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Airbus profite de la crise sanitaire pour imposer son plan de restructurations

Dès le début de la crise du coronavirus les médias ont multiplié les articles alarmistes sur les conséquences « inévitables » qu’elle aura sur l’aéronautique : Aéronautique : la crise du siècle (les Echos) ; Airbus et l’aéronautique s’enfoncent dans la crise (le Monde) : Airbus et Boeing dans le rouge (Le Figaro), etc…
Le 24 avril, le directeur exécutif d’Airbus, G. Faury a envoyé une lettre aux salariés de l’entreprise dans laquelle il les appelle, avec des accents dramatiques, à sauver l’entreprise :

« Il s’agit d’une crise mondiale d’une magnitude jamais connue par notre génération… Notre trésorerie diminue à une vitesse sans précédent, ce qui peut menacer l’existence même de notre entreprise… nous avons perdu un tiers de nos activités presque du jour au lendemain et nous devons absolument réduire nos coûts. Nous vivons l’un des plus grands chocs économiques de l’histoire, c’est pourquoi nous devons considérer toutes les options. »
Après le chômage partiel, la réduction des cadences, il veut aller plus loin : « il se peut que nous devions prévoir des mesures supplémentaires ».
C’est un chantage à la faillite qui a pour but de préparer les salariés à des suppressions drastiques d’emplois.

Quelle est la réalité de la situation financière d’Airbus numéro un mondial de l’industrie aéronautique.
En 2019, le chiffre d’affaire d’Airbus atteint 70,5 milliards d’€ (+11%), c’est le cinquième groupe coté du CAC 40. Toutes les divisions d’Airbus (avions, espace et défense, hélicoptères) ont vu leurs ventes progresser. La division « aviation commerciale » a livré 863 appareils – ce qu’aucun des constructeurs auparavant n'a réalisé. Le carnet de commande de 7482 appareils assure du travail pour 8 ans, « Aujourd’hui une compagnie cliente d’airbus doit attendre 5 ans avant de prendre livraison d’un A320 » (Le Monde, 14/03/2020).
Plusieurs dizaines de milliards de profits ont été accumulés, en moyen, depuis 2009, le secteur aéronautique a généré une marge de bénéfice de plus de 10% du chiffre d’affaire.
Airbus a versé en avril 2019, 37 millions d’€ à Enders ( directeur de 2012 à 2019) lors de son départ à la retraite, dont 26,3 millions d’euros correspondant à la somme budgétée pour sa retraite chapeau, soit une rentre annuelle de 1,3 million d’€, presque le record du Cac 40. Le montant des dividendes augmenté de 9%, 1,4 milliards d’€ à distribuer aux actionnaires (versement suspendu pour l’instant mais pas annulé).
Depuis le début de l’année, Airbus a enregistré 299 commandes nettes, 66 annulations au 1er trimestre (aucune en avril), et des reports de livraison, mais malgré le confinement14 appareil ont été livrés. « Le groupe a le bon portefeuille de produits et je suis certain que les gens souhaiteront à nouveau voyager après cette période de privation de liberté », a déclaré Guillaume Faury (Les Echos, 30 04 2020) … On ne peut pas parler de mise à mort de l’industrie aéronautique.

La crise sanitaire ne coûte rien à Airbus
Airbus a suspendu sa production pendant 4 jours sur ses sites en France (Toulouse, Nantes, et Saint Nazaire, 48000 salariés). Macron et le ministre de l’Economie B. Le maire sont intervenues pour que l’activité reprenne : « Notre économie ne peut pas et ne doit pas s’arrêter. Certains secteurs industriels, comme le nucléaire, la nanoélectronique ou la construction aéronautique, ne se relèveront pas si les chaînes de production s’arrêtent. Nous risquerions alors un déclassement économique ». C’est une décision coordonnée du gouvernement et de la direction d’Airbus qui a imposé la reprise du travail de 10 à 15% des effectifs le 23 mars, réduisant les cadences de 30%, en instaurant le recours au chômage partiel, indemnisé à hauteur de 92% du salaire net, qui pourra durer jusqu’en octobre et être prolongé au-delà si les besoins de la production l’exigent. Pendant la période confinement Airbus a imposé 10 à 14 jours de congés obligatoires.
La direction a négocié un accord qui prévoit la récupération des heures et des jours « perdus » par les salariés confinés depuis le 23 mars FO, CGC-CFE, CFDT l’on approuvé, il est applicable à l’ensemble des salariés du groupe… Le rattrapage est planifié par les hiérarchies : augmentation des heures des heures journalières, travail le samedi, le dimanche et les jours fériés. La CGT a refusé de signer cet accord.
La reprise à tout prix du travail n’a pas épargné les salariés, dans sa lettre du 24 avril G. Faury a annoncé les premiers décès d’employés d’Airbus, des centaines ont été atteints du covid-19. Des camarades de notre Parti Révolutionnaire Communistes qui font régulièrement des distributions de tracts à Airbus Nantes nous signalaient que rien que dans cette entreprise 42 salariés avaient été testés positifs, un salarié leur précisait que depuis le 6 avril il était interdit de communiquer les chiffres….
Comme le disait Pascal Lannette, PDG de Derichebourg Aeronautics Services (sous-traitant d’Airbus), lors d’un CSE « il faut choisir de mourir de faim ou du virus » ….

