Gantry 5

 

N° 912 12/02/2025  À Madrid, le parti d’extrême-droite Vox dirigé par Santiago Abascal a organisé le 7 et 8 février un sommet baptisé « Ultra » à Madrid. Santiago Abascal a été élu en novembre 2024 à la présidence du parti européen Patriotes pour l'Europe et il réunit donc à Madrid les membres des quatorze partis nationaux affiliés.
Les partis d’extrême-droite voient dans la victoire de Donald Trump et leur progression électorale (à l’exception de Vox en Espagne, cela dit…) des signes encourageants de prochaine victoire. Le groupe Patriotes pour l’Europe est la troisième composante du Parlement européen et entend peser sur ses débats et éventuellement rallier les autres groupes d’extrême-droite, les conservateurs-réformistes (!) dont fait partie Fratelli d'Italia, le parti de G. Meloni et l’Europe des nations souveraines, structuré autour de l’AfD (Allemagne).
Il est à noter que M. Le Pen reste davantage circonspecte quant aux conséquences de l’élection de Trump que ses fervents admirateurs Abascal ou Orban. Puisqu’il ne s’agit pas tant de suivre l’exemple « made in the US » que de sortir l’Europe de sa léthargie (sic).
D’une originalité échevelée, les leaders nationalistes réunis à Madrid ont choisi de singer les Républicains trumpiste en adoptant le slogan MEGA1 « Make Europe Great Again ». Ils n’ont pas bien compris que le Président Trump a l’intention, de son côté, de rendre l’Amérique (enfin les Etats-Unis, en fait) plus grande en réduisant au mieux les autres nations. Car on n’est jamais aussi grand que parmi les nains.
Pour rendre l’Europe plus grande (l’Union européenne, en fait), les participants à ce sommet (sans doute pas de l’innovation) sont d’accord sur la nécessaire réduction de la bureaucratie européenne, la réduction des règlements et bien sûr, une vigoureuse action anti-migratoire.
Ils dénoncent le « suicide écologique » européen qui accélèrerait la désindustrialisation européenne, le coût de l’immigration, voulue et organisée par les autorités de l’Union européenne, pour les budgets nationaux et la confiscation de la souveraineté nationale, objectif ultime de la construction européenne menée de conserve par les fédéralistes socio-démocrates et démocrates-chrétiens.
Il n’empêche qu’un pigiste du magazine « pro-business » Atlantico, l’inénarrable Jean-Marc Sylvestre2, longtemps chroniqueur économique sur France-Inter pour la minute matinale de leçons capitalistes, pour séparer le bon grain de l’ivraie de cette extrême-droite affirme : généralement, tous ces partis sont des fervents partisans du marché, de la réduction du poids de l’État dans l’économie, de la liberté d’entreprendre, synonyme d’une limitation drastique de la liberté de militer syndicalement, bref des gens fréquentables. En revanche, le parti de M. Le Pen se focalise trop à son sens sur la question sociale et sur la nécessaire intervention de l’État dans l’économie, l’accusant même - horresco referens3 – de keynésianisme4 !
Dans le cadre donné de l’organisation capitaliste, c’est précisément le détricotage, décidé « souverainement » ou avec les encouragements des administrations de l’Union européenne, de l’Etat social - imposé par les circonstances de la fin de la dernière guerre mondiale, un rapport de force favorable à la classe ouvrière et la rivalité idéologique avec le camp socialiste - qui a favorisé l’essor électoral de l’extrême droite dans les pays fondateurs de l’Union européenne (pour les pays de l’Europe centrale et orientale, c’est une autre histoire, mais assez similaire).
L’histoire nous a appris que les puissances capitalistes sont prêtes à pousser des partis anti-démocratiques et totalitaristes pour défendre ses intérêts. Si les politiques dans l’arc social-démocrate/chrétien-démocrate (le cœur politique de l’Union européenne) peinent à imposer des réformes nécessaires à conserver le taux de profit alors il est possible que l’option extrême-droite s’ouvre, après une « dédiabolisation » bien orchestrée. C'est ce qui nous fait dire que le Rassemblement National est un des fers au feu de la classe capitaliste au même titre que le duopole5 [social-démocrate]-[centre et droite] et quand c'est vraiment nécessaire, les formes variées de l'Union de la Gauche comme ce fut le cas en 19816.
Alors évidemment, se pose la question de la résistance à l’irrésistible ascension, mais toutefois résistible comme l'écrivait Bertolt Brecht dans la pièce : "La résistible ascension d'Arturo Ui"7, de ces nouveaux chiens de garde du capitaliste, dans une phase aiguë d’affrontement impérialiste. Les alarmes sur l’heure qu’il est ou les démonstrations au sujet de l’ignominie des politiques envisagées par l’extrême-droite au pouvoir ne convainquent guère les classes populaires qui ressentent durement depuis des décennies les effets des décisions des tenants de la "démocratie libérale" au pouvoir depuis autant de temps.
Aujourd’hui, les forces révolutionnaires sont faibles et dispersées. Celles qui se réclament de la "gauche" sont engluées dans un bien curieux Nouveau Front Populaire, déjà caduque du fait d'un contenu électoraliste et opportuniste face aux rigueurs de la lutte des classes, ce qui démontre qu’il n’était en rien populaire. Le problème ne doit pas être posé comme une lutte entre le Bien et le Mal, la Lumière et l’Obscurantisme et tout ce genre de fadaises qui n’expliquent rien et ne convainquent personne, pour preuve, la puissance électorale persistante et grandissante de l’extrême droite.
Le problème de l’extrême droite doit être resitué dans le contexte d’antagonisme entre le Travail et le Capital, antagonisme traditionnellement nié par l’extrême droite… mais pas que… Il est urgent de raviver une conscience de classe qui s’est étiolée dans des partis dits de gauche à la dérive. C’est la seule façon de couper la route de l’extrême droite.
1 MEGA (symbole M) est le préfixe du système international d'unités qui multiplie par un million l'unité qui le suit. Ainsi une méga-seconde ce sont un million de secondes.
3 Je frémis en le racontant
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