Gantry 5

 

N° 1001 28/10/2026 Luis Iñacio Lula Da Silva, dit Lula vient d’être réélu assez largement président de la République, au cours d’une second tour marqué par une hausse importante de la participation. Il recueille plus de 64 250 000 voix (et 51,79 %) contre un peu plus de 59 820 000 voix (et 48,21 %) à son adversaire Flavio Bolsonaro. Il gagne 10,5 millions de voix par rapport à son score du premier tour, alors que son adversaire en reçoit 3,5 millions de plus. Près de 5 millions d’électeurs supplémentaires se sont déplacés.
Les dernières mesures prises par Lula, concernant les retraites, la durée du temps de travail ou les salaires, votées par le Parlement sortant ont probablement joué un rôle en attirant un peu plus l’électorat populaire vers le candidat social-démocrate. Lula est un dirigeant du PT (Parti des Travailleurs), une organisation, qui depuis 1989 et la fin de la dictature est passée doucement mais sûrement du mouvement ouvrier vers la gauche, puis le centre gauche. Mais sa majorité sortante et celle qu’il devra trouver pour gouverner pendant quatre ans sont bien plus orientées à droite.
Au Sénat, le Parti Libéral, de Bolsonaro et les deux autres de sa coalition comptent désormais 43 élus sur 81. Mais, si l’on ajoute les deux partis supplémentaires ayant soutenu la candidature présidentielle de Flavio Bolosonaro, nous sommes à 51. La situation est moins catastrophique mais tout de même très tendue à l’assemblée. La force dominante est encore, même si elle recule par rapport aux partisans affirmés de Bolsonaro et de ceux de Lula, le « centrao », le centre, comprenant des partis de la coalition de Lula, d’autres ayant soutenu Bolsonaro et des indécis. Elu en 2020, Lula avait dû faire des concessions à une partie de ce centre, pour disposer d’une majorité. La chose est encore possible, à l’assemblée, mais il va falloir faire de nouvelles concessions.
Par ailleurs, Lula a déjà des partis centristes dans sa coalition, le vice-président Alckmin, réélu avec Lula, en est un exemple. La « gauche » française et occidentale en général fait de lui un « héros de la classe ouvrière », c’est une erreur totale. Lula est simplement un dirigeant impérialiste, d’une puissance impérialiste rivale du bloc occidental. Il est appuyé par la multinationale du sucre, Terreos. S’il a bien bloqué les privatisations des grosses entreprises publiques comme Petrobras (celle des hydrocarbures) c’st simplement que, pour mettre en œuvre sa politique économique keynésienne, il a besoin de contrôler les grands moyens de production, comme nous l’avons expliqué dans notre article à propos du programme économique de Mélenchon[1], mais celui-ci ne suit pas l’exemple de Lula. Il n’est absolument pas question de les socialiser.
La victoire de Lula est surtout un bon point pour les impérialistes rivaux des USA, notamment au sein des BRICS. La Chine ne sera pas chassée de l’espace économique du Brésil comme elle l’a été de celui du Venezuela et est en passe de l’être de celui de Colombie. Pourtant, parmi les électeurs de Lula, les paysans sans terre ou les ouvriers attendent autre chose. Les concessions au centre pourraient franchement les décevoir. La défaite de Bolsonaro pourrait bien simplement n’être qu’une occasion de reculer pour mieux sauter, le poids des idéologues évangélistes et leur influence sur la petite bourgeoisie ont aujourd’hui atteint un stade élevé se traduisant dans les élections législatives.
Même si cet épisode marque un arrêt, le vaste mouvement, coordonné par Trump, d’installation à la tête des pays d’Amérique du Sud, de fondés de pouvoir du Capital appartenant pour l’essentiel à des courants fascisants est emmené à se poursuivre. En misant tout sur les élections, en légitimant objectivement le système de la démocratie bourgeoise, la « gauche » latino-américaine, même modérée comme Lula, a creusé et continue de creuser sa propre tombe. C’est tout le drame de cette « gauche » sur le continent : si l’on met de côté la Bolivie, où les masses populaires continuent de résister au gouvernement de Rodrigo Paz, soutenues par un Morales toujours actif, force est de constater que la légitimisation du processus électoral de la démocratie bourgeoise, la vision de ce moyen comme le seul afin de parvenir au pouvoir et des politiques souvent moins progressistes que prévu ont emmené, fraude électorale ou pas, coup d’État ou pas, la « gauche » latino-américaine au désastre. En participant à des coalitions empêchant de fait des mesures vraiment de nature à changer la donne,  et ce sera inéluctablement le cas de Lula, elle scie la branche sur laquelle elle est assise. Cet abandon, ou cette non prise en compte, ou encore cette mise de côté de la lutte des classes ont été fatals à tous les alliés de Lula en Amérique du Sud, il serait étonnant que cette « victoire » soit autre chose qu’un répit de quatre ans ou moins si le Sénat décide de le destituer.
Face au capitalisme à son stade impérialiste, il est très préjudiciable d’oublier les critères de classe et la compréhension du système capitaliste. C’est la dure leçon infligée à la « gauche » latino-américaine en général. Lula devrait méditer cette réalité : seule une mise en mouvement des travailleurs par la lutte sociale pourra venir à bout de Bolsonaro le fascisant et de ses alliés réactionnaires.

 



[1]https://www.sitecommunistes.org/index.php/france/economie

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