champ du délit de provocation à des actes de terrorisme ou d’apologie publique de tels actes, en punissant également les « provocations indirectes ». Elle vise également à punir explicitement la présentation « d’actes de terrorisme » comme des actes de résistance, ou le fait « d’inciter publiquement à porter sur des actes de terrorisme ou sur leurs auteurs un jugement favorable ». (Article 1er, I)
Créer un nouveau délit visant à réprimer tous les actes et tous les propos qui, sans juger de manière favorable des actes de terrorisme ou leurs auteurs, ont pour objet ou pour effet de banaliser, minorer ou relativiser les actes de terrorisme ou le danger représenté par les auteurs de ces actes (article 1er, I).
Ajouter des critères permettant aux préfets de prononcer la fermeture des lieux de culte, tels que la tenue de propos qui « font l’apologie du terrorisme », « présentent [des actes terroristes] comme une légitime résistance à un Etat » ou « relativisent le danger représenté par les auteurs de tels actes » (article 1er, II).
Créer un nouveau délit réprimant le fait de provoquer directement ou indirectement à la destruction ou à la négation d’un État, ou de faire publiquement l’apologie de sa destruction ou de sa négation, puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende (article 2nd).
Étendre le champ du délit de contestation des crimes contre l’humanité, en y ajoutant « par voie d’insinuation, de comparaison, d’analogie ou de rapprochement », en indiquant dans l’exposé des motifs que « la comparaison d’Israël au régime nazi serait de ce fait sanctionnée comme une banalisation outrancière de la Shoah. ».
 
Les ressorts d’un projet visant à faire taire les voix discordantes
Une construction idéologique bien connue
Il s’agit de la poursuite de l’opération idéologique continue depuis 1948, visant à faire de l’État colonial sioniste le représentant de tous les juifs du monde et à lier sa création aux survivants de l’holocauste perpétré par les nazis.
Ces deux postulats sont bien évidemment faux. Il existe de nombreux juifs dans le monde qui ne se reconnaissent pas dans l’entité sioniste, nous l’avons écrit à plusieurs reprises et de nombreux d’historiens l’ont démontré : il n’existe pas de peuple juif, mais des juifs issus de différents peuples, palestiniens, irakiens, yéménites, berbères, khazars et slaves ou éthiopiens. La majorité des colons venus occuper la Palestine, voler les maisons, les terres et chasser les habitants sont originaires d’Europe de l’Est. Malgré ce non-sens, les sionistes ont proclamé en 2018 leur entité : « État-nation du peuple juif ». Cela seul devrait suffire à n’accorder aucun crédit à cette construction idéologique.
Ensuite, les créateurs de l’État colonial sioniste étaient en Palestine bien avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, organisée par la Bourgeoisie allemande. Notons par ailleurs qu’un rabbin de Slovaquie avait écrit à la direction sioniste en Palestine en 1943 pour leur demander d’intervenir auprès des alliés afin de faire cesser les déportations vers les camps de la mort. Il s’était vu répondre que, pour pouvoir s’asseoir à la table des négociations avec les alliés, à la fin de la guerre, et donc obtenir leur État, ils avaient besoin de martyrs.[1]
 
A propos des concepts de « terrorisme » et de « provocation indirecte »
Le projet de loi de Yadan est composé d’ajouts à la loi de 2014 (après les attentats) qui a sorti le délit d’apologie du terrorisme de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Il s’agissait alors de sanctionner des comportements qui, en glorifiant les actes terroristes commis sur le territoire français, pouvaient inciter à en commettre d’autres. S’y est ajoutée la circulaire de Dupont-Moretti d’octobre 2023 permettant à des associations sionistes, parfois créée pour l’occasion, de dénoncer en justice des acteurs de la solidarité anticoloniale.
Le concept de terroriste est totalement subjectif. Après les Nazis désignant les communistes puis les Résistants[2], le mot a été quasi systématiquement utilisé par tous les oppresseurs coloniaux pour désigner leurs opposants armés combattant pour la libération de leur nation colonisée. Ho Chi-Minh, Houari Boumediene, Amilcar Cabral, Yasser Arafat et Nelson Mandela ont été tour à tour qualifiés de terroristes. Mais, ce traitement du concept dévoilait probablement un peu trop la vérité. Il a donc fallu le changer, l’impérialisme dominant s’en est chargé, en utilisant le vocable afin de désigner les mercenaires fascistes, appartenant le plus souvent à la mouvance islamiste[3], qui avaient été formés et organisés par eux pour combattre les communistes puis les nationalistes arabes ayant des volontés d’émancipation. Mais, ce qualificatif disparut dès que ces gens rentrèrent dans le rang et servirent directement les intérêts des impérialistes occidentaux : « Al-Nosra fait du bon boulot. », aux dires de l’ancien ministre Fabius ; et Al-Jolani est passé du statut de terroriste à la tête mise à prix à celui de chef d’État avec la bénédiction de Donald Trump. Aucune définition du mot « terrorisme » ne figure ni dans la loi de 2014, ni dans la circulaire de 2023, ni dans la proposition de loi de Yadan.
Cette ambiguïté volontaire se retrouve avec le nouveau concept de « provocation indirecte » à la commission « d’actes de terrorisme ». Si l’on voit bien ce que pourrait être une provocation directe, nous avons des exemples quotidiens avec les sionistes appellant à tuer tous les Gazaouis et notamment les enfants, on distingue mal comment on peut inciter indirectement à commettre des actes dont la nature n’est pas définie. En revanche, on voit bien les perspectives qu’il ouvre. Même selon la loi des démocraties bourgeoises, le principe de légalité criminelle exige une définition claire et précise de l’incrimination pour éviter l’arbitraire. Ce principe est donc mis à mal et rangé au magasin des accessoires. Tout pourrait être laissé à l’appréciation non seulement des juges, mais aussi des associations sionistes qui poursuivent inlassablement de leur haine les défenseurs de la Palestine libre.
 
