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Brésil : La bourgeoisie monopoliste pro-USA accentue sa domination politique

Le dimanche 7 octobre 2018 a eu lieu le 1er tour de l’élection présidentielle au Brésil. Jair Bolsonaro candidat du Parti social libéral est arrivé en tête avec 46% des voix devant le candidat du parti des travailleurs Fernando Haddad (29% des voix). Le second tour aura lieu le 28 octobre. Ce résultat qui s’annonçait, n’a pas été analysé en fonction des politiques mises en place précédemment. Aucun bilan n’a été fait des années de gouvernance du parti des travailleurs au pouvoir (2003-2016). C’est pourtant essentiel pour comprendre les résultats du 1er tour de ces élections.

Une politique économique au service du grand capital brésilien
Jusqu’à la destitution de Dilma Rousseff qui fut un coup d’État «constitutionnel» mené par la grande bourgeoisie monopoliste pro américaine avec l’aide des USA, la politique du parti des travailleurs a été une politique très inégalitaire, au service du capital brésilien et menée en collaboration avec les milieux d’affaires. Lula, président du Brésil de 2002 à 2010, a été pris comme modèle d’une politique de développement économique sociale par les milieux de la gauche social-démocrate. Aujourd’hui, le constat est amer: le pays est le plus inégalitaire au monde avec L’Afrique du Sud et Haïti, la violence, l’insécurité et la corruption sont au plus haut. De qui Bolsonaro est-il le fondé de pouvoir? La réponse est simple, il est le représentant du grand capital monopoliste lié aux USA. Il est là pour porter un coup puissant aux conquêtes sociales de la classe ouvrière. Bolsonaro est député depuis 27 ans, et pour l’instant n’a été impliqué dans aucun scandale de corruption. Paulo Guedes, un économiste de l’école de Chicago, celle qui a régné au Chili sous la dictature de Pinochet, a organisé son programme économique. Celui-ci prévoit la vente (ou la fermeture pure et simple) de 150 entreprises publiques afin de faire rentrer 1000 milliards de Reals (un Real vaut 0,23 Euros) dans les caisses de l’État. Il a proposé durant la campagne la création d’un impôt sur le revenu à taux unique (20%) et la création d’une taxe sur les transactions financières pour faire passer la pilule. Hamilton Mourao, le colistier de Bolsonaro a proposé la suppression du 13ème mois. Jair Bolsonaro a prononcé cette phrase désormais célèbre le soir de l‘élection: «Nous sommes au bord du chaos. Nous ne pouvons pas faire une pas de plus à gauche».
Le poids de la religion
Jair Bolsonaro est catholique mais il a reçu le soutien de nombreuses églises évangéliques financées en grande partie par les évangélistes US qui servent de vecteur à la propagande pro-américaine. Les pasteurs évangéliques ont appelé à soutenir Bolsonaro dès le 1er tour. En réalité, Les églises évangélistes ont pris du poids ces dernières années avec les scandales Petrobras (Lava Jato) et Oderbrecht. Elles ont posé la question politique comme une question d’ordre moral. Dans une société où l’insécurité et la violence sont prégnantes, ils ont attiré à elles des couches moyennes se considérant comme déclassées par la politique du PT.
La violence et l’insécurité
Les politiques capitalistes menées par les gouvernements du Parti des travailleurs (PT) n’ont pas réduit les inégalités et le nombre d’enfants dans les rues des grandes villes. De plus le trafic de drogue s’est accentué dans les favelas ce qui a abouti en 2017 à un taux record d’homicides de 63880 et une statistique de 7 homicides par heure.
Le Brésil n’a pas jugé sa dictature
Une des choses remarquables et comparable avec d’autres pays d’Amérique Latine (Argentine et Chili) est que le Brésil n’a pas jugé ses militaires. Ainsi, la violence policière et les méthodes de torture de l’ancien régime sont très ancrées dans la mentalité policière et sont aujourd’hui encore utilisées. En ne jugeant pas ses dictateurs qui avaient fait le coup d’état de 1964 contre Joao Goulart au nom de la lutte contre le communisme, le PT a clairement collaboré avec les classes capitalistes, militaires et anticommunistes. Aujourd’hui ces classes le rejettent. Celles-ci ne sont vraiment pas reconnaissantes.
L’état des forces révolutionnaires au Brésil
Au plan politique, le parti Communiste Brésilien représente une force dans la classe ouvrière. Il a toujours refusé de soutenir la politique du PT et de s’y associer. Pour les élections présidentielles, il a été présent dans une alliance avec d’autres forces. Leur candidat a obtenu près de 700.000 voix et 6%. Le PCB dans une déclaration de son comité central livre l’appréciation suivante de la situation: «Le Parti communiste brésilien (PCB) a mené la lutte avec un programme clair de lutte contre les privilèges, le capital financier, l'agroalimentaire, les monopoles en général, révélant ainsi la possibilité d'une alternative socialiste et d'un nouveau cours pour le Brésil. Cette option était correcte et nous ferons tous les efforts pour maintenir notre alliance dans les luttes quotidiennes au-delà des élections».
Dans les pays tels que le Brésil, la bourgeoisie capitaliste, associée à l'impérialisme, mobilise toutes ses forces pour attaquer les droits du travail et les droits sociaux, réduire les salaires, réduire les investissements publics et les programmes sociaux, accroître l'exploitation, privatiser et dénationaliser les entreprises d'État. Le coup d'État bourgeois de 2016, des médias et des institutions, a cherché à accélérer ces attaques de toutes les manières, même sans légitimité politique. Dans les entrailles du coup d’État, le système politique pourri et les besoins du grand capital, une alternative radicalisée de l’extrême droite et du néo-fascisme a été renforcée.
...Sur le plan économique, il (Bolsonaro) présente un programme ultraréactionnaire et anti-national. Sur le plan social, il annonce le retrait des droits, l'approfondissement de l'exploitation et la fin de toute protection sociale de la classe ouvrière. Il légitime et institutionnalise la violence à l'encontre des travailleurs, des femmes, des LGBT, des autochtones et des jeunes pauvres, en particulier des Noirs. Il rassemble autour de lui des politiciens corrompus, des milices, des néo-centristes et des secteurs militaires favorables à la dictature. En outre, un gouvernement éventuel de ce bloc politique représente la menace d'une répression progressive des droits démocratiques des travailleurs et des mouvements populaires.
En raison de son expérience historique, le PCB ne sous-estime pas le fascisme. C'est pourquoi, malgré toutes les divergences..., nous indiquons lors de ce second tour un vote critique pour le candidat du Parti des travailleurs (PT), Fernando Haddad. Le geste du PCB est unilatéral... Cela signifie, définitivement, que les communistes du PCB ne seront pas dans un possible gouvernement PT.
Pour le PCB, la lutte antifasciste ne se terminera pas dans ce litige. Il est fondamental de défaire Bolsonaro, de défendre les libertés démocratiques et de renforcer le pouvoir populaire pour faire face aux attaques à venir. Il faudra maintenir la lutte pour l'abrogation de toutes les contre-réformes du gouvernement Temer: la réforme du travail, la loi sur la sous-traitance, la réforme de l'enseignement secondaire, la loi du plafond des dépenses, les privatisations, entre autres. Nous continuerons à nous battre pour la défense de Petrobras 100% public, contre la réforme de la sécurité sociale, pour l'expansion des droits politiques et sociaux et pour un programme au service des intérêts populaires, dénonçant la rupture avec le capitalisme et la construction du socialisme.»

Bimestriel N°131

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