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Libye : les affrontements au sein de l’impérialisme s’exacerbent

La guerre contre la Libye de mars à octobre 2011 fut une opération multinationale sous l’égide de l’ONU (résolution 1973 du conseil de sécurité). L’ensemble des opérations fut conduite sous la direction de l’OTAN. La France y a pris sa part, en particulier dans le domaine de l’intervention aérienne.

Le prétexte de cette intervention fut de soutenir une partie de l’armée libyenne, au nom de la démocratie et des droits de l’homme, dans le renversement du Maréchal Kadhafi chef de l’État libyen. En réalité cette agression impérialiste avait pour but de mettre au pas les velléités de la direction libyenne de contrôler plus étroitement ses ressources pétrolières et gazières. Une guerre pour la démocratie ? Non une guerre de rapine pour s’assurer le contrôle des énormes ressources énergétiques du pays!
Le prétexte d’aide aux « forces démocratiques » fut martelé par les media et il reçut en France l’appui de toutes les forces politiques du Front National estimant seulement que : «  la décision de l’ONU était trop tardive », jusqu’à Mélenchon qui déclara dans le journal Libération : « Il faut briser le tyran pour l’empêcher de briser la révolution », tandis qu’au parlement européen, socialistes, Mélenchon et les élus du PCF votaient une résolution soutenant l’intervention. À l’ONU, la résolution permettant l’intervention militaire de l’OTAN fut largement votée avec l’abstention complice de l’Allemagne, de la Chine, du Brésil, de la Turquie et de la Russie.
En lieu et place de la démocratie, chacune des composantes de la coalition commença d’organiser des zones d’influence en s’appuyant sur des factions et des mercenaires, le tout conduisant à une guerre civile permanente et à la destruction de l’état libyen : La toile de fond étant toujours l’accaparement des richesses énergétiques de la Libye et le caractère stratégique de sa position dans la région.
Aujourd’hui, trois forces s’affrontent sur le théâtre libyen : Le gouvernement d’union nationale de Tripoli (GNA), reconnu par l’ONU et la plupart des puissances occidentales à l’exception de la France qui dans son effacement relatif penche pour Haftar, le gouvernement de Benghazi dirigé par le colonel Haftar et les tribus du sud de la Libye. Les soutiens à ces forces sont à l’image des ambitions des puissances impérialistes de premier rang et/ou régionales qui entendent se partager, comme en Syrie, le gâteau libyen. On retrouve d’ailleurs une répartition des forces assez voisine de celle de la Syrie. Du côté de Tripoli, c’est essentiellement la Turquie qui est à la manœuvre. Comme en Syrie, elle entend peser comme première puissance régionale. Elle a aussi pour objectif de s’attribuer l’exploitation offshore des réserves de gaz naturel qui lui font cruellement défaut. Le journal le Monde observe : « Il a aussi (Erdogan) obtenu de Faïez Sarraj, en échange de l’aide militaire qu’il lui apporte, la validation des prétentions maritimes turques sur la Méditerranée orientale, où la Turquie enfreint allègrement les règles du droit international, au grand dam de la Grèce et de Chypre ». Tant et si bien que le pouvoir grec, tout aussi membre de l’OTAN que la Turquie, menace cette dernière d’intervention militaire. Notons que la présence militaire turque est doublée de milliers de mercenaires djihadistes repliés de Syrie qui lui donnent une force de frappe qui compte. Derrière le gouvernement de Benghazi on trouve la puissance impérialiste russe qui apporte son soutien militaire et logistique au forces de Haftar en particulier par l’intermédiaire de mercenaires de la compagnie privée Wagner. De fait comme l’observe le journal le Monde on en arrive comme en Syrie à un condominium turco-russe qui deviennent sur place les forces dominantes.
Les pays du golfe ne sont pas en reste. Autour de l’Arabie Saoudite que le relâchement relatif des USA dans la région a conduit à une stratégie d’alliances lui assurant une certaine hégémonie, s’est constitué ce que l’on appelle le quatuor arabe avec, autour de l’Arabie Saoudite, l’Égypte, les Émirats Arabes Unis, et le Bahreïn. Pour eux comme pour les autres puissances régionales, les États faibles sont devenus des zones où la lutte pour le pouvoir entre ces acteurs clés est devenue violente. Ils sont en concurrence directe avec la Turquie pour l’hégémonie régionale et en Afrique, Maghreb compris. Ce quatuor arabe entend sauvegarder les bases de son pouvoir et aussi imposer des régimes à leur botte dans les États périphériques.
Pour leur part, les européens pèsent peu face aux deux puissances expansionnistes étrangères au Moyen-Orient, la Russie et la Turquie, impliquées dans deux guerres par procuration, en Libye et en Syrie.
Les récentes défaites des troupes de Benghazi et leur retrait du nord du pays conduisent à un état d’équilibre précaire qui inquiète les puissances voisines et tout particulièrement l’Algérie. Cela explique l’engagement d’Alger dans la résolution d’un conflit dont les résonances peuvent être sérieuses pour lui. Ainsi, le Président Tebboune a-t-il indiqué que l’intervention de l’Algérie en Libye est « saine ». « On veut aussi protéger nos frontières. Je l’ai dit en toute franchise. Ce qui se passe en Syrie est en train de se concrétiser en Libye. Et si ça ne s’arrête pas, c’est la somalisation (…) Peut-être qu’il y a des gens qui veulent nous impliquer dans ce conflit ». Le président a ajouté : « l’intérêt national de l’Algérie dicte à ce qu’il y ait la paix à nos frontières. Sinon, il faut qu’on s’arme. Et pour renouveler à chaque fois les armes, mobiliser nos soldats et nos officiers, je préfère le mettre dans le développement. Je préfère créer des startups, des emplois ». L’inquiétude de l’Algérie est donc réelle étant elle-même sous la pression des forces qui entendent lui retirer la maîtrise de ses propres ressources énergétiques.
On le voit, la situation en Libye est particulièrement dangereuse pour la paix. Elle résulte des affrontements violents qui s’exacerbent au sein de l’impérialisme dans cette nouvelle phase ouverte par la disparition de l’URSS et qui voit un nouveau partage des zones d’influences en action.

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