N° 902 05/12/2024 Un cessez-le-feu au Liban : sous contrôle des États-Unis ou la Pax Americana !
Le soi-disant cessez-le-feu au Liban est un accord vraiment épouvantablement dissymétrique, au point qu’il est surprenant que le gouvernement libanais ait pu le signer.
Le problème fondamental est qu’il stipule que toutes les milices combattantes, tous les groupes armés libanais cesseront toute action militaire contre Israël, alors qu’Israël cessera toute action militaire « offensive » contre le Liban. Qui peut statuer sur le fait que telle ou telle action de l’armée génocidaire sioniste est offensive ou défensive ?
La condition selon laquelle seules les actions offensives seront arrêtées ne s’applique donc pas au Liban, mais seulement à l’État sioniste. Les sionistes peuvent donc continuer leurs actions militaires si elles sont qualifiées de défensives. Et c’est d’ailleurs ce que fait l’armée israélienne. Au quatrième jour de cessez-le-feu, l’armée d’occupation avait commis 51 violations du cessez-le-feu. CNN, au cinquième jour, a parlé de 100 violations. Les drones israéliens continuent de survoler le Sud-Liban. Et pour toutes ces violations, l’entité sioniste a dit que ce n’étaient pas des violations parce qu’elle a qualifié ces actions de défensives !!! Des actions défensives qui comprenaient des frappes de missiles ou de bombes, des attaques de drones. Evidemment, cela est « justifié » par les sionistes du fait qu’il s’agissait de cibles présumées du Hezbollah.
L’autre problème, lié au premier, ce cessez-le-feu est censé être surveillé par les impérialistes US, qui ne sont pas neutres, mais partie dans cet affrontement. Des bombes états-uniennes ont été larguées et continuent de l’être sur le Liban, frappant des civils, c’est la technologie militaire états-unienne qu’utilisent les envahisseurs sionistes ! Selon le discours officiel des impérialistes US, le Hezbollah, une organisation pourtant très implantée au Liban, est considérée comme une organisation « terroriste » étrangère ; pour l’impérialisme US, les « terroristes » n’ont pas de patrie. Mais cela signifie que n’importe quelle attaque armée d’Israël contre ce qu’il dit être un lieu abritant des membres du Hezbollah est jugée légitime par Biden et sa clique à tout moment, y compris depuis le soi-disant cessez-le-feu. Il s’agit officiellement d’une action antiterroriste. C’est tout le discours mensonger, toute la malsaine propagande sioniste depuis la reprise de la guerre ! Et depuis toujours, repris par les impérialistes US, justifiant leur soutien inconditionnel à leur prolongement organique, ainsi que leur complicité active dans les massacres au Liban et le génocide à Gaza.
Au-delà du gouvernement US, la majorité des dirigeants et des media des pays occidentaux disent urbi et orbi qu’il s’agit de combat antiterroriste et non d’action militaire d’invasion. Ainsi, Israël a pu tuer des journalistes, utiliser des tireurs d’élite pour viser sur des convois funéraires ou des personnels de la défense civile, des ambulanciers, sur des enfants ou une population attendant un camion de nourriture en Palestine. Depuis le cessez-le-feu, Israël a pu détruire des ambulances, tirer sur des véhicules civils en disant que c’était le Hezbollah.
Nous avons donc un soi-disant accord de cessez-le-feu selon lequel une des parties est autorisée à tirer, et l’autre partie n’est pas autorisée à riposter.
L’accord stipule ensuite que l’armée libanaise doit se déployer aux frontières du pays, les contrôler et qu’elle doit empêcher l’entrée de toute arme sur le territoire. Cela signifie, au cas où l’armée libanaise appliquerait vraiment l’accord, l’empêchement pour la Résistance libanaise dans son ensemble de se ravitailler en armes en Syrie.