Derrière les mots: empêcher la critique de l’État colonial et du sionisme en général
Ce qui semble illustrer ce concept de « provocation indirecte » est précisément défini dans le texte de la proposition de loi : « « l’établissement de comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des Nazis ». Passons sur le fait que de nombreux juifs, comme Rony Braumann, enfants de déportés, comme Norman Finkelstein, ont établi cette comparaison et l’ont argumentée. La phase accélérée du génocide depuis octobre 2023, caractérisée par les bombardements intenses, les tireurs d’élite ciblant des enfants, le ciblage de soignants, universitaires, journalistes, humanitaires, le blocage de l’entrée de denrées ou médicaments, impliquant maladie et faim, l’utilisation même des conditions météorologiques définissent clairement, si les paroles des génocidaires ne suffisent pas, la volonté d’exterminer ou de chasser par la terreur un peuple. C’est en tout point comparable à la volonté des nazis d’exterminer les juifs ou les « untermenschen[4] » slaves.
Un autre fleuron de la panoplie de Yadan sert d’ossature à son entreprise de censure et de criminalisation de l’anticolonialisme, le fait de « présentent [des actes terroristes] comme une légitime résistance à un Etat ». Cela vise directement la libération nationale de la Palestine ou du Sahara Occidental, comme ça aurait pu viser celle de l’Indochine, de l’Algérie ou de la Guinée Bissau. Nous rappelons notre position que ni la loi bourgeoise, ni la justice au service de la classe dominante ne feront taire : l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » est un moment du combat anticolonial menée par la Résistance palestinienne depuis des décennies. Elle a permis de sortir la question palestinienne au grand jour, alors que d’aucuns pensaient déjà que la poussière resterait sous le tapis. Elle a permis aussi la mise à nu du sionisme de son caractère colonial de substitution de son œuvre d’élimination du peuple palestinien. Vouloir interdire cette position n’est pas une manière de « lutter contre l’antisémitisme », mais de protéger par la censure et la répression le terrorisme génocidaire de l’État colonial sioniste. C’est une atteinte plus que manifeste à la liberté d’expression.
 
A propos de la lutte contre l’antisémitisme, comme véhicule de défense du sionisme
La proposition des Macronistes introduit la notion « d’antisémitisme réinventé » qualifié de « géopolitique ». Que signifie cet élargissement d’une notion qui paraissait assez claire, reposant sur la haine des juifs ?
De la même manière que le sempiternel recours à l’application du droit international en ce qui concerne les crimes de l’État colonial sioniste est illusoire, il est également contre-productif, pour critiquer la proposition de Yadan, de poser pour acquis qu’il y aurait une augmentation des actes antisémites en France. Nous n’en savons rien ! Ce postulat réside sur les signalements du ministère de l’intérieur, juge et partie dans cette affaire et non sur une augmentation des condamnations pour actes antisémites. Il est donc tout aussi contre-productif d’admettre que le projet de loi aurait, même vaguement, pour raison une lutte contre un antisémitisme qui serait amplifié. Sa seule raison est la défense absolue du sionisme, étant en grande difficulté, car les travailleurs et les peuples du monde l’ont mis à jour.
De la même manière que Ben Gourion se moquait de la croyance religieuse juive, « Dieu n’existe pas, mais il nous a donné une terre », Netanyahu et Yadan se moquent de l’antisémitisme leur servant uniquement qu’à une instrumentalisation dans le but de défendre leur entité raciste colonialiste et fascisante.
Par ailleurs, la construction idéologique de l’impérialisme occidental a fait à la fois de la lutte contre l’antisémitisme un combat qui serait plus important que celui contre les autres formes de racisme et du génocide des juifs un mal absolu, occultant celui des Amérindiens, des Aborigènes et des Arméniens, ou encore l’esclavage des noirs d’Afrique, sans parler de celui des Palestiniens. Si la première chose n’est pas toujours affirmée explicitement, la seconde fait même l’objet de l’étude de l’histoire dans nos manuels scolaires. Et cela sert de ressort à tout ce qui est défense absolue du sionisme et de son État colonial.
Cependant, il serait faux de nier que la situation en Palestine, le génocide perpétré sous nos yeux, ne suscite pas des réactions antisémites. Leur source est une incompréhension manifeste de la question coloniale en Palestine, les dérives du discours sur le lobby sioniste,  est réel, mais pas essentiel ; quand des gens pensent que les sionistes commandent au monde occidental ; d’où le raccourci raciste « les Juifs tiennent le monde ». C’est une raison supplémentaire d’éclairer sans relâche sur le statut de l’État colonial sioniste, qui n’est qu’un point avancé, un prolongement organique de l’impérialisme occidental, le défenseur de ses intérêts au Proche-Orient. Ce sont bien les multinationales US qui dirigent, y compris l’économie de l’entité sioniste.
Le Parti Révolutionnaire Communistes combat bien évidemment l’antisémitisme. Résultat des brimades et massacres organisés ou légitimés par l’Eglise catholique, il a été puis est encore un outil des bourgeoisies et autocraties occidentales. Son objectif est de diviser les peuples et d’orienter leurs révoltes contre les juifs, les détournant de la révolte contre l'ordre social établi, comme tous les racismes.
Pour terminer, il convient de dire que la proposition de Yadan, en voulant absolument faire coller les juifs de France à l’entité sioniste et à sa défense, en se basant sur le postulat que certaines formes de critiques de la politique coloniale sioniste constitueraient un appel à la haine à l’égard des personnes juives, peut constituer un danger pour les Français juifs qu’elle prétend protéger.
 
