N° 931 25/06/2025 Combien de Palestiniens disparus à Gaza ?
Le 1er juin, le sociologue israélien YaakovGarb, exerçant à l’université de Harvard publie un rapport de 9 pages : « Les centres de distribution d'aide israélo-américains/GHF à Gaza », basé sur les données de l’armée d’occupation. L’introduction de ce rapport indique bien ce qu’il démontre : « Ce rapport fournit des cartes, des données de localisation et une brève analyse initiale des centres de distribution d'aide israélo-américains/GHF, rapidement construits et opérationnels à Gaza en mai 2025. La relation géographique globale de ces centres avec les populations gazaouies et les infrastructures du contrôle militaire israélien de Gaza, ainsi que leur architecture interne cohérente, suggèrent que leur conception répond principalement à la stratégie et aux tactiques militaires israéliennes plutôt qu'à une vaste intervention humanitaire. ». Effectivement, YaakovGarb conclut que ces nouveaux “centres d’aide” israélo-américains sont en réalité conçus selon une logique purement militaire de contrôle de la population gazaouie, violant les principes humanitaires les plus élémentaires.
Pour son analyse, YaakovGarb s’appuie sur des données israéliennes recensant la population palestinienne dans les “enclaves humanitaires” désignées par l’armée : Gaza-ville : 1 M ; Centre de Gaza : 350 000 ; Mawasi : 500 000 ; ce qui fait un total de 1,85 million de personnes. Or, avant le 7 octobre 2023, Gaza comptait pourtant environ 2,227 millions d’habitants, selon les sources officielles. Il manque donc 377.000 personnes qui n’apparaissent dans aucune enclave dans ces données. Ce nombre de 377 000 ne figure pas, mais découle d’une simple soustraction. 377 000 sur un peu plus de 2 millions. Il y a les morts, les disparus, ceux que l'on a fait disparaître dans des charniers après les avoir arrosés d'un dissolvant extrêmement puissant. Les criminels de guerre ont exterminé entre 15 et 20% de la population. Ce ratio est rarement atteint même dans le cadre d'un génocide. Des centaines de milliers sous les décombres sont aplatis grâce aux bulldozers, des centaines de familles sont effacées de l’état civil, avec aucun survivant pour témoigner. L’entité sioniste brûle et détruit toutes preuves de leur existence Et les impérialistes occidentaux leur laissent le temps pour nettoyer.
Notons que, dès le 1er janvier 2025, Al Jazeera annonçait : « La population de Gaza a diminué d'environ 160 000 Palestiniens depuis le début de la guerre d'Israël contre l'enclave, selon l'agence officielle palestinienne des statistiques. ». Enfin, le Lancet avait, il y a un peu moins d’un an, estimé à 180 000 les morts de Gaza.
Gaza, pour les media officiels en France, silence, on massacre !
Une journaliste d’Arrêt sur Images a fait l’effort de regarder systématiquement tous les journaux télévisés de la mi-journée et du soir des trois chaînes généralistes : TF1, France 2 et M6 afin de mesurer le temps consacré au génocide à Gaza durant la semaine du vendredi 13 juin inclus au vendredi 20 juin inclus également, où tout le monde était fixé sur l’agression de l’entité sioniste contre l’Iran. Le résultat est dérisoire : pour M6, 12 secondes le midi et 46 secondes le soir ; pour TF1 23 secondes le midi et 26 secondes le soir ; enfin, pour France 2, rien le midi et 14 secondes le soir.
Pourtant, mardi 17 juin, 59 Palestiniens ont été tués et plus de 200 blessés à Khan Younès alors qu'ils attendaient le passage de camions d'aide humanitaire. Pourtant, mercredi 18 juin, le docteur Ahmad al-Farra, responsable de la maternité et du service pédiatrique de l'hôpital Nasser à Khan-Younès lançait un premier appel pour sauver ces bébés prématurés qui n'ont plus de lait pour vivre. Pourtant, jeudi, un drone israélien a bombardé une tente dans le camp de réfugiés d'Al-Shati. Les Palestiniens venaient y recharger leurs téléphones. Les images sont horribles. On aperçoit des corps d'enfants tués, et un homme brûlant dans le feu causé par les bombes.
Pourtant, du 13 au 20 juin, au moins 537 Palestiniens ont été tués et 2 300 blessés par Israël. Mais, fidèles à leur attitude depuis un an et demi, les media d’État (on ne peut décemment plus parler de « service public ») ou privés ont pour mission de taire ce qui se passe. Ainsi nous avons eu droit à des tas de reportages sur les malheureux sionistes frappés par les missiles iraniens, très peu sur les destructions et les morts de civils en Iran, et rien sur le massacre continu à Gaza. Aucun medium officiel n’a documenté sur la principale information depuis au moins la mi-mai, les sionistes utilisent leur monopole de la distribution alimentaire pour attirer les Gazaouis affamés dans des pièges où nombre d’entre eux sont blessés ou tués.
Dans un article publié par Acrimed, le 23 juin, une journaliste du Media, Amina Kalache, revient sur les séances de la Cour Internationale de Justice, à la fin du mois d’avril dernier, et surtout sur l’absence de couverture de ces événements en France.
