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« Fratelli Tutti » : une encyclique traduction d’une inquiétude sur l’état du Monde

L’encyclique du pape François publiée le 4 octobre est traversée par une profonde inquiétude sur l’état du monde et l’avenir de l’humanité. Cette encyclique est qualifiée par le journal La Croix de : « sociale ». Tout au long du texte deux expressions reviennent comme un leitmotiv : « fraternité » et « amitié sociale ».

Elle procède à une vaste description des tendances lourdes qui sont à l’œuvre dans les sociétés modernes et au-delà du constat tente d’y apporter ses réponses. Dans le premier chapitre appelé : « Les ombres d’un monde fermé », le texte s’emploie à montrer que les espérances nées de l’après-guerre sont entrain de se briser mais au passage, il donne quitus à la construction européenne.  Il note cependant que : « l’histoire est en train de donner des signes de recul » et le développement d’une culture vide : « obnubilée par des résultats immédiats et démunie de projet commun, il est prévisible que face à l’épuisement de certaines ressources se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles. » L’encyclique va jusqu’à qualifier la situation de « troisième guerre mondiale par morceaux ». C’est dire la noirceur du tableau. La globalisation est décrite comme : incertitude, déception et peur de l’avenir,  « contrôlée par des intérêts économiques aveugles ».
Pourtant ces « intérêts économiques aveugles », le texte se garde bien de les décrire laissant ainsi dans l’ombre les objectifs du capitalisme dans sa forme impérialiste moderne. Cette absence d’analyse de la réalité, se retrouve de manière récurrente dans le texte, ce qui n’empêche pas ce dernier de contenir un long développement sur les questions de l’immigration et sur le droit de : « ne pas émigrer », le tout étant rattaché à des conditions économiques et sociales mises en exergue. Sur cette question la condamnation du racisme et du rejet des immigrants est clairement exprimée. L’encyclique consacre un long développement aux techniques modernes de communication et si elle n’en nie pas les aspects positifs, elle met en garde contre ses dangers et tout particulièrement ceux de manipulations de masse.
Le troisième chapitre renvoie aux solutions préconisées pour : « penser et gérer un monde ouvert. » Ce chapitre s’appuie sur l’idée que l’humanité a un destin commun et que dans cette perspective : « En ces moments où tout semble se diluer et perdre consistance, il convient de recourir à la solidité tirant sa source de la conscience que nous avons d’être responsables de la fragilité des autres dans notre quête d’un destin commun ». Dans la lutte contre : « les causes structurelles de la pauvreté, de l’inégalité, du manque de travail, de terre et de logement, de la négation des droits sociaux et du travail. », il convient : « [de] faire face aux effets destructeurs de l’Empire de l’argent ». Tirant jusqu’au bout cette logique, l’encyclique affirme qu’à : « côté du droit de propriété privée, il y a toujours le principe, plus important et prioritaire, de la subordination de toute propriété privée à la destination universelle des biens de la terre et, par conséquent le droit à tous de leur utilisation ».
Cette affirmation ne remet nullement en cause le droit de propriété, elle tente seulement face aux luttes de classe contre les conséquences de l’appropriation privée des moyens de production et d’échange d’indiquer des modalités qui la rendrait plus acceptable. Au fond, découle du constat sur la « noirceur » du monde, une tentative d’issue qui ne touche pas aux rapports de classe mais permette : « d’accepter le défi de rêver et de penser à une autre humanité. On peut aspirer à une planète qui assure terre, toit et travail à tous ».
Les deux derniers chapitres sont consacrés au rôle politique de l’église et à l’organisation des relations internationales. Ils condamnent le populisme au nom d’une notion de peuple qui se résume par : « Faire partie d’un peuple, c’est faire partie d’une identité commune faite de liens sociaux et culturels... » et la grande question : « c’est le travail -ce qui est réellement populaire- parce qu’il contribue au bien du peuple ». Dans la même veine, le texte exprime l’idée que : « le marché à lui seul ne résout pas tout... » et qu’il faut replacer au centre de tout : « la dignité humaine ». On retrouve l’expression de tout ce que le réformisme politique et syndical contient aujourd’hui et que certains résument d’un slogan : « L’humain d’abord » sous entendu la finance après mais toujours là! Pas étonnant que Mélenchon apprécie le contenu de l’encyclique dans laquelle il voit évidemment la légitimation de ses positions politiques, lui, qui avec les autres organisations réformistes, critiquent le « libéralisme » prêchent un meilleur partage des richesses mais ne s’attaquent surtout pas à la cause fondamentale de cette « noirceur du monde » le système d’exploitation capitaliste.
L’église catholique analyse les méfaits pour l’humanité du système actuel, elle n’entend le combattre en tant que système mais seulement en atténuer les effets au nom de la morale et cela est bien la substance de tout ce qui mène à la collaboration de classe et donc contribue à pérenniser tous les méfaits et les souffrances de l’humanité, qu’engendre le système capitaliste.

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