Gantry 5

 

N° 985 08/07/2026  Un dessin vaut souvent mieux qu’un long discours. Le graphique ici représente l’évolution de la croissance de la productivité pour les États-Unis et de la « zone euro », érigée seulement au début du XXI° siècle. Concernant l’Europe, la pente entre la période de reconstruction d’après-guerre s’achèvant avec le premier choc pétrolier et la période post crise 2008 reste éloquente.
A titre de rappel la productivité est le rapport entre la valeur-ajoutée dégagée par une économie et le nombre d’heures travaillées. Les gains de productivité témoignent de la capacité d’une économie à dégager davantage de valeur ajoutée par heure travaillée. A proprement parler, il ne s’agit pas directement d’une mesure du profit au sens comptable du terme (puisque les salaires sont prélevés sur la valeur ajoutée ainsi que les impôts et taxes variées), pour autant, les liens entre la capacité d’une économie à dégager du profit (Excédent Brut d’Exploitation selon la lexicographie macroéconomiste) et l’évolution de la productivité sont patents.
Il est clair (et historiquement prouvé) qu’en période de forte croissance de la productivité, un consensus de type fordiste reste possible (surtout si les salariés se constituent en forces organisées). A priori, le déficit public n’est pas une question dans la mesure où les impôts rentrent. Le cercle vertueux keynésien dépenses publiques-croissance-recettes fiscales fonctionne presque sans anicroche.
La tertiarisation des économies développées n’aide pas au maintien de gains de productivité, plus accessibles dans l’industrie que dans les services (à l’exception de quelques secteurs comme l’informatique ou secteur bancaire et ses traders). C’est bien à cet aune qu’il faut mesurer l’enthousiasme (quasi délirant) pour l’Intelligence Artificielle : une perspective de gains de productivité majeurs dans les services.
Enfin, le capitalisme a utilisé son pouvoir souverain de choisir ses zones de développement. Il suffit d’étudier les gains de productivité en Pologne ces dernières années afin de comprendre sa stratégie de délocalisation toujours « gagnante ». La croissance de gains de productivité là-bas provoque un ralentissement des gains de productivité ici.
La limite à cette stratégie du capital de recherche permanente de gains de productivité, avec en contre coup appauvrissement des populations faute d’activités ou de paies décentes, déficits publics en croissance, reste la nécessité de disposer d’un marché « solvable » pour réaliser la valeur. La commande publique reste ouverte, non pas pour améliorer le système de santé, d’éducation, de recherches (un comble dans la course à ladite innovation et compétitivité) mais pour le nouvel horizon guerrier, le secteur des armements est en plein ébullition en Europe et quelques entreprises plutôt civiles comme les constructeurs automobiles pensant sérieusement à entrer dans ce lucratif marché d’avenir.
Les maigres gains de productivité ne seront pas partagés entre capital et travail. Le tableau politique en France et ailleurs en Europe indique la solution choisie par le capital pour assurer que ses solutions seront imposées aux travailleurs. La réception du RN par le Medef, la mainmise des patrons sur les médias d’influence, prépare le terrain à une mise au pas de toute contestation sociale. A droite, le mot d’ordre demeure « politique de l’offre », c’est-à-dire répondre aux exigences du patronat.
Ailleurs, les plus audacieux remettent à l’ordre du jour le socialisme, c’est le moins qu’on puisse attendre d’un Parti communiste, il serait question de justice sociale et de transition écologiste (ou énergétique, on s’y perd) juste. A ce moment actuel de diktat du capital dans la conduite des politiques publiques, de sa volonté de capter les gains de productivité de plus en plus faibles à son exclusif profit, le monde du travail a plutôt besoin d’un plan d’ensemble afin de prendre la main sur sa destinée, hors du système d’exploitation capitalisme menaçant de se faire de plus en plus féroce.
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