Présentation :
Konstantin 26 ans, éboueur à la Ville de Paris dans le 2e arrondissement, membre de la direction du syndicat CGT FTDNEEA (Filière Traitement des Déchets, Nettoiement, Eau, Égouts, Assainissement) et responsable de son Collectif International.
Question 1.
Une délégation de camarades de la CGT des services publics de Paris (FTDNEEA-CGT) et du syndicat du conseil départemental de Charente, s'est rendu récemment à Cuba. Quel était le but de cette initiative ?
Konstantin: Depuis un an et demi, notre syndicat travaille à remettre en place une coopération dans le domaine de la propreté et de l’assainissement entre notre Direction de la Propreté et de l’Eau de la Ville de Paris et les Services Communaux de Cuba. Cette coopération avait existé jusqu’en 2001 sous les mandats de droite de Chirac et Tiberi où des camions bennes, des triporteurs et des EPI avaient été envoyés à Cuba, les socialistes y avaient mis fin. Une première délégation était déjà partie l’année dernière afin de (r)établir les premiers contacts avec nos homologues sur place ainsi qu’avec nos camarades de la Centrale des Travailleurs de Cuba (CTC). La délégation de cette année dont le but était d’approfondir les liens entre les travailleurs des services publics français et cubains, ramener le plus de matériel possible pour nos homologues et exprimer une position claire et ferme de nos organisations syndicales françaises contre le blocus, l’encerclement énergétique et les menaces d’interventions militaires, en soutien au peuple cubain, à son mouvement ouvrier et sa révolution socialiste. Tous les objectifs de cette délégation ont été remplis.
Question 2.
Quelles ont été vos premières impressions à Cuba dans une situation de blocus pesant lourdement sur la population. Dans le domaine que tu connais le nettoiement urbain, comment les travailleurs cubains s'organisent pour faire face ?
Konstantin: Nous avons eu la chance d’arriver quelques jours après que le pétrole russe ait été réparti dans l’ensemble du pays. Quand nous sommes arrivés le 21 avril, cela faisait 5 jours qu’il n’y avait pas eu de coupures de courant. Lorsque nous sommes rentrés en France le 11 mai, dès le lendemain, nos camarades cubains n’avaient déjà plus que 2h d’électricité en moyenne par jour car les stocks étaient arrivés à leurs fins.
Et pour cause, Cuba aurait besoin de 8 pétroliers par mois. Seul un pétrolier a livré des barils en bientôt 7 mois. La différence majeure en comparaison avec notre délégation de l’année dernière, c’est cet encerclement énergétique total rendant les choses compliquées pour toute la population et tous les secteurs de travail. C’est une véritable guerre psychologique.
Le cubain doit organiser toute sa journée et sa semaine à partir des 1h ou 2h d’électricité dont il dispose par jour. Les coupures, privent évidemment d’eau, pas d’internet ou de réseau, les transactions bancaires sont impossibles etc..
Puisqu’il n’y a pas de combustible, des écoliers et des travailleurs doivent marcher parfois plusieurs heures par jour. Les opérations chirurgicales à l’hôpital doivent se terminer à la lumière du smartphone, si tenté qu’on ait encore de la batterie.
Les routes sont pratiquement vides du fait de la pénurie de combustible.
Au niveau du nettoiement, seulement 60 camions bennes fonctionnels concernant tout le pays et une dizaine pour La Havane (qui compte environ 2,5 millions d’habitants comme Paris).
En raison du manque de matériel lié au blocus et désormais à la pénurie de combustible, nos homologues ne sont en mesure de collecter quotidiennement seulement la moitié des déchets. Nos camarades sont obligés de dépêcher des bulldozers afin d’évacuer les dépôts les plus problématiques (si tenté qu’il y ait du combustible) mais sont obligés de dégrader la chaussée et les trottoirs en opérant ainsi. Malgré toutes les difficultés, les travailleurs sont pleinement mobilisés pour assurer la continuité de l’ensemble des services publics et font preuve d’une créativité extraordinaire pour surmonter tous ces obstacles.
Question 3.
La vie politique à Cuba est caricaturée sous forme d'une dictature et le Parlement européen vient d'adopter un texte condamnant Cuba. Pourtant, la résistance populaire est forte. Le premier mai auquel a participé délégation peut témoigner de la puissance de la résistance populaire. Sur quoi s'appuie cette résistance.
Konstantin: La vie politique à Cuba s’organise sur la base de la démocratie ouvrière et protagoniste de tout le peuple. Le premier mai de cette année a encore été une démonstration incroyable avec 5 millions de cubains dans les rues (pour un pays de 9,7 millions d’habitants là où nous n’étions que 300 000 en France…) dont 500 000 à La Havane organisés en quatre fronts de marche ayant convergé devant l’ambassade yankee en signe de résistance face à l’impérialisme. Tous les secteurs de la population et leurs organisations de masse y participent : la jeunesse, le mouvement syndical, les retraités, la fédération des femmes cubaines, les sportifs, le Parti, le Président.. bref tout le monde y est représenté !
Ce qu’on a dû mal à comprendre depuis la France avec l’intoxication médiatique occidentale, c’est ceci: Cuba est bien plus démocratique en comparaison à notre système politique.
