Gantry 5

 

N° 986 13/07/2026  L'institut La Boétie; "think tank" de LFI, a édité une étude au sujet de l'énergie intitulée "Gouverner le système énergétique par les besoins"1, présentée comme une introduction à la planification écologique, un axe majeur du programme de LFI. D'emblée, les auteurs de la note, se présentant comme un groupe d'ingénieurs et d'experts de la chose énergétique, montrent leur résolution en pointant la nécessité de "sortir certains secteurs de la logique capitaliste du toujours plus" et d'en finir avec "la logique néolibérale capitaliste". Même si les auteurs citent volontiers les "éco-marxistes", leur perception du capitalisme semble pour le moins assez vague et leur appel à "un changement de paradigme économique et politique" en reste bien mystérieux : rupture avec le capitalisme ou le capitalisme tel qu’il se pratique aujourd'hui et met en danger l'humanité ? Mais alors quel capitalisme ? Ce n'est pas le sujet de la note mais le point initial, convenons en est idéologiquement assez bancal. Pour le reste, l'étude n'est qu'une recension des scénarios d'autres entités (Ademe2 et RTE3, le gestionnaire français du réseau d'électricité haute tension). Le moins que l'on puisse dire, tout cela ne se caractérise guère par une forte originalité. Admettons des efforts de sobriétés : moins manger de viande, renoncer à l'habitat individuel, se déplacer moins, partager les lave-linge, etc. sous le prétexte que de toute façon, nécessairement les changements climatiques affecteront davantage les populations les plus démunies, celle-ci seront contraintes à la sobriété...ou à l'austérité ? Encore davantage, ajouterons-nous. L'électricité serait donc l'avenir énergétique de l'humanité dans la mesure où cette énergie à l'usage n'émet pas de gaz à effet de serre. Donc la planification du système électrique demeure un enjeu central pour faire face aux besoins nouveaux (notamment de transport individuel) mais aussi de ré-industrialisation. Comment concilier l'ambition industrielle et le 100% Énergie renouvelable (ENR), horizon énergétique de LFI? Il est difficile d'imager le secteur de la pétrochimie sans pétrole et de la plasturgie sans plastique. Et bien la demande en énergie sera moins forte car il y aura moins de demande avec moins de chantiers de construction, moins d'automobiles mises sur le marché (Ici la note précise une production de sidérurgie en recul de 45%). Il s'agit d'un scénario Ademe imaginant donc une relocalisation de sites de production pour une production congrue... comment dire ? Qu'en pensent déjà les possesseurs des capitaux, à ce stade toujours maîtres du jeu? En fait, les propositions avancées sont un renoncement à toute forme de ré-industrialisation dans la production manufacturière. Déjà les capitalistes, tellement c’est original, ont fait de la France un pays désindustrialisé avec toutes les conséquences négatives analysées par nous lors de notre débat national sur la réindustrialisation4.
L'industrie nucléaire est présentée comme un mal nécessaire transitoire. Cette industrie, disons le, présente de fâcheuses caractéristiques : conditions de travail lamentable, exploitation du Sud global (pour le minerai) et évidement forte dangerosité, tout cela selon les auteurs du texte. Toutes choses d'une telle fatalité que nos hardis ingénieurs et experts en énergie semblent renoncer à redresser. Comme les EnR5 sont intermittents selon les vents et l'ensoleillement, il est précisé que les centrales nucléaires pourront suppléer cette production en cas de nécessité. Comme si une centrale nucléaire pouvait démarrer et s'arrêter d'un claquement de doigts! Non seulement ce n'est pas le cas mais en plus, ce type d'opération a tendance à endommager les systèmes de contrôle-commande. Manifestement, les auteurs de la note ne savent pas de quoi ils parlent.
Tout comme, concernant la promotion de la biomasse, émettant des gaz à effet de serre, phénomène jugé "neutre" dans la mesure où les émissions au lieu de se faire au fil du temps, ont lieu d'un coup d'un seul. Il n'est pas certain qu'il faille juger cette accélération des émissions de "neutres".
Puisqu'il est fait mention du mystérieux Sud global, nos experts oublient le "détail" des métaux rares nécessaires à l'électrification des systèmes énergétiques. A se focaliser uniquement sur le sujet des GES6, passe à la trappe l'enjeu de la maîtrise des flux de ces métaux, au centre des affrontements impérialistes. Certes, il est probable que les auteurs de la note aient la moindre idée de quoi il s'agit, leur suprême audace consistant à confisquer les yachts et jets privés aux méchants ultra-riches.
Pour tout dire, cette note est consternante de platitude, digne d'être issue d'une fondation de Béotiens, ayant du mal à identifier les chemins de la servitude et encore plus à en sortir.
1 https://institutlaboetie.fr/note-introduction-planification-energetique/
2 https://www.ademe.fr/
3 https://www.rte-france.com/
4 https://www.sitecommunistes.org/index.php/publications/documents/3880-debat-sur-la-reindustrialisation-intervention-de-c-girardin-secretaire-nationale-de-communistes ; https://www.sitecommunistes.org/index.php/publications/documents/3881-debat-sur-la-reindustrialisation-intervention-de-t-motta-coordonnateur-de-la-realisation-de-la-brochure-ayant-servi-de-support-au-debat
5Énergies Renouvelables
6 Gaz à Effet de Serre
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