L’État colonial sioniste est illégitime.
La proposition de loi introduit un nouveau délit autour de l’apologie de la « destruction ou de la négation d’un État ». Il s’agit bien entendu d’un seul État, celui des colonialistes sionistes. Ce serait étonnant que cette loi puisse être utilisée pour empêcher la partition de fait de l’Irak, de la Libye ou de la Syrie. Pour autant, dans l’histoire de l’humanité, nombre d’États ont disparu.
Le point de départ est une falsification, présentant l’acte de Résistance anticoloniale du 7 octobre 2023 et, par extension la Résistance armée palestinienne, comme un acte de haine des Juifs. Les Macronistes ne sont pas les seuls à avoir utilisé cette falsification. De nombreux gens de « gauche », partis politiques comme le PCF ou associations sionistes comme Golem, ont écrit sur des sionistes « tués en tant que juifs » quand ils n’ont pas parlé de pogrom. Nous sommes bien dans la droite ligne de l’utilisation du mot « terroriste » qualifieant les Résistants de 40-45 ou toute organisation armée de libération nationale anticoloniale.
Derrière ce texte, se situe la volonté d’interdire de contester la nature de l’État colonial sioniste, tel qu’il se définit à travers la loi « État-nation du peuple juif » de 2018 ne reconnaissant le droit à l’autodétermination qu’à ses citoyens colons, le plus souvent d’origine européenne, et qui « considère le développement de la colonisation juive comme une valeur nationale ». Et évidemment d’empêcher toute référence à un État de Palestineunique et laïque.
 
En conclusion
Cette proposition est une mesure de la crainte suscitée par la réprobation internationale du sionisme, y compris en France où la solidarité est plus faible qu’ailleurs, et de la volonté de s’en prendre à ceux qui pointent la nécessité que l’État colonial sioniste disparaisse car ils soutiennent effectivement la lutte de libération nationale de la Palestine.
On voit bien que les cibles de Yadan ne sont pas ceux qui ne s’en prennent qu’à « Netanyahu d’extrême-droite » et/ou de celles et ceux qui parlent de « solution à deux États ». Elle défend le sionisme, son corpus idéologique, son histoire, et sa société totalement gangrénée par le poison colonial de substitution, un fascisme raciste et génocidaire.
Le Parti Révolutionnaire Communistes, à quelques jours de l’examen de cette proposition de loi liberticide et colonialiste, réaffirme sa position. Le problème, c’est le sionisme. La solution c’est la fin de l’État colonial !
 
En cette nouvelle année, le Parti Révolutionnaire Communistes souhaite bon courage à tout le peuple palestinien et à sa Résistance armée. Depuis le « Déluge d’Al-Aqsa », le roi sioniste est apparu aux peuples du monde plus nu que jamais. La solidarité des travailleurs et des peuples est le seul allié de la Palestine. Le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète.
L’État colonial sioniste tombera ! C’est le sens de l’histoire ! Et la nation palestinienne sera enfin libre, du Jourdain à la mer !
[1] Lire Michel Warschawski « Sur la frontière »
[2] « Je suis fils de terroriste » répète à l’envi Pierre Stamboul, dirigeant de l’UJFP et fils d’un survivant du groupe Manouchian.
[3] Nous utilisons le terme « islamiste » faute de mieux. Néanmoins, il ne nous a pas échappé qu’il est utilisé afin de fabriquer de toute pièce un lien entre islam et ce que l’idéologie dominante appelle terrorisme. Il est indéniable que takfiristes, wahhabites et Frères musulmans se réclament de l’islam. Pour nous, ce sont surtout des fascistes, des mercenaires de l’impérialisme occidental qui n’ont rien à voir avec un quelconque combat de libération nationale, au contraire.
[4] En allemand « sous hommes »