A titre d’exemple, nos camarades vont voter dans quelques semaines le nouveau Code du Travail à l’assemblée nationale du Pouvoir Populaire. Il a été le fruit de 40 000 réunions ayant regroupé 2,3 millions de travailleurs qui ont soumis 97 000 amendements, ajouts, suppressions, modifications etc..
Nos camarades du mouvement syndical ont tourné dans toutes les boîtes, les usines, les différents secteurs de travail et ont permis d’organiser ça en deux mois !
Ce qui, dirais-je caractérise la vie politique, c’est la consultation populaire, ouvrière et syndicale.
Question 4.
En accord avec le syndicat cubain frère, le Syndicat National des Travailleurs de l'Administration Publique de Cuba (SNTAP), vous avez décidé d'une campagne de solidarité autour d'un projet durable, utile et porteur de sens. peux-tu nous parler de ce projet ?
Konstantin: Nos camarades du SNTAP, l’homologue de notre Fédération CGT des Services Publics, organisent 200 000 syndiqués dans tout le pays. C’est donc un syndicat particulièrement important. Aujourd’hui avec l’impossibilité de se déplacer faute de combustible, il est très difficile pour nos camarades de continuer à assurer la continuité de l’activité syndicale et d’aller à la rencontre des travailleurs dans toutes les unités de travail (comme ils l’ont fait récemment pour le Code du Travail) car ce sont plus de 13 000km à parcourir entre les 15 provinces du pays et il existe un seul train et un omnibus par semaine en raison du blocus énergétique. A titre d’exemple, le 22e congrès de la Centrale des Travailleurs de Cuba va devoir s’organiser en distanciel la semaine prochaine, faute de combustible afin d’amener tous les délégués au même endroit. Rappelons que nos camarades organisent 3 millions de syndiqués (imaginez ce que ça aurait été de devoir organiser le 54e congrès confédéral CGT en distanciel).
En revanche, Cuba est en pleine transition énergétique accélérée avec une volonté de s’autonomiser complètement du combustible fossile importé et arriver sur le 100 % renouvelable d’ici une vingtaine d’années. Les parcs solaires sont de plus en plus nombreux dans le pays.
Lors de cette délégation, nos camarades nous ont clairement fait part qu’ils auraient besoin d’un véhicule électrique pour pouvoir continuer à assurer leur travail syndical avec le plus d’efficacité possible face au blocus car si il y a une chose que les États-Unis ne peuvent pas bloquer, c’est le soleil et donc l’énergie photovoltaïque. Il était de notre devoir de syndicalistes CGT d’y répondre favorablement et dès notre retour, nous avons lancé cette campagne depuis notre commission exécutive élargie. A l’heure où j’écris ces lignes, nous avons déjà récolté pratiquement la moitié (15 000 euros) en un mois. Chaque don compte, qu’il soit à titre individuel ou venant d’organisations, pour nous permettre de débloquer ce véhicule le plus vite possible en faveur de nos camarades. Nous voulons clôturer cette campagne avant le 26 juillet, cette date aura une signification particulière en cette année du centenaire de Fidel.
Les dons peuvent être versés directement sur cette cagnotte en ligne (pour les virements ou chèques, merci de contacter Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) :
Question 5.
Comment amplifier la riposte populaire en France pour soutenir Cuba face à l'agression impérialiste et tout particulièrement quel rôle des syndiqués CGT et des travailleurs?
Konstantin: L’action de notre syndicat s’inscrit pleinement dans la campagne Confédérale pour Cuba menée par la CGT visant à encourager chaque structure syndicale CGT à développer des solidarités concrètes avec leurs homologues sur place. A titre d’exemple, l’Union Locale CGT Pantin est jumelée depuis 30 ans avec la CTC de la province de Villa Clara, l’UD CGT 94 est jumelée avec la CTC de Santiago.. Au niveau des Fédérations, la FNME et la FNIC ont toutes deux des projets en lien avec leurs secteurs d’activités. C’est aussi le cas de plusieurs syndicats de base comme le nôtre à partir de nos outils et moyens de travail/production.
En bref, chaque syndicaliste CGT peut, à partir de sa structure, développer un projet de coopération concret avec Cuba.
En plus des efforts de solidarité concrète tel l’envoi de containers, nous devons impérativement multiplier les délégations sur place permettant de développer le plus de liens possible avec nos camarades, amener du matériel avec nous, ces délégations font également partie de l’éducation ouvrière de nos militants (nous n’étions que deux délégations cette année au premier mai, la nôtre et celle de l’UL Pantin/UD 93).
Enfin, nous devons investir toutes les initiatives de solidarité avec Cuba, particulièrement les mobilisations de rue. Il n’est pas normal que des pays comme la Grèce ou l’Italie réussissent à faire des manifestations de plusieurs milliers de camarades pour Cuba, et qu’en France, nous sommes cantonnés à organiser des rassemblements de 400 à 500 personnes à Paris.
Nous devons plus que jamais réengager toute la CGT dans les efforts de solidarité et de mobilisation en faveur de Cuba.
Car le devenir de Cuba est le devenir de tous les peuples du monde. Cuba a été le pays le plus solidaire du monde depuis 67 ans. A nous à présent de montrer toute notre solidarité ! Nos frères et sœurs de classe ont besoin de nous !






