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N° 985 08/07/2026  EDF s’apprête à lancer les chantiers de ce premier demi-siècle avec le projet de construire et mettre en service 6 réacteurs dit EPR2. L’entreprise n’a pas le premier euro de cette ambition et du fait de son endettement, les quelque 80 milliards d’euros nécessaires ont été trouvés… dans le bas de laine des épargnants puisque la Caisse des Dépôts et Consignations confiera sur ces fonds l’argent nécessaire à EDF (prêt bonifié couvrant au moins la moitié du coût de construction).
Au titre de rappel, les 58 réacteurs du programme nucléaire du siècle dernier avaient été financés par emprunts sur les marchés internationaux car l’État ne voulait pas alors qu’EDF « assèche » les ressources de financement national réservées aux autres industries et autres activités. Une autre époque.
Les deux tiers des coûts totaux d’une centrale sont dépensés lors de sa construction. Cette particularité explique pourquoi les électriciens, s’engageant dans cette voie, demandent quelques garanties au sujet des prix de vente futurs de la production. Pour cette raison, EDF et l’État ont longuement négocié afin de satisfaire cette exigence et assurer un retour sur investissement à l’électricien. Il a été encouragé, en particulier, à négocier des contrats de vente de long terme (jusqu’à 10 ans) avec de gros consommateurs industriels.
La Commission européenne examine les dispositifs adoptés de manière à juger s’ils ne sont pas contraires au droit de la concurrence et ne minore pas le recours au marché (libre et non faussé !). Mais soumettre la production d’une centrale nucléaire nouvelle aux règles du marché, avec des prix très volatiles (le marché de l’électricité se caractérise par une forte volatilité avec des sommets et aussi des prix négatifs), c’est comme demander à un éléphant de marcher sur un fil.
Il faut donc faire quelques contorsions pour conserver des mécanismes de marché. Ainsi, en République tchèque, l’opérateur historique CEZ fait construire un réacteur dont toute la production sera vendue au prix de marché mais avec un mécanisme de « contrat pour différence ». Ce dispositif consiste à définir un prix garanti, si le prix de marché est inférieur, l’électricien perçoit une indemnisation, si le prix de marché est supérieur, l’électricien rembourse. A cet effet, une entité publique est créée afin d' assurer ces compensations prévues pour 40 ans.
En termes de poids dans le système électrique européen, EDF est incommensurablement plus important que CEZ. Et la solution tchèque ne sera pas mécaniquement appliquée à la France. Actuellement, il est prévu comme en République tchèque la création d’une entité détenue à 100% par EDF qui financera le projet (via les transferts de la Caisse des Dépôts), sera propriétaire de la production des futurs EPR2 qu’elle commercialisera sous couvert d’un contrat pour différence pendant 40 ans.
La Commission sera attentive à la séparation des comptes entre EDF et l’entité créée, cela au passage ouvre la voie à deux EDF, l’historique et celui des 6 EPR2.
Cette affaire met en lumière la souveraineté énergétique sous contrainte, non pas d’une puissance étrangère mais des exigences de la Commission européenne. Cette dernière ne défend pas l’intérêt des usagers, mais de ceux, moins avouables, finalement, ayant transformé un secteur à caractère de service public partout en Europe, en source de spéculations et de profits par la création ex nihilo d’un marché, parasite des systèmes électriques.
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