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À propos d'un débat à la Sorbonne : Mettre l’exploitation capitaliste au centre

751-01/01/2022 Un colloque s’est tenu les 7 et 8 janvier à la Sorbonne. Il était organisé conjointement par l’Observatoire du décolonialisme, le Collège de Philosophie et le Comité Laïcité-République,

ce colloque soutenu et inauguré par le Ministre de l’Éducation Nationale J. M. Blanquer a été présenté par ses organisateurs comme un moment majeur dans la bataille des idées contre le wokisme(1) et la pensée décoloniale. Il a donné lieu à des réactions syndicales de la CGT, de SUD et de l’Unef qui l’ont dénoncé suivant le communiqué de la CGT comme politique et non scientifique : « Ce colloque pourrait-il être instrumentalisé en meeting politique qui s’inscrirait dans la droite ligne des discours de Blanquer et Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche ? Blanquer, comme Vidal, prétendent que l’islamogauchisme (terme maintenant remplacé par celui de wokisme)  «gangrène l’université ». Or, cette parole ministérielle, pendant une année de campagne présidentielle, et en pleine pandémie qui étouffe encore un peu plus les personnels de l’éducation nationale et l’hôpital, dans un colloque universitaire soulève des questions bien légitimes ». En lisant le compte-rendu qu’en fait le site Atlantico(2) réputé comme exprimant les pensées de la classe dominante, il ne fait aucun doute que cette manifestation était bien politique.

Ce colloque a fait couler beaucoup d’encre, la presse s’en est fait largement l’écho et un texte collectif d’universitaires a été publié dans le journal Le Monde(3) du 5 janvier, qualifiant cette initiative de tentative d’imposer une : « police de la pensée ». Tous les thèmes abordés par ce colloque, se veulent une réponse de "construction" à ce que ses initiateurs appellent une "déconstruction idéologique" qui de leur point de vue touche tous les aspects de l’histoire et en particulier le colonialisme et aussi ce que l’on nomme le sociétal au travers des questions comme l’égalité homme-femme, l’éco-féminisme, le racisme, les droits des minorités sexuelles ou autres...avec l’objectif de reconstruire un universalisme républicain et laïque.

L’ambition affichée par les organisateurs du colloque est de construire un ensemble idéologique cohérent capable de faire pièce à leurs yeux à la tendance destructrice qu’ils attribuent à leurs adversaires qualifiés parfois d’islamo-gauchistes. Cet ensemble théorique n’est pas autre chose que la justification des politiques que mène les gouvernements successifs de liquidation des conquêtes sociales collectives issues d’un rapport de force favorable à la classe des travailleurs salariés en 1936 à la Libération et 1968 et il vise la recherche d’une hégémonie idéologique sur l’ensemble de la société.

Comment se situer dans cette intense bataille idéologique est une question importante pour ceux qui entendent mettre fin au système d’exploitation capitaliste, celle de l’Homme par l’Homme, qui a fait son temps et ouvrir la voie à une société de coopération des producteurs : la société socialiste ? De notre point de vue il faut investir l’essentiel que sont les rapports de production, c’est à dire concrètement la nature du système même d’exploitation capitaliste qui divise la société en deux classes celle des exploiteurs du travail salarié qui détiennent le capital et celle de ceux qui n’ont que leur force de travail manuelle ou intellectuelle à vendre. Les rapports d’exploitation qui en découlent, comme le niveau de développement des forces productives sont les bases sur lesquelles s’établissent les relations sociales et se constitue la société elle-même. Vouloir ignorer la réalité première de l’exploitation capitaliste en mettant en avant les seuls faits sociétaux coupés de leur contenu de classe, c’est permettre à la classe dominante de manipuler, à partir des réalités vécues par les salariés, la perception de leur propre exploitation et de les jeter dans les bras de forces populistes voire fascisantes dont la finalité est de maintenir l’ordre social capitaliste.

Soyons clairs tant que l’accent est mis par des forces sociales et politiques sur la seule question des droits et de l’égalité au travers du wokisme, du décolonialisme, du genre, de la cancel culture(4), elles font objectivement le jeu des laudateurs du système capitaliste et contribue à endiguer la prise de conscience de classe. Les forces sociales et politiques qui mettent l’accent sur la seule question des droits et de l’égalité au travers du wokisme, du décolonialisme, du genre, de la cancel culture, font objectivement le jeu de ceux qui dirigent la société et qui ont intérêt à pérenniser son système d’exploitation en contribuant à endiguer la prise de conscience de classe en détournant l’origine des processus de domination et d’exploitation.

L’enjeu de la riposte sur le fond au colloque de la Sorbonne, c’est de mettre la lutte des classes au centre de l’activité politique, afin de combattre l’hégémonie économique et idéologique du capital sur la société pour construire une société dans laquelle les hommes et les femmes salariés cesseront d’être exploités.

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(1) Wokisme : Terme anglo-américain qui désigne le fait d'être conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l'égalité raciale

(2) https://atlantico.fr/article/decryptage/apres-la-deconstruction-un-colloque-a-la-sorbonne-pour-dire-stop-au-wokisme-et-aux-ideologies-qui-gangrenent-les-universites-woke-enseignement-superieur-liberte-etudiants-ideologie-france-etats-unis-influence-bataille-idees-ravages-vincent-tournier

(3) "L'universalisme républicain ne se décrète pas, il se construit"

(4) « cancel culture », ou « culture de l’effacement », vise à mettre au ban un personnage historique en fonction de ses actions, ou une œuvre, suivant son contenu.

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