N° 970 25/03/2026 Au Moyen Orient, les objectifs de guerre des États-Unis sont clairement liés au contrôle du marché énergétique. Il est certain que le blocage du détroit d’Ormuz n’a aucun effet direct en termes de leur approvisionnement en hydrocarbure, puisque les États-Unis sont, non seulement autosuffisants, mais en plus, ont repris la main sur le Venezuela, abritant des ressources pétrolières très importantes et sous-exploitées ces dernières années du fait des sanctions infligées par les États-Unis et d’une désorganisation de la filière.
En revanche, les restrictions de transit d’hydrocarbure (pétrole et gaz naturel liquéfié – GNL) pourraient devenir un problème concernant la Chine, principale cliente de l’Iran. Il semblerait, cependant, que des navires à destination de l’Asie sont autorisés à circuler. Par ailleurs, la Chine pourrait se tourner vers son partenaire russe, celui-ci a perdu ses clients européens. Des options fermées à l’Union européenne (UE) dont la dépendance énergétique en hydrocarbures vis-à-vis des États-Unis semble destinée à croître (pour mémoire, dans la résolution de la querelle des tarifs douaniers, l’UE s’est déjà engagée à acheter pour plus de 700 milliards d’€ de produits énergétiques états-uniens).
Dans la situation actuelle, l’OPEP n’est plus opératoire. Le Venezuela (un membre fondateur de l’organisation) peut être considéré sous tutelle de Washington, l’Iran subit des dommages dont l’ampleur n’est pas informée et enfin les pays du Golfe voient leurs infrastructures atteintes et/ou paralysées. La guerre actuelle, d’évidence, affaiblit considérablement l’OPEP qui, dans les années antérieures, avait ouvert à dessein les vannes pour contrarier le développement des pétroles de schistes aux États-Unis d’Amérique (plus onéreux à extraire). Selon l’ampleur des dégâts, cet affaiblissement permettrait à Washington de peser davantage sur le marché mondial des hydrocarbures.
Toute fois, l’administration américaine ne souhaite pas un écroulement des pays du Golfe « amis », cela explique une relative retenue dans l’attaque des cibles gazières iraniennes (South Pars) qui jouxte le méga gisement qatarien (North Dome), une erreur de tirs, des représailles iraniennes et cela en serait fini durant un moment du trésor de l’émirat. De plus, des intérêts privés américains y sont engagés…
Alors bien sûr, il reste les effets macroéconomiques de cette guerre avec la montée des prix des hydrocarbures touchant le monde entier, y compris les États-Unis. C’est vrai. Mais il est vrai aussi que l’administration de ce pays a longtemps interdit les exportations de pétrole et de gaz naturel, puis les ont conditionnées à une procédure d’autorisation. Et donc, dans le cadre d’une urgence de sauvegarde nationale, en particulier avant les élections de « mid-term » à l’automne, rien ne peut empêcher l’administration Trump de découpler le marché national au marché international en limitant drastiquement les exportations d’hydrocarbures.
Ces considérations éloignent considérablement des objectifs de guerre affichés par les agresseurs de l’Iran, à savoir son programme nucléaire. Prétexte patent, d’autant que l’assassinat du Guide suprême fait suite à une signature d’un accord, qui répondait aux exigences américaines, vainement brandi par les diplomates d’Oman. Dans le même temps, les autorités iraniennes, semblerait-il, se sont montrées d’autant plus conciliantes qu’elles avaient compris la nature du déploiement de forces dans la région. Désormais, elles auront davantage de légitimité à sortir du Traité de Non-Prolifération (TNP), TNP non signé par son adversaire israélien. Cette perspective condamne ce dernier, comme il l’affirme vigoureusement à anéantir le régime iranien et procéder à un changement de régime.
En conclusion provisoire, les États-Unis ont beaucoup de cartes en main, sûrement pas toutes, et son rival chinois peut compter sur son allié russe pour pallier le tarissement de la source d’hydrocarbure iranienne. Le reste du monde, quant à lui, va payer la facture.




