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N° 945 01/10/2025  Le Jeudi 25 septembre, à Madagascar, plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre les coupures d’eau et d’électricité dans la capitale, Antananarivo. les manifestants dénoncent  les coupures d’électricité constantes et le manque d’accès à l’eau potable, mais aussi la corruption au sein des institutions sur fond d'une pauvreté extrême qui touche une grande partie de la population. Ces questions sont le carburant qui alimente la révolte de la population et tout particulièrement de la jeunesse.
Face à cette contestation qui vient de loin, la réponse du pouvoir a été particulièrement brutale, ce sont cinq morts qui ont été comptés dès les premiers affrontements avec les forces de l'ordre. Aujourd'hui le bilan s'établit à 22 morts.
Dans un premier temps, le président malgache Andry Rajoelina avait réagi avec force, assimilant indistinctement les manifestants à des “pilleurs” et dénonçant les violences qui avaient émaillé les rassemblements.
Face à la persistance de la mobilisation et à la montée des revendications, il a dû changer de registre. Ainsi, le 29 septembre, celui-ci a annoncé le renvoi de tout son gouvernement, espérant calmer la colère et montrer que le message des protestataires a été entendu. Rien n'est moins sûr car entre temps, ce qui n’était au départ que la revendication de la fin des délestages électriques et des coupures d’eau, s’est transformé en exigence de la démission pure et simple du président. Cette évolution traduit un mécontentement beaucoup plus profond qu’une simple insatisfaction concernant la qualité des services. L’eau et l’électricité ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
Les coupures d’électricité et d’eau sont le symptôme de problèmes économiques structurels. Madagascar est notamment riche en nickel, en or, en titane, en cobalt, en saphirs et en tourmalines. Elle dispose d’atouts agricoles et forestiers considérables. Pourtant, le pays reste incapable d’assurer des services de base à sa population. La responsabilité est clairement le choix d'une élite politique compradore qui se sert du pays plus qu’elle ne le sert.
De plus, la colère des jeunes traduit aussi l’absence de perspectives d’avenir, une formation souvent défaillante, un chômage endémique et un pouvoir jugé arrogant et sourd aux alertes.
Madagascar, la plus asiatique des îles africaines est l'objet de l'exploitation des puissances impérialistes, la France l'ancienne puissance colonisatrice, l'Australie, les USA dans le domaine minier, mais aussi la Chine. Cette dernière, joue un rôle majeur dans l’économie informelle de l’exploitation des ressources naturelles à Madagascar et contribue ainsi à perpétuer « l’extractivisme caché ». Selon un rapport de l'IFRI : " les opérateurs chinois sont actifs dans le secteur extractif malgache en partenariat avec des « oligarchies locales » et « dans une grande opacité ". Ainsi,  la lutte pour le contrôle du commerce extérieur et des rentes substantielles liées à l’exportation des produits primaires est un moteur ancien de la formation de l’État et des élites à Madagascar. l’IFRI souligne que : " ces opérateurs originaires de l’empire du Milieu nouent des relations avec les cercles dirigeants politico-économiques. D’autant plus qu’ils sont très présents dans quatre secteurs extractifs clés pour l’économie malgache : la pêche, la foresterie, les mines et les hydrocarbures."
Selon le collectif pour la défense des terres malgaches, ces dernières sont aussi l'objet d'accaparements par des compagnies agro-alimentaires mondiales. Il s'agit de centaines de milliers d'hectares et le pouvoir malgache a modifié la loi permettant à ces compagnies de léser les paysans malgaches au profit de ces gros monopoles. Cet accaparement des terres provoque un appauvrissement de la population et un exode rural.
En dénonçant les élites corrompues, le mouvement Gen Z Madagascar cible un mal qui ronge un pays aux ressources considérables mais dont 80% de la population soit près de 22,4 millions de personnes sur 31 millions d’habitants vit sous le seuil international de pauvreté. La pauvreté urbaine augmente aussi, notamment en périphérie d’Antananarivo en raison d’un exode rural massif. Et les jeunes sont souvent victimes d’un chômage élevé et peinent à trouver des emplois qualifiés. Chez les jeunes de 18 à 35 ans, le taux de chômage atteint environ 42%. Cette jeunesse, bien que plus instruite que les générations précédentes, est touchée par le chômage en raison d’un marché du travail saturé, du manque de formation adaptée, d’expérience et de l’inadéquation entre les qualifications et les attentes du marché.
La révolte de la jeunesse a des bases légitimes, face à un pouvoir largement corrompu et une bourgeoisie compradore largement installée dans la sphère financière. Où mènera cette révolte, nul ne le sait mais ce qui se dessine est le refus de continuer dans une voie ayant pour fondement la mise à sac des ressources du pays aux profits de monopoles capitalistes étrangers avec pour conséquence, une paupérisation de la population. Les crimes de l'impérialisme sont sous nos yeux et notre solidarité va vers ceux qui refusent cette situation.
 
 
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