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N° 944 du 22/09/2025 Situation économique, sociale et politique en France
En août, Bayrou avait annoncé qu’il engagerait sa responsabilité et celle de son gouvernement devant l’Assemblée nationale. Le 8 septembre, après un discours du Premier ministre reprenant tous les poncifs et les contrevérités justifiant la politique d’austérité pour fait payer la dette aux travailleurs, aux travailleuses, aux privé(e)s d’emplois aux jeunes, aux retraité(e)s, le vote de confiance de l’Assemblé nationale a été sans appel : 364 voix contre, 194 pour et 15 abstentions. C’est une première dans l’histoire de la Vème République1.
Le mouvement " bloquons tout " du 10 septembre a pris naissance dans la colère générée par la politique super-austéritaire du gouvernement Bayrou démissionnaire. Politique qui prolonge celle des présidences Macron, mais aussi celle de ses prédécesseurs. Celle-ci détruit systématiquement les conquêtes sociales des salariés en ouvrant les vannes de l'État dans le financement public du capital. Le résultat, c'est un transfert massif de la richesse créée par le travail vers le capital.
Face aux exigences patronales, aux fermetures d'entreprises, ont eu et ont lieu résistance et luttes. Rappelons-nous la forte mobilisation contre la réforme des retraites, ce sont ces luttes qui ont affaibli le pouvoir et conduit à la situation politique que nous connaissons. Concernant les fondés de pouvoir du patronat, il s'agit dans ces conditions de rechercher les moyens de mettre en œuvre une politique austéritaire renforcée pour les travailleurs, tout en menant une militarisation à marche forcée.
Compte-tenu de l'échec du duopole Gauche-droite, gouvernant pour les intérêts du capital, comme de celui du ni gauche ni droite inauguré par Macron, le RN est devenu pour la bourgeoisie monopoliste le fer au feu capable d'absorber le mécontentement, au moins provisoirement, tout en préservant les intérêts des monopoles capitalistes. C'est ce à quoi travaillent pour aujourd'hui ou demain les classes dirigeantes.
Comme pour Barnier, les rejets du budget et du projet de loi financement de la Sécurité sociale ont entraîné la démission de Bayrou.
Le choix du 8 septembre n’était pas sans connexions avec la mobilisation du 10 septembre. Pour la première fois la démission d’un premier ministre a lieu à un moment où la colère s’exprime de plus en plus fortement et ouvertement contre la politique austéritaire du gouvernement par des mobilisations et par des grèves qui se durcissent, ceux qui contestent le budget, le budget étant l’élément cristallisateur des revendications sociales. Ceux qui luttent pour l’augmentation du pouvoir d’achat affrontent non seulement un projet de loi, un gouvernement, et plus fondamentalement c’est contre un système économique qu’ils luttent.
Dans ce contexte le RN et le PS, les deux soutiens qui avaient permis à Bayrou d’échapper aux motions de censure précédentes ont cette fois tourné casaque et voté contre la « confiance », sans qu’aucune voix des 123 députés RN et des 66 députés PS et apparentés n’ait manqué.
Bayrou a remis sa démission au Président de la République, et seulement quelques heures après la démission officielle de Bayrou, Macron a désigné Sébastien Lecornu afin lui succéder au poste de Premier ministre.
Sébastien Lecornu, homme de droite (l’aile la plus droitière de la macronie), a débuté sa carrière à l'UMP puis chez Les Républicains, battant plusieurs records de précocité : assistant parlementaire à 19 ans, il devient en 2008 le plus jeune conseiller dans un cabinet ministériel - celui de Bruno Le Maire aux Affaires européennes - puis en 2015, le plus jeune président d'un département, l'Eure, après avoir été maire de sa ville, Vernon. Directeur de campagne de François Fillon, il démissionne et rejoint Emmanuel Macron. Lecornu fidèle lieutenant de Macron sera le seul ministre à siéger au gouvernement sans interruption depuis 2017.
En 2021, en tant que ministre des Outre-mer (de 2020 à 2022), il envoie, en Guadeloupe et en Martinique, le Raid et le GIGN de manière à réprimer les manifestations pour « la hausse des salaires, baisse des prix des produits du quotidien, véritables emplois, formations, arrêt des poursuites contre les manifestants arrêtés »2.
Depuis 2022 il est ministre des Armées, et le restera quel que soit le gouvernement (Borne, le gouvernement Attal, le gouvernement Barnier puis Bayrou).
Nommé 1er ministre, Lecornu a été chargé par l’Elysée "de consulter les forces politiques représentées au Parlement en vue d’adopter un budget pour la Nation et bâtir les accords indispensables aux décisions des prochains mois". C'est seulement "à la suite de ces discussions" qu'il appartiendra au Premier ministre de proposer un gouvernement au président de la République".
Lecornu a la réputation d'être un habile négociateur. Il s'est illustré par ses négociations avec les parlementaires de tous bords pour faire adopter, la loi de programmation militaire en 2023 à 20303, en acceptant les amendements du RN et quelques-uns du PS, la loi a été adoptée à la quasi-unanimité : 408 voix pour, 87 contre, 53 abstentions.
Pour faire voter le budget 2026 et adopter le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale rien n’est joué et les mobilisations, les grèves auront leur mot à dire.
L'interrogation que l'on rencontre dans beaucoup de discussions avec les salariés, c'est : comment sortir de ce piège ? Soyons clairs, il n'y avait rien à attendre de Bayrou et les luttes l'on fait chuter pas plus qu'il n'y a à attendre de Lecornu qui devrait connaître le même sort. Ce sont donc les luttes et elles seules qui sont à l'ordre du jour : luttes pour repousser l'austérité concernant les travailleurs, affermir les conquêtes sociales et faire grandir dans la lutte de classe l'idée qu’aucun replâtrage politicien n’est possible mais la nécessité absolue de s'attaquer au système capitaliste lui-même jusqu'à l'abattre.
 
