N° 904 19/12/2024 Les événements en Syrie, outre la menace plus que réelle qui pèse sur la survie de ce pays, dépecé et privé de ses capacités militaires, ont, entre autres pour but de détourner l’attention de ce qui se passe à Gaza.
Ne pas parler de Gaza, ne surtout pas donner à comprendre
Les media n’ont, à vrai dire, jamais vraiment parlé auparavant du génocide perpétré dans la Bande de Gaza, ni surtout éclairé sur les enjeux. Ils ont tous, qu’ils appartiennent aux capitalistes pour qui Macron travaille (LCI, CNews, BFM) ou qu’ils aient accolé une étiquette de service public, tenu grosso modo la même ligne, qui tient en quelques phrases :
- Tout a commencé le 7 octobre 2023.
- Israël se défend contre une attaque « terroriste ».
- Le droit d’Israël à vivre et se défendre est sacré
- Israël est la seule démocratie du Proche Orient.
Dans ce récit, plusieurs mots sont interdits, comme colonialisme, résistance, et, bien entendu, génocide. Ce qui est impossible à passer sous silence est dit a minima, et on ne s’étend pas dessus, comme le mandat d’arrêt contre les bourreaux sionistes dont plus personne ne parle.
Alors que, sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos sont diffusées tous les jours qui montrent la ou les dernières exactions de l’armée fasciste sioniste, il n’est quasiment pas possible d’en entendre parler, encore moins d’en voir, sur les officines qui organisent « l’information ». Le mot d’ordre commun est « Silence, on tue ! ».
Quant aux éditorialistes, ils mènent, de plus en plus difficilement, mais avec une abnégation qui doit plaire à leurs patrons, le combat pour faire passer les victimes de Gaza pour des « dommages collatéraux ». Il s’agit de tenter d’empêcher que les destinataires de la propagande officielle qu’ils délivrent comprennent que la mort des civils, l’éradication des Palestiniens de Gaza sont le vrai but des sionistes. Et c’est d’autant plus difficile que la parole des défenseurs de la colonisation et du génocide est libre et qu’ils ne se privent pas d’assumer. Nous avons ainsi Céline Pina qui dit : « Une bombe qui explose tuera sans doute des enfants, mais ces enfants ne mourront pas en ayant l’impression que l’humanité a trahi tout ce qu’ils étaient en droit d’attendre » ; le Grand Rabbin Korsia pour qui « Israël fait le boulot pour nous tous » ou encore Meyer Habib, lequel affirme : « Un juif en Judée-Samarie n’est pas un colon comme un Français en Algérie, il est sur la terre de ses pères ».
Le cas du film Yallah Gaza
Le symbole le plus significatif, même s’il semble moins excessif, de cet état d’esprit généralisé des politiciens, « chroniqueurs » et « journalistes » est la décision motivée de la communauté des communes de Mornant, dans le sud du département du Rhône, d’interdiction de la projection du film « Yallah Gaza », diffusé à partie de l’automne 2023, tourné antérieurement à l’attaque de la Résistance palestinienne contre l’État colonial le 7 octobre 2023. Outre les habituels prétextes : risque de troubles à l’ordre public et de montée de l’antisémitisme, la direction de la communauté de communes base son refus sur le fait que, le film ayant été tourné avant le 7 octobre, il serait « hors contexte » et donc, sa diffusion ne serait pas pertinente. Notons que les élus locaux rhodaniens n’ont rien inventé. Le film documentaire, qui retrace la vie quotidienne des Gazaouis sous blocus, avait valu, lors d’une de ses premières diffusions, en début novembre 2023, ce commentaire sans réplique du journal officiel de la Bourgeoisie, Le Monde : « Le documentaire de Roland Nurier, réalisé avant le 7 octobre, souffre d’un parti pris qui empêche de rendre le conflit intelligible. ». Or, dans le film, les nombreux témoignages des Palestiniens de Gaza sont mis en perspective avec les analyses de responsables politiques locaux, d’historiens, de journalistes, d’Israéliens, de juristes spécialistes de Palestine/Israël. On y voit des Gazaouis parler de leur quotidien, de géopolitique, de religion, de sionisme, de Droit international, bref de tous les éléments nécessaires à la compréhension du vécu de cette société palestinienne et de son environnement si anxiogène. Le but du réalisateur était, notamment, « d’appréhender leur résilience pour que le désespoir ne s’installe pas et comprendre comment se transmet de génération en génération cette flamme de la culture et de la terre ». Peut-être est-ce ce paragraphe de la présentation du film, qui n’a pas plu aux gardiens du temple de la « vérité impérialiste » que sont les « journalistes » du Monde : « Démystifier les préjugés, tordre le cou au "prêt-à-penser" et témoigner que Gaza est une société qui vit dans un environnement totalement anormal, voilà ce que propose Yallah Gaza. ».