« Le grand hall de la Cour internationale de justice était silencieux, solennel. En cette dernière semaine du mois d’avril 2025, on y plaidait l’impensable : la famine utilisée comme arme de guerre à Gaza, la destruction méthodique du peuple palestinien, des actes de génocide présumés. », nous dit-elle. La rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, a estimé qu’il existait des « motifs raisonnables » de croire à la matérialité de plusieurs actes entrant dans cette qualification. Face aux juges de La Haye, l’Afrique du Sud, la Malaisie, l’Irlande, le Qatar ou encore la France se sont exprimés sur les souffrances d’une population enfermée, bombardée et affamée. Et pourtant, continue Amina Kalache : « la presse francophone n’était pas présente. Peu de micros, peu de caméras. Comme si cet événement n’était pas digne d’être raconté. Les audiences ont certes été requises dans l’urgence. Mais le sujet était de taille : l’écrasement de tout un système humanitaire, notamment au travers du cas de l’UNRWA. L’agence onusienne, créée en 1949, est le principal pilier humanitaire pour les réfugiés palestiniens, fournissant éducation, soins de santé et aide alimentaire à environ 5,9 millions de personnes. En octobre 2024, le Parlement israélien a adopté deux lois interdisant ses activités dans les territoires palestiniens occupés, aggravant notamment l’accès à l’aide vitale à Gaza. Une décision qualifiée de catastrophe humanitaire par de nombreuses ONG, mais aussi lors de ces audiences anticipées. ».
Il ne s’agit pas de manque de moyens, mais d’un désintérêt choisi, une option politique. Les impérialistes occidentaux soutiennent leur créature sioniste, les véhicules de l’idéologie dominante utilisent tous les moyens à leur service pour servir les intérêts des grands capitalistes US et UE qui sont profiteurs de la colonisation de la Palestine. Or, le silence semble le seul atout qui leur reste qui soit un tantinet efficace ; l’omniprésence des sionistes sur les plateaux TV ne fait qu’agacer, l’entité sioniste est au ban des nations. Il faut tenter de redorer son blason, d’où les images de certains dégâts issus des missiles iraniens (pas les dégâts matériels importants qui montrerait la défaite sioniste), les plaintes pour les pauvres habitants de Tel Aviv (curieusement, très peu ceux de Haïfa) et le silence complet sur Gaza. Une particularité de ce silence touche le soi-disant ravitaillement des Gazaouis par les sionistes. Maintenant qu’il est impossible de critiquer l’UNRWA ou de dire que c’est la Résistance qui s’empare des vivres, il n’y a plus qu’une solution, la chape de plomb pour tenter de cacher les massacres auxquels se livre l’armée d’occupation.
Plus que jamais, l’anticolonialisme
Nous ne pouvons pas ne pas parler tous les jours de Gaza. Il est indispensable de faire résonner partout le nom de la Palestine. Pour cela il faut raconter ce qui se passe, diffuser des témoignages. Mais, nous l’avons développé la semaine dernière, il est indispensable de ne pas en rester à l’émotion, sous peine de propager une image fausse des Palestiniens, une image de victimes et non de combattants pour leur liberté, qui constituent un énorme caillou dans la chaussure de l’entité sioniste et donc de l’impérialisme occidental.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, il faut, inlassablement, diffuser les éléments qui permettent de comprendre la situation coloniale en général et celle particulière de la colonisation de substitution en Palestine. Il faut dire et redire pourquoi la défense de la Résistance palestinienne n’est pas la solidarité avec une lutte lointaine qui ne nous concernerait pas directement, pourquoi l’émancipation des Palestiniens est indissociable de notre propre émancipation.
Cela passe par démonter tous les arguments autour de la « paix entre Israéliens et Palestiniens » qui est un mot d’ordre illusoire, il n’y a pas de prolétariat « israélien » mais des colons sionistes et absolument pas anticolonial. La gauche française et la CGT, qui défendent unanimement ce concept, plombent en fait la défense de la Résistance palestinienne et empêchent son développement.
Il n’y a ni soutien ni défense de la Palestine sans caractérisation du caractère colonial de l’entité sioniste, sans dénonciation de son existence, sans mention de la lutte de libération nationale. La question coloniale doit être articulée avec la question nationale dont elle relève, et avec la question, fondamentale en Palestine, de la possession de la terre.
Pour que cette mobilisation en France soit plus forte, il faut, plus que jamais, un discours clair, anticolonialiste, antisioniste, dénonçant les acteurs, les complices de la colonisation de substitution mise en œuvre en Palestine, les complices du génocide de l’entité sioniste qui ressemble de plus en plus à celle de l’Ouest états-unien, perpétrée là aussi par des colons européens !!! Il faut une position claire, un soutien total au peuple palestinien, à sa résistance, sous toutes ses formes, des gestes de tous les jours, au combat armé. Il n’est pas possible de soutenir la lutte pour une Palestine libre sans soutenir la Résistance armée, dans toutes ses composantes et dans toutes ses actions ; sans réclamer la fin de l’État colonial d’apartheid, car son existence empêche une véritable paix. Il faut donc sortir de toutes les positions « torts partagés », dans un paysage politique marqué par la faiblesse historique à gauche de l'anticolonialisme et de l'antiimpérialisme en France.
En conclusion
Il faut plus que jamais la solidarité active des peuples et des travailleurs du monde entier avec la résistance du peuple palestinien, à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem. Il est plus que temps qu'une grande manifestation populaire s'organise partout en France pour soutenir la lutte de libération nationale du peuple palestinien et crier que les crimes cela suffit, que les droits légitimes du peuple palestinien doivent être reconnus.
Une telle manifestation doit porter la revendication d’une paix juste en Palestine. Une paix juste, c’est le démantèlement des colonies, le retour des réfugiés et un État où tous les habitants jouissent des mêmes droits et puissent vivre ensemble, quelle que soit leur origine, en l’occurrence, un État palestinien démocratique et indépendant.
Le Parti Révolutionnaire Communistes soutient plus que jamais les revendications fondamentales du mouvement de libération nationale palestinien : fin intégrale de l'agression militaire sioniste, droit au retour des réfugiés et formation d'un État palestinien sur le territoire de la Palestine mandataire.
L’État colonial sioniste tombera. On ne peut dire quand, mais il tombera. C’est le sens de l’histoire.