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Pour une politique énergétique au service des peuples

760-17/03/2022 La forte hausse des prix de l’énergie (gaz et électricité) puis la guerre en Ukraine a accentué fortement les tendances à la hausse, ont mis en premier plan la question de la politique énergétique.

D’évidence, la libéralisation des secteurs du gaz et de l’électricité a amplifié les chocs successifs de la reprise post Covid et de la tension extrême en Europe.
Les discussions au sujet de la dépendance de l’Europe vis-à-vis de l’approvisionnement russe en Europe rappelle que l’énergie n’est pas qu’une question de marché. L’énergie, pierre angulaire du développement économique et sources de puissance depuis le développement du capitaliste du XIX siècle, a toujours eu une place particulière dans les affrontements entre pays capitalistes concurrents. Beaucoup de peuples, du Biafra, au Nigéria à l’Irak... en ont souffert et en souffrent encore.
Cette question de l’affrontement autour de l’énergie se double aujourd’hui des problèmes environnementaux. Malgré le silence fait à ce sujet, les nouveaux modes de production d’énergies dites « propres » portent, comme les énergies fossiles (Charbon, gaz et pétrole), des questions de maîtrise de ressources, notamment en métaux tels que le lithium, le cobalt, etc. Après la période des guerres pour le pétrole , doit-on se résoudre à attendre les futures guerres pour ces ressources ?

La question de l’énergie : une question internationale
L’édification d’une politique énergétique nationale ne peut s’imaginer sans une réflexion sur les questions de relations internationales pour la simple raison que les ressources en énergie ne sont pas également réparties sur la planète. De plus, les questions environnementales et climatiques étant une affaire planétaire, la coopération internationale s’avère donc plus que jamais nécessaire.
Si les ressources énergétiques sont inégalement réparties sur la planète, il en va de même des richesses. Posséder des ressources n’est pas gage de prospérité pour un pays, comme l’atteste dramatiquement le cas de la République Démocratique du Congo. Les affrontements à l'échelle mondiale – entretenus à dessein par les puissances impérialistes pour s'assurer le contrôle des matières premières, les voies de communication et la force de travail - s’alimente de ces déséquilibres.
Une politique énergétique doit s’inscrire de manière radicalement différente dans les relations internationales : elle doit choisir des partenaires sur le long terme pour s’affranchir des «aléas» des échanges marchands et doubler les accords d’approvisionnement en énergie par un volet de coopération pour le développement technique, la formation, etc. D’une certaine manière, il faut établir ce type d’échange sur la base de prix « politiques » et non pas marchands.
Dans le cadre d’une politique mondiale cohérente, aucune nation ne doit plus dépendre de ses seules recettes d’exportation d’énergie ou de minerais.

L’exercice de la politique climatique et énergétique – état des lieux
Les pays développés affirment vouloir réduire leurs usages des hydrocarbures et charbon avec à la clé des engagements de « neutralité carbone » à l’horizon 2050.
Une indépendance limitée
Pour devenir "vertueux" en termes d’émissions de gaz à effet de serre les pays capitalistes les plus puissants délocalisent ailleurs leurs industries polluantes. Cela a un double intérêt: l'exploitation d'une main d'oeuvre à bas coûts et la réalisation d'un avantage concurrentiel en terme de taxation du CO2 produit. Il serait plus pertinent de diminuer plutôt l’empreinte carbone liée à l’ensemble des activités d’un pays y compris le contenu carbone des importations. A cet égard, les longs débats européens sur la taxe carbone aux frontières de l’Union européenne sont assez significatifs: pourquoi perdre le bénéfice de produits relativement peu coûteux même s’ils sont « riches » en carbone émis ? Le business d’abord
Si la politique énergétique demeure officiellement de la compétence des Etats membres de l’Union européenne, il n’en demeure pas moins que les règlementations européennes posent des contraintes significatives. Ainsi, un pays ne peut pas décider d’une taxe carbone à ses frontières alors qu’il s’agit bel et bien d’un outil de politique énergétique. De ce fait, l’indépendance énergétique restera toujours relative y compris dans le sens de l’indépendance des choix.
Autre illustration : lors de la montée brutale des prix du gaz et de l’électricité au dernier trimestre 2021, les Etats, soucieux de protéger les consommateurs (aussi bien l’électeur que l’industriel) n’ont pas pu intervenir autrement qu’en ouvrant de nouvelles lignes de crédit ou baisser les taxes car les solutions structurelles n’étaient pas envisageables : elles auraient conduit à la suppression des marchés du gaz et de l’électricité.
Aussi, lorsque le Président candidat Macron célèbre « la souveraineté énergétique », il se garde d’en préciser les contours

