N° 967 04/03/2026 Dans le cadre du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, dans un communiqué intersyndical, les organisations CFDT, CGT, FO, CGE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires, FSU appellent la France à s’engager pour l’égalité ! Cette orientation donnée à la journée du 8 mars pose un problème de fond celui de l'émancipation des travailleuses et travailleurs de leur condition salariale fruit du système d'exploitation capitaliste.
Dans cet article, nous tenons à rappeler le sens profond de la journée de lutte du 8 mars.
D’où vient cette journée du 8 mars ?
Le 26 et 27 août 1910 s’est tenu à Copenhague la deuxième Conférence Internationale de Femmes Socialistes, durant laquelle les principaux débats ont porté sur le vote des femmes, la protection sociale pour les mères et le besoin d’établir un lien plus régulier entre les socialistes des différents pays.
Sur l’une des bannières on peut lire :. « L’émancipation des femmes se fera par le socialisme ». La militante allemande Clara Zetkin en clôturant la conférence devant une centaine de déléguées, en provenance de toute l’Europe et des États-Unis, les congressistes adoptent le principe d’une « Journée des femmes », dont l’objectif premier est d’obtenir le droit de vote. Ils proposent la motion suivante : « En accord avec l’organisation syndicale et de lutte des classes du prolétariat de leurs pays, les femmes socialistes de tous les pays organiseront tous les ans une Journée des femmes, dont l’objectif premier est l’obtention du droit de vote. Cette revendication doit être examinée à l’aune de la question des femmes dans la conception socialiste. La Journée des femmes sera internationale et fera l’objet d’une organisation soignée…Notons dans cet appel « jour des femmes » et non pas « de la femme », insistant également sur le caractère international de l’événement. Le 19 mars suivant, les socialistes allemandes ont fêté le Jour International des Femmes. En 1914, les socialistes d’Allemagne, de Suède et de Russie en accord commémoreront le 8 mars. Et elles l’ont fait ainsi que les années suivantes.
Le 8 mars 1917 les ouvrières russes l’ont commémoré avec des manifestations, des grèves et des mutineries pour le pain, la paix et contre le régime tsariste: une étincelle au milieu des pénuries de la Première Guerre mondiale, a donné lieu à la révolution avec laquelle la classe ouvrière a conquis le pouvoir huit mois plus tard, sous la direction du Parti Bolchévique.
Le 8 mars 1921 Lénine écrivait dans la Pravda :
« Pour entraîner les masses dans la politique, il faut y entraîner les femmes. Car, sous le régime capitaliste, la moitié du genre humain est doublement opprimée. L'ouvrière et la paysanne sont opprimées par le capital ; en outre, même dans les plus démocratiques des républiques bourgeoises, elles restent devant la loi des êtres inférieurs à l'homme ; elles sont de véritables « esclaves domestiques » car c'est à elles qu'incombe le travail mesquin, ingrat, dur, abrutissant de la cuisine et du ménage.
La révolution bolchévique a coupé les racines de l'oppression et de l'inégalité de la femme, ce que n'avait encore osé faire aucun parti, aucune révolution. De l'inégalité de la femme devant la loi, il ne reste pas trace chez nous. L'inégalité odieuse dans le mariage, le droit familial, la question des enfants a été totalement abolie par le pouvoir de Soviets.
Ce n'est là qu'un premier pas vers l'émancipation de la femme. Mais pas une seule République bourgeoise, même parmi les plus démocratiques, n'a osé le faire, et cela de crainte d'attenter au principe sacro saint de la propriété individuelle."
En France, le Parti communiste et la CGTU issue de la scission de la minorité révolutionnaire au sein de la CGT, se saisissent du 8 mars afin d’organiser chaque année durant l’entre-deux-guerres une « semaine internationale des femmes ». Répondant aux mots d’ordre de l’Internationale communiste, les revendications en faveur de l’émancipation politique et économique des femmes se mêlent alors aux appels à lutter contre la guerre et pour la défense de l’Union soviétique.
Dans la continuité de Mai 68, les années 1970 sont marquées par la montée en puissance des mobilisations féministes. Celles-ci changent en profondeur le sens du 8 mars, mettant l’accent sur le droit des femmes à disposer librement de leur corps. Le combat pour l’accès libre et gratuit à la contraception et à l’avortement fédère de nouvelles générations de militantes.
En 1975, l’ONU déclarait l’Année Internationale de la Femme et en décembre 1977, proclamait le 8 mars comme la Journée Internationale pour les Droits des Femmes et la Paix Internationale.
Ce qui se cache derrière un nom
Pour certains groupes féministes, le 8 mars est un jour pour lutter seulement en faveur de certains droits des femmes laissant de côté la remise en cause du système capitaliste, se limitant à exiger une plus grande égalité dans une société fonctionnant sur la base de la plus grande des inégalités, oubliant la concentration de la propriété et des richesses dans les mains d’un petit nombre de familles et de multinationales accumulant les richesses grâce à l’exploitation de millions de travailleurs et de travailleuses. D’autres considèrent que la lutte contre l’oppression patriarcale est la tâche exclusive de toutes les femmes unies derrière ce but commun.
Le 8 mars, cette lutte ne se limite pas à l’extension de droits formels dans le cadre des "démocraties" capitalistes, il est de notre devoir de rappeler et impulser la lutte des femmes au bénéfice de meilleures conditions de vie, en faveur des droits démocratiques élémentaires et il est nécessaire d’en finir avec le capitalisme pour que nos droits soient véritablement effectifs et universels. Nous voulons impulser l’organisation, la mobilisation et la lutte des femmes avec la perspective de la révolution socialiste, afin d’en finir avec ce système d’exploitation et asseoir les bases pour une complète émancipation des femmes.




