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Ce qui pourrit la vie de l'Université c'est la politique du pouvoir et du capital!

708-17/03/2021 Communiqué des cellules Université recherche V, VIe et CNRS-INSERM:

Octobre 2020, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Banquer, déclarait sur Europe1 que dans les universités, existerait un «islamogauchisme » qui ferait des « ravages ». En février 2021, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l‘innovation, Frédérique Vidal, reprenait le flambeau de cette attaque portée contre l’université et plus largement contre la recherche académique sur CNews : « Moi je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable, [elle] fait partie de la société ». La ministre annonçait dans la foulée vouloir lancer une enquête sur « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».
A la suite des déclarations du MESRI, plus de 600 universitaires et chercheurs ont publié le 20 février dans Le Monde une tribune appelant à la démission de Frédérique Vidal. La liste exhaustive des signataires a été rediffusée le lendemain sur un blog proche de l’extrême droite sous le titre «Liste des 600 gauchistes (et quelques autres) complices de l’islam radical qui pourrissent l’université et la France ».
Nous dénonçons ces méthodes de délation qui jettent l’opprobre sur des scientifiques et leur dénie la liberté de s’exprimer publiquement sur une politique qu’ils jugent délétère pour la Recherche. Nous dénonçons les déclarations de la ministre qui encouragent de telles manœuvres d’intimidations d’extrême droite, elles contribuent à mettre en danger des enseignants et des chercheurs et inaugurent une chasse aux sorcières dans un moment où l’université traverse une période très difficile.
Au-delà de remettre en cause des travaux de recherche en sciences humaines et sociales, c’est aussi de la part de la Ministre la volonté de désigner et marginaliser des chercheurs qui n’entrent pas dans les thématiques de recherche labellisées par le gouvernement, d’endiguer toutes formes de contestation à cette intervention hégémonique de l’État dans les choix des scientifiques des laboratoires. Déjà, lors des débats sur la loi de programmation de la recherche (LPR) le gouvernement avait ouvert les feux de cette offensive. Deux amendements soutenus par le MESRI, et qui heureusement ont été retoqués ou bien amendés visaient à intégrer dans le texte de loi pour le premier des limites aux libertés académiques sensées s’exercer « dans le respect des valeurs de la République ». Un cadre suffisamment flou pour remettre en cause la garantie, à la fois des libertés académiques et de l’indépendance de la recherche publique, le texte a été amendé et désarmé. Le deuxième amendement visait à introduire le délit d’intrusion et criminalisait toute mobilisation étudiante ou des personnels, l’amendement a été finalement censuré par le Conseil Constitutionnel.
Le caractère militant de certains domaines de recherche est un des arguments sur lesquels le Ministère appuie leur condamnation arguant de leur prétendue non-scientificité. Or, la déontologie du débat scientifique ne signifie pas que les disciplines, y compris les plus théoriques, se tiennent dans un espace céleste, loin d'enjeux politiques qui seraient perçus comme dégradants ou contradictoires avec le métier de chercheur, fonctionnaire de l’État. Une condition nécessaire pour que les thématiques de recherche appartiennent au champ académique est qu’elles se soumettent à l'examen collégial et contradictoire par les instances scientifiques des établissements où les chercheurs exercent leurs activités de recherche. Le CNRS et l’Alliance Athéna ont refusé de jouer le rôle de censeur en estampillant les travaux de recherche d’un label du politiquement correct. Le ministère ne pourrait se soustraire aux règles de l’évaluation scientifique en se référant à l'autorité bureaucratique du Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres). Cette décision serait contraire à l'éthique scientifique.
Cette volonté de l’État de réglementer les débats scientifiques est un prétexte pour mettre sous emprise la recherche publique et l’université. Cette volonté se manifeste par le financement au cas par cas des programmes de recherche via les appels à projets, par les modalités d’évolution de carrières et du système de rémunérations faisant une place de plus en plus importante au traitement individuel des personnels.
La loi pour la recherche, les plans de relance, le programme d’investissement d’avenir, les appels à projet des agences de financements ont tous pour principal objectif parfaitement explicité de soumettre la recherche publique et l’enseignement supérieur aux besoins des grandes entreprises et de renforcer leur compétitivité sur les marchés mondiaux. Les réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis une trentaine d’années visent à soumettre les scientifiques aux sollicitations venant de l’extérieur qu’elles viennent du monde économique, des pouvoirs politiques ou en réponse à des questions dites sociétales. Sauf que les personnels de la recherche ne sont pas aussi obéissants que le souhaiteraient nos édiles, ils rechignent à rentrer dans le moule.
Cette tentative de diversion -des plus grossières- est un moyen pour le gouvernement de cacher la situation dramatique de l’enseignement supérieur et la recherche.
Il est nécessaire de nous organiser et de construire un mouvement d’envergure alliant étudiants et salariés de l’université et des laboratoires de recherche pour imposer nos revendications et une autre orientation politique pour la recherche publique.

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