Gantry 5

 

N° 954 01/12/2025  Comme nous l'avons écrit dans Communistes Hebdo N° 953, la rencontre des partis communistes à Athènes les 22 et 23 novembre pour commémorer le 108e anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d'Octobre a été un événement politique. Il a permis a vingt six partis communistes de préciser leur position sur la question de l'impérialisme, ce qui c'est traduit dans leur déclaration commune1. Sur cette base, de nombreuses interventions ont souligné la nécessité d'une coopération plus active des partis communistes. Nous publions aujourd’hui l'intervention intégrale du Secrétaire Général du Parti Communiste de Grèce Dimitri Koutsoumbas.
Discours de Dimitri Koutsoumbas, Secrétaire Général du Parti Communiste de Grèce
lors de l'initiative pour le 108e anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d'Octobre à Athènes
Amis et Camarades,
Avec un optimisme militant, forts de notre confiance dans les forces inépuisables de la classe ouvrière et des peuples du monde entier, nous commémorons ce soir le 108e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d'Octobre. Nous honorons cet événement d'une importance historique mondiale, qui a changé le cours de l'humanité, marquant à jamais le XXe siècle, qui a sonné le glas de la barbarie capitaliste et des systèmes d'exploitation, mais aussi l'aube d'une société nouvelle, celle du socialisme-communisme. Convaincus que la Terre finira par devenir rouge, d'un bout à l'autre, nous accueillons ce soir les camarades des délégations des partis communistes et ouvriers d'Algérie, d'Argentine, d'Autriche, du Venezuela, de France, d'Allemagne, du Danemark, des États-Unis, d'Irlande, d'Espagne, d'Italie, du Kazakhstan, du Mexique, des Pays-Bas, d'Ukraine, du Pakistan, de Palestine, du Paraguay, de Russie, de Suède, de Turquie et de Finlande, qui sont parmi nous. Trente-cinq ans après les soulèvements contre-révolutionnaires en Union soviétique et en Europe de l'Est, malgré les célébrations des vainqueurs temporaires de l'époque, malgré leurs déclarations arrogantes sur la « fin de l'histoire », une réalité s'impose : les idées d'Octobre, celles qui ont ébranlé le monde, demeurent immortelles et, malgré le rapport de forces extrêmement défavorable, continuent de fasciner des millions de personnes à travers le monde et fascineront encore davantage demain. Nous veillerons également à cela, en poursuivant et en intensifiant l'action menée à l'initiative du KNE durant la semaine qui a débuté lundi avec la grande marche anti-impérialiste pour l'École polytechnique et l'anniversaire de la fondation du Parti, et qui s'achève aujourd'hui. Nos adversaires s'en prennent à nous et répandent des flots d'encre, votent des lois réactionnaires, façonnent les programmes scolaires, financent des productions culturelles, tentent de calomnier les idées communistes, d'assimiler de manière anachronique le socialisme au fascisme, et s'accrochent à la Révolution d'Octobre, la considérant soit comme un « coup d'État », soit comme un événement dépassé. Bien sûr, cela arrive fréquemment aux États-Unis, dans l'UE et les pays de l'OTAN, mais aussi en Russie capitaliste, où cette année les rassemblements ont été interdits et les communistes qui souhaitaient commémorer l'anniversaire arrêtés. Car ces idées sont plus pertinentes que jamais et se confirment chaque jour davantage. Car chaque jour se creuse l'écart entre les possibilités offertes par notre époque pour répondre pleinement aux besoins populaires et la mesure dans laquelle ces besoins sont réellement satisfaits. Car chaque jour, les impasses et les contradictions d'un système fondé sur la recherche du profit et qui ne conduit qu'à l'exploitation, aux crises, aux guerres et aux réfugiés deviennent plus flagrantes. Car, en fin de compte, ce sont les idées qui incarnent la vérité et la justice.