Barnier, Bayrou, Lecornu c’est la poursuite de la politique macronienne au service du capital.
Lecornu, macroniste pur jus, n’a pas été nommé Premier ministre pour changer de politique. Lors de la passation de pouvoir Lecornu a déclaré vouloir être « plus créatif, plus technique et plus sérieux dans la manière de travailler avec nos oppositions, il va falloir des ruptures et pas que dans la forme et pas que dans la méthode, des ruptures sur le fond » énièmes promesses de « ruptures ».
La tâche essentielle fixée au Premier ministre est de faire passer le budget pour 2028, il a commencé un cycle de consultations sitôt les chefs de partis, les présidents de groupe et les syndicats. Les combinaisons et les tractations politiciennes ont commencé.
Lecornu a prononcé le mot magique de « rupture ». Tous partis, comme syndicats s’y sont engouffrés :
⁕ Le Parti socialiste ne censurera pas d’emblée le Premier ministre, il se laissera le temps de juger sur pièce sa politique, Un positionnement qui pourrait augurer d’un futur accord de non-censure : « si le Premier ministre n’annonce pas de rupture claire, Nous ne nous laisserons pas acheter à vil prix »4.
⁕ Le Rassemblement National ne compte pas censurer « a priori » mais d’abord « écouter le discours de politique générale le choix de la censure ne se fera pas immédiatement mais le RN attend une « rupture » avec la politique menée jusqu’ici. Il vise toujours une dissolution de L’Assemblée nationale Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN) l'a pris au mot. S'il exclut lui aussi une censure immédiate du nouveau Premier ministre, il n'en attend pas moins une « rupture ». 
⁕ Mélenchon se revendique souvent d’une « gauche de rupture »« Si nous allons au gouvernement, c’est pour mettre en place des politiques de rupture », Marine Tondelier (interview au HuffPost ).
⁕ F. Roussel « Sans rupture, nous ne pourrions pas éviter la censure. Les Français veulent un changement profond, on ne s’accommodera pas de discours ».
⁕ Glucksmann « il n’y aura pas de stabilité sans un changement profond de la politique menée ». « S’il y a rupture sur le fond et sur la forme, alors peut-être qu’il y a un chemin »
Sophie Binet « J’ai entendu le Premier ministre parler de rupture, ça ne peut pas être que des paroles, ça doit être des actes ».
Il n’y a rien à attendre de Lecornu, il est là en vue d’appliquer la politique du capital. La CGT n’a pas à se fourvoyer dans des rencontres avec des gouvernements qui sont des gestionnaires du système capitaliste et imposant des reculs dans tous les domaines, salaires, retraites, services publics. Le rôle de la CGT syndicat de lutte de classe est de développer une stratégie de lutte contre le gouvernement et le capital.
 
