Gantry 5

 

N° 952 19/11/2025  L'annuel "Choose France"1 est cette année franco-français. Il se tient à Paris le lundi 17 novembre à la Maison de la Chimie, loin de Versailles où se sont tenus les précédents, largement ouverts aux entreprises et investisseurs étrangers. Dans sa communication2, le ministère de l'économie et des finances met en avant : " Un événement qui met à l'honneur les entreprises qui choisissent d'investir en France.", le résumant ainsi : " Organisé en présence du président de la République et du Premier ministre, et porté par le Gouvernement, le Sommet Choose France – Édition France réunira près de 200 start-ups, PME, ETI, grandes entreprises et financeurs privés qui choisissent d'investir en France, dans tous les secteurs et tous les territoires. Il sera l'occasion d'échanger et de valoriser les annonces récentes et nouvelles d'investissement dans notre pays : installations ou extensions majeures de nouveaux sites industriels, investissements dans une entreprise française ou contractualisations d'ampleur avec un fournisseur ou un partenaire français. Ce sont les succès de ces entreprises, de leurs dirigeants et de tous les salariés qui seront mis en avant."
Cette année, les investissements annoncés portent sur la somme de 30,4 milliards d'euros et concerne 151 projets. Notons cependant que sur ce total seul 9,1 milliards correspondent, selon le journal Le monde à des projets nouveaux3. C'est finalement assez maigre comparé aux annonces étatiques faites par le Chancelier allemand Mertz qui portent sur 500 milliards d'euros pour les infrastructures. Même si des économistes mettent en doute la réalité de ce chiffrage, estimant à moins de la moitié les investissements supplémentaires4, le plan allemand de relance5 se dote de moyens exceptionnels, avec entre autres un fond souverain de 100 milliards d'euros.
Commentant ce sommet Choose France, le ministre de l'industrie S. Martin s'est livré dans une interview6 à la Tribune Dimanche à un véritable tour de magie auto-persuasive visant à montrer que la réindustrialisation était en marche et ne s'arrêterait pas : "La réindustrialisation est un mouvement de fond, qui se construit dans le temps long, et nous sommes déterminés à maintenir le cap."
Pourtant, les données que nous livrons chaque semaine dans notre Résumé Écosoc7 montrent, a contrario, une accélération du processus de désindustrialisation et il touche, en ce moment, tout particulièrement des petites et moyennes entreprises, disloquant encore plus le tissu industriel dans les régions. Ce constat est également fait par la CPME8 qui lance un appel à l'aide pour défendre les usines9 :" C'est l'alarme que tire le livre blanc que publie ce lundi la CPME. " Elles estime que : "La nouvelle vague de désindustrialisation en France depuis plus d'un an s'incarne dans les plans sociaux médiatiques des grands industriels, mais les grandes victimes sont les petites usines." Un des aspects souligné par Clarisse Maillet vice-présidente de la CPME, c'est que les petites entreprises prennent de plein fouet les délocalisations lancées par les grands industriels.
Selon le journal Le Monde : " Huit chefs d’entreprise sur dix, sur un panel de 1 013 dirigeants de très petites entreprises interrogés, sont « inquiets et en colère » et anticipent un « gel des embauches » (56 %) dans les prochains mois et une « réduction de leurs investissements » (67 %)." Selon le baromètre trimestriel Bpifrance publié mercredi, 39% des dirigeants de PME et de TPE prévoient d’investir cette année, alors qu’ils étaient 45% à en avoir l’intention en septembre. C’est le niveau le plus faible observé depuis la crise sanitaire.
Les données publiées par le ministère10 lui même confirment les tendances que nous décrivons. Ce qu'indique le Baromètre Industriel de l'État publié trimestriellement11. Sous le titre de : "Les ouvertures de sites industriels au premier semestre 2025 : un ralentissement confirmé", ce baromètre montre que : " Après des tendances très positives observées en 2022 et 2023, le baromètre de l’année 2024 mesurait pour la première fois un ralentissement de la dynamique de réindustrialisation, avec un nombre d’ouvertures de sites industriels en baisse par rapport aux années précédentes, et, à l’inverse, une augmentation du nombre de fermetures. Au premier semestre 2025, la France continue d’ouvrir et d’agrandir plus d’usines qu’elle n’en ferme ou n’en réduit, mais le ralentissement se poursuit avec un solde net d’ouvertures et d’extensions de +9, une
baisse notable par rapport au semestre précédent (+48)."
Toutes ces données convergent avec l'estimation que fait la CGT à partir des remontées du terrain. Elle décompte 444 plans sociaux en France depuis les élections européennes de juin 2024, dont 325 fermetures de sites industriels. Elle estime à 300.000 le nombre d'emplois menacés.
On le voit, la situation est grave. Elle provoque un découragement certain ne contribuant pas à rassembler les forces vives des travailleurs pour porter en terme de lutte la question de la réindustrialisation. Nous pouvons le constater, à quelques exceptions près qui se traduisent souvent par la formation de société coopérative, comme c'est le cas récent au sujet de Duralex. Ainsi, les revendications lors de fermetures de sites, ne portent en général que sur les indemnités de licenciements sans remettre fondamentalement en cause les fermetures. Si ces revendications sont évidemment vitales concernant beaucoup de travailleurs dont nous soutenons l'action, elles ne créent pas un rapport de force visant à imposer des investissements productifs susceptible d'accroître le potentiel industriel. Le découragement ne touche pas uniquement les travailleurs de la production. Le Monde note qu'il touche les ingénieurs et de larges fractions de la population. Dans une étude réalisée par l'IFOP12, 84 % des 1 880 ingénieurs sondés déclarent " ne plus croire dans la réindustrialisation de la France ". Un avis qui serait partagé par 68 % des Français, notamment les 18-24 ans. 8 % des personnes interrogées recommanderaient " certainement " à un proche de travailler dans le secteur de l’industrie. C'est en recul de 6 points sur un an, mais surtout à son plus bas niveau observé depuis quinze ans, selon l’institut. Cependant, les données de ce sondage permettent de mesurer qu'une grande majorité des français apprécient que l'industrie joue un rôle majeur :
  • dans la transition environnementale
  • dans la création de richesses en France
  • les innovations technologiques
  • en termes d’aménagement du territoire
  • dans les enjeux de souveraineté et d’indépendance de la France
Il existe des données intéressantes sur lesquelles nous devons travailler afin de rassembler un puissant mouvement de lutte de classe vers la réindustrialisation du pays.
C'est ce à quoi s'attache notre campagne sur : "Réindustrialisation : un combat de classe vital pour le changement de société ". Ce débat, ces luttes nous en discuterons lors d'initiatives régionales et par un débat national qui aura lieu à Paris le 21 mars. C'est dans ce sens que notre Parti Révolutionnaire Communistes a édité une brochure pour exposer son point de vue et le mettre en discussion.
8 Confédération des Moyennes et Petites Entreprises
Notre brochure
brochure
 
Bulletin d'adhésion
bulletin d'adhésion
 
Affiche
affiche