Ce texte enseigne, de concert avec l'expérience de la construction socialiste ultérieure, le bien et le mal, les victoires admirables, mais aussi les déviations qui ont conduit à des décennies de contre-révolution. Il enseigne que la classe ouvrière est la seule classe véritablement révolutionnaire dans le système où nous vivons, car c'est elle qui, par son travail, produit toute la richesse que les capitalistes s'approprient. Elle est donc la seule qui, en prenant le pouvoir, puisse adapter les rapports de production au niveau actuel de développement des forces productives, à l'immense socialisation du travail qui s'est opérée. Nous combattons un front idéologique avec des perceptions erronées, présentées comme novatrices, mais qui remontent à une époque révolue et qui annoncent la « fin de la classe ouvrière », son remplacement par la technologie, l'intelligence artificielle. Toutes ces réalisations remarquables sont le fruit du travail humain et nous permettent aujourd'hui de vivre bien mieux, avec une réduction générale du temps de travail, pourvu que le critère du profit soit aboli. Entre les mains du capital, cependant, elles deviennent des instruments d'exploitation, de répression et, d'une manière générale, de subordination du travail au capital encore plus grandes. Par ailleurs, les capitalistes, malgré ce que prétendent leurs collaborateurs, savent mieux que quiconque que leur profit provient de l'exploitation de la force de travail. C'est pourquoi ils font voter par leurs gouvernements des lois comme celle instaurant la journée de travail de 13 heures, récemment adoptée par le gouvernement de la Nouvelle Démocratie dans notre pays, sur la base des directives anti-ouvrières de l'UE. La Révolution d'Octobre nous enseigne la nécessité de l'avant-garde révolutionnaire, le Parti communiste, pour renverser définitivement cette barbarie. Seul le Parti communiste qui honore véritablement son nom et remplit son rôle est capable de guider les forces populaires dans la lutte la plus décisive contre le capitalisme. L'élaboration d'une stratégie révolutionnaire par chaque Parti communiste dans son pays, ainsi que l'effort d'adhésion au Parti communiste, sont des conditions essentielles à une victoire véritable. Afin de contrer les idées reçues, véhiculées principalement par une social-démocratie corrompue, selon lesquelles l'ère des révolutions serait révolue et que seules les réformes, avec le rétablissement du prétendu « État de droit » et la création d'un « État social », pour un « capitalisme démocratique », comme l'ont récemment affirmé d'anciens partisans du soi-disant « socialisme » démocratique, il convient de rappeler que l'expérience des peuples est implacable. Elle démontre que le capitalisme, malgré tous les artifices que lui prêtent ses défenseurs, demeure un système d'exploitation, d'inégalité et d'injustice, la dictature d'une minorité sociale, les capitalistes, sur la majorité. Elle montre que l'État bourgeois hostile ne peut être réformé qu'en pire, sans jamais modifier ni atténuer son caractère de classe. C'est pourquoi la seule solution est son renversement, son effondrement, comme l'écrivait Lénine, son remplacement par un État radicalement différent, un pouvoir différent : le pouvoir des travailleurs. Amis et camarades, La Révolution d'Octobre fut véritablement un événement qui a ébranlé le monde comme aucun autre. Elle a prouvé que la théorie peut se traduire en pratique, que la classe ouvrière peut mener sa propre conquête du ciel et l'emporter. Ce fut un événement d'envergure mondiale qui, entre autres, a conduit à la création de partis communistes dans de nombreux pays du monde – comme le nôtre, qui a célébré cette année son 107e anniversaire – et à la fondation de l'Internationale communiste.
Au sein de notre Parti, nous avons collectivement évalué les conséquences néfastes de la prédominance, au sein du mouvement communiste international, d'élaborations stratégiques s'éloignant de la stratégie victorieuse des bolcheviks, ce qui a bien sûr contribué à l'autodissolution du mouvement communiste. Dans le contexte actuel, le KKE considère la reconstruction du mouvement communiste international comme impérative, laquelle doit toutefois reposer sur certains postulats essentiels : que notre théorie directrice est le marxisme-léninisme et l'internationalisme prolétarien, et que nous la développons et la faisons évoluer constamment à la lumière de nouvelles données ; que la nécessité et l'actualité du socialisme, la nécessité de la révolution et son caractère socialiste ne dépendent pas du rapport de forces actuel ; que, comme l'a démontré l'expérience d'Octobre, il n'y a pas lieu de s'allier avec la bourgeoisie ou certaines de ses composantes, au nom de la défense de la démocratie bourgeoise ou sous prétexte d'éviter de prétendues « forces bellicistes » ou des forces fascistes. Aujourd'hui, nous constatons que la bourgeoisie et son pouvoir, dans tous les pays, sapent et répriment