Gantry 5

 

N° 977 11/05/2026  L’intelligence artificielle (IA) est devenue la « nouvelle frontière » du capitalisme dont certains secteurs se targuent de l’épithète de « high tech » comme si cela changeait vraiment quelque chose à leurs propres ressorts, vieux de plus de deux siècles.
Parmi les 10 premières capitalisations mondiales (valeur de l’entreprise calculée à partir du cours de son action x le nombre d’actions), une seule appartient à « l’ancien monde » (Saudi Aramco – pétrole et pétrochimie), les 9 autres sont les GAFAM (Google-Apple-Facebook-Amazon-Microsoft), des fabricants de semi-conducteurs (le taïwanais TSMC et l’américain Broadcom), Tesla et la vedette, premier du classement, Nvidia (éditeur de logiciel, basé dans le Delaware, paradis fiscal états-unien) avec une capitalisation de près de 5000 milliards de $ pour un chiffre d’affaires passé entre 2020 à 2025 de 10 milliards de $ à… 130 milliards. Pour, à l’origine, un éditeur de jeux vidéo et concepteur de puces graphiques, le progrès est spectaculaire. Il est à souligner que Nvidia ne possède aucune usine bien qu’il fournisse plus de 70% des processeurs graphiques utilisés pour « entraîner » et faire tourner les modèles IA.
L’action de Nvidia valait moins de 30 $ en 2023, aujourd’hui, elle vaut près de 200 $. Cette croissance, voire cet emballement, s’explique essentiellement par les perspectives de développement de l’IA, favorables aux affaires de Nvidia en particulier mais à celles de toutes les autres entreprises, actives dans l’économie numérique, disposant d’accès à une multitude de données.
Cette euphorie a inquiété : des alertes ont été lancées en 2025. Elles mettaient en regard la réussite boursière avec les investissements gigantesques à mettre en œuvre, estimés par une étude McKinsey à un peu moins de 7.000 milliards de $ d’ici 2030 afin de répondre à la seule demande en puissance de calcul de l’IA, et les incertitudes au sujet des retours sur investissement. Par ailleurs, alors que les investissements dans le secteur se déploient, des craintes au sujet de leur rentabilité se sont faits jours.
D’ailleurs, l’annonce en 2025 par Meta (Facebook) d’un plan d’investissement de 100 milliards a provoqué une chute de son action de près de 13% (soit 240 milliards de $ envolés). Bref, la situation reste incertaine et certains parlent de bulle spéculative IA risquant d’éclater.
Dans le même temps, les plans de licenciements pour cause d’IA se multiplient. A commencer par les entreprises impliquées dans son développement telle que Amazon (1,6 millions de salariés) ayant annoncé déjà 14.000 suppressions nettes de postes. Et puis, ii existe les entreprises précautionneuses : ainsi Accenture, cabinet de conseil, a supprimé 12.000 postes en 2025 (pour plus de 700.000 salariés dans le monde) et a averti ses salariés seuls ne seront gardés que ceux capables de s’adapter à l’IA.
Le nombre d’emplois exposés à l’IA au niveau mondial varie de 25% (OIT) à 40% (FMI). A ce jour, les effets sont plutôt limités (moins de 100.000 suppressions d’emplois niveau monde) mais les perspectives sont inquiétantes avec des prévisions de 90 millions d’emplois menacés. L’IA pourrait aussi participer à une recomposition du salariat avec à la clef de plus nombreux emplois (de l’ordre de moins de 200 millions).
Il est difficile de faire la part entre une réelle restructuration du salariat et l’effet d’aubaine au sujet du Capital de supprimer des emplois pour améliorer sa rentabilité. Il est clair que l’IA procure un levier puissant d’intimidation sur le salariat alors que ses applications et les gains réalisables par son déploiement sont, pour le moins, encore peu clairement déterminés.
Le Capitalisme ne va pas demain marcher sur l’eau par la grâce de l’IA. Il n’est que de prendre en compte l’énergie, les ressources hydriques et minérales qu’il faut solliciter afin d'accomplir sa promesse. En économie, de miracles, point il n’y a. Y compris et surtout dans une organisation capitaliste.
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