N° 935 22/07/2025 Le Parti Révolutionnaire Communistes a décidé de lancer un débat1 sur le thème important de : « Réindustrialisation : un combat de classe vital pour le changement de société ».
Rappelons que cet objectif préoccupe aussi Macron qui a fixé un objectif pour 2035 : 15% de l’industrie manufacturière dans le PIB, quand l’Allemagne et l’Italie sont à plus de 20% alors que la France est à 9.4% en 2024.
Cette question de l’industrie est effectivement importante afin d’analyser et de comprendre la situation et les transformations du capitalisme en France, d’expliquer cette situation à la classe ouvrière afin que la lutte de classe contre la bourgeoisie soit menée de façon efficace, que ces combats débouchent sur une organisation de la classe ouvrière en classe pour soi ayant conscience de sa force et des objectifs de la lutte débouchant sur le renversement du capital et la prise du pouvoir pour construire une nouvelle société socialiste.
Pour mener cette analyse, il faut commencer par affirmer que l’époque actuelle est l’époque de l’impérialisme et qu’il est illusoire et réactionnaire de penser possible de revenir en arrière, au stade du capitalisme du XIXème siècle. Tout peuple voulant s’arracher au système impérialiste mondialisé doit tenir compte de la nature de l’impérialisme en ce début de 21ème siècle. Il faut aussi affirmer que pour un pays capitaliste comme la France, avec un dégré élevé de développement des forces productives, entre le capitalisme et le socialisme, il ne saurait y avoir, il n’y aura pas d’étape intermédiaire. Viser dans un premier temps, comme l’avait proposé le PCF en 1971, « l’établissement d’une démocratie nouvelle, au contenu politique et économique avancé, qui sera une étape vers le socialisme » est du réformisme social-démocrate.
L’impérialisme, forme de la mondialisation capitaliste, règne partout à l’échelle mondiale. Mais au sein de l’impérialisme, les contradictions entre pays capitalistes, entre groupes financiers entre monopoles sont toujours plus intenses. Il faut comprendre toutes les décisions prises par des entreprises possédées par un groupe financier comme la recherche du taux de profit maximum.
Une entreprise implantée en France et décidant d’investir dans un autre pays en fermant une unité de production en France, ce qui est appelé de façon superficielle mais ayant une part de réalité, « désindustrialisation », décide cette mesure, non pas pour détruire mais tout simplement car ailleurs le taux de profit escompté serait supérieur et que des ouvertures de marché sont possibles. Cette décision a évidemment des conséquences dramatiques pour les salariés de cette entreprise et la lutte qu’ils mènent pour s’y opposer est juste2. Les travailleurs conscients du rapport de forces et de la situation d’ensemble, se résolvent souvent à chercher à arracher un chèque d’indemnisation le plus important possible ; il faut le comprendre et les soutenir aussi dans cet objectif. Toute fermeture ou délocalisation doit être condamnée, et il faut lutter contre. Mais il faut aussi expliquer en quoi cette mesure est inhérente au capitalisme et seule la révolution et la société socialiste supprimera pour la classe ce genre de catastrophe. La crainte de mouvements sociaux importants peut amener l’État, organisme représentant l’ensemble de la classe bourgeoise et arbitrant les contradictions entre groupes capitalistes, à trouver un compromis momentané. Mais le mouvement de recherche du taux de profit maximum est irrépressible en système capitaliste. Ces mouvements de déplacement des lieux de production matérielle conduisent à une dépendance de chaque pays pris isolément du fait de ce qui est appelé en économie politique bourgeoisie la mondialisation des chaines de valeur. Cette situation de dépendance rendra la maitrise de l’économie par un pouvoir populaire extrêmement difficile au cours de la première étape après la prise du pouvoir. Il est impossible aujourd’hui de raisonner sur la situation que trouvera ce pouvoir populaire, mais ce qui est sûr c’est que la période sera caractérisée par une crise profonde et généralisée de l’impérialisme sur tous les plans et que, la France ne sera pas le seul pays avec une situation révolutionnaire.
Face à cette situation, il n’est pas possible de rester à un slogan « faire la révolution socialiste qui règlera tous les problèmes ». Mais, par ailleurs, que signifie une réindustrialisation non capitaliste » ? Nous devons éclaircir cette question.
Quelle est la nature du pouvoir politique qui procède à cette « réindustrialisation » ? A l’époque de l’impérialisme, c’est soit le capitalisme, soit le socialisme !
Sous dictature du capital, un mouvement social très important de la classe ouvrière et des salariés peut prendre possession d’usines et s’efforcer de les faire marcher, assurer production et échanges ; il peut aussi avancer dans la réalisation d’objectifs immédiats répondant aux besoins des travailleurs. Dans ce mouvement, les communistes doivent être bien liés à la classe afin que toutes ces luttes soient orientées vers le but de la prise du pouvoir. Penser réindustrialisation indépendamment d’un tel mouvement social ne peut être que du réformisme, proposer des solutions partielles lors de crises ponctuelles, et finalement conduire à la défaite, la déception et la démobilisation.
Un retour sur les textes principaux programmatiques du PCF depuis fin des années 60 est indispensable pour apprendre du passé afin d’éclairer la réflexion sur cette question d’une réindustrialisation non capitaliste. Il nous faut revenir à la période de la discussion et au contenu du programme commun entre PCF et PS dans les années 703, et ne pas s’arrêter à l’épisode de la rupture du fait du PS.
Il faut rappeler que l’expérience du socialisme démocratique du Chili, qui avait été alors montrée en exemple et ayant avortée du fait du coup d’Etat en 1973, avait un peu refroidie les ardeurs réformistes vite revenues en force du fait que « les traditions démocratiques de la France empêcheraient tout coup d’Etat… » dixit la direction du PCF.
La gauche a remporté les élections de 81 en ayant été vigilante qu’aucun mouvement de masse, qu’aucune mobilisation populaire n’effraie les classes moyennes dont le vote était quémandé. Les grands groupes financiers et industriels français étaient dans une situation critique face à la concurrence internationale ; ils avaient besoin d’investissements très importants. Le processus - nationalisation – investissements avec l’argent public – privatisation - a permis aux groupes français de repartir à l’assaut. De ce point de vue 1983 n'est pas un tournant mais la continuation logique d'une politique au service du capital monopoliste. Beaucoup de travailleurs ont alors ressenti une grande déception en 83, un grand désarroi. Mais ils n’ont pas rejeté leurs illusions du fait de l’absence d’une organisation révolutionnaire communiste expliquant les mesures prises depuis 81 par la bourgeoisie.
En 2025, nous sommes 50 ans après cette « expérience » qui nécessite toujours un bilan critique. L’impérialisme a non seulement poursuivi sa domination, mais l’a étendu du fait de la disparition du camp socialiste. Mais les contradictions internes à l’impérialisme sont toujours là, la crise écologique provoquée par les développements désordonnés du capitalisme se fait plus pressante. La classe ouvrière à l’échelle mondiale a fortement augmenté ses rangs et l’exploitation capitaliste dans ces pays dominés est une école pour cette classe ouvrière. A nous Communistes de transmettre les expériences accumulées depuis plus de deux siècles afin que le marxisme-léninisme soit un guide pour les luttes du prolétariat mondial.
Ce sont les liens entre les luttes de classes dans les pays capitalistes dominants et dans les pays capitalistes émergents qu’il s’agit de montrer, d’expliquer et de développer pour construire le rapport de force qui en le contestant, partira à l’assaut de l’impérialisme.
1 https://www.sitecommunistes.org/index.php/france/economie/3459-reindustrialisation-un-combat-de-classe-vital-pour-le-changement-de-societe
2 voir la rubrique : résumé économique et social de Communistes-Hebdo ; https://sitecommunistes.org
3 Manifeste du Parti Communiste français : pour une démocratie avancée, pour une France socialiste (Comité Central du PCF de décembre 1968)
Changer de cap : Programme pour un gouvernement démocratique d’union populaire (Comité central du PCF le 9 octobre 1971), rappelant les décisions du 19ème Congrès du PCF (février 1970) fixant comme objectif premier à l’action du PCF « l’établissement d’une démocratie nouvelle, au contenu politique et économique avancé, qui sera une étape vers le socialisme ». Editions sociales 1971.
Ces deux textes conduisent au « Programme commun » :
Programme commun de gouvernement du Parti Communiste Français et du Parti socialiste (27 juin 1972). Editions sociales 1972.