Le point sur le 10 septembre « a été un moment fort de mobilisation avec plus de 700 rassemblements, 500.000 manifestants, plus de 1.000 grèves - l’hebdo n° 942.
La baisse du pouvoir d’achat constitue le moteur de la mobilisation (51%), ce sujet demeure depuis plusieurs années la première préoccupation en deuxième position, le plan de François Bayrou pour la réduction du déficit (47%) et en troisième position l'hostilité à Emmanuel Macron et François Bayrou (43%). Le président de la République, le Premier ministre et le plan de réduction des déficits sont des raisons importantes dans la mobilisation du 10 septembre.
Seules la CGT et Sud ont appelé au mouvement « bloquons tout » du 10 septembre. La FSU avait appelé ce jour là à des mobilisations portant sur des questions touchant à l’évaluation des élèves.
Marylise Léon, pour la CFDT, a déclaré : « C’est important qu’on se mobilise quand on saura qu’il y a un gouvernement. Parce que l’important c’est d’avoir un interlocuteur le 10 septembre je ne sais pas qui sera l’interlocuteur des manifestants ». La priorité pour Marylise Léon c’est de dialoguer, elle continue de parier sur le dialogue au moment où le gouvernement durcit la politique austéritaire afin de financer la militarisation et les cadeaux aux grandes entreprises capitalistes.
Le 10 septembre le taux de grève dans certains secteurs était loin d’être négligeable : 40% de grévistes à la raffinerie de Feyzin, 80% au technicentre de Chatillon, 80%de conducteurs de trains à la gare de Lyon. Comme le signalait l’édito, plus de 1.000 grèves, bien suivies dans de nombreux secteurs, des centaines d’arrêts de travail dans la Fonction publique hospitalière avec des dizaines de milliers de grévistes dans les hôpitaux montre que la force est là pour construire une grève plus longue et plus dure le 18 septembre, pour amplifier la mobilisation du 10.
La seule chose crainte par Macron et le capital c’est bien le développement d’une lutte convergente, massive et déterminée. C’est cette lutte là qu’il est urgent de développer. Augmenter les salaires, les pensions, les aides sociales, c’est l’urgence.   Il faut stopper la casse des acquis.
L’enjeu politique aujourd’hui comme hier est bien un changement fondamental de la société, débarrassée du capitalisme, une société débarrassée de ce système capitaliste d’exploitation de l’homme par l’homme.
 
Situation Internationale
L’Ukraine
Ces dernières semaines se sont tenues plusieurs réunions internationales.
Le 4 septembre, les membres de la « coalition des volontaires5 » réunis, en présentiel et en visioconférence autour de Macron et Zelensky, accompagnés par les dirigeants britannique Keir Starmer, allemand, Friedrich Merz, et italien, Giorgia Meloni et en présence de l’envoyé spécial des Etats-Unis Steve Witkoff. Sous prétexte de soutenir l’Ukraine, la coalition, programme l’envoi d’une aide militaire « sur terre, sur mer et dans les airs » au régime de Kiev avec l’aval formel des Etats-Unis. L’impérialisme étatsunien retire des profits pour ses industries d’armement, ses groupes pétroliers et minéraliers, ses banques. Les puissances impérialistes de seconde zone cherchent elles aussi à tirer le maximum de profits pour les investissements de leurs capitalistes6. La France et les Etats européens utilisent la menace de l’impérialisme russe afin de justifier leur politique d’armement à l’Ukraine, pour justifier et légitimer la militarisation du continent.
 
La lutte de libération de la Palestine.
Les Nations unies tiennent leur 80e assemblée générale du 9 au 23 septembre 2025 à New York. Rendez-vous annuel réunissant les 193 États membres des Nations unies pour des échanges sur l’état du monde et en particulier sur « les principes de règlement du conflit israélo-palestinien ».
Le 12 septembre la « Déclaration de New York » sur « le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États » a été voté par 142 pays, 10 ont voté contre et 12 se sont abstenus7.
Ce texte va encore plus loin que celui adopté en juillet lors de la conférence sur la solution à deux États par 17 pays occidentaux et arabes dont la France et l’Arabie Saoudite.
La déclaration souligne que la Palestine « n’a pas l’intention de devenir un État militarisé ». 
C’est un processus de « désarmement, démobilisation et réintégration » qui doit être mené à bien, dans lequel le Hamas « doit cesser d’exercer son autorité sur la bande de Gaza et remettre ses armes à l’Autorité palestinienne, avec le soutien et la collaboration de la communauté internationale, conformément à l’objectif d’un Etat de Palestine souverain et indépendant » (§ 11 de la déclaration). A cela s’ajoute « la normalisation entre Israël et les pays arabes ». Sous couvert d’une aide à « l’émancipation palestinienne », le texte soutient en réalité la création d’un État palestinien démilitarisé, qui sera soumis à la colonisation israélienne. Cet ensemble de principes rend impossible un État souverain en le privant des attributs essentiels de la souveraineté.
« Nous condamnons les attaques perpétrées le 7-Octobre par le Hamas contre des civils », et l’organisation palestinienne « doit libérer tous les otages » détenus à Gaza, précise le document, sans condamné le massacre des palestiniens le génocide des palestiniens par l’entité sioniste, ni la colonisation à marche forcée de la Cisjordanie.
Cette reconnaissance d’un Etat de la Palestine est une supercherie et revient à reconnaitre un État étant de fait est un champ de ruines.
Une paix juste, c’est le démantèlement des colonies, le retour des réfugiés et un État où tous les habitants jouissent des mêmes droits et puissent vivre ensemble, quelle que soit leur origine, en l’occurrence, un État palestinien démocratique et indépendant8.
                                
