Gantry 5

 

N° 990 13/08/2026  Le Parti Révolutionnaire Communistes a été contacté afin d’apporter sa signature au texte intitulé « Pourquoi nous devons unir nos forces maintenant ». La demande émanait d’une association nommée « OnePieceIntifada » que nous ne connaissons pas et le but est de rejoindre une campagne qu’ils organisent manifestement : « Non à l’économie de guerre et à la militarisation de la société ! ».
Nous reproduisons ici le corps du mail qui nous fut envoyé, afin de nous convier à signer : « ​À l’heure où la crise systémique du capitalisme pousse les puissances bourgeoises au militarisme exacerbé, nos organisations de classe, anti-impérialistes et populaires ne peuvent rester spectatrices. Déjà soutenue par plus de 80 organisations — parmi lesquelles La France Insoumise, une quinzaine d'organisations syndicales de la CGT, ainsi que plusieurs mouvements communistes (URC, UPML, La Brèche, Supernova, PCOF, PRCF...) et anti-impérialistes (FUIQP, Fondation Frantz Fanon, DUP...) — et portée par plus de 9 500 signataires, notre campagne franchit une étape décisive. Nous vous appelons formellement à nous rejoindre pour construire le rapport de force politique indispensable contre l'impérialisme, l'exploitation et la marche à la guerre. ».
Nous pensons que la question clé de l’impérialisme ne peut pas être traitée à la légère, par des écrits qui ne s’engagent à rien. Au contraire, pour nous, la Question a besoin de positions claires, argumentées, donnant tous les arguments. Nous publions ensuite la réponse que nous leur avons adressée.

Chers amis,

Quand le Parti Révolutionnaire Communistes signe un texte collectif, c’est avant tout pour deux raisons : un accord global avec le contenu et le sentiment que la publication du texte est utile à la cause du socialisme. Or le texte servant d’étendard à votre campagne ne satisfait aucune de ces conditions.

Le texte est, pour nous, terriblement creux. Dans le but manifeste de rassembler des organisations ayant des divergences sur le concept même d’impérialisme, on ne dit rien, de peur de fâcher X ou Y et de leur permettre de s’y rallier sans se trahir. Reste le discours habituel de la petite bourgeoisie de gauche, teinté évidemment d’écologie ; mais aucune définition de l’impérialisme, censé être la cible, ni aucune lecture de classe du réel actuel.

Au Parti Révolutionnaire Communistes, nous pensons qu’un texte contre l’impérialisme ne peut être utile seulement s’il le définit et possède une conception claire du concept. Pour rappel, tel que défini par Lénine, l’impérialisme est avant tout un stade du capitalisme. C’est un stade où il ne reste plus aucun endroit pour les multinationales où s’implanter ou faire du commerce et où le seul moyen de le faire quand même c’est la guerre. Pas la guerre de conquête coloniale du dernier quart du XIXème, mais la guerre impérialiste entre puissances impérialistes, directement ou indirectement. C’est un stade également où les grands Bourgeois ont dépassé leur spécialisation, qui la rente foncière, qui la banque, qui les mines, qui l’industrie et où chaque grand capitaliste touche à tout. C’est pourquoi, par exemple, nous réfutons votre concept de « Capital militaro-industriel », n’existant pas spécifiquement, car tout capitaliste peut y avoir son rond de serviette.

Nous ne pouvons-nous satisfaire de ce qui semble être votre message « La guerre c’est moche et ce sont les opprimés paient ». Lister les méfaits du système capitaliste au stade actuel ne suffit pas non plus. Il est nécessaire de dire pourquoi les multinationales sont contraintes à se faire la guerre. Les grands capitalistes ne cassent pas les protections sociales ni ne sacrifient les peuples, et spécialement les prolétaires, comme chair à canon, parce qu’ils sont méchants, ni parce qu’ils auraient incrusté dans le dos le diamant de la sorcière Karaba. Ils dépendent tous d’un fait économique accablant pour eux : la baisse tendancielle du taux de profit. Quoi qu’on en pense, dans les rivalités entre capitalistes, tout commence par la baisse tendancielle. C’est à cause d’elle qu’ils doivent taper dans le travail vivant (salaires, cotisations, conditions de travail, etc.) et envoient les travailleurs s’entre massacrer. Se priver de cette explication n’est pas de nature à rassembler. Les prolétaires ont besoin de comprendre et en sont largement capables.