La vérité se fait jour, malgré tout
Le combat d’arrière-garde que mènent les roquets de l’impérialisme occidental est voué à la défaite. De plus en plus d’yeux s’ouvrent. Si tout le monde n’a pas encore compris la nature profonde de la guerre en Palestine, de plus en plus de travailleurs voient bien que les sionistes ciblent les journalistes, les soignants, les salariés de l’UNRWA, la défense civile ou les humanitaires et que, pour le reste, ils tuent des civils au hasard, non dans des frappes, selon le mot « soft » de l’idéologie dominante, mais dans des bombardements ciblés, sans parler des tireurs d’élite qui visent des enfants en se vantant d’avoir tué un futur terroriste. Plus grand monde ne peut dire qu’il ne sait pas. Par la force des choses, admettre qu’Israël commet un génocide entraîne forcément à se demander pourquoi.
Le dernier rempart, pour empêcher de réaliser que nous sommes face à un conflit colonial, face à une colonisation de la pire espèce, la colonisation de substitution, c’est l’agitation autour de Netanyahu et de « l’extrême-droite », développée par l’ensemble des politiciens de gauche, en France, qui a pour résultat et probablement pour but chez certains d’occulter la responsabilité intrinsèque du sionisme. Car le plan pour expulser par tous les moyens les Palestiniens de la Bande de Gaza n’est pas né dans le cerveau de Netanyahu. Dès 1967, après le début de l’occupation, les dirigeants sionistes d’alors, tous travaillistes, y avaient pensé. Un article récent de Haaretz a documenté cette réalité.
Ainsi, le premier ministre Lévi Eshkol a pu déclarer le 19 juin 1967 : « Je propose d’annexer Jérusalem et la Bande de Gaza, même si je ne dirais pas de faire les deux choses en même temps » ; son ministre de la Défense, Moshé Dayan, appuie le 25 juin : « Si nous pouvons expulser 300.000 réfugiés de Gaza vers d’autres endroits … nous pouvons annexer Gaza sans problème ». Le ministre de l’intérieur, Moshe Shapiro s’interroge, se demandant : « Si c’était possible de transférer 200.000 des réfugiés à El Arish ou d’en installer quelques-uns en Cisjordanie ». El Arish est une commune égyptienne du Sinaï, occupé par les sionistes après la guerre des Six Jours. Et, pour finir, le ministre des affaires étrangères, Ygal Allons, en rajoute : « La zone entière du Sinaï, et pas seulement El Arish, permet l’installation de tous les réfugiés de Gaza, et, selon moi, nous ne devrions pas attendre. Nous devons commencer à les installer. ».
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, dénoncer le rôle du sionisme, expliquer le caractère colonial du conflit mène à la conviction qu’aucune paix ne sera possible tant que l’État colonial sioniste existera. Cette conviction est la nôtre, fondamentalement. Défendre la cause palestinienne passe par la dénonciation des ravages du sionisme et sa mise en accusation.
En conclusion
Les Palestiniens ne peuvent compter que sur eux-mêmes et la pression des travailleurs et des peuples. Ainsi, des militants juifs new-yorkais ont obtenu l’annulation d’une réunion prévue avec le génocidaire Gallant, en visite tranquille aux USA. Donc, l’important, c’est la poursuite et l’amplification des luttes de solidarité, sous toutes leurs formes.
Comme tous les partisans de la libération de la Palestine dans le monde, nous continuons et nous continuerons, inlassablement, d’exiger un cessez-le-feu immédiat et permanent, de même que l’accès libre aux humanitaires dans toute la Bande de Gaza, et le retrait total des forces d’occupation et de colonisation de l’enclave. Mais, cela ne saurait suffire.
Une paix juste, c’est le démantèlement des colonies, le retour des réfugiés et un Etat palestinien indépendant. Ce qui empêche une telle paix c’est l’existence d’un Etat colonial. Les travailleurs d’Israël ne peuvent être libres s’ils ne rompent pas avec le sionisme, s’ils continuent de se trouver objectivement dans le camp des colonisateurs. La solidarité avec la Palestine ne peut se contenter de phrases générales sur la paix. Il faut un Etat où tous les habitants jouissent des mêmes droits et puissent vivre ensemble, quelles que soient leur origine, en l’occurrence, un État palestinien démocratique. De même, la lutte de libération nationale du peuple palestinien n’a pas besoin de compassion, mais d’un réel soutien politique et d’actions de solidarité internationaliste. Et pour la France, où les Révolutionnaires, comme ailleurs, doivent combattre d’abord leurs capitalistes, cela commence par la lutte politique contre le soutien de l’impérialisme français à l’État colonial sioniste.
C'est pourquoi, le Parti Révolutionnaire Communistes entend continuer de rassembler tous ceux qui veulent un cessez le feu immédiat pour que cesse le massacre des Palestiniens et se prononcent pour la paix. Pour nous, cela passe par le soutien aux revendications fondamentales du mouvement de libération nationale palestinien, surtout après l’assassinat d’un de ses dirigeants : fin immédiate de l'agression militaire sioniste, droit au retour des réfugiés et formation d'un État palestinien sur le territoire de la Palestine mandataire.