Le point sur notre activité :
La participation importante de nos camarades dans les mobilisations, leur présence dans les luttes et dans les réunions préparatoires à la journée « Bloquons tout » et leur présence dans les blocages ont permis des échanges qui s’ils ne se sont pas traduits par des adhésions ouvrent des possibilités de renforcement. L’analyse politique de la situation permet de mettre au centre de nos échanges et des discussions la responsabilité du système capitaliste dans la situation et la dégradation des conditions de vie puis l’exigence non pas de changer la société mais de changer de société.
 
Les réunions de cellule se sont tenues régulièrement pendant l’été, avec un peu plus de difficulté pour certaines cellules, il faut en discuter et voir comment y remédier.
 
Courrier à la « Campagne Unitaire » Notre parti a envoyé un courrier à la « Campagne Unitaire » proposant qu'elle devienne l'outil d'action regroupant les forces soutenant la lutte de libération nationale de la Palestine à partir de l'analyse du caractère colonial de la situation en Palestine et du soutien sans faille à la lutte armée de la résistance palestinienne. La Campagne Unitaire est favorable afin qu'une réunion ait lieu à Paris en vue d’avancer dans ce sens.
 
Rencontre LJR-PRC
Une première rencontre de la LJR et du PRC avait eu lieu le 3 juillet 2025 à Jussieu et après un premier échange, nous avions convenu de nous revoir en septembre. Cette rencontre s’est tenue le 5 septembre toujours à Jussieu. La discussion a porté sur deux sujets : l'appréciation sur la situation politique et les luttes, l'action pour le soutien à la lutte de libération nationale du peuple palestinien. Concernant l'appréciation de la situation politique et des luttes, elles convergent sur l'idée de la colère profonde qu'il faut faire s'exprimer tout en gagnant à la conscience des causes de la situation.
Pour faire un point concernant le développement des luttes et les sujets évoqués, une prochaine rencontre a été décidée.
 
Organisation d'un débat national, sur le thème : Réindustrialisation : un combat de classe vital pour le changement de société. Une brochure qui servira de base de réflexion et d’analyse est en préparation. Le débat national sera précédé d’initiatives régionales à organiser dès maintenant dans les cellules
 
Trésorerie Le versement des cotisations et les dons se fait avec régularité, il faut poursuivre cette régularité des versements. L’objectif financier fixé pour 2025 devrait être tenu. Ce résultat a été obtenu aussi grâce aux efforts en termes d’économies. Faire des adhésions reste la tâche essentielle.
1. Depuis le début de la 5ème République, le vote de confiance a été utilisé à 41 reprises sans jamais entraîner la chute d’un gouvernement
2. Cf. Hebdo 745, 02/12/2021 Antilles : Répondre aux revendications économiques et politiques populaires
3. « En huit ans, le budget annuel de l’armée est passé de 32 à 50 milliards d’euros puis 70 milliards pour 2030. Les membres de l’Otan viennent de s’engager à consacrer 5 % de leur PIB à leur armement d’ici 2035. La France est donc censée porter son budget militaire annuel à 120 milliards d’euros, soit plus du double de celui d’aujourd’hui. Hebdo N° 933 10/07/2025. Une riposte de classe contre la course à la guerre et l'austérité.
4. Phillipe Brun, député socialiste de l’Eure
5. La « coalition des volontaires », créée en mars 2025 à l’initiative de la République tchèque puis de l’alliance franco-britannique, regroupe 31 pays. Cette coalition garantit son soutien à Kiev vise à renforcer le soutien européen à l'Ukraine.
6. Cf. Hebdo n° 939, Ballets en Alaska et Washington : ou le partage difficile des zones d'influence entre États-Unis, Chine et Russie
7. Adoptée par 142 voix pour, 12 abstentions et 10 voix contre, celles de l’Argentine, des États-Unis, de la Hongrie, d’Israël, de la Micronésie, de Nauru, des Palaos, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Paraguay, et des Tonga.
8. Hebdo n°928, Le sens du combat pour une Palestine libre
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