Mais pour ce qui est de la frontière sud, l’armée libanaise ne peut pas en prendre le contrôle empêchant les sionistes de réapprovisionner leur armée à partir d’Israël. Car les troupes israéliennes, c’est qu’elles ont profité du cessez-le-feu pour occuper des positions entre la frontière et le fleuve Litani. Ainsi, l’armée sioniste occupe désormais les villages et villes qu’elle n’avait pu prendre pendant les combats, tous les endroits où les soldats sionistes ont été repoussés au cours de violents affrontements par la Résistance libanaise. Les envahisseurs y ont pénétré pendant le cessez-le-feu ! Désormais, ils sont en train de se fortifier et de se réapprovisionner en armes. Ils peuvent enfin organiser leurs retranchements dans le Sud Liban, alors que la situation de guerre ne le leur avait pas permis.
L’accord de cessez-le-feu indique que l’armée libanaise doit mettre en place des contrôles à tous les points de passage du fleuve Litani, enfin ceux que les sionistes n’ont pas encore bombardés. Dans les faits, il s’agit d’une nouvelle frontière, la nouvelle frontière sud du Liban. L’armée libanaise contrôle le fleuve et les accès à son franchissement comme si c’était la frontière du pays. Rien n’indique qu’elle va oser pousser plus au sud et demander aux militaires sionistes de reculer, bien au contraire ! Israël a toujours dit depuis le début du conflit qu’il revendiquait le contrôle de tout ce qui se trouve au sud du Litani. Et ce que la guerre ne le lui a pas permis de réaliser, l’accord « made in USA » le lui permet.
Cela inclut, par exemple, la ville de Tyr. C’est une situation qui devrait apparaître insensée à tous les commentateurs, pour peu qu’ils aient pris le temps de se renseigner sur le contenu de l’accord et sur ce qu’il s’est passé depuis. Mais, personne n’en a parlé, on nous a juste dit qu’il y avait un cessez-le-feu sans en détailler le contenu. Si les violations du cessez-le-feu par les sionistes sont parfois évoquées, c’est bien plus dans les media anglo-saxons que ceux de France. Et depuis, comme pour Gaza, nous sommes retombés dans le silence. Qui sait, dans notre pays que l’armée d’occupation s’est déployée au sud du Litani après le cessez-le-feu ?
Pour l’anecdote, sachant que, la veille de la mise en place de l’accord de cessez-le-feu, dans la partie du Litani la plus proche de la frontière israélienne, non loin de l’endroit où le fleuve prend sa source, à seulement quelques kilomètres de la frontière de l’État sioniste, l’armée génocidaire a héliporté quelques forces spéciales pour une brève séance de photos, afin de pouvoir prétendre que l’occupation avait déjà atteint le Litani. La pratique du mensonge est à la fois récurrente et bien rodée dans la propagande sioniste.
Quand d’aucuns, comme nous, dénonceront sur place la progression vers le fleuve durant le cessez-le-feu on leur dira qu’ils mentent et que la glorieuse armée sioniste avait progressé pendant la phase de guerre.
Comme disent certains observateurs libanais, c’est le pire accord de cessez-le-feu qu’on pouvait imaginer. La question, maintenant est de savoir combien de temps la Résistance et particulièrement le Hezbollah supportera cette situation. Leur participation à la signature est peu claire. On se doute que vainqueurs sur le terrain militaire, les Résistants ont pu céder aux pressions de celles et ceux qui voulaient que tout redevienne normal, que les bombardements sur Beyrouth cessent, peut-être ont-ils voulu éviter une guerre civile. On ne sait d’ailleurs toujours pas si c’est le Hezbollah qui a négocié ou l’Iran. Et n’oublions pas, quels que soient leurs liens, l’Iran est une puissance impérialiste régionale mènant sa propre barque. Le Hezbollah va-t-il supporter les empiètements, la poussée des sionistes vers le Litani, sa tentative d’implantation durable dans ce secteur ? L’avenir nous le dira.
