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Fondements du pacte républicain et lutte des classes

701-27/01/2021 Le sordide assassinat de Samuel Paty, enseignant d’histoire-géographie au collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine, le 16 octobre dernier, a fait resurgir un débat récurrent, tantôt larvé, tantôt apparent, mais surtout plein de faux-semblants et de leurres:

le débat sur la laïcité et ce que les forces politiques nomment unanimement : "les fondements du pacte républicain".
Avant de donner notre point de vue, issu des fondamentaux du mouvement ouvrier et communiste, nous voulons analyser ce que révèle l'attitude de l'État confronté à l'assassinat d'un enseignant.
L'assassinat de Samuel Paty et la réaction de l'administration
Lorsqu’un enseignant se fait décapiter devant son école, nous sommes légitiment révoltés par cette violence. Il faut allier cet acte à la politique du capital, une politique criminelle et violente, celle des agressions impérialistes et la violence sociale imposée aux peuples au nom du profit capitaliste.
Le rapport d’enquête des deux inspecteurs généraux de l’éducation nationale sur ce qui s’est passé au collège du Bois d’Aulne, entre le 5 octobre, jour de la séquence sur la liberté d’expression présentée par Samuel Paty, et le 16 octobre où il fut assassiné montre clairement qu'il s'agit d'une opération de défense de l'institution scolaire et policière. Selon B. Modica, professeur d’histoire-géographie, et porte-parole de "Clionautes", une association d’historiens: cette "enquête" s'apparente à une formidable opération d'ouverture de parapluie.
L’État, l’administration de l’Éducation Nationale en l’occurrence, ne protège pas les enseignants et encore plus sur les questions de la laïcité. Contrairement à ce qu’affirme le ministre Blanquer, il ne la défend. L'État ne peut et ne veut pas le faire avec les positions et décisions anti-laïques qu’il a prises depuis des décennies. Il ne s’agit pas seulement d’une question de "pas de vague", il y a plus profondément un problème d’orientation politique globale. De fait l’État s’en prend à la loi de 1905.
La question cruciale de la laïcité
Le débat sur la laïcité renvoie à la loi de 1905. Peu de gens sont capables de dire ce que contient cette loi, le pouvoir la brandit comme un étendard du socle républicain mais ne la respecte pas. Rappelons que la loi de 1905 est un mode d’organisation des relations entre l’univers de la confessionnalité et celui de société incarné par l’État. Elle reprend en partie l'esprit des propositions de la Commune de Paris sur la déconfessionnalisation de l'État et de l'école. En bref, la loi de 1905 repose sur une neutralisation confessionnelle des institutions. Citons en l'article premier : "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public", tandis que le deuxième affirme :" La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte". La loi de 1905 est le socle de la conception de l'État laïque à la française. C'est à dire que l'État ne doit pas intervenir dans les cultes qui restent du domaine privé. Son seul rôle est de faire respecter la liberté des cultes.
Cette loi adoptée dans une période où la bourgeoisie atteint la plénitude de son pouvoir politique a pour objectif de se dégager d'un conflit avec les forces du catholicisme obscurantiste et réactionnaire qui freine la mise en œuvre de réformes sociales et économiques parachevant la montée de la grande industrie et de la finance capitaliste. Cette loi représente aussi un acquis pour les forces sociales révolutionnaires au sens où elle dégage l'État de l'étau d'une force idéologique profondément réactionnaire. C'est dans ce sens que le mouvement ouvrier a été et est toujours attaché à la défense de cette forme de laïcité de l'État. Aujourd'hui, à l'inverse, les forces du capital veulent s'en débarrasser pour lui substituer une conception de la société où domine un substitut à la lutte des classes au travers de l'organisation de formes communautaristes opposant les salariés entre eux sur des bases religieuses et/ou ethniques. Ainsi le projet de loi, d'abord baptisée de "contre le séparatisme" puis de "loi confortant le respect des principes de la République", qui est en cours de discussion au Parlement relèvent plus de la théorie du conflit de civilisation que de celle du confortement des principes républicains tant elle désigne comme quasi unique problème celui de la religion musulmane!
De la même façon, les diverses prises de position qui ont suivi l’assassinat de Samuel Paty par un fasciste islamiste tentent de nous enfermer dans un faux débat entre "islamophobie" et "islamo-gauchisme". Or ces deux "concepts" sont les deux faces d'une même médaille et sont des diversions empêchant de poser une analyse claire de la situation réelle. Le vrai débat ne peut ainsi émerger. On voit bien que face à une crise profonde de la société française minée par le chômage, la pauvreté, l'absence de perspective - que façonne la politique du grand capital en détruisant le tissus industriel et les conquêtes sociales tout en combattant et affaiblissant les organisations de classe- le pouvoir du grand capital cherche avec la complicité objective des forces communautaristes à organiser un recul sans précédent des droits et libertés publiques depuis 1945. C'est tout le sens de la loi de sécurité globale et du projet en discussion sur le séparatisme, projet qui a pris aujourd'hui le nom moins clivant de :"loi confortant le respect des principes de la République" mais dont les objectifs sont bel et bien de corseter les libertés publiques.

