N° 920 07/04/2025 La Chine, le Japon et la Corée du Sud ont programmé mi-février une rencontre de leur ministre des Affaires étrangères dans la capitale japonaise celle-ci s’est tenue le 22 mars. Parallèlement, se sont réunies des délégations ministérielles japonaises et chinoises pour échanger au sujet des problématiques financières et économiques ; les derniers échanges bilatéraux de cette nature remontent à 2019.
Le neuvième sommet tripartie s’était tenu en mai 2024. Les changements politiques aux Etats-Unis expliquent sans doute l’urgence de cette nouvelle rencontre, ayant ouvert la perspective d’un nouveau sommet cette année de plus haut niveau.
Les affaires « domestiques » étaient au menu des discussions : la dénucléarisation de la péninsule coréenne, les coopérations militaires russo-nord-coréennes, l’embargo chinois concernant les produits de mer japonais (du fait des rejets en mer de la centrale de Fukushima).
Pour autant, le ministre des Affaires étrangères japonais a mis l’accent sur le centre des enjeux de cette rencontre : « Je crois que nous sommes sûrement à un point tournant de l’Histoire, il est devenu plus important que jamais de faire des efforts afin de surmonter nos divisions et différends par le dialogue et la coopération. »
Son homologue chinois, évoquant le 80ème anniversaire du deuxième conflit mondial, a précisé : « ce n’est qu’en s’affrontant honnêtement à l’Histoire, que nous pourrons construire le futur. » Après ce petit rappel au sujet du persistant révisionniste japonais sur les exactions des armées nipponnes avant et durant la Deuxième guerre mondiale. Il a ajouté : « le renforcement de la coopération en Asie de l’Est permettrait aux trois pays de faire face en commun aux risques et de promouvoir une compréhension mutuelle entre leur peuple. »
Enfin plus modestement, le représentant de la Corée du Sud a émis le souhait que la coopération tripartite « enverrait un message au monde d’espoir pour le futur. »
Le ministre chinois a esquissé une réponse aux menaces américaines au sujet des échanges internationaux dont, paradoxalement, Coréens et Japonais ont autant à craindre que la Chine, du moins dans un premier temps. Il a pointé la puissance rassemblée des trois pays : un PIB de 24 000 Md$ de PIB1 , pour une population de 1,6 milliards de personnes. Et il propose la reprise des discussions au sujet du libre échange avec ses pays voisins et d’accueillir de nouveaux membres dans l’association de 15 pays au sein Partenariat économique régional global2
En clair, les autorités chinoises ouvrent la perspective d’un bloc Asie-Pacifique pour faire face aux dérèglements du marché mondial liés aux décisions de l’administration Trump. Un bloc dans lequel, à l’évidence, la Chine sera ultra dominante. Face au marché états-unien qui se ferme, celui de l’Union européenne fait de même sous couvert en particulier de principes environnementaux, le capitalisme chinois tente ainsi de réorganiser l’espace de son développement international, le marché intérieur national n’offrant pas encore assez de perspectives de profits.
Ainsi la guerre commerciale, déclenchée par l’administration Trump, conduit à une guerre de position de l’impérialisme chinois dans l’objectif de réduire l’influence des États-Unis de la région. A cet égard, le sort des troupes américaines sur leur sol donnera au Japon et à la Corée du Sud une indication sur la réelle volonté de repli de l’administration Trump et sur la réelle urgence d’une réorientation de leurs alliances.
1 Autour de 20 000 Md$ pour l’Union européenne et de 30 000 Md$ pour les Etats-Unis – données américaines à prendre avec précaution (surévaluation des produits du secteurs financiers)
2 En anglais Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) projet d’accord de libre-échange dont sont membres les pays de l’ASEAN (Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, les Philippines, Singapour, Thaïlande, Viêt Nam) et 5 autres pays qui possèdent déjà un accord de libre-échange bilatéral avec l'ASEAN : l'Australie, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande.




