Gantry 5

 

N° 995 12/09/2026 Le 1er septembre, les dirigeants de l'Organisation de coopération de Shanghai1 (OCS) ont signé la Déclaration de Bichkek à l'occasion du 25e anniversaire de l'OCS, et 27 autres documents portant notamment sur la sécurité, la lutte contre le trafic de stupéfiants, l'intelligence artificielle, la biodiversité, la coopération en matière d'énergie et de climat, la sécurité nucléaire et la logistique régionale. Deux lectures contradictoires ont été produites afin d’ analyser ce sommet, dans un contexte de fortes tensions internationales et de situation de guerre touchant des États membres de l'OCS et tout particulièrement l'Iran. La première lecture consiste en une sous-estimation de l'importance de ce sommet, le renvoyant à des rencontres formelles ne débouchant sur aucune décision significative et permettant à chacun des protagonistes de se prévaloir d'un rayonnement international. La deuxième lecture tente de faire de l'OCS une structure organisée, regroupant des États dictatoriaux dont l'objectif serait de s'attaquer aux démocraties auto-proclamées occidentales. Enfin, certains voient dans l'OCS comme dans les BRICS+, une contestation de ce qu'il nomme l'impérialisme occidental et tout particulièrement étasunien, idéalisant ainsi ce qui est de fait l'expression des affrontements au sein du système impérialiste mondial.
Si l'on aborde le sommet de l'OCS à partir des faits, il est possible d'en tirer des enseignements bien plus intéressants sur l'évolution des rapports internationaux dans le contexte du développement des contradictions et affrontements au sein du système impérialiste pour le contrôle des ressources, des voies de communications, des sciences et des techniques et de la force de travail, entre un bloc plus ou moins homogène, possédant des structures militaires organisée : l'OTAN et l'AUKUS2 pour l'Asie, bloc dominé par les États-Unis et un bloc euro-asiatique en formation dominé par la Chine.
Dans le thème des discussions, loin d'une mise en cause quelconque des mécanismes de l'économie capitaliste on trouve la volonté d'une place plus importante dans les institutions internationales avec à la fois une réaffirmation du rôle de l'ONU, et la présence de son secrétaire général était un signal fort, mais aussi une présence plus significative dans l'OMC comme dans le FMI. En clair, la résolution finale comme les 27 autres s'attachent à contester la prééminence d'un bloc impérialiste, n'étant plus de facto totalement dominant.
Dans cette veine, la place accordée à l'architecture financière prend une grande signification. La Déclaration contient une architecture financière complète qui acte la poursuite de la feuille de route en faveur de l'augmentation progressive de la part des monnaies nationales dans les règlements mutuels, le soutien à une réforme de l'architecture financière internationale visant à accroître le poids des pays en développement à la BIRD et au FMI et point relevé par personne, un appel à accélérer le raccordement de la banque iranienne mandatée à l'Association interbancaire de l'OCS. Autrement dit, permettre à Téhéran d'un système de paiements échappant au dollar. Si un projet de banque commune est sur les rails depuis quelques années, il n'a toujours pas été réalisé et pour le moment la dédollarisation procède par des voies bilatérales dans les échanges entre divers pays de l'OCS.
Au plan des positionnements sur les conflits en cours, si l'Ukraine n'apparaît pas dans les déclarations, l'agression militaire contre l'Iran fait l'objet d'une appréciation. Les dix membres condamnent les frappes militaires sur le territoire de la République islamique d'Iran, ayant entraîné de nombreuses victimes parmi la population civile et des dommages considérables à l'économie du pays, jugent que ces actions violent les principes et normes du droit international et la Charte de l'ONU, et présentent leurs condoléances pour la mort tragique du Guide suprême Seyyed Ali Khamenei. Ils réaffirment le droit inaliénable au nucléaire civil et déclarent les mesures restrictives en la matière contraires au droit international. Il s'agit là d'un succès diplomatique indéniable pour l'Iran, dont la limite se trouve quand même dans le fait suivant : lors du vote au conseil de sécurité de l'ONU3 le Le 11 mars 2026 condamnant, dans les termes les plus fermes, les frappes iraniennes contre Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats et la Jordanie, treize voix se sont prononcées pour cette résolution, zéro contre et les deux abstentions de la Chine et la Russie ne peuvent pas être interprétées comme un soutien explicite à l'Iran.
Au bilan, Xi Jinping a proposé à Bichkek quatre orientations4 qui décrivent moins un bloc qu'un projet de rechange pour la gouvernance mondiale du système impérialiste incluant le développement d'abord, la sécurité commune, le dialogue civilisationnel et la réforme institutionnelle. Ces orientations, force est de le constater, si elles peuvent présenter une certaine attractivité pour des puissances secondaires dans le système impérialiste ne modifient en rien ses logiques d'affrontement interne.
1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_de_coop%C3%A9ration_de_Shanghai
2 https://fr.wikipedia.org/wiki/AUKUS
3 https://press.un.org/en/2026/sc16315.doc.htm?ref=geopolitico.fr
4 https://eu.china-mission.gov.cn/eng/mhs/202609/t20260901_12014119.htm?ref=geopolitico.fr