N° 982 17/06/2026 L’introduction en bourse de la société Space X, auquel ont été adjoints quelques « joyaux » de la galaxie Musk comme sa branche IA, a retenu l’attention du monde en entier, en particulier sous l’effet d’un plan de communication bien ficelé. Et à la fin, Elon Musk devient le premier « trillonaire » de l’histoire de la modernité avec son entreprise Space X évaluée à 2.000 milliards de dollars (calcul sur la base de la capitalisation boursière soit prix de l’action x nombres d’actions, une partie seulement des actions ont été mis en vente).
Cet épisode de « business show » nous renseigne sur le moment dans lequel se trouve le capital, en quête de placements profitables. Après les feux d’artifice de l’internet, les pétards du nouvel an thaï, les joies des subprimes, en serions-nous à l’aube des paradis artificiels générés par l’IA ?
Depuis la libéralisation complète des marchés des capitaux, les « crises » se succèdent et ne préviennent en rien les suivantes car des pans entiers du capital sont persuadés qu’il est possible et souhaitable de créer de la valeur d’échanges sur du vent.
Marx se gaussait déjà de ceux qui pensaient faire de l’argent avec de l’argent. Aujourd’hui, en termes plus lissés, les analystes respectueux du système capitalisme s’alarment des « bulles spéculatives » qui, comme toutes les bulles, grimpent puis explosent avec quelques conséquences sur la vie réelle des gens.
En quelques mots : il semblerait que les promesses de l’IA et de la numérisation des activités humaines ouvrent la merveilleuse perspective, déjà de faire de l’argent avec de l’argent (voir ci-dessus), c’est toujours cela, mais en plus à terme, de ne plus avoir à compter sur du travail vivant pour créer de la valeur d’échanges. Ce qui ne signifie pas du tout la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme mais l’émergence d’une dystopie glaçante dans lequel une grande part de l’humanité serait définitivement classée comme inutile.
Ce capitalisme high tech, donc suprêmement intelligent, n’a pas pensé qu’il ne pourra pas vendre ses produits à ses propres robots, à moins de les payer comme un travailleur humain afin de créer de la valeur d’échange, utile à son train de vie, à sa garde prétorienne et à sa capacité de remplacer les robots vieillissants.
De la même manière, un trader, personnage mythique du capitalisme délesté du travail vivant, ne crée pas de valeur d’échange quand il boursicote, l’un des plus vieux métiers du capitalisme, cela dit en passant, même s’il use des dernières martingales scientifiquement établies par de géniaux mathématiciens.
Dans ce contexte, ce n’est pas un hasard si la dette mondiale (privée + publique) atteint des sommets (324% du PIB mondial – 337.700 milliards de $1). Dette démesurée, qui ne correspond pas à des investissements productifs massifs, sinon cela se verrait dans les statistiques de croissance (c’est le cas ici ou là mais pas dans les économies développées, qui se taillent une part de lion dans le PIB mondial). S’il y a de la dette, c’est qu’il y a des créanciers, porteurs de ce capitalisme hors sol, capables aussi de s’endetter… pour acheter des titres de dettes.
Le capitalisme « moderne » a opté pour la liquidité du capital, non pas qu’il se dilue mais il est extrêmement mobile, et le secteur dans lequel il peut être le plus mobile, c’est dans le secteur de l’argent, c’est-à-dire de la dette, du placement spéculatif sur des entreprises qui n’ont pas encore fait leurs preuves comme Space X ou Nvidia (processeurs pour l’IA) mais rapportent rapidement (encore faut-il vendre au moment propice).
Cette politique est destructrice des bases mêmes du capitalisme, avec un système productif qui n’est plus prioritaire et devient même l’occasion de ventes/reventes.
C’est cela que nous raconte l’histoire de Space X et ses 2.000 milliards de capitalisation boursière. Certains fonds se sont sans doute endettés pour acheter des paquets de ses actions…
Notre propos n’est pas de condamner un capitalisme devenu fou, car ses transformations sensibles depuis une trentaine d’années conservent une portée rationnelle, par rapport à ses principes fondateurs. Le monde du travail en subira les conséquences tant qu’il demeure dans sa position de subordination. Mais il semble que l’hubris technologique du capitalisme pourrait le mener dans une impasse, situation propice alors au monde du travail pour reprendre les choses en main.
1 Selon l’Institut de la finance internationale (IFF), une association de grandes banques basée à Washington : la dette mondiale a atteint 337.700 milliards de dollars à la fin du deuxième trimestre, en hausse de plus de 21.000 milliards sur les six premiers mois de l’année.