En Syrie, les fascistes reviennent
La guerre lancée par les impérialistes occidentaux pour renverser le régime baasiste en Syrie et livrer le pays au chaos organisé par les milices mercenaires fascistes au service des USA, qu’elles s’appellent Al-Qaïda, Al-Nosra ou DAESH, sans parler des Turkmènes au service de l’impérialisme régional turc, n’a jamais vraiment cessé. Mais elle a connu, après la reconquête de 80 % du territoire par l’armée syrienne un état larvaire. Néanmoins les milices armées directement par le pouvoir turc occupaient toujours une partie nord-ouest du territoire et notamment la ville d’Idlib. Quant à l’armée US, celle-ci occupe une partie nord-est avec les champs de pétrole. Sous l'œil bienveillant US, un territoire est contrôlé par les Kurdes du YPD dont le moins qu’on puisse dire est leur attitude ambiguë depuis des années. Le fait que ces milices qui ont servi de prétexte à la soi-disant lutte anti-terroriste des USA sont en réalité des mercenaires à leur service, qu’ils déploient pour lutter contre les États qui leur résistent ou les affrontent. Ce n’est plus vraiment un secret. Il y a quelques jours, l'ancien député et sénateur républicain Richard H. Black, ex-pilote dans les US Marines, diplômé de l'U.S. Army War College, du Command and General Staff College et de la Naval Aviator's Flight School, directeur de la division du droit pénal de l'armée au Pentagone a déclaré : « Les États-Unis ont payé les salaires de tous les terroristes en Syrie ! Nous leur avons donné leurs armes et leurs camions. ».
Et comme par hasard, les mercenaires fascistes des USA ont repris la guerre immédiatement après la signature du cessez-le-feu au Liban. Cette offensive est nécessaire pour l’impérialisme dominant et ce pour plusieurs raisons. D’abord, personne à la Maison Blanche ni parmi les grands capitalistes US n’a renoncé à détruire la Syrie, un État dans lequel subsiste des restes de nationalisme arabe et d’indépendance face aux USA. Ensuite parce qu’il faut soulager Israël et occuper certains de ses opposants ailleurs. Enfin et surtout parce que le but est de faire oublier le génocide à Gaza en transformant la guerre actuelle en conflit régional. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si certains dirigeants du nouveau groupe armé issu des anciens ont remercié Israël de son aide ou si les combattants ont arraché des drapeaux palestiniens des édifices publics d’Alep.
L’offensive fasciste à Alep a été rapide et surprenante. En seulement trois jours, les forces assaillantes ont réussi à prendre le contrôle de la majeure partie de la ville. Cette victoire éclair a été marquée par des célébrations dans les rues, où des groupes d’hommes ont tiré en l’air, chanté et agité leurs drapeaux. Les assaillants ont instauré un couvre-feu de 24 heures, et leur avancée a été facilitée par l’absence de résistance de la population locale, encore marquée par les cicatrices de la guerre civile. La Syrie est affaiblie depuis huit ans de guerre. Malgré la reconquête de 80 % de son territoire par le pouvoir syrien, le pays n’a jamais réussi à se redresser économiquement. Les sanctions internationales, la corruption et la perte des puits de pétrole ont plongé la Syrie dans une crise économique profonde. La population est épuisée, cette situation se répercute sur l’armée syrienne, fragilisant le régime baasiste. Enfin, cette offensive n’ayant pu se faire sans son accord, révèle la duplicité d’Erdogan qui a versé des larmes de crocodile sur le sort des Palestiniens.
Si la situation semble stabilisée, rien n’indique que la mission des mercenaires fascistes va s’arrêter là. Ils pourraient viser la ville de Hama, au sud d’Alep et ensuite Damas.
Le Parti Révolutionnaire Communistes n’est pas un « afficionado » du régime baasiste. Mais nous savons que les mercenaires qui s’attaquent à la Syrie ne sont pas des rebelles, encore moins des « révolutionnaires syriens » selon la formule employée il y a quelques années par Olivier Besancenot. Il est même compliqué de les appeler « islamistes » tant leur rapport à la religion musulmane semble surtout un gigantesque rideau de fumée pour leur assimiler le Hamas ou les Hezbollah, lequel les a pourtant amplement combattus. Les USA et leurs alliés et vassaux utilisent la guerre pour maintenir leur rôle d’impérialisme dominant. Ils la mènent parfois directement, sans toujours beaucoup de succès et, le plus souvent, indirectement, via l’armée sioniste ou les mercenaires fascistes venus de diverses contrées notamment asiatiques.