Qu’est-ce donc que l’islamophobie ?
Dans le terme d’islamophobie, il y a l’idée de « communauté musulmane », un terme venu tout droit des conceptions anglo-saxonnes. L’État au service du capitalisme et l’idéologie dominée par les multinationales et le pouvoir à son service ont enfermé des millions de personnes en France, dans cette case, et parmi eux, nombre d’incroyants se voient étiquetés musulmans. Cette déviation politicienne, appuyée par les religieux bien sûr, a toujours été présente.
Sarkozy a donné un coup d’accélérateur avec la création du Conseil du Culte Musulman. Cette mesure est anti-laïque car l’État, par la loi de 1905, ne reconnaît aucun culte, n’a donc pas à se mêler de les organiser ; c’est une mesure qui rappelle le temps d’avant la loi de 1905, quand le ministre de l’intérieur était ministre de l’intérieur et des cultes.
Faut-il rappeler aussi que Mitterrand a ouvert en grand l’éducation aux institutions religieuses ou plusieurs millions d’élèves sont soumis à des valeurs qui sont à l’opposé de l’enseignement que sont en droit d’attendre nos enfants, et payé par nos impôts. Elle conduit à remplacer les luttes pour l'égalité par des luttes pour la reconnaissance des identités religieuses et ethniques. Autrement dit, remplacer la question sociale et politique par une question d'identité. De cela naîtrait-il l’islamophobie ? Ce que certains, nomment ainsi n’est rien d’autre que le bon vieux racisme. Comment interpréter autrement, par exemple, les quolibets envoyés aux femmes porteuses de burkini sur une plage de la Côte d’Azur il y a quelques années : « Rentrez chez vous ! ». Ce n’est pas le musulman qui est visé, mais la fille ou le gars d’origine maghrébine, africaine noire et, toujours spécifiquement, l’Algérien.
Le terme d’islamophobie est utile d'un point de vue idéologique. Il convient aux courants les plus obscurantistes de l’Islam, notamment les fascistes, qui essaient, par ce biais, sous couvert de "droit à la différence" de s’en prendre à la laïcité et, par exemple, au droit au blasphème et bien entendu aussi à conforter leur emprise sur une main d’œuvre devenue captive et possiblement utilisable pour tous leurs trafics. Ensuite, ceux qui manient le racisme, peuvent assumer l’islamophobie, alors que le racisme! Enfin, n’oublions pas tous les opportunistes de gauche qui ont trouvé de nouveaux opprimés, pourvu qu'il ne s'agisse pas de lutte de classe.
Second volet du même moyen d'occulter la lutte des classes: l’islamo-gauchisme
Ce qui se cache derrière, c’est l’attitude des "chevaliers" défenseurs d’une veuve et d’un orphelin appelés « communauté musulmane » et dont pas mal de celles et ceux qui s’y voit rangés aimeraient bien qu’on arrête de les considérer comme victimes. Les idéologues de la bourgeoisie avec leur boîte à idée comme « l’institut Montaigne » manient l'islamo-gauchisme comme un énième hochet permettant de jouer à la révolution des mœurs. Pendant ce temps-là, on ne parle ni de laïcité, ni de lutte des classes.
Il faut, dénoncer ces errements. Ils conduisent à l'injustifiable participation à la manifestation contre la soi-disant « islamophobie » le 19 novembre 2019, aux côtés de toutes celles et tous ceux qui constituent le fascisme musulman en France, et en particulier les organisations liées aux Frères Musulmans.
Dans le monde, depuis toujours, le fascisme a souvent une connotation religieuse. Aujourd’hui l’organisation fasciste la mieux structurée dans le monde est celle des Frères Musulmans, qui en coche toutes les cases : direction petite-bourgeoise, utilisation de nervis sous une forme différente et guerrière (DAESH) ou faiseuse d’attentats, embrigadement total de la population là où ils sont au pouvoir, contrôle de tous les moyens de production et des media par la classe dominante et lutte à mort contre les révolutionnaires. Mais on peut également citer, notamment en Amérique et en Afrique, les fascistes évangélistes comme Bolsonaro au Brésil, ou en Argentine d’où le pape est issu après avoir soutenu la dictature et les exécutions sommaires d’opposants.
Dans l’éducation nationale
La situation n’est guère enthousiasmante: Les enseignants sont coincés entre les anti-laïques obsédés par la crainte de nuire aux opprimés qu’ils en oublient le sordide assassinat de Samuel Paty et les anti-laïques institutionnels qui se sont succédé au pouvoir depuis des décennies et remplacent peu à peu la laïcité par l’œcuménisme. Certains enseignants ont peur d’aborder certains sujets, sont las de combattre pour que toutes les filles de la classe viennent à la piscine, vivent des pressions de plus en plus importantes de parents intrusifs. Et tout cela se passe sans que la hiérarchie fasse un seul geste. Elle ne conseille rien d’autre que le "pas de vague", donc de se coucher devant les atteintes à la laïcité. Dans le droit fil de Sarkozy, Macron veut créer un conseil des imams. Cela va contre la loi de 1905 dont le fondement est clair: la religion doit rester dans la sphère du privé, l’État n’a pas à s’en préoccuper, à s’en mêler ni à lui reconnaître un statut.
En conclusion
Dans cette période où les forces du capital détricotent la loi de 1905, elle demeure, même avec ses imperfections, son caractère inachevé par rapport au but que poursuit le mouvement ouvrier, un socle que nous devons défendre. Nous avons aussi à démontrer que Macron et Blanquer ne la défendent pas plus d'ailleurs que Mélenchon.
Le Parti Révolutionnaire Communistes ne laissera pas les obscurantistes de tous poils et leurs complices démanteler la loi de 1905.

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