Gantry 5

 

N° 925 14/05/2025  À la suite d’une révolte des esclaves les Haïtiens proclamaient Le 1er janvier 1804 leur indépendance contre les colons français. Cette indépendance fut reconnue par la France, puissance colonisatrice, le 17 avril 1825.
L'histoire de l'île qui abrite aujourd'hui deux États : Haïti et saint Domingue est celle d'une colonisation barbare de l'Espagne puis de la France, celle de l'extermination de la population autochtone. Ainsi sur le million d'autochtones que comptait l'île au moment de sa découverte par les Européens1, il n'en restait plus qu'environ 60.000 en 1507, 14.000 en 1514, 600 en 1533 et seulement 150 en 1550. Cette situation entraîna une politique de remplacement dès 1503 ou les colonisateurs organisèrent le remplacement des autochtones par des esclaves arrachés d'Afrique par la traite négrière.
La colonie de Saint Domingue fût la plus riche des Antilles Françaises, elle exportait du café et du cacao et à la fin du XVIIIéme siècle ses exportations dépassaient celles des États-Unis. Autant dire que des fortunes colossales ont été réalisées par le pillage de la colonie et la sur-exploitation du travail des esclaves.
Menée par Toussaint Louverture2, mort en captivité le 7 avril 1803, au Fort de Joux dans le Doubs en France, la révolte des esclaves commence en 1791, elle fut violemment réprimée et c'est seulement en 1804 après une guerre sanglante que la colonie déclare son indépendance le 1er janvier 1804 et devient Haïti.
Non content d'avoir pillé la colonie, de lui avoir imposé une lutte de libération meurtrière, vingt ans après la proclamation de l'indépendance, la puissance colonisatrice est venue les armes à la main réclamer les intérêts de l'indépendance. C'est ainsi qu'un qu'un émissaire du roi Charles X vint lancer un ultimatum : verser à la France des réparations, faute de quoi la guerre sera déclarée. Haïti, sans allié et pauvre ne pouvait que payer la somme exigée : 150 millions de francs, à verser en cinq tranches annuelles. Ce prix honteux exigé par les anciens colonisateurs pour la liberté est révélé aujourd'hui par une enquête du New-York Times3. Selon ce journal, ce fut une double dette. En effet Haïti n'eut pas d'autre choix que d'emprunter à une banque française et donc acculer à payer les remboursements et les intérêts de l'emprunt ! Le New-York Times a chiffré le coût de cette dette, il est faramineux pour un pays d'une pauvreté extrême dont le PIB s'élevait en 2023 à 20 milliards de dollars US (par comparaison celui de la France pour la même année était de 3052 milliards de dollars US) : " Les paiements à la France ont coûté à Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars [entre 20 et 108 milliards d’euros] en perte de croissance économique ".
Pour être sure de saigner Haïti, la France en 1880 prend le contrôle de la Banque Nationale d'Haïti. Voici ce qu'en dit le New York Times : " Contrôlée par un conseil d’administration basé à Paris, elle a été fondée (…) par une banque française, le Crédit industriel et commercial, ou CIC, et génère des profits faramineux pour ses actionnaires en France. Le CIC contrôle le Trésor public d’Haïti – le gouvernement ne peut ni déposer ni retirer de fonds sans verser de commissions. "
Depuis les ingérences n'ont pas cessées et les velléités de de détacher de ce fléau de la dette en exigeant son remboursement se sont traduites par des coups d'États fomentés par les États-Unis et la France.
À propos du coup d'état de 2004 qui a renversé le Président Aristide en 2004. Les États-Unis et la France à la manœuvre ont : " toujours déclaré que son éviction n’avait rien à voir avec la demande de restitution, accusant plutôt le tournant autocratique du président haïtien et sa perte de contrôle du pays ", Mais T. Burkard ancien Ambassadeur de France à Haïti reconnaît que la demande de restitution de la dette " c’est probablement ça aussi un peu " qui a joué un rôle dans la décision de le renverser car, Haïti " risquait d’inciter d’autres pays des Caraïbes et d’Afrique à suivre son exemple".
Ces révélations du New York Times mettent à jour la réalité de ce que sont le colonialisme et le néo-colonialisme. Ils furent et sont des outils pour la pérennisation de l'accumulation du capital et la réalisation du profit. Le prix humain à payer n'a aucune importance et tend à un être masqué par un discours légitimant les actes de violences au nom de la civilisation. Dans tous les cas la violence physique, psychique, l'acculturation sont l'arme des colonisateurs. Le seul moyen d'y faire face et toute l'expérience historique le montre, c'est bien la lutte armée de libération nationale.

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_d%27Ha%C3%AFti

2 https://memoire-esclavage.org/biographies/toussaint-louverture

3 https://www.nytimes.com/fr/2022/05/20/world/haiti-france-dette-reparations.html

Notre brochure
brochure
 
Bulletin d'adhésion
bulletin d'adhésion
 
Affiche
affiche