Le côté « large, sans se mouiller », du texte ressort également lorsqu’il s’agit de désigner les puissances impérialistes, ce que vous ne faites pas pour éviter de fâcher. Comment rassembler ceux, comme nous pensant que le stade impérialiste actuel compte deux blocs de puissances impérialistes rivales, l’occidental et l’eurasiatique et ceux pensant que l’impérialisme n’est qu’occidental ? En n’évoquant pas la question. Pire, le texte soi-disant anti-impérialiste est signé par LFI, qui soutient l’impérialisme français (jusqu’à la marine de guerre déplacée à Chypre) et la colonisation par le Maroc du Sahara Occidental. Comment est-ce possible? C’est parce que rien n’est dit sur ce qui pourrait fâcher.

Ce n’est pas ainsi qu’un rassemblement peut être utile dans la lutte des prolétaires contre le Capital, le flou n’a jamais servi le mouvement ouvrier. « Seule la vérité est révolutionnaire », disait Lénine.

Enfin, votre inventaire à la Prévert nous a sauté aux yeux : « En réalité, de la Palestine à l'Ukraine, en passant par le Congo, le Soudan, le Venezuela, l'Iran, Cuba ou la Russie, la course aux armements et les ingérences ne sont que le produit direct de la compétition inter-impérialiste pour le repartitionnement du monde, le contrôle des ressources et des marchés, et le maintien de la domination néocoloniale. ». Cela donne d’abord l’impression que la Russie ferait partie des pays opprimés, alors qu’elle est une puissance impérialiste, active non seulement dans le conflit direct l’opposant à l’OTAN, mais aussi dans la guerre impérialiste par procuration au Soudan. Mais surtout, si la guerre en Ukraine est une guerre impérialiste, celles au Congo et au Soudan des guerres impérialistes par procuration, si Cuba, l’Iran et le Venezuela sont victimes d’agressions impérialistes du bloc occidental dominant, la Palestine a un caractère particulier.

La Palestine n’est pas un lieu dans une guerre générale entre blocs impérialistes rivaux. En Palestine, nous avons une guerre coloniale du côté de l’entité sioniste et une guerre de libération nationale du côté du peuple palestinien. Contrairement à tous les autres théâtres de guerre cités, ce n’est pas une guerre impérialiste. D’ailleurs, aucune puissance impérialiste n’aide la Palestine, les unes car les sionistes sont leurs mandants au Proche Orient, les autres parce que ça ne concerne pas leurs intérêts impérialistes. La lutte de la Résistance palestinienne revêt par ailleurs une importance capitale, pour les peuples des États impérialistes occidentaux. Les Résistants palestiniens combattent le même ennemi que nous, notre propre impérialisme et, avec la seule aide des travailleurs du monde, des Résistants du Moyen Orient et, dans la mesure de ses moyens, de l’État iranien, ils ébranlent l’enfant chéri du capitalisme occidental, son prolongement organique.

Il nous paraît indispensable qu’un texte voulant rassembler contre l’impérialisme et les guerres impérialistes accorde une place particulière à la Palestine, elle est à l’avant-garde de ce combat. Cela permettra aussi à ceux, nombreux en France, ayant une vision parcellaire de la Palestine, de comprendre que, selon les mots de Patrick Bobulesco[1] : « Fortement handicapé par la faiblesse historique à gauche de l'anticolonialisme et de l'anti-impérialisme en France, si un large courant de solidarité avec le peuple palestinien a pu tout de même se développer, ce soutien est resté très dépendant d'une rhétorique surtout humanitaire, d'une unique dimension morale, d'une sympathie pour un peuple martyr et d'une compassion qui fait siennes les souffrances du peuple palestinien mais peine à comprendre les racines politiques profondes de l'entreprise sioniste de conquête de la Palestine. La véritable solidarité avec le peuple palestinien exige d'abandonner cette vision passive et victimaire pour le reconnaître comme un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation. ».

Tous ces éléments font que, bien évidemment, nous ne pouvons pas apporter notre caution à ce texte.

 Salutations fraternelles,

Le secrétariat du Parti Révolutionnaire Communistes

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