Une victoire des mercenaires d’Erdogan, de Netanyahu et du duo Biden-Trump ne servirait aucun des peuples de la région. Il arriverait à la Syrie ce qui est arrivé à la Libye un chaos insurmontable, sans parler de l’appui que cela donnerait aux génocidaires sionistes. Un régime nationaliste arabe, même pourrissant est un moindre mal.
En conclusion
La situation globale au Proche Orient est porteuse de contradictions et de beaucoup de questions.
Au Liban, Tel Aviv a subi une défaite par rapport à ses plans mais pour le moment c’est une défaite tactique et la question est de savoir si cela deviendra une défaite stratégique, surtout avec les conditions fallacieuses du cessez-le-feu. Est-ce que les sionistes vont pouvoir occuper complètement le sud du fleuve Litani, s’y retrancher durablement ? Vont-ils reprendre l’offensive terrestre plus tard ?
Qui est le plus épuisé, la résistance ou les sionistes ? Et qui a le plus de possibilités de récupérer vite ? La société sioniste s’effrite mais la société arabe et libanaise ne sont-elles pas effritées au moins autant sinon plus ? Et les Palestiniens ne se sentent-ils pas esseulés ?
Les conditions de l’accord au Liban et la défaite ponctuelle de l’armée syrienne ne révèlent-elles pas que l’Axe de la Résistance est un mythe derrière lequel s’abritent les ambitions régionales de l’Iran et celles de la Russie, qui ne semblent pas réagir à ces deux situations ?
Enfin, n’oublions pas les Palestiniens. Tous les jours, dans le Nord de Gaza, la Résistance porte des coups certes limités, mais réguliers et permanents à l’armée sioniste qui n’a toujours pas atteint ses objectifs : une bonne partie du camp de Jabalya reste hors de son contrôle.
Mais, sur le front des bombardements et meurtres de civils, tout va bien pour les sionistes qui poursuivent méthodiquement leur objectif d’éradication de la population palestinienne.
Il ne faut surtout pas relâcher le soutien aux courageux Palestiniens, notamment dans la situation que nous avons décrite plus haut.
Comme tous les partisans pour la libération de la Palestine dans le monde, nous continuons et nous continuerons, inlassablement d’exiger un cessez-le-feu immédiat et permanent, de même que l’accès libre aux humanitaires dans toute la Bande de Gaza et le retrait total des forces d’occupation de l’enclave. Mais cela ne saurait suffire.
Une paix juste c’est le démantèlement des colonies, le retour des réfugiés et un Etat palestinien indépendant. Ce qui empêche une telle paix c’est l’existence d’un Etat colonial. Les travailleurs d’Israël ne peuvent être libres s’ils ne rompent pas avec le sionisme, s’ils continuent de se trouver objectivement dans le camp des colonisateurs. La solidarité avec la Palestine ne peut se contenter de phrases générales sur la paix. Il faut un Etat où tous les habitants jouissent des mêmes droits et puissent vivre ensemble, quelle que soit leurs origines, en l’occurrence, un État palestinien démocratique. De même, la lutte de libération nationale du peuple palestinien n’a pas besoin de compassion, mais d’un réel soutien politique et d’actions de solidarité internationaliste. Pour la France, où les Révolutionnaires, comme ailleurs, doivent combattre d’abord leurs capitalistes, cela commence par la lutte politique contre le soutien de l’impérialisme français à l’État colonial sioniste.
C'est pourquoi, le Parti Révolutionnaire Communistes entend continuer de rassembler tous ceux qui veulent un cessez le feu immédiat afin que cesse le massacre des Palestiniens et se prononcent pour la paix. Pour nous, cela passe par le soutien aux revendications fondamentales du mouvement de libération nationale palestinien, surtout après l’assassinat d’un de ses dirigeants : fin immédiate de l'agression militaire sioniste, droit au retour des réfugiés et formation d'un État palestinien sur le territoire de la Palestine mandataire.