.Le carbone au secours des renouvelables
L’électricité est la seule énergie (connue) qui ne produit pas d’émissions de gaz à effet de serre à son usage. La politique énergétique des pays européens s’engage donc vers l’électrification des usages (mobilités, usages thermiques). Dans le même temps, il faut s’assurer d’une production d’électricité sans carbone et pour ce faire, il faut s’appuyer sur de l’hydraulique, de l’éolien, du solaire et du nucléaire.
Les principaux européens ont subventionné fortement les énergies renouvelables intermittentes (Enri - éolien et solaire) car leurs coûts de développement étaient trop élevés par rapport aux productions classiques à base thermique (charbon, gaz). Le problème principal de ce type de production, comme leur nom l’indique, est son intermittence. Il faut d’autres moyens de production disponibles lors des moments sans vent ou sans soleil.
Ainsi, l’Allemagne, le pays européen le plus avancé en termes de développement des Enri, doit se doter d’un programme de construction de centrales gaz après sa décision de fermer toutes ses centrales charbon entre 2030 et 2035. Au global, les émissions carbone seront moindre mais ce dispositif ne permettra pas d’atteindre la fameuse neutralité carbone. Dans l’immédiat, l’Allemagne a besoin de gaz d’où sa longue résistance face aux pressions américaines pour abandonner le projet de construction d’un gazoduc supplémentaire entre l’Allemagne et la Russie (Nord Stream 2) et aujourd’hui, les fortes réticences allemandes à interrompre les approvisionnements en gaz et en charbon russe qui continuent et même augmentent. Ainsi, avant le 24 février les livraisons de Gazprom vers l'Europe étaient de 270 millions de m3 par jour contre 350 aujourd'hui!
L’hydrogène est apparu depuis un an comme une sorte de deux ex machina qui pourrait remplacer le gaz naturel dans la production d’électricité. Pour le moins, à ce jour, les turbines à hydrogène ne sont pas prêtes et au mieux, les fabricants ont mis au point des appareils qui fonctionnent avec un mélange gaz naturel (en majorité) et hydrogène. Il convient d’ajouter que la production d’hydrogène nécessite… de l’électricité et il est envisagé de construire des éoliennes pour fabriquer cet hydrogène qui serait brûler quand les éoliennes ne tourneraient pas assez…

Le nucléaire, porte étendard de la souveraineté nationale ?
L’énergie nucléaire permet de produire de l’électricité sans émissions de carbone. EDF est le premier producteur mondial d’électricité sans émission de carbone.
En Europe, des pays ont renoncé à cette énergie (Allemagne, Italie, Espagne), d’autres comptent encore l’utiliser (France, Royaume-Uni, République tchèque, Hongrie, Roumanie), d’autres hésitent (Belgique, Pays-Bas) et la Pologne voudrait développer cette technique.
L’énergie nucléaire serait le pilier de la souveraineté industrielle et énergétique nationale, si nous en croyons le Président Macron, qui n’a pas hésité à fermer Fessenheim et a participé activement à la vente d’Alstom Energie à General Electric.
Etant donné l’expertise demandée pour développer un projet de centrale nucléaire et la complexité du chantier, il est naturel que cette technique soit plus onéreuse que les ENRi. Pour autant, dans un système de monopole nationale, EDF a pu développer un programme nucléaire très important (58 réacteurs) sans aucune subvention, tout en assurant la fourniture d’électricité à bon prix.
L’environnement institutionnel européen pèse dans la marche de la construction d’une politique « souveraine » car la première étape consiste à demander des exemptions à la Commission en termes de financements (aides d’Etat) ou de droits à la concurrence.
Par ailleurs, l’Union européenne a longuement débattu de la « taxonomie » climatique qui détermine quelle technique est éligible à un traitement préférentiel en termes de financement notamment du fait de son "innocuité" au climat. Finalement, le nucléaire et le gaz naturel ont été intégrés après du lobbying intense de part et d’autre. Encore une fois, bel exemple de souveraineté…
Enfin dans un cadre de marché, nous avons constaté que le nucléaire n’a pas isolé la France de la montée des prix de l’électricité en Europe. La souveraineté consiste aussi et surtout à maîtriser les coûts de nos productions de biens de première nécessité comme l’électricité.

