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Biélorussie : Indépendance nationale, coopération et socialisme sont la seule issue positive à la crise

Après les élections présidentielles en Biélorussie, qui ont vu, selon les données officielles, une large victoire du Président sortant Alexandre Lukashenko, des manifestations, prenant un caractère insurrectionnel ont été réprimées avec violence.

Depuis, soutiens et opposants au régime manifestent tandis que des interventions internationales, tout particulièrement de l’Union européenne, se font plus pressantes pour obtenir un changement en leur faveur du cours politique du pays. Les opposants et leurs soutiens occidentaux, affirmant que les élections étaient truquées, réclament avec plus ou moins de véhémence le départ du Président élu et une transition « démocratique » et pro-européenne.
Pour comprendre et analyser le développement de la situation actuelle en Biélorussie, il convient de rappeler brièvement quelques données essentielles. La Biélorussie, une république de l’URSS, est devenue un Etat indépendant en 1991 au moment de la dislocation de l’Union soviétique. En 1994, refusant, dans la foulée de l’élection du président Loukachenko, comme cela a été le cas en Russie, la liquidation des acquis économiques et sociaux de la période soviétique, les privatisations de masse, elle préserve une forte base publique pour son économie aussi bien au plan industriel qu’agraire. Loin du chaos que connaît la Russie et qui plonge des millions de Russes dans la misère, elle maintient l’essentiel des conquêtes sociales des salariés. Dès son élection en 1994, A. Lukashenko jouit d’une popularité forte, précisément du fait de ces choix économiques et sociaux. Ces faits sont largement attestés par les données économiques et sociales qui caractérisent la Biélorussie. Ainsi en 2018, La Biélorussie est classée 53e sur 189 pays selon l’indice de développement humain de l’ONU, et se trouve dans le groupe des États avec un très haut développement. Elle dispose d'un système de santé performant, elle présente un taux de mortalité infantile très bas de 2,9 contre 3,7/1000 au Royaume Uni. Le taux de médecins par habitants s’élève à 40,7 pour 10.000 habitants (32,7 pour la France) et le taux d'alphabétisation est estimé à 99 %. L’indicateur d'inégalités est l’un des plus bas d'Europe. Pour autant, la Biélorussie ne peut pas être considérée comme un pays socialiste, mais comme une économie largement étatisée avec une tendance progressive vers la privatisation.
On peut alors se poser la question : de quoi se nourrit le mécontentement dans les couches populaires ? Le Parti communiste des Ouvriers de Biélorussie (PCOB) y apporte l’explication suivante : « ...depuis 2011, son gouvernement (celui de Lukashenko) a accentué la pression sur la classe ouvrière et les couches populaires, en rognant l'accès aux services publics, en bloquant les salaires, en augmentant les prix, en initiant des politiques de privatisation dans l'industrie. En 2017, il a même tenté d'instaurer une taxe "anti-parasite" visant les chômeurs! La classe ouvrière répondit par une riposte massive, contraignant le pouvoir à faire demi-tour. Toutefois, elle n'a pu empêcher la suppression du statut des travailleurs des entreprises d' Etat, remplacé par un CDD de 5 ans renouvelable. Ces mesures ont été dénoncées par le Parti communiste des Ouvriers de Biélorussie (PCOB), scission du Parti communiste de Biélorussie (PCB), membre de la majorité présidentielle. » C’est ainsi que Le PCOB dénonce le caractère anti-populaire pris ces dernières années par le régime de Lukashenko. Selon Bruno Drweski, Professeur à l’Institut National des langues et civilisations Orientales (INALCO) des dizaines de milliards de dollars sont mis sur la table pour corrompre des hauts fonctionnaires. Dans un interview récente, il s’exprime ainsi : « Le chef de l’entreprise russe Ouralchem, Dimitry Mazepin, un puissant oligarque biélorussien établi en Russie cherche depuis longtemps à acquérir l’entreprise biélorussienne d’Etat de potasse de Soligorsk dont la valeur est estimée à 150 milliards de dollars, ce que les autorités de Minsk refusent systématiquement. Selon des sources proches du pouvoir à Minsk, il aurait donc pompé beaucoup d’argent pour “acheter” des hauts fonctionnaires biélorussiens prêts à changer de camp dans le but d’assurer une privatisation du pays à partager entre oligarques russes et occidentaux. Les manifestations actuelles sont donc pain béni pour ces capitalistes car elles poussent la Biélorussie vers la Russie où l’influence des oligarques est suffisamment forte pour imaginer que le Kremlin forcerait le gouvernement biélorusse à rompre avec le principe de l’État social et l’attachement à la propriété publique des entreprises clefs. Pour le Kremlin, toute la difficulté réside dans le fait de ne pas avoir à traiter une « révolution colorée » pro-occidentale à Minsk tout en poussant les autorités locales à renoncer à leur modèle social en ouvrant leur pays aux privatisations de masse. En tout, le KGB biélorussien estime que 1,8 milliard de dollars ont été pompés en Biélorussie depuis cinq ans, en provenance de l’Ouest et de l’Est, pour « arroser » les hauts fonctionnaires favorables à une intégration avec la Russie et les militants des organisations d’opposition plutôt proches des intérêts occidentaux. Une couche de corrompus est donc apparue qui a intérêt à la privatisation plutôt qu’à son propre maintien à des postes gouvernementaux somme toutes peu rémunérés en comparaison. ».
Ces deux éléments d’appréciation que nous rapportons permettent de mesurer que la Biélorussie, pays développé avec une force de travail qualifiée, située à la frontière entre l’Union européenne, son pacte militaire l’OTAN, et la Russie est un enjeu important pour les différents protagonistes capitalistes qui l’entourent et que les événements actuels les poussent à intervenir dans les sens exclusifs de leurs intérêts. Les opposants au régime, s’ils s’appuient sur le mécontentement, sont les têtes de ponts avancées de tous ceux qui dans l’UE veulent en finir avec une Biélorussie tampon en l’intégrant le plus vite possible dans le dispositif militaire de l’OTAN. Pour les monopoles européens, la destruction du potentiel industriel et agraire Biélorusse signerait la fin d’un concurrent et la « libération » d’une force de travail qualifiée, prête à être exploitée, tandis que la Russie capitaliste et ses oligarques, outre les enjeux de défense, y voient une nouvelle source d’accumulation pour leur capital. Faire face à cette double offensive est donc une épreuve difficile. Elle ne pourra pas se résoudre par un louvoiement entre le marteau et l’enclume mais par la mobilisation populaire pour une Biélorussie souveraine, rejetant la perspective des privatisations avec l’UE, de la militarisation au travers de l’OTAN, et/ou de la domination de l’oligarchie capitaliste russe.
En condamnant fermement les interventions étrangères en Biélorussie, et tout particulièrement celle de l’impérialisme de l’UE, nous ajoutons que notre soutien va en Biélorussie aux forces qui luttent pour préserver son indépendance nationale et luttent pour le socialisme. Cette lutte ne peut réussir que si partout la classe ouvrière s'organise, indépendamment de toute ingérence étrangère comme du pouvoir bourgeois, si partout les communistes s’opposent aux plans destructeurs, qui ne font qu'apporter la misère et la guerre en Europe de l'Est comme dans tant d'autres régions du monde.

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