N° 924 06/05/2025 Des dirigeants syndicaux et associatifs soutiennent le plan deréarmement et de guerre de Macron
Un collectif baptisé « printemps des services publics », comprenant une dizaine de personnes, dont Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, Marylise Léon, sa collègue de la CFDT, Cécile Duflot ancienne ministre d’un gouvernement qui a contribué à détruire les services publics, ainsi que les présidentes de la LDH et d’ATD-Quart-Monde, les présidents de Médecins du Monde et de l’Union Syndicale Lycéenne, a fait parler de lui en publiant une tribune, entre autres dans le numéro d’avril du mensuel de l’UFSE-CGT « Fonction publique ». Cette tribune a pour titre « Face aux crises, ne choisissons pas entre défendre la paix et reconstruire les services publics ».
Pour mieux comprendre ce que signifie l’expression « défendre la paix », voici la phrase en exergue de la tribune : « Les investissements dans le domaine de la défense prônés par Emmanuel Macron ne doivent pas se faire au détriment de services publics déjà fragilisés, quand des mesures fiscales pourraient contribuer à ces deux postes de dépenses ».
Réarmer, préparer la guerre n’est pas préparer la paix !
Ainsi donc, sous prétexte de défense des services publics, ce collectif nous explique que les orientations guerrières de certains dirigeants de l’UE et les dépenses militaires faramineuses envisagées ou déjà engagées relèvent de la « défense de la paix ».
Le degré de soumission au discours dominant de ce texte est affligeant.
Il peut être rangé sous le prétexte fallacieux de l’indépendance vis-à-vis des USA, dont n’importe quel observateur sincère sait qu’elle ne pourra avoir lieu car elle n’est absolument pas dans l’intérêt des capitalistes de l’UE dont Macron et Von der Leyen, entre autres, sont les fondés de pouvoir : « Nul ne conteste la nécessité de ne plus dépendre des États-Unis pour notre défense » ; pour autant, pas de sortie de l’OTAN envisagée !
Mais le plus souvent, il est sans condition : « Bien que balayées par l’exécutif, un large éventail de propositions existe pour concilier, sans les opposer, les priorités sociales, environnementales et géopolitiques. » ou encore « La sortie de la dernière guerre mondiale a permis de renforcer ce modèle social et d’en faire un pilier pour la cohésion de notre société. Éviter la prochaine ne saurait conduire à le sacrifier. ». Les signataires approuvent donc les « priorités géopolitiques » du belliciste Macron et pensent qu’il souhaite « éviter la prochaine guerre ».
Passons sur le fait que le rapport de force de la lutte des classes était complètement différent en 1945 de ce qu’il est aujourd’hui. Mais, nous ne lisons dans ce texte aucune critique contre la volonté manifeste de Macron, Von der Leyen, Starmer et quelques autres de continuer la guerre en Ukraine, de continuer à envoyer des armes à l’État sioniste génocidaire et de renforcer leurs capacités militaires pour se préparer à un éventuel affrontement contre la Russie, ce qui est tout de même le contraire de la défense de la paix.
Comme souvent quand la direction de la CGT s’exprime, l’analyse de la politique de Macron et des raisons pour lesquelles il la mène est complètement erronée. Qualifiant de bouleversement les premières mesures de Trump qui ne sont qu’une péripétie au sein des contradictions du capitalisme, le collectif nous dit : « A l’inverse des exigences du moment, l’exécutif a semblé profiter de ce bouleversement pour poursuivre une trajectoire dogmatique : augmenter les impôts serait impossible, investir dans notre défense nécessiterait donc des réformes, des choix, du courage… ». Au-delà de l’extrême-prudence que l’on lit dans le verbe « a semblé », on en revient toujours avec le mot « dogmatique » à l’idée que Macron serait un idéologue et ce que l’idéologie dominante appelle actuellement le libéralisme une idéologie. Si Macron casse les services publics et court à la guerre, ce n’est pas par idéologie, mais par nécessité économique. Les capitalistes qui le pilotent n’ont pas d’autre solution dans le gigantesque affrontement qui a lieu actuellement au sein de l’impérialisme.
Comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises, on a une nouvelle fois une position de la direction confédérale de la CGT qui relève de l’Union sacrée derrière notre propre impérialisme.
