N° 984 01/07/2026 La Banque des Règlements Internationaux (BRI), la banque des banques centrales, a publié son rapport annuel dans lequel elle s’alarme des excès : excès de dettes publiques, excès d’investissement dans le secteur de l’Intelligence Artificielle, excès du secteur financier virtuel (cryptomonnaie), excès des fonds de crédit privés (« shadow bank »)
Ce discours alarmiste, dans un cadre de pensée économique très orthodoxe, n’a rien de nouveau, pour autant il corrobore les analyses pointant le blocage de la dynamique d’accumulation capitaliste mondiale.
De fait, la BRI constate la faiblesse de la croissance mondiale et de la productivité dans un contexte d’inflation (liée aux conflits entre les États-Unis/Israël et l’Iran). Les revendications salariales ne vont pas aider à rétablir la profitabilité des entreprises ! En tout cas, la BRI recommande aux banques centrales de ne pas infléchir leur politique monétaire, c’est-à-dire baisser les taux directeurs (le « prix » de la monnaie confiée aux banques commerciales) pour ne pas renforcer ce grand vent inflationniste (plus d’argent obtenu par endettement circule mais il n’y a pas plus de marchandises produites, l’excès de demande sur l’offre finit par produire une augmentation des prix selon la doxa économique orthodoxe).
Les conditions macroéconomiques actuelles n’ouvrent pas des perspectives de recettes fiscales et assimilées en augmentation pour soulager les finances publiques. La dette publique, en particulier aux États-Unis (39 000 milliards USD en mai 2026) bat des records et disons le, ce que ne fait pas la BRI, le contexte de guerre et de réarmements généralisés devrait participer à aggraver le phénomène.
Les préoccupations de la BRI au sujet de la dette publique ont clairement trait à la mise en danger des intérêts du système financier et en particulier les « hedges funds », des officines spéculatives, celles-ci se seraient elles-mêmes endettées afin d'acheter de la dette publique. Comme toutes les instances financières « régulatrice » (FMI, banques centrale), entre les débiteurs et les créanciers, la BRI se préoccupent davantage des intérêts des seconds, dont les imprudences sont très rarement sanctionnées (voir la crise de 2008).
Bien que comme toutes les instances financières internationales, la BRI a encouragé la libéralisation des mouvements de capitaux et jugé positive la désintermédiation financière et l’inventivité des acteurs du marché financier (du moins jusqu’à la crise de 2008), elle semble beaucoup plus rétive au développement du secteur financier « virtuel » à base de bitcoins (monnaies électroniques). Les États-Unis, sous l’impulsion de l’administration Trump, ont ouvert de nouveaux champs à ces activités, ceci au passage a augmenté la valeur du patrimoine du clan Trump. A ce stade, avouons le, nous avons encore du mal à saisir les dynamiques en jeux dans ce secteur pour apprécier la teneur de la charge de la BRI et les réponses indignées des acteurs du secteur. Pour autant, émerge un nouveau pan de la finance internationale dont le rôle, aujourd’hui opaque concernant les non-initiés, semble gagner en importance.
Enfin, dernier grand point de l’analyse de la BRI : les fonds importants investis dans l’intelligence artificielle (IA). Les entreprises engagées dans cette activité (infrastructures et solutions informatiques ou software) engrangent de diverses manières une montagne de moyens financiers, en particulier par des valorisations délirantes en Bourse. Si la BRI s’interdit de diagnostiquer du délire, elle pointe l’apport massif de moyens financiers en faveur d'une rentabilité du secteur encore modeste au regard des attentes des investisseurs. Elle craint un effet de chaînes entre l’explosion possible de la bulle IA, des dettes colossales des États et du secteur privé, une inflation persistante.
De fait, aujourd’hui, le niveau de la dette est sans commune mesure avec les capacités mondiales à produire des biens réels. Il s’agit de monnaie n’ayant pas de contrepartie… ou en grande partie uniquement d’elle-même. Dans un schéma classique, la dette est une avance permettant l’investissement productif et une fois la plus-value réalisée, elle est partagée entre le capital industriel et le capital financier, pour boucler ainsi le cycle.
Le gonflement de la dette publique s’explique essentiellement par une réduction de recettes liée à une politique favorable au capital visant à lui conserver une plus grande part de la plus-value extraite, jusqu’à excéder ses besoins (autodiagnostiqués) en investissement productif. Ce capital « surnuméraire » est alors judicieusement employé à financer la dette publique, à opérer des placements spéculatifs sur toutes sortes de produits et actions d’entreprise.
La BRI prétend s’inquiéter de la dette mais de fait, elle s’inquiète du montant des créances (quelquefois utilisées comme garantie d’endettement). Elle s’inquiète aussi de la bulle spéculative autour de l’IA mais de fait, le niveau mondial de l’endettement équivaut à une bulle spéculative : les créanciers attendent bien eux-aussi un retour sur investissement de leurs placements alors que leurs créances engagées n’ont aucune commune mesure avec les capacités des économies productives à dégager de la plus-value, y compris même dans un contexte d’accentuation de l’exploitation du travail.
Et ce n’est certes pas en couvrant la planète voire son orbite de centres de données que la donne pourrait changer. Car cette perspective n’ouvre pas vraiment pour le capitalisme une nouvelle voie d’extraction de valeur du travail vivant.
Au bilan, le rapport de la BRI donne de la consistance à notre constat, le capitalisme mondial est entré dans une crise de valorisation et d'accumulation du capital. Cette crise attise les affrontements au sein du système impérialiste pour l'accaparement de la valeur au long des chaînes de production mondialisées. Elle conduit à des politiques visant à diminuer drastiquement le prix de la force de travail afin de rétablir les taux de profits. Cette réalité s'observe partout dans le monde et s'accompagne de politiques de plus en plus coercitives contre la classe ouvrière. Elle ne laisse aucune place à des tentatives réformistes de relance keynésiennes de relance par la demande, alimentant en retour la crise politique et ouvrant des espaces nouveaux aux idées et pratiques révolutionnaires. Dans ce contexte le Parti Révolutionnaire Communistes pose comme urgence la question de la reconstruction du courant syndical et politique révolutionnaire de classe.