les droits populaires des travailleurs, mènent des conquêtes, préparent des guerres et concluent des « traités de paix ». Ce phénomène s'observe sous des gouvernements de toutes tendances, de l'extrême droite américaine avec Trump, au centre français avec Macron, en passant par le Parti travailliste britannique et, bien sûr, la coalition sociale-démocrate-démocrate-chrétienne en Allemagne. Un enjeu crucial réside dans les lois de la construction socialiste, que l'avant-garde révolutionnaire se doit de connaître. De ce point de vue, nous dénonçons comme désastreuses la théorie et la pratique du « socialisme de marché », qui recrée et renforce avec une précision mathématique les forces contre-révolutionnaires. Ainsi, au lieu d'une victoire du communisme, nous assistons à un retour au capitalisme, comme ce fut le cas en 1991 avec la dissolution de l'URSS et du Parti communiste, puis en Chine, où l'on a conservé le nom de République populaire de Chine et de Parti communiste chinois. Camarades, 2026 marque le 70e anniversaire du XXe Congrès du PCUS, tournant décisif sur la voie de la contre-révolution, qui a finalement éclaté avec la dissolution définitive de l'URSS et du PCUS et l'arrivée au pouvoir de nouvelles forces capitalistes. Cependant, ce qui définit la contre-révolution, c'est la restauration et la consolidation des rapports de production capitalistes, et non les formes et les modalités précises de cette restauration. Ailleurs, elle peut se faire progressivement, en maintenant le pouvoir du PC et être présentée – ou sincèrement crue par certains – comme une solution tactique temporaire. La prise de conscience de cette question est primordiale, non seulement d'un point de vue théorique pour l'avenir, mais aussi pour le présent, où certains établissent des comparaisons anachroniques. Et nous disons anachroniques, car elles qualifient le conflit actuel entre les États-Unis et la Chine pour la suprématie au sein du système impérialiste mondial de conflit capitalisme-socialisme, appelant en fin de compte la classe ouvrière à choisir le char impérialiste auquel elle s'attachera et la menant à la défaite, à de nouvelles déceptions, et peut-être à des opportunités manquées. Chers amis, camarades, Nous sommes aujourd'hui au XXIe siècle, où le capitalisme, dans sa phase impérialiste, domine le monde. Chaque jour apporte son lot de nouveaux épisodes qui mettent en lumière l'exacerbation des antagonismes entre impérialistes. Nous assistons à une intensification des grandes contradictions liées au partage des marchés, au contrôle des ressources productrices de richesse, des voies de transport de l'énergie et des matières premières, ainsi qu'à la domination géopolitique et à la montée en puissance de chaque pays dans sa région et au-delà. Nous le constatons dans notre pays qui, sous la responsabilité du gouvernement et des autres partis euro-atlantistes, devient une porte d'entrée pour le GNL américain et un levier essentiel pour l'interdiction du gaz russe concurrentiel. Nous tenons à préciser que le peuple ne bénéficiera pas de ces accords, mais bien les monopoles des transports et de l'énergie, qui s'accapareront les richesses énergétiques du pays.
Dans le même temps, la transformation du pays en un centre énergétique, de transport et militaire non seulement ne le protège pas, mais le place au cœur même des antagonismes et des guerres commerciales, géopolitiques et militaires qui s'intensifient à l'échelle internationale, entre les blocs euro-atlantique et eurasien. Le discours sur la « sécurité » et la « prospérité » entretenu par le gouvernement de la Nouvelle Démocratie après la signature des accords avec les États-Unis et le régime de Zelensky a été rapidement démenti, comme en témoignent les annonces de l'ambassade de Chine et les déclarations menaçantes de Zakharova. Rappelons-nous, bien sûr, que l'Ukraine, la Syrie, la Libye et d'autres pays ont également été des centres énergétiques par le passé, et nous savons tous ce que leurs populations endurent aujourd'hui. Tous ces épisodes, la création de nouvelles alliances et de nouveaux blocs de forces qui engendrent des axes et des contre-axes, accroissent les risques de conflits armés, non seulement au niveau local mais aussi régional, avec la possibilité d'une généralisation à une guerre impérialiste. Dans le même temps, la possibilité d'une crise capitaliste mondiale due à l'énorme suraccumulation de capital s'accroît. Cette possibilité renforce l'évaluation d'une nouvelle escalade de la guerre impérialiste et de l'ouverture possible de nouveaux fronts dans les années à venir, dans l'Arctique, sur le continent américain, mais aussi en mer de Chine, etc. Nous tenons également à dénoncer la nouvelle escalade de l'agression impérialiste du gouvernement américain contre le Venezuela, sous prétexte de lutter contre les cartels de la drogue. Le KKE condamne catégoriquement tout projet d'intervention armée au Venezuela et exprime sa solidarité avec