Mais elle coute cher aux travailleurs.
Depuis la privatisation de l’Aéronautique française en 1998 sous le gouvernement Jospin avec l’accord du ministre PCF, J.-C. Gayssot, l’indicateur qui prévaut n’est plus le travail bien fait mais le niveau de l’action, les résultats des dividendes, la logique de contraction des coûts, l’indication de performance sont devenus les priorités.
Airbus emploie 48000 salariés sur les sites de Toulouse, Nantes et Saint Nazaire et 136500 à l’échelle mondiale (Allemagne, Grande Bretagne, Espagne, Italie, Portugal, Etats Unis, Chine, Australie, Brésil, Inde, etc…) et fait appel à plus de 270 sous-traitants qui à leur tour, sous-traitent une partie de leur production en délocalisant en Tunisie, au Maroc, au Mexique, en Pologne, en Bulgarie, etc.

Pour les profits :
Depuis la privatisation les plans de restructuration se sont multipliés : 2007 Power8, 2014, 2016 plan Gemini (cf. Hebdo n°485, décembre 2016) qui tous visaient à augmenter la rentabilité à court terme, supprimaient des emplois pour gagner en « efficacité », donc à augmenter les profits et à être en position de force dans la concurrence mondiale capitaliste.
G. Faury réfléchit à une restructuration de l’entreprise qui implique, comme toutes les structurations précédentes, des suppressions d’emplois « pour gagner en efficacité ». Il annonce la réduction de tous les coûts possibles, l’arrêt des investissements jugés non essentiels, la réduction de budgets et notamment celui de la R & D (Recherche et développement), l’avion décarboné n’est plus une nécessité, les programmes d’innovation sont réduits pendant 5 ans. Ces secteurs clés pour l’avenir sont sacrifiés au profit des intérêts capitalistes
La baisse d’activité programmé par Airbus l’a conduit à mettre fin aux contrats des intérimaires, à remplacer sur les chaines de montage des travailleurs sous-traitants par des ouvriers Airbus, à interrompre des contrats de sous-traitance.
G. Faury a beau répéter qu’il faut préserver le savoir-faire des sous-traitants indispensables à la vie de l’entreprise, mais de fait, réduire d’un tiers les cadences d’Airbus c’est pousser à la faillite bon nombre de sous-traitants qui fabriquent 80% des pièces pour avions, c’est mettre toute la filière en danger et jeter les travailleurs au chômage : - 700 postes sont menacés chez Derichebourg, l’un des plus gros sous-traitant d’Airbus à Blagnac. Une seule alternative pour les salariés : perdre leur emploi ou perdre une partie importante de leur salaire. Ils doivent choisir entre PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) ou un accord de performance collective qui comporte : la suppression du 13ème mois, la perte d’indemnités de transport et de repas, soit la perte de 10% du salaire.
- Daher annonce la suppression de 3000 postes : 1300 CDI et 1700 intérimaires
Les licenciements sont toujours inacceptables, dans la situation d’aujourd’hui ils sont criminels.
Patrons d’Airbus, ou d’entreprises sous-traitants la seule chose qui leur importe c’est de gonfler leurs profits et de pousser toujours plus loin l’exploitation. C’est l’illustration de l’opposition capital-travail dans toute sa réalité.
Les travailleurs subissent durement les effets de cette exploitation de plus en plus féroce que les grands groupes capitalistes qui dirigent veulent imposer au pays.
Contre l’exploitation, une seule réponse : la lutte de plus en plus forte, déterminée, tous ensemble, contre leurs projets néfastes, pour leur arracher les richesses créées par les travailleurs

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