Alors, la CGT s’aligne sur les bellicistes ? C’est plus compliqué !
A contrario, un certain nombre de structures de la CGT restent fidèle au combat historique de cette organisation contre les guerres impérialistes.
Ainsi, dans son tract d’appel au premier mai, l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône déclare : « Alors que les guerres se propagent pour les profits des grands groupes capitalistes, nous appelons à la mobilisation contre l’économie de guerre, qui ne sert qu’à enrichir toujours plus les vendeurs d’armes et les spéculateurs. » ; et dans les revendications : « Que l’industrie serve à produire pour répondre aux besoins sociaux et pas à l’économie de guerre », tout en mentionnant la sortie immédiate de l’OTAN.
L’Union Départementale CGT du Nord titre son tract d’appel au 1er mai ainsi : « De l’argent pour nos salaires, pas pour la guerre ! ».
Le tract d’appel intersyndical (CGT, FO, Solidaires) du département de l’Aisne comporte les extraits suivants : « Pour la paix, le respect du droit international et du droit à l’autodétermination des peuples ! Cessez-le-feu immédiat et définitif en Ukraine, à Gaza et partout dans le monde ! » et « De l’argent pour les salaires et les services publics, pas pour la guerre ! ».
Le communiqué d’appel au 1er mai de l’Union Départementale CGT du Val-de-Marne se termine par ces phrases : « Face à ces capitalistes dont les profits valent plus que nos vies, nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Alors qu’on veut nous faire croire que les armes servent la paix, (un comble !), c’est la prise de conscience collective et notre capacité à combattre réellement ce système qui nous permettront de construire la Paix entre les peuples. Luttons simultanément pour nos conquis sociaux, nos salaires et nos conditions de travail, ainsi que contre toute implication des travailleurs et travailleuses dans les guerres impérialistes. ».
On s’aperçoit par ailleurs que, même sur les revendications sociales, la tribune est loin de ce que portent beaucoup de militants de la CGT. Tandis qu’elle demande une « baisse des exonérations et allègements de cotisations sociales », l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône exige : « la fin des 200 milliards d’exonérations patronales et des cadeaux aux actionnaires » et l’intersyndicale de l’Aisne proclame : « Arrêt des exonérations patronales et défense du 100 % Sécu ! ».
Une conclusion
La tribune que nous évoquons est un avatar des nombreux écrits de la direction de la CGT qui circulent depuis le mois de février et prennent objectivement partie pour l’impérialisme français ou union-européen.
La question qui brûle les lèvres est : « Jusqu’où iront-ils ? ». Jusqu’où une direction confédérale d’un syndicat qui se proclame de lutte des classes peut-elle aller dans la compromission avec le pouvoir, avec nos capitalistes, avec notre impérialisme ?
Pendant ce temps, les licenciements pleuvent, les allocataires du RSA sont utilisés comme travailleurs gratuits, les mesures d’austérité sont de pire en pire et personne ne peut nier que la CGT n’est pas à la hauteur, n’organise pas la riposte. La CFDT est dans son rôle de collaboratrice de classes, mais la CGT ?
Macron ne prépare pas la paix, il prépare des bas de laines pour les capitalistes de l’industrie des armes, il organise la poursuite de la guerre en Ukraine parce que les capitalistes de l’UE y ont intérêt, il y a encore de l’argent à se faire sur la guerre et dans le sol ukrainien.
Le Parti Révolutionnaire Communistes dénonce ce texte qui ne défend pas les services publics, car n’importe qui sait que Macron ne changera pas sa politique, il applique la feuille de route du Gand Capital. Non, en réalité, ce texte justifie les dépenses militaires, il défend la guerre. L’Union sacrée a de beaux jours devant elle.
Comme en 1914, nous appelons à agir contre la guerre, à baisser le budget militaire, mais aussi à reconstruire les services publics, à cesser les cadeaux au patronat, les exemptions de cotisations et à remettre sur les rails notre Sécurité sociale et notre système de retraite, selon l’idée de 1945 : « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins »,avec un financement issu de la valeur créée par le travail et géré par les salariés eux-mêmes.
Le syndicalisme de classe n’a pas d’avenir dans la compromission. La bataille, c’est classe contre classe.




