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Loi Blanquer : la liquidation du droit à l’éducation nationale pour tous. Une attaque contre le statut de la fonction publique

     Ce qui préoccupe Blanquer, ce n’est certainement pas de fabriquer une école émancipatrice ni de s’attaquer à cet édifice de reproduction sociale qui massacre les enfants de la classe ouvrière et des milieux populaires. Ce n’était pas non plus le cas de ses prédécesseurs.
Dans le droit fil des ministres précédents, Blanquer en ajoute une louche sur « l’école inclusive », censée accueillir tout le monde mais sans moyens. Les mêmes AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap) sont aujourd’hui pour la plupart recrutés pour aider un enfant ou deux ; ils seront désormais attachés à une école ou à un établissement, sans limitation du nombre d’enfants dont ils devront s’occuper.


On parle beaucoup de la mise en place de l’école du socle, projet qui a près de quinze ans. Ce sont les fameux « établissements publics des savoirs fondamentaux », qui devraient regrouper un collège et les écoles alentours, sous la direction du chef d’établissement dont un directeur adjoint recruté comme personnel de direction sera le chef des écoles. Cela permet, beaucoup l’ont dit, de faire des économies de postes, mais cela permet surtout d’en finir avec ce statut de l’école où les décisions sont prises collectivement, sans chef (le directeur actuel est un collègue, pas un supérieur). Cela fait des années que les Ministres successifs cherchent un moyen de subordonner les enseignants du primaire à un supérieur hiérarchique « de proximité ». Mais cela coûte cher. C’est pourquoi la loi sur les EPEP (établissements du 1er degré avec un supérieur hiérarchique à leur tête), bien que votée dans les années Sarkozy, n’a jamais été appliquée. A part quelques expérimentations, il pourrait bien en être de même avec les EPSF.
La ruse de Blanquer est de récupérer des postes et d’en confier la gestion et donc les dépenses aux communes et départements ; c’est tout bénéfice pour le budget de l’Etat. Seulement, pour créer un EPSF, il faut une décision des communes et départements, justement. Et l’association des maires de France se plaint du coût exorbitant pour les collectivités. On peut parier que pas mal d’entre elles ne se lanceront pas dans l’aventure.
Cette loi sert aussi : d’abord à renforcer l’autorité du ministre et l’autoritarisme : une école, des élèves, des enseignants et un seul chef, un seul qui pense pour tous les autres : Blanquer. Ainsi l’article 1, qui a beaucoup été discuté et critiqué a pour but d’intimider les enseignants afin qu’ils ne s’expriment pas publiquement pour critiquer le ministre ou sa politique. Dans le droit fil de la loi « anti casseurs », c’est une mise au pas.
Il faut le dire, c’est là l’essentiel de la préoccupation ministérielle. On la retrouve traduite dans la facilité désormais donnée à la hiérarchie de décider des expérimentations ainsi que dans la mise sous tutelle ministérielle des nouveaux instituts de formation des enseignants ou encore dans la reprise en main par l’éducation nationale de la gestion des AESH, ces personnels précaires qui accompagnent les enfants en situation de handicap.
On entend dire ici et là que cette loi est de bric et de broc, mal écrite et peu pensée et qu’elle est mauvaise parce qu’elle ne s’attaque pas aux problèmes récurrents de l’école. On entend dire aussi que le scandale vient de la création d’organismes chargés de l’évaluation de l’Ecole qui ne sont pas indépendants du ministère. C’est un débat entre tenants du Capital, car les organismes d’évaluation actuels ne sont pas plus indépendants de l’idéologie dominante ni de la pensée de la Grande Bourgeoisie que ceux qui vont leur succéder.
Au final, la loi Blanquer confirme les précédentes lois d’orientation de 2005 (Fillon) et 2013 (Peillon) ; elle confirme le socle commun, le fichage et le formatage des élèves, la conception d’une Ecole de l’employabilité. Et elle établit une tutelle plus grande encore sur les enseignants ; il va être plus compliqué de dire son mot. Ce n’est pas une modification fondamentale, cela fait belle lurette que la hiérarchie fait pression pour que les enseignants exécutent les ordres. Néanmoins c’est une étape qui préfigure des attaques contre le statut de la fonction publique pour faire des fonctionnaires des « obéisseurs » et des taiseux, plutôt que des gens qui ont un avis et le donnent.
Dans ce cadre, avec un ministre qui, de toute façon depuis deux ans applique la politique de Macron il n’y a rien de surprenant.
Notre Parti alerte sur les dangers de cette réforme scolaire, qui fait partie comme les autres réformes, des objectifs de Macron pour répondre aux exigences du capital.
Il appelle à la lutte tous ensemble, à faire de la journée interprofessionnelle du 19 mars à l’appel de la CGT- FO- Solidaires- L’UNEF – l’UNL- SD une grande journée pour mettre un coup d’arrêt à la politique de Macron avec le capital.

Bimestriel N°131

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