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La recherche publique au service des affaires du capitalisme.

773-15/05/2022 S’il y avait le moindre doute sur la volonté du gouvernement d’asservir la recherche pour doper la compétitivité des entreprises, la dure réalité apparaît crûment avec la décision de sortir le Cnes

(Centre national d’Etudes Spatiales) de la tutelle du ministère de la recherche pour le placer sous celle de l’économie et des finances. Faut-il rappeler que le Cnes a joué un rôle fondamental dans la réussite du programme Ariane et la mise en exploitation de nombreux satellites pour diverses applications. Le spatial est un des domaines où une interaction très forte existe entre la recherche et les industries de haute technologie, l’une ne pouvant se développer sans l’autre. Tous les développements sur le lanceur Ariane auraient été impossibles sans une industrie capable de produire de nouveaux matériaux, les carburants et moteurs cryogéniques, l’électronique et le traitement des données associées. Et réciproquement les développements industriels n’ont pu se faire que sur la base des données des laboratoires, parfois en collaboration étroite avec les industriels. Cette interaction a été particulièrement productive si on regarde la réussite du programme spatial européen.
Pour le pouvoir politique, cette époque est révolue.
Pour le nouveau ministre de tutelle, Bruno Lemaire « le président de la république a rompu avec des décennies dans lesquelles nous avons considéré que l’espace était uniquement de la recherche pas forcément appliquée, que cela appartenait uniquement au monde de la science »« cette époque est révolue » 6 décembre 2021.
Le ministre annonce la couleur le CNES doit être dirigé exclusivement au service du profit!
Le Cnes n’a jamais opposé les projets scientifiques au soutien à l’économie. En 1982, il créa la société privé Spot Image devenue Airbus DSGeo leader mondial de la distribution d’informations géostratégiques. En 1986, Il créa CLS aujourd’hui leader mondial dans l’aide à la pêche et à la surveillance maritime. En 2018, fut créée Kineis qui exploite les acquis d’Argos pour développer une flotte de 25 nano-satellites de connectivité dédié à l’internet des objets.
Il ne s’agit pas de développement économique mais de faire du profit. L’espace avec l’irruption d’acteurs privés est devenu une zone de business.
Dans le cadre du programme France relance 2030, 1,5 milliards d’€ financés par la Banque Française d’Investissement seront alloués à des projets déposés par des startups. Le Cnes perd sa maitrise d’œuvre des programmes spatiaux en devenant une simple agence de financements. Il n’assurera même pas le suivi des programmes financés. Quel gaspillage !
Si d’un côté l’argent ne manque pas pour faire des affaires de l’autre côté des projets spatiaux s’arrêtent faute de financement ! Les financements du Cnes sont tels que les projets prévus pour les quatre prochaines années ne sont pas surs d’être engagés.
Ce changement de paradigme de la recherche spatiale et tel que 60 académiciens ont fait part de leur inquiétude sur les conséquences d’une telle politique pour le rayonnement international de la France dans une tribune du journal Le Monde.
Il y a incompatibilité entre faire du business et de la recherche surtout dans une période d’austérité.
Cette politique d’austérité associée à l’attribution de financements sur des critères de rentabilité du privé est particulièrement destructrice et conduit à un recul de l’efficacité global de la recherche. Nos gouvernants le savent mais ils considèrent que c’est le prix à payer pour gagner quelques points de compétitivité des entreprises!
Au Cnes comme dans les autres organismes de recherche cette politique d’assujettissement au privé fait des dégâts collatéraux, les acteurs ne voyant plus le sens de ce qu’ils font, le malaise grandit. C’est pour cela que les personnels du CNES se sont massivement mis en grève en avril sur l’ensemble des sites.

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