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Élections en Bavière: les stigmates d’une crise profonde du capitalisme en Allemagne

Les résultats des élections régionales en Bavière ont retenu toute l’attention des observateurs politiques. Mais pour l’essentiel ils ont axé leurs analyses sur l’aspect politicien des choses: la claque magistrale reçue par les partis de la coalition au pouvoir en Allemagne, la CSU (alliée de la CDU de la chancelière A. Merkel) qui avec 37% des voix en perd plus de 10% et le SPD qui avec 9,6% voit son score divisé par deux! Ils notent évidemment le succès des Verts qui deviennent la deuxième force politique avec 17,7%, le maintien de l’AfD (droite nationaliste) avec 10,3% et l’émergence avec 11,5% d’un parti conservateur indépendant. Ces résultats sont d’autant plus significatifs que le taux de participation est élevé avec 76% de votants.

Toute la campagne électorale, ou presque a été marquée par un débat sur les questions de l’immigration et de l’identité nationale dans un contexte de manifestations nationalistes violentes contre les immigrés. La CSU n’a pas manqué d’emboîter le pas de l’AfD en réclamant de la coalition SPD, CDU-CSU qui dirige l’Allemagne un changement de politique migratoire radical. Les résultats sont là: CSU et SPD perdent plus de 20% des voix sans pour autant que l’AfD fasse la percée attendue. Tout cela parce que la préoccupation majeure des allemands: les salaires et l’emploi n’a pas été au centre des débats et pour cause tous ces partis, qu’ils dirigent ou qu’ils soient dans l’opposition sont tous des partisans du capitalisme et le servent ou sont prêts à le servir.
Si la Bavière, avec 12,5 millions d’habitants, est la région la plus riche d’Allemagne avec un PIB de 594 milliards d’Euros (par comparaison la France avec 67 millions d’habitants à un PIB de 2291 milliards d’Euros), elle subit les reculs sociaux impulsés par les gouvernements successifs de la CDU, du SPD ou de leur coalition. En particulier, les lois de dérégulation du marché du travail (lois Hartz) prisent sous la direction du social-démocrate Gerhard Schröder ont profondément affectées les travailleurs. Elles ont générées une société à deux vitesses avec des masses de travailleurs pauvres et précaires. Elles ont affaibli la capacité des syndicats à défendre les droits des salariés. C’est dans ces conditions que l’ouverture à l’immigration voulue par le grand capital allemand du fait de la faiblesse de la natalité et donc du manque de main d’œuvre a ouvert la vanne permettant à des partis comme l’AfD de devenir des réceptacles au mécontentement en focalisant sur la question migratoire.
Le capitalisme allemand qui domine l’Europe en particulier centrale et c’est encore plus vrai pour la Bavière dont on peut dire qu’elle regarde à l’Est, trouve dans les pays comme la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, à la fois des marchés et une main d’œuvre qualifiée à bas coût et peu protégée par des syndicats souvent à la botte des pouvoirs locaux. Ces libres circulations dont font partie aussi les capitaux transforment progressivement la nature du capitalisme allemand en accentuant sa financiarisation et déstabilisent le compromis entre les employeurs et les salariés au sein de ce que l’on avait nommé «l’économie sociale de marché». Pour rétablir les profits, le capital allemand, comme partout dans le Monde, doit liquider les conquêtes sociales de la classe ouvrière, il doit renforcer l’exploitation et trouver, devant les protestations sociales qu’elle suscite, les solutions politiques sans risque qui lui permettent de frapper plus fort.

Bimestriel N°131

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