N° 901 28/11/2024 Un véritable raz-de-marée.
La séquence électorale récente s’est traduite par un succès inédit pour le président de la République Bassirou Domaye Faye élu au premier tour en mars dernier, et son premier ministre Ousmane Sonko, le leader du PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal, pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité), parti au pouvoir et grand gagnant des élections législatives du 17 novembre.
Le PASTEF a obtenu 130 des 165 sièges de l’Assemblée nationale. C’est l’une des majorités les plus massives en nombre de sièges jamais obtenues par un seul parti aux législatives. Le Parti socialiste avait gagné 103 mandats sur 120 en 1988 sous Abdou Diouf. De fortes majorités ont émergé d’autres élections parlementaires, comme en 2012, mais dans des coalitions.
Se confirme également la déroute de l’opposition : la coalition de l’ancien président Macky Sall se contente de 16 sièges, celle de l’ancien premier ministre Amadou Ba de 7, celle du maire de Dakar, Barthélémy Dias, de 3. L’ancienne majorité dispose donc de seulement 26 sièges.
Les intentions affichées du pouvoir.
La plupart des commentaires, en France comme au Sénégal indiquent que le PASTEF va enfin pouvoir appliquer son « programme de rupture », après avoir mené pendant des mois une cohabitation conflictuelle avec une Assemblée nationale issue des législatives de 2022 et toujours dominée par l’ancienne majorité.
Il est vrai que, depuis six mois on n’a pas vu venir grand-chose en termes de changement. Le PASTEF a fait campagne sur son programme et contre la corruption, symbolisée d’après lui par le président sortant Macky Sall.
L’exécutif qui se revendique d’un « panafricanisme de gauche », entend mener « une transformation systémique cohérente et pragmatique du Sénégal » a dit le président Faye en Conseil des ministres. Il a affirmé la nécessité de traiter les « urgences économiques et sociales » comme la cherté de la vie et le chômage tout en relançant l’économie, « notamment dans les secteurs moteurs de l’agriculture, de l’élevage, du tourisme, des mines et des hydrocarbures ».
La situation économique et sociale.
Le coût de la vie est une préoccupation majeure des Sénégalais, comme le chômage qui dépasse les 20%. Les nouveaux gouvernants sont à leur tour confrontés à la vague de ces centaines de compatriotes qui partent chaque mois en pirogue chercher un avenir meilleur en Europe.
Les comptes publics sont dans le rouge et le Fonds monétaire international vient de suspendre un programme d’aide au pays. Deux agences d’évaluation ont revu défavorablement la note souveraine ou la perspective du Sénégal. Différents projets sont bloqués et le privé attend le paiement des créances de l’Etat. Macky Sall est accusé par Sonko d’avoir dissimulé la réalité de la dette.
Après trois années de crise économique et politique, Bassirou Diomaye Faye a été élu dès le premier tour de la présidentielle en mars, porté par l’aspiration au changement d’une population dont la moitié a moins de 19 ans.
Les Sénégalais attendent à présent que leurs gouvernants allient les actes à la parole.
Ne pas se réjouir trop vite.
Plusieurs organisations, en Afrique comme en Europe saluent la victoire du PASTEF et proclament que tout va changer au Sénégal. Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, la chose n’est pas aussi évidente. Le PASTEF a surfé sur le rejet légitime d’un pouvoir compradore, mais depuis mars aucun geste de rupture avec la puissance néocoloniale tutélaire, la France, n’a été fait, contrairement à ce qui s’est passé dans les États du Sahel. Avec sa majorité absolue à l’Assemblée, le PASTEF n’aura aucune excuse s’il ne prend pas des mesures d’émancipation vis-à-vis de la France et du FMI s’il ne s’attaque pas au chômage et à l’inflation en s’en prenant aux possédants et à la puissance néocoloniale.
En commentant, début avril, l’élection présidentielle portant au pouvoir Bassirou Domaye Faye, nous faisions part de nos doutes. Ils sont maintenus. Le PASTEF va-t-il mettre fin au Franc CFA comme Faye l’avait promis au cours de sa campagne ? On n’en entend plus parler. Va-t-il décider de quitter la CEDEAO (Communauté Economique Des États d’Afrique de l’Ouest), organisme regroupant des pays africains de l’ouest sous la tutelle de l’impérialisme français, comme l’ont fait le Mali, le Burkina Faso et le Niger ? Faye avait annoncé après son élection qu’il souhaitait le maintien du Sénégal dans ce conglomérat vassal des impérialistes et appelait même les États du Sahel à y revenir.
Rappelons qu’immédiatement après l’élection présidentielle, une tribune du Monde, le journal officiel de l’État capitaliste français a même salué un moment vivifiant pour la « démocratie », opposant l’élection de Bassirou Domaye Faye aux prises du pouvoir dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest par les militaires. Le message est clair « Vive la pseudo-démocratie électorale ! A bas les prises de pouvoir violentes anticolonialistes ! ». Evidemment, connaissant Le Monde on se doute qu’en filigrane, l’élection « démocratique » n’a pas conduit au pouvoir un opposant à l’impérialisme français aussi virulent qu’Ibrahim Traoré, le dirigeant du Burkina qui se réclame de Sankara, et parfois de Gramsci ou Lénine. Dans un autre article, le même journal nous dit : « on salue aujourd’hui à l’Elysée un scrutin vanté comme un exemple de vitalité démocratique, dans une région où, depuis trois ans, les coups d’Etat se succèdent – au Mali, au Burkina Faso, en Guinée, au Niger –, obligeant les soldats français à quitter le Sahel. ».
En avril dernier nous écrivions ceci, à propos des liens d’Ousmane Sonko, le premier ministre et président du PASTEF, avec les groupes armés fascistes islamistes qui sont aux prises avec les armées du Mali et du Burkina : « On sait que, derrière ces groupes, on trouve la main invisible de l’Oncle Sam. Le côté religieux intégriste des deux hommes n’est pas non plus un signe de l’émancipation future du peuple sénégalais. Faye a deux épouses, ce qui ne saurait être un signe de la libération féminine au Sénégal. Les réactionnaires religieux ne peuvent être des vecteurs de libération nationale ou de renversement de l’oppression capitaliste. ». Récemment le Sénégal s’est abstenu à l’Assemblée générale de l’ONU, sur une résolution condamnant la colonisation.
En conclusion.
Nous disons à toutes celles et tous ceux qui se réjouissent de ce résultat électoral que la Bourgeoisie laisse rarement élire ses ennemis. Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, il n’y a pas de perspective révolutionnaire au Sénégal, ni même pour le moment, de prise du pouvoir par le peuple ou les travailleurs. Ce n’est pas un parti « panafricaniste de gauche » qui peut conduire une révolution ni même une véritable décolonisation. Il va falloir passer aux actes, et, comme les Sénégalais, nous jugerons sur pièce. En attendant, il y a de la place pour reconstruire un parti révolutionnaire dans ce pays pour celles et ceux qui veulent le changement et qui veulent agir pour l’imposer.