la classe ouvrière et son peuple, qui sont les seuls à pouvoir décider de l'avenir de leur patrie. Il exprime sa solidarité avec le Parti communiste du Venezuela qui, dans des conditions difficiles de persécution, lutte pour défendre les intérêts des travailleurs et du peuple. La question qui se pose aujourd'hui est donc la suivante : quelle position le Parti communiste du Venezuela doit-il adopter face à ces événements et face à ce que l'avenir nous réserve ? Lénine considérait la guerre comme la continuation, par la violence, de la politique des États capitalistes, comme la poursuite de l'exploitation de la période précédente, relativement « pacifique ». Il n'y a plus lieu de s'interroger aujourd'hui sur les prétextes des classes bourgeoises et impérialistes concernant la « défense de la patrie », la « liberté » ou le « droit », dont ils se servent pour masquer le caractère impérialiste de la guerre. Leur seule patrie, c'est le profit. Et la seule « liberté » qu'ils reconnaissent est celle de dépouiller les peuples. Les « guerres justes » ne peuvent exister que du point de vue de la classe ouvrière, qui s'organise et lutte contre toute oppression, jusqu'à la libération de l'esclavage capitaliste. Par conséquent, le Parti ouvrier démocratique doit définir sa propre ligne de bataille pour chaque pays, continent et à l'échelle internationale, afin de renverser la barbarie impérialiste qui impose la guerre, ou la paix par la force, au temple des peuples. L'essentiel est qu'il existe une organisation et une action indépendantes et distinctes de la classe ouvrière, qui ne cèdent pas à l'agitation guerrière et au nationalisme nationalistes. En d'autres termes, la classe ouvrière et le peuple ne doivent en aucun cas accepter la demande récente du ministre grec de la Défense, selon laquelle les travailleurs devraient se préparer à voir revenir des champs de bataille des conflits impérialistes des cercueils ornés de drapeaux grecs ou européens, et s'en réjouir. Notre peuple ne doit pas se laisser séduire par les divers appels pacifistes à la « paix » par le biais d'une prétendue « nouvelle architecture de sécurité », d'un « monde multipolaire », etc. La véritable paix pour les peuples implique que la sortie de la guerre aille de pair avec la lutte pour sortir de la barbarie du système capitaliste. Et bien sûr, il faut bien comprendre que les communistes n'abandonnent jamais le peuple, même en temps de guerre, quelles que soient son évolution et les manières dont elle est menée. Les bolcheviks n'ont pas fait grève pendant la guerre ; ils se sont retrouvés dans les tranchées de la Première Guerre mondiale impérialiste aux côtés des ouvriers et des paysans russes, ils ont combattu avec eux, ils les ont guidés et avec eux, ils ont mené la révolution et renversé la cause même des guerres.
Amis et amies, Camarades et camarades, Nous estimons que la situation actuelle, outre l'incertitude et les dangers qui menacent les peuples, renforce la remise en question de la politique dominante dans son ensemble, ce qui a des répercussions sur la « crédibilité » et la « stabilité » mêmes du système politique bourgeois. Objectivement, tout cela peut engendrer de vastes mouvements de masse, voire des soulèvements, et créer les conditions d'une situation révolutionnaire dans certains pays ou groupes de pays. La capacité du Parti communiste à jouer un rôle décisif dans de telles circonstances critiques dépend en grande partie de sa préparation actuelle, des combats que nous menons en ce moment. C'est pourquoi, même en l'absence de contexte révolutionnaire, nous devons préparer l'avenir dès aujourd'hui. Cela concerne aussi bien la préparation stratégique et programmatique que la politique et l'action menées dans le contexte actuel. Un enjeu crucial est la mise en œuvre du programme révolutionnaire du Parti au quotidien, dans tous les domaines d'action et à tous les niveaux de la direction. C’est la question que nous plaçons au cœur des débats en vue du 22e Congrès du KKE, qui se tiendra du 29 au 31 janvier 2026, sous le slogan « KKE fort, inébranlable face à l’épreuve, prêt à répondre à l’appel de l’Histoire pour le socialisme ». Car nous savons que les jours dont nous rêvons viendront ! Et nous voulons être à la hauteur, dignes des camarades qui ont combattu avant nous. Être à la hauteur de la réalisation de nos grands objectifs. Car notre époque est celle de la transition du capitalisme au socialisme. L’ère du renversement du capitalisme s’est ouverte en octobre 1917. La glace a été brisée, la voie a été tracée, l’ère des révolutions socialistes a commencé. C’est pourquoi nous ne renonçons pas, nous ne reculons pas tant que nous n’aurons pas accompli cette tâche !
VIVE L’INTERNATIONALISME PROLÉTARIENNE ! VIVE LA GRANDE RÉVOLUTION D’OCTOBRE ! VIVE LE KKE !

1 https://www.sitecommunistes.org/index.php/le-parti/evenements/3679-declaration-commune-a-loccasion-du-108e-anniversaire-de-la-grande-revolution-socialiste-doctobre