Construire un politique énergétique au service des besoins sociaux
Une politique énergétique nécessite d’évidence de se défaire des mécanismes de marché mis en œuvre sur des secteurs, le gaz et l’électricité, longtemps dévolus au service public. La véritable souveraineté consiste à politiser les débats autour des choix énergétiques, qui pour beaucoup, après des années de libéralisation, ont été transférés à la Commission européenne.
Avant de se focaliser sur la question renouvelables ou nucléaire, il serait plus pertinent de poser l’alternative entre énergie aux mains d’opérateurs privés et régie par le marché ou énergie considéré comme un service public et maîtrisée par la collectivité.
La socialisation de l’énergie est un point clef qui ouvre par ailleurs des perspectives de nouvelles coopérations internationales, incontournable dans ce domaine. Seule une entreprise nationale peut négocier un prix « politique » dans le cadre d’accord plus large avec un pays fournisseur.
Il est clair que cette orientation, qui prend la direction d’une véritable souveraineté, est en complète contradiction avec ladite construction européenne, qui entend défendre la souveraineté du capital.
En ce qui concerne les techniques, les perspectives du tout renouvelables ne sont possibles qu’accompagnées d’hypothèses fortes notamment du point de vue technique sur les capacités de stockage de l’électricité. Pour autant, les besoins en minerais pour les développer déclencheraient un surcroît d’émissions de gaz à effet de serre dans les activités extractives et de traitement. Aucune politique énergétique ne peut s’affranchir des lois de la physique et de la thermodynamique. Et de ce point de vue, « l’énergie propre » est une vue de l’esprit.
Nous comprenons que les scénarios du tout renouvelable, en cohérence avec la neutralité carbone visée, n’ont d’autre but que de démontrer l’inutilité du nucléaire.
Le nucléaire et l’hydraulique sont pourtant les seules techniques en mesure de fournir en continu de l’électricité avec une faible teneur en émission de carbone. Il existe par ailleurs des techniques pour réduire la quantité de déchets.
Enfin, si les scénarios sont utiles pour construire une politique énergétique, cependant, à l’horizon 2050, nous n’avons pas une visibilité sur les techniques qui peuvent émerger comme par exemple la mise en point d’un réacteur à fusion nucléaire (sans déchet). C'est en particulier le projet international ITER dont le prototype est situé en France à Cadarache.
S’il est utile de se projeter, la politique énergétique peut d’ores et déjà agir utilement pour le développement et l'environnement : ainsi un pays comme la France qui représente 1% des émissions mondiales, n’a-t-il pas mieux à faire que dépenser en subventions des dizaines de milliards d’euros par an pour installer des éoliennes et panneaux solaires au lieu de transférer ces fonds vers des pays moins bien lotis du fait des limites de leurs moyens ? L’efficacité sociale, humaine et économique d’un panneau solaire est incommensurablement plus élevée au Sahel que dans le Vésinet.
L'énergie est une clé du développement et un enjeu majeur de la lutte des classes. Notre parti accorde une grande attention à ces questions qui déterminent largement les possibilités de construire une société socialiste débarassée de l'exploitation capitaliste et qui réponde aux besoins sociaux des travailleurs. Dans l'immédiat, nous menons la lutte pour un service public de l'énergie allant de la recherche à la production et la distribution, ce qui imlique la nationalisation totale de ce secteur d'activité.

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