N° 932 01/06/2025 Sous la houlette des Etats-Unis et du Qatar, la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda semblent prêts à terminer une guerre qui dure depuis des dizaines d’années. Cet accord survient après l’avancée spectaculaire du groupe militaire M23 dans l’est de la RDC en février 2025.
La situation dramatique en RDC a pour origine, outre sa propre dynamique interne de dissension, les évènements terribles au Rwanda. En 1994, des groupes de rwandais responsables du génocide ou par peur des représailles ont fui devant l’armée du Front patriotique rwandais, conduite par Paul Kagamé, et se sont réfugiés dans la RDC voisine. Le nouveau pouvoir rwandais n’a eu de cesse de pourchasser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), constituées d’anciens massacreurs.
Le Rwanda a accusé la RDC d’avoir intégré les FDLR dans ses propres forces alors que la RDC accuse le Rwanda de soutenir le groupe rebelle M23, issu des rangs même de l’armée congolaise et constitué de Tutsis congolais, qui contrôle depuis de nombreuses années le Nord Kivu… et ses richesses minières. D’ailleurs, la RDC a porté plainte contre Apple qui profiterait d’un approvisionnement en matières premières du groupe M23.
Les Etats-Unis, inquiets de leur approvisionnement en minerais stratégiques, ont décidé sous l’impulsion de la nouvelle administration Trump de mettre un terme à ce conflit avant sans doute que d’autres puissances s’en mêlent. Le Qatar jouera le rôle de médiateur entre la RDC et le groupe M23, un groupe censé être congolais.
Le Chapitre 6 du traité de Washington soumis à signature le 27 juin est consacré au développement économique. Il prévoit un accord ultérieur distinct « cadre d’intégration économique régional ». Il prévoit que « les Parties[1] utilisent ce cadre pour développer le commerce extérieur et les investissements provenant des chaînes d’approvisionnement de la région en minerais critiques et introduire une plus grande transparence, ce qui bloque les canaux économiques illicites et procure davantage de prospérité aux deux parties — en particulier pour la population de la région — à partir des ressources naturelles de la région grâce à des partenariats mutuellement bénéfiques et des opportunités d’investissement » et plus loin s’agissant de mise en valeur des ressources du lac Kivu (sous contrôle du M23) : « des chaînes de valeur minières transparentes et formalisées de bout en bout (de la mine au métal transformé) qui relient les deux pays, en partenariat, le cas échéant, avec le gouvernement et des investisseurs des États-Unis »
Le Rwanda possède également des richesses minières cependant il est assez vraisemblable que ses succès à l’exportation des minerais s’expliquent par pillage de la RDC[2] voisine.
Si la fin des hostilités doit être accueillie avec soulagement, pour un conflit de plus de 30 ans qui aurait fait 6 millions de victimes, il n’en reste pas moins que l’accord de Washington met en coupe réglée officielle la RDC sous la tutelle des Etats-Unis.
[*]Dieu sort de la machine américaine
[1]Les parties sont la RDC et le Rwanda




