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Caucase : un élargissement des affrontements au sein de l’impérialisme en Orient

Depuis quelques jours, les affrontements ont repris entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans la région du Haut Karabakh. Ils font suite à une longue série de conflits en 2008, 2010, 2012, 2016, 2018 et plus récemment en juillet 2020.

 

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Ils ont commencé à la fin des années 1980 lors du début de la dislocation de l’URSS. Le Haut Karabakh, province autonome rattachée à l’Azerbaïdjan et majoritairement peuplée d’arméniens (environ 150.000 habitants) a proclamé unilatéralement son indépendance en 1991. Cette indépendance n’a été reconnue par aucun État dans le monde. En1994, les forces arméniennes et les miliciens de la région du Haut Karabakh ont mené une offensive visant à conquérir les territoires azéris qui séparaient encore l’Arménie du Haut Karabakh. Cette offensive victorieuse a conduit à une épuration ethnique expulsant de ces territoires près d’un million de citoyens azéris qui vivent aujourd’hui réfugiés en Azerbaïdjan. Elle a fait perdre à l’Azerbaïdjan environ 15 % de son territoire. En mai 1994, un cessez-le-feu a été signé et des négociations sont organisées dans le cadre du Groupe de Minsk sous la responsabilité de la France de la Russie et des USA. Si le conflit est « gelé », aucun progrès notable n’est enregistré depuis la signature du cessez le feu.
L’histoire post soviétique du Caucase est marquée par de nombreux conflits territoriaux dont l’origine est le plus souvent attribuée à des différents religieux et/ou ethniques. Cette approche si elle rend compte de la complexité des peuplements humains de cette région, ne prend pas assez en compte son positionnement stratégique comme lieu de transition et de passage entre l’Asie et l’Europe, le Moyen-Orient et l’Europe centrale et du nord. À ce titre elle a toujours été au centre de conflits entre les puissances dominantes qui l’entourent. On pense là, en particulier, aux rivalités entre la Russie tsariste et l’Empire Ottoman, aux rivalités impliquant le Royaume Uni par rapport aux richesses pétrolières de Bakou. Dans une période plus récente, ce flanc sud de l’URSS était une zone de contact avec l’OTAN dont on rappelle que la Turquie est un des membres important. La déstabilisation de cette région est donc une aiguille plantée dans le pied de la Russie post-soviètique et tout particulièrement au travers de la Géorgie qui s’est rangée sous la houlette des USA.
La réactivation aujourd’hui de ce conflit « gelé » ne tient pas du hasard. Si l’Arménie et l’Azerbaïdjan peuvent y trouver des dérivatifs patriotiques pour leurs peuples dans une situation de crise économique et sociale profonde, cela ne constitue pas la raison essentielle du conflit. Il faut en chercher les racines profondes à quelques milliers de kilomètres de là dans les affrontements qui se jouent entre puissances impérialistes et régionales au Proche- et Moyen-Orient. Comment ne pas remarquer qu’entourent cette zone trois des nombreux protagonistes des guerres en Syrie, en Libye… : la Russie, la Turquie et l’Iran. Si la Russie qui arme les deux belligérants, est liée par des accords de défense avec l’Arménie et entretient des relations serrées avec l’Azerbaïdjan, pas plus que l’Iran elle n’a aucun intérêt à l’extension du conflit ; la Turquie peut y trouver un dérivatif aux difficultés que sa politique expansionniste entraîne du fait des conflits orientaux et méditerranéens où elle est de plus en plus engagée. Ce nouveau point de conflit, s'il monte encore en puissance, pourrait constituer un danger grave pour la paix. Les peuples de la région n’ont aucun bénéfice à tirer de cela en se mettant à la remorque belliqueuse de leurs pouvoirs respectifs. Ce qui doit prévaloir, c’est d’arrêter l’escalade du conflit et la recherche de son règlement négocié. Mais les principaux protagonistes ; les pays impérialistes et leurs alliés locaux qui tirent les ficelles, y ont ils intérêt dans la mesure où le statu-quo, comme dans d’autres régions du monde, leur offre des opportunités de pression sur leurs concurrents au sein même du système impérialiste ?
Dans le même temps que nous exprimons notre exigence de l’arrêt des combats, d’une solution négociée, nous dénonçons l’impérialisme